VI IP ÉPOQUE
Interrègne.
Charles avait confié le gouvernement provisoire à une junte composée de la reine , du cardinal Porto-Carrero , de don Manuel Aiias , du duc de Monialio , du marquis de Villa-Franca , de l’inquisiteur général et de plusieurs autres grands. La reine, à qui son époux avait laissé ime
teension de seize cent mille francs , n’avait droit , comme les autres membres de la junte , qu’à un simple suffrage ; toutes les affaires devaient se décider à la pluralité des voix j mais le cardinal Porto-Carrero tenait de fait le pouvoir dans ses mains, et s’opposa au retour de plusieurs e:«lés auxcpiels le feu roi avait pardonné, quoique plusieurs d’culr’eux eussent été nommés par lui membres de la junte.
Aussitôt après la mort de Charles on fit passer une copie de son testament à Louis XIV, en le suppliant d’envoyer promptement son petit-fils prendre possession de son héritage , et l’on ordonna dans toutes les parties de la péninsule des
Ï irières publiques pour obtenir de Dieu a grâce que le testament fût accepté par Louis XlV. Dès qu’on reçut la nouvelle que ce vœu était exaucé, on proclama à Madrid le duc d’Anjou sous le nom de Philippe V. L’Espagne entière suivit l’exemple de la capitale.
Entrée de Philippe E à Madrid,
Lorsque Philippe arriva sur les bords de la Bidussoa , il congédia tous les Français , à l’exception du duc d’Harcourt , qui l’accompagna en qualité d’ambassadeur de France. Le nouveau roi confirma la
pension accordée à la reine douairière, et lui ordonna en même temps de se retirer à Tolède. Le grand-inquisiteur, le confesseur du feu roi et le comte d’Oropesa , chauds partisans de l’archiduc , furent exilés en dififérens lieux.
L’entrée de Philippe à Madrid offîit le spectacle le plus brilrant j l’affluence prodigieuse du peuple qui se pressait de tous côtés pour voir le souverain causa la mort à plus de soixante personnes étouffées dans la foule. Philippe signala le commencement de son règne par la réforme de plusieurs abus.
Mariage de Philippe.
Le mariage de Philippe avec Marie- Louise-Gabrielle de Savoie , fille du duc de Savoie , fut célébré à Turin le x i septembre 1701. Cette aimable et belle prin- ’ cesse possédait toutes les qualités attachantes du cœur et de l’esprit; elle alla retrouver le roi à Figuières en Catalogne , et prit sur lui dès le premier moment un ascendant qu’elle conserva toujours. Adorée de ses sujets comme de son époux, l’Espagne ne lui a reproché qu’un excès de confiance dans sa camera-mayor , la princesse des Ursins , née française , et de l’illustre luaisou de la Trémouille..
Trait de justice de Philippe.
Un officier des douanes avait arrêté «t visité les bagages du fils du duc de Medina-Sydonia , un des premiers grands d’Espagne , et maître de la cavalerie dü roi , sans user des égards convenables. Le
Ï 'eune noble, indigné, frappa l’officier sur a tête. Le cardinal Porto - Carrero fit arrêter Medina-Sydonia ; mais il n’osa le livrer à la justice , dans la crainte de s’attirer la haine des grands d’Espagne , et dépêcha un courrier à Philippe pour l’instrüire de cette affaire avant qu’elle ffit connue du public. Le roi appela dans son cabinet le duc de Medina-Sydonia , qui l’avait accompagné à Barcelonne , et lui dit : « Un jeune homme , fils d’une per- » sonne de très - haute qualité , a tue un 3J officier des douanes pour avoir fait son , a devoir j il l’a tué au moment même où yy il exerçait ses fonctions : dites -moi, as d’après votre opinion , quel châtiment y> doit lui être infligé ss. Le duc répondit qu’il pensait que le jeune homme devait être relégué eu prison pour le reste de sa ■vie, et son père oblige de pourvoir aux besoins de la veuve et des enfans du malheureux commis. « Vous avez parlé en ceue occasion coinme un roi , répondit
» Philippe , maintenant je doi^ parler en » père. Le criminel est votre hls : en- » voyez -le dans un de vos châteaux , et » qail y reste jusqu’à ce qu’il ait senti » toute l’énormité de son crime. Quant à » la veuve et à la famille de l’officier , je » ne puis vous disjienser de cette partie » de votre jugement} mais je suis iniime- » ment persuadé que vous vous ferez un T> devoir, un plaisir même de pourvoir à leur existence ». Le duc , pénétré de reconnaissance , se jeta aux pieds du roi et lui jura dès lors dans son cœur une fidélité qu’il n’a jamais trahie.
Ligue contre V Espagne et contre la France.
L’Empereur, l’Angleterre et la Hollande avaient conclu une ligue contre l’Espagne et contre la France. Le duc de Savoie , beau-père de Philippe , accéda à la confédération formée contre son gendre pour le détrôner.
Philippe à Naples.
Une conspiration s’était formée pour livrer Naples à l’Autriche} la perte de cette ville entraînait celle de l’Italie. Le roi confia la régence à la reine , assistée d’une junte composée du cardinal Porto- Carrero et de six autres seigneurs , et se
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rendit à Naples. Ses bienfaits annoncèrent sa présence. Les Napolitains n’avaient pas joui depuis Charles-Quintde la satisfaction de voir leur monarque j ils reçurent Philippe avec les transports de la plus vive allégresse j leur joie s’accrut encore par la remise qu’il leur fit de huit millions qu’ils devaient au trésor royal. Ils signalèrent leur reconnaissance en lui élevant une statue équestre au milieu de la place publique.
Rappel en France de la princesse des TJrsins.
Louis XIV , instruit de l’influence extraordinaire qu’exerçait sur les affaires de l’état la princesse des Ursins , dont les intrigues avaient allumé la haine de tous le* grands d’Espagne, et craignant que le trône de son petit-fils , déjà ébranlé par les succès de l’Empereur en Allemagne , ne tombât tout à fait s’il n’était soutenu par l’amour des Espagnols, rappela en France la favorite.
Retour de la pnneesse des Ursins en Espagne^
La reine témoigna une si vive douleur de l’absence de la princesse des TJrsins que Louis XrV consentit à son retour en Espagne , sous la condition que la princesse
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üendrait une conduite plus modérée ÿ et rendrait l’ambassadeur de France dépositaire de toute l’administration. Le roi et la reine accueillirent la princesse avec les plus vifs élans de la joie et de l’amitié.
Sa présence devint l’arrêt de l’exil de ses ennemis. Le pouvoir exercé par la favorite , la révolution continuelle survenue dans le ministère , le crédit que les seigneurs français obtinrent sur le roi , l’emprisonnement du marquis de»Leganez, arrêté sur de simples soupçons ^ et relégué pour toujours en France j enfin un tabouret placé dans la chapelle du roi en avant du banc des grands y pour le capitaine des gardes en quartier , en provoquant l’indifférence des grands pour les intérêts de Philippe , devinrent la cause de la perte de trois royaumes , et faillirent entraîner ' celle de la monarchie.
Siégé de Barcelonne.
La Catalogne , l’Aragon , le royaume de Valence , l’Estramadure et la Gallice étaient également déchirés par la guerre étrangère et par la guerre civile. Le roi ^ à la tête de vingt mille hommes , partit pour la Catalogne , et publia une amnistie en faveur des Catalans ; elle ne produisit aucun effet. Philippe assiège BarcelonncL
dans les formes. Celte ville f où l’arclûduc se tenait renfermé , allait tomber souà la puissance du roi , quand le comte de Toulouse , qui bloquait le port avec la flotte de France, efirayé à la vue de la flotte anglaise , débarque précipitamment les provisions et gagne le large. Philippe propose de livrer un nouvel assaut , on lui répond par le silence de la terreur. Obligé de donner le signal de la retraite , il n’abandonna qu’avec la plus vive douleur la victoire qu’il s’était vu près de remporter.
Les Anglais sans avoir combattu se trouvèrent maîtres des vivres , des munition»
et de l’artillerie des Espagnol^. Philippe montra dans celte désastreuse journée le courage d’un héros j il dirigea sa marche vers le Boussillon pour échapper aux sé- ■ dilieux de la Catalogne et de l’Aragon j franchit les Pyrénées et gagna Perpignan .
A son arrivée dans cette ville le maréchal de Tessé le pressa vivement d’aller rejoindre son aïeul à Versailles pour conférer de sa situation avec lui î Philippe répondit au maréchal qu’il ne verrait jamais Paris , et qu’il mourrait en Espagne.
Départ de la famille royale pour Burgds.
Lbs revers de Philippe à Barcelonne avaient considérablement accru les forces
et Taiidace de ses enueniis. La traliison de ses principaux ofiieiers et les intrigues des zuoines ne lui avaient laissé oue la forteresse de Xaca en Aragon , celle de Roses en Catalogne, etPeniscola dans la province de Valence. Quarante mille Anglais et Portugais entrés en Ëstramadure s’avancaient vers Madiid j le grand conseil assemblé conjura le roi de se sauver en Navarre j mais Philippe résolut de combaiire et de s’ensevelir sous les ruines de son trône :
il rendit avant son départ pour l’armée un décret qui transférait la reine et tous les ^ tribunaux à Burgos. lies adieux touchans de la jeune reine et du roi intéressèrent tous les cœurs aux désastres de cette illustre famille.
Fidélité des Castillans au roi.
La cour avait à peine quitté Madrid que Gallowai , général de l’archiduc, entra dans cette capitale, et proclama son maître Toi sous le nom de Charles 111. On ne répondit à ses cris que par celui de : vwe lâ roi Philippe ! Les paysans des environs s’unissaient le soir aux bourgeois pour tuer tous les soldats ennemis , et les médecins empoisonnaient les malades , de manière que l’armée dé l’archiduc s’anéantissait par degrés. Maître des passages qui couduiseot
de l’Aragon en Casiille , Philippe arrêtait tous les courriers et empêcha long-temps son rival de savoir ce qui se passait à Madrid j mais enfin rarchiduc l’apprit et s’avança pour se joindre à Gallowai. Son approche , la trahison de Santa-Crux , qui livra Carlhagène et les galères auxennemisj l’ignorance où le roi était des véritables sentimens de la capitale , lui rendaient sa “situation terrible. Amelot , ambassadeur français ÿ se jeta à ses genoux pour le sup-
£ lierde fuir en Navarre et de là en France.
e bruit que Philippe cédait le sceptre à son rival répandit l’effroi dans l’armée et provoqua la désertion. Instruit de ce qui se passe , le roi sort de sa tente, assemble ses troupes , les harangue , et proteste qu’il périra à la tête de son dernier escadron ,
Î >lutôt que d’abandonner ses fidèles Castilans. A ces mots , suivis des larmes de l’attendrissement , on lui répond par des cris de joie et par des pleurs d’amour.
Chacun jure de répandre jusqu’à la dernière goutte de son sang pour la défense de son trône. L’intrépidité du monarque passe dans l’âme de tous les Espagnols j on accourt des provinces pour renforcer Parmée : les détachemensde l’ennemi sont attaqués et détruits. Les évêques de Murcie , d’Orihuéla et de Calahorra , à la
tête de quelques réglmens de moines , de
Î )rêtres , de gentilshommes et de paysans , es curés suivis de leurs paroissiens fondent sur les Portugais , sur les Allemands et sur les Anglais ; les femmes , les enfans , animés du même enthousiasme , combattent aussi de tous côtés pour le roi et
F our la patrie. Philippe se poste entre armée ennemie et la capitale j l’archiduc s’enfuit dans le royaume de Valence, Philippe rentre dans Madrid au milieu des transports de l’allégresse universelle. Le peuple met en pièces un tailleur qui seul avait répondu à la proclamation de l’archiduc par le cri de : vwe le roi Charles l et court ensuite incendier les maisons des généraux soupçonnés d’avoir trahi la cause du roi.
Conduite généreuse des Castillans.
La grossesse de la reine vint resserrer les nœuds qui attachaient les Castillans à leur roi. Ce peuple généreux et fidèle s’imposa les plus grands sacrifices pour défendre les droits de Philippe. Le clergé lui donna deux millions d’écus , le Mexique un million de piastres ; les villes de Grenade , de Séville , de Cordoue et de Jaen entretinrent quinze mille hommes de guerre j dans chaque province la noblesse prit les
armes , et l’inquisiiion ordonna , sou* peine d’excommunication , à tous les chrétiens de dénoncer à son tribunal ceux des confesseurs qui abuseraient de leur ministère pour les engager à manquer de fidélité au roi.
Beau sentiment de Philippe.
Louis XIV, accablé sous le poids de ses défaites , demanda la paix aux alliés j les conditions humiliantes qu’on lui proposa le forcèrent à reprendre les armes j mais le bruit de ses négociations s’était répandu en Espagne , les peuples de ce royaume , se croyant abandonnés par les Français , sentirent se réveiller contre eux leur ancienne haine , et Philippe avait tout à craindre de ce sentiment. Le duc de Medina-Cœli lui proposa alors de s’unir aux ennemis de la France, qui consentiraient à ce prix à lui laisser l’Espagne et l’Amérique. Non, répondit Philippe , non, je ne tiwrai Jamais l’épée contre une nation à qui, après Dieu , je dois le trône.
Fuite de la cour à Falladolid.
La perte de la bataille d’Alménara ouvrait une seconde fois à l’archiduc les portes de Madrid. A la nouvelle de son approche les tribunaux lurent transférés à Valladolid,
ei le roi , la reine , le prince des Asturies , suivis de trente mille citoyens , s’enfiiirent de la capitale. Philippe , au désespoir , écrivit à Louis XIV, et lui demanda pour tout secours de lui envoyer le duc de Vendôme. Cette demande , appuyée par la prière de trente grands d’Espagne qui juraient de périr aux côtés de leur roi , toucha Louis XIV j il n’osa refuser son petit-rfils , quoiqu’il ne pût espérer qu’un seul homme relevât un trône ébranlé
jusque dans ses fondemens.
Conduite héroïque de la reine.
Les malheurs successifs de Philippe avaient un moment abattu son courage ; en vain la princesse des Ursins lui disait que la mort seule devait priver un roi de sa couronne , il paraissait fatigué de défendre la sienne. La reine parut alors au milieu du peuple de Vallaaolid , tenant son fils dans ses bras , et s’écriant : Quand le royaume sera perdu pour moi , J^irai me réfugier et mourir, avec mon enfant dans mes bras , dans les montagnes d*Asturie.
Ces paroles touchantes de la reine remplirent tous les cœurs du besoin de la défendre. Les Espagnols accourent offrir au roi et leur fortune et leur vie j une armée de trente mille hommes se forme en
cinquante jours. Pendant cet intervalle Vendôme avait franchi les Pyrénées à la tête de trois mille cavaliers d’élite j il arrive , prend le commandement général des troupes , leur inspire une confiance égale à leur ardeur , supplée par son génie à leur manque de discipline , marche sur Madrid, et force' Charles à la fuite.
Succès de Philippe.
A peine rentré dans sa capitale, où il fut accueilli avec les mêmes transports de joie que lors de son premier retour , Philippe , malgré la rigueur de la saison, s’arracha de son palais pour courir à la poursuite de l’ennemi. Il passe le Tage avec Vendôme, bat le général Stanhope , contraint Staremberg à la retraite , soumet l’Aragon , q^ui s’était révolté de nouveau , oblige les alliés d’abandonner Tortose , et fait sentir à leur tour aux Portugais les calamités de la guerre.
Traité d^Utrecht,
La mort de l’empereur , qui élevait Charles au trône impérial , amena une cessation d’arrhes entre la France et l’Angleterre , et provoqua le traité d’Utrecht , qui fixa les destinées de Philippe. Ce prince renonça à toutes prétentions à la couronne de France , et fut reconnu par
l’Angleterre et par la Hollande en qualité de roi légitime d’Espagne.
Mort de la reine.
LiA mort de la reine plongea Philippe dans une si grande douleur qu’il ne put supporter la vue de son palais , et se relira avec ses enfans et la princesse des Ursins à l’hdtel du duc de Medina-Cœli j il remit le soin du gouvernement au cardinal del Giudice , et ne permit qu’à la princesse des Ursins de l’approcher. Cette favorite avait le crédit et le faste d’une reine j on craignit qu’elle n’en reçût bientôt le nom : sa disgrâce devait calmer les inquiétudes des Espagnols, et confondre ses désirs ambitieux.
udholition des privilèges des Catalans.
LiA paix que Philippe venait d’obtenir des puissances de l’Europe n’avait pas rétabli la tranquillité dans ses états j les Catalans combattaient pour leurs privilèges attaqués. Le roi appela contre eux les secours de la France j cette mesure exaspéra encore les rebelles. Berwick , après soixante Jours de tranchée ouverte ,
{ )cndant lesquels il avait perdu vingt mille lommes , était enfin parvenu à faire une brèche considérable à Barcelonne j mais il somma vainement la ville de se rendre j
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lies prêtres et les moines excitèrent les citoyens à n’accéder à aucune capitulation.
Berwick livra l’assaut , il dura cj^uarantehuit heures et coûta j)lus de six mille hommes. La basse ville fut emportée j alors les Catalans arborèrent le drapeau blanc , et demandèrent la conservation de leurs prérogatives. Le vainqueur, irrité, ordonna de mettre le feu à la ville , et ne le lit éteindre que lorsque les révoltés eurent promis de lui livrer le fort Montjoui , le château de Cardonue et les autres postes qu’ils occupaient. Les Catalans ne conservèrent que leur vie et leurs biens, et perdirent sans retour les privilèges dont ils se montraient si fiers et si jaloux.
Disgrâce de la piincesse des ürsins.
L’a b b é Albéroni , fils d’un paysan italien, et curé d’un bourg voisin de Plaisance sa patrie , avait été amené en Espagne par le duc de Vendôme. Après la mort de son protecteur il obtint quelque confiance de la princesse des Ursins.
Quand il sut qu’elle avait perdu l’espoir d’épouser le roi , il lui proposa de marier ce prince avec Elizabeth r a rnèse, héritière de Parme , de Plaisance et de la Toscane ; il peignit Elizabeth comme une femme dépourvue de talens, d’esprit et d’ambition.
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La princesse des Ursins cnit conserver son empire au moyen de cei hymen , et le proposa au roi , qui s’empressa de l’accepter dans l’espoir de recouvrer un jour par cette alliance les états d’Italie. Lî^rincesse des Ursins apprit bientôt qu’Elizahelh , douée d’un génie supérieur et d’une grande fermeté de caractère , ne permettrait pas qu’on régnât sous son nom , et voulut empêcher son hymen. Il n’était plus temps J la nouvelle souveraine , épousée par procureur , arrivait à la hâte en Espagne. Elle reçut en chemin de salante, la veuve de Charles II , des instructions sur l’état de la cour et sur les intrigues de la favorite. Albéroni , élevé au rang de comte par le duc de Parme , suivait Elizaheih , et l’avait convaincue qu’elle ne se- • Fait respectée et chérie des Espagnols que lorsqu’elle aurait fait justice d’une orgueilleuse favorite. Le roi , empressé de voir sa nouvelle épouse, vint au-devant d’elle, avec toute sa cour, jusqu’à Guadalaxara.
La princesse des Ursins joignit Elizabeth à Xadraque j elle la blâma d’avoir continué sa marche pendant une nuit froide , et lui reprocha de n’être pas coêffée à la mode. Qu^on arrache cette folle de ma présence , s’écria la reine en colère , et qu’on la conduise sur-le-champ hors du royaume.
L’ordre de la reine fut soudain exécuté.
La princesse des Ursins vit en un seul insluut s’écrouler l’édifice de sa pxiissance. Son exil devint le signal de la disgrâce de ses favoris j le gouvernement changea de face , et l’Espagne entière applaudit a cette révolution.
Conquête de la Sardaigne.
Albéroni , devenu premier ministre et cardinal , réussit en peu de temps à rendre^ à l’Espagne une partie de son antique splendeur ; par ses soins une flotte considérable , sortie secrètement des ports de la péninsule , sous les ordres du marquis de Leyde, débarqua en Sardaigne, ef soumit cette île en moins de deux mois. L’Europe ne connut cette expédition que par sou succès.
Exil d* A lbéroni.
Albéroni avait formé le projet d’abaisser le pouvoir de l’empereur, et confia son plan au duc d’Orléans, régent de France, qu’il croyait dans les intérêts du roi d’Espagne. Le régent révéla le secret d’Albéroni à l’empereur , qui se mit en mesure de déjouer la politique du cardinal j celuici , par le moyen de l’ambassadeur d’Espagne , s’assura de conjurés qui devaient-
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s’emparer de la personne du duc d’Orléans , et faire proclamer Philippe régent de France ; le complot échoua au moment meme où il était sur le point de s’exécuter.
Les vues ambitieuses du cardinal menaçaient les cours de Tienne , de la Haye , de Saint -James et de Versailles j elles formèrent i pour s’y opposer une quadruple alliance , où l’on décida de demander l’exécution du traité d’Utrecht dans toute son étendue ; il avait déjà été violé par l’invasion de la Sardaigne j celle de Naples allait suivre , lorsque cinquante mille Impériaux vinrent défendre l’Italie, et qu’une flotte anglaise de vingt vaisseaux parut dans la Méditerranée.
L’espace de quelques heures suffit aux Anglais pour anéantir la flotte espagnole ,
a ui avait coûté deux millions slerliugs et eux ans de travaux. Le marquis de Leyde , battu par les Allemands, se vjt oblige»
d’abandonner Malazzo , et peu après la ville et la citadelle de Messine ; Berwick s’empara , au nom du régent , de Fontarabie et de Saint-Sébastien , regardes comme les clés de l’Espagne. Philippe, Albéroniet la reine s’avancèrent au-devant des Français , dans l’espoir de les engager à quitter les drapeaux du régent pour passer sous les leurs j mais ils s’étaient étrangement
abuses : les Français se battirent comme ils le font toujours , et plantèrent leurs «Ira peaux victorieux sur les deux plus fortes places de Philippe. Leduc de Parme, qui avait en vain engagé le cardinal à rendre la paix à l’Italie , envoya le marquis de Scota représenter à la reine sa fille combien l’influence d’Albéroni pouvait lui devenir fatale. Elizabeth sentit la justesse des remontrances de son père j Albéroni reçut l’ordre de quitter Madrid sous huit jours et l’Espagne sous trois semaines.
Albèronj persécuté ^ le pape lui rend une justice éclatante.
Le cardinal , exilé d’Espagne , ne savait où se retirer. L’Allemagne , l’Angleterre , la France et l’Italie le rejetaient également j la grandeur des vues d’un paysan obscur avait armé contre lui les potentats de l’Europe, et celui qu’il avait servi devenait son plus cruel persécuteur. Ce fut inutilement que le cardinal sollicita une entrevue avec Philippe , il ne put l’obtenir. Le duc d’Orléans accorda un passe-port au cardinal , afin qu’il pvit traverser la France
S our se rendre en Italie. Il n’était pas sorti 'Espagne que sa voiture fut attaquée , un de ses geng tué , et lui-méme contraint à continuer sa route à pied , et déguisé ,
pour se sôustraire aux assassins envoyé»
contre lui. 11 erra dans le Milanais sous un nom supposé , et fixa sa résidence à Gênes. 11 y fut arrêté à la sollicitatiou du pape et à celle du roi d’Espagne j néanmoins les Génois senth’ent du remords d’avoir violé le droit des gens , et lui rendirent la liberté. Innocentlll, successeur du pape Clément , n’épousa pas la haine de son prédécesseur j il reconnut Albéroni comme membre du conclave, et l’apjxîla à Rome , où son génie excita tant d’admiration que plus tl’une fois il se vit sur le point de monter au troue pontifical.
Autodafé.
Philippe permit la célébration d’un autodafé où douze personnes furent livrées aux flammes 5 c’était la première fête de ce genre donnée depuis son règne , qui
datait de vingt ans.
]\Iariage du prince des Asturies.
Mesdemoiselles de Montpensier et de Beaujolais, filles du régent , se rendirent en Espagne pour épouser le prince des Asturies et aon Carlos. L’inmnte d’Espagne , qui n’avait pas encore quatre ans , passa en France pour être élevée sous les yeux de Louis XV , âgé de douze ans , à
qui sa main était destinée. L’antipathie du roi de France pour l’infante empêcha les deux derniers mariages de s’accomplir.
Abdication de Philippe.
Une piété profonde , le goût du repos, l’ennui des affaires, la fatigue des grjfndeurs, dont il avait senti le néant , décidèrent Philippe à mettre en possession de sa couronne Louis son fils aîné , objet d’un véritable culte potfr la nation espagnole , au sein de lacjuelle il avait reçu le jour.
Pour suppléer à l’inexpérience du jeune roi, Philippe lui forma un conseil privé, et distribua les postes les plus importans à ceux des grands de sa cour qu’il crut le plus capables de les exercer. Il se réserva une pension de trois millions , réversible sur la tête de la reine , en assigna une de sept cent cinquante mille livres à chacun des infans, et une de deux cent cinquante mille aux infantes. Ces soins remplis , il se retira avec la reine à Saint-Ildephonse , superbe maison de plaisance où il vécut en prince.
Générosité de Louis , vurnommé le Bien-Aimé.
Le jeune roi se livra d’abord à la noblesse de son.àme, en comblant de faveur
tous ceux qui l’entouraient j il montra tant de générosité que son conseil crut devoir en modérer l’excès. Comme le trésor se trouvait endetté de quinze millions , on proposa au monarque de réduire à moitié la pension de l’ex-roi ; Louis rejeta cette
n )Osilion avec mépris , il préféra borner épense particulière rpie de retrancher celle d’un père à qui les nœuds de la reconnaissance et de la tendresse l’attachaient autant que les nœuds du sang j il ne couseutit jamais à prendre aucune mesure importante sans le consulter : ainsi , quoique passé en d’autres mains , le gouvernement resta le meme.
Autodafé.
• L’ AVÈNEMENT de Louis au trône se célébra comme celui de ses prédécesseurs par un pompeux autodafé.
Louis favorise les militaires.
Jaloux de voir renaître les vertus guerrières en Espagne , Louis accorda par un décret aux capitaines généraux et aux lieutenans généraux les memes entrées à la cour que celles dont jouissaient les grands.
liHnoestiture de Florence et de Parme est accordée à^don Carlos.
La cour de Vienne accorda rinvestilure de Florence et de Parme à don Carlos , ainsi qu’à tous ses frères du meme lit et à leur postérité masculine j mais on ne lui donna pas le litre de grand prince de Toscane , dans la crainte d’ajouter au chagrin du grand-duc , déjà très-afïligé de Toir la couronne sortir de sa maison.
Punition infligée à la reine*
La jeune reine, vive, spirituelle et légère, s’était moquéè de l’étiquette qui soumet à des usages très - génans et à une austère retraite les souverains d’Espagne ; le roi ordonna qu’elle fdt renfermee dans son appartement , dont l’accès n’était ouvert qu’à des dames très-graves. La princesse , corrigée par cette leçon , se soumit enfin à l’étiquette , et se raccommoda bientôt avec un époux qui l’aimait tendrement.
j\ïort de Louis le Bien- Aimé.
Louis faisait le bonheur d’un peuple qui paraissait chaque jour le chérir davantage.
La beauté de son âme le disputait à la beauté
de son corps. On ne savait ce qu’on devai» louer le plus en lui , de sa libéralité , de sa clémence, ou de sa doucetu*. Modèle des
Î rinces accomplis , il promettait un second ’itus à Tunivers. Une petite vérole maligne l’enleva à l’amour des Espagnols au bout de huit mois de règne j il n’avait encore que dix-sej)t ans et six jours. Avant de mourir il rétrocéda la couronne à son père , et lui recommanda la reine son épouse , qui ne l’avait pas quitté un seul instant pendant sa cruelle maladie , et qui , atteinte de la contagion , paraissait condamnée à le suivre de près dans la tombe.
Philippe reprend le sceptre.
Philippe ne voulait pas remonter sur le trône ; il opposait le vœu qu’il avait prononcé d’en descendre pour] toujours aux instances des conseils , aux désirs de la nation , aux prières de la reine , à l’éloquence du nonce du pape. Une assemblée de théologiens déclara nul le vœu du roi , et sou confesseur le menaça de lui refuser l’absolution s’il ne faisait pas à ses peuples le sacrifice de son penchant pour la retraite. PhilippÇj, enfin vaincu , reprit le sceptre , et fit reconnaître son fils Ferdinand prince des Asturies.
Sensibilité du jnarxjids de Leyjoe.
Philippe disCTâcia le marquis de Mirabal pour avoir donné au feu roi le conseil de diminuer la pension qu’il s’était réservée lors de son abdication , et se contenta de dire au marquis de Leyde , qui avait appuyé ce conseil : JMarquis de Le^de jdaurais jamais cru cela de vous. Le marquis , sensible à ce reproche , en mourut de chagrin.
Pata: entre V empereur et le roi d* Espagne.
La paix semblait très-éloignée. Un aventurier connu sous le nom de baron de Ripperda réussit dans une négociation où les meilleurs politiques avaient échoué depuis treize ans. Ripperda, venu à la cour d’Lspagne après le traité d’Utrecht , en
a uahté d’envoyé de Hollande , retourna ans sa patrie mettre ordre à ses intérêts , et revint en Espagne dans l’espoir de faire fortune. La cour se servit de lui pour élever des manufactures de draps , le nomma directeur général de ces élablissemens , et lui donna de forts appointemens. Ripperda abjura le protestantisme , se fit naturaliser Espagnol et se maria. Cet homi^e audacieux et intrigant, instruit de l’inquiétude que la cour concevait sur la médiation
de la France et de l’Angleterre , qui ne mettaient pas de chaleur à soutenir la cause de l’Espagne , offrit au roi de faire consentir l’empereur à un traite particulier par le moyen du prince Eugène. Le roi accepta la proposition de Ripperda j celuici , déguisé , se cacha dans les faubourgs de Vienne , et parvint en peu de temps au difficile but qu’il s’était proposé.
Éléi>ation de Ripperda.
Le traité dû. à Ripperda comblait de joie la cour. Philippe en montra sa reconnaissance à l’auteur j il le fit duc et grand , et le revêtit du pouvoir de premier ministre j mais Ripperda n’était qu’un intrigant sans capacité , il bouleversa tout, et le roi l’éloigua bientôt des affaires et de la cour.
Disgrâce et mort de Ripperda.
La cbûte de Ripperda acheva d’égarer sa raison , déjà* affaiblie par son élévation subite. Exilé de la cour d’Espagne, il se l'éfugla chez l’ambassadeur anglais Sthautope , d’où Philippe le fit enlever et conduire au château de Ségovic. Ripperda se sauva de sa prison et s’enfuit à la cour de Maroc ; il espérait ^ faire une grande fortune , on daigna a peine lui confier le
commandement de quelques troupes : aigri de son mauvais succès , il s imagina d’établir une nouvelle religion j on le traita comme un fou , et il mourut accablé sous le poids de l’indigence et du mépris.
Renvoi de Vinfante en Espagne.
Le renvoi de l’infante en Espagne ulcéra le cœur de Philippe contre le roi de France. Son ressentiment éclata par l’ordre qu’il donna à l’abbé de Livri , ministre de France, et à tous les consuls français de sortir de ses états. Mademoiselle de Beaujolais , destinée à don Carlos, ‘et la reine, veuve de Louis qui ne pouvait soutenir l’aspect des lieux où elle n’existait plus que pour pleurer son époux , avaient obtenu la permission de retourner dans leur patrie. Philippe les renvoya, et fit entendre à la dernière qu’elle ne devait pas compter sur les six cent mille livres de pension qui lui avaient été accordées.
J^ïesures sages de Philippe.
Le roi supprima le dignité de connétable et d’amirante, depuis long- temps héréditaires dans les familles de Velasco et d’Henriquez j il rétablit la discipline dans les armées de terre et de mer , ordonna à ses sujets de se comporter dans les églises
avec le respect dû à la divinité, et fonda à Ségovie le monastère de l’ordre de l’Annouciade , en faveur des dames nobles ; ^eur nombre était fixé à trente , et on les recevait sans dot. 11 établit aussi un collège ou séminaire royal pour l’éducation gratuite de la jeune noblesse.
Don Carlos est reconnu grand-duc de Toscane et de Parme.
Don Carlos, reconnu grand-duc de Toscane , passa en Italie suivi de six mille Espagnols et du comte de Saint-Islevan , son gouveraeur général de l’armée et ministre plénipotentiaire de la couronne en Italie.
Don Carlos alla tenir sa cour à Parme.
Conquête d^Oran.
Philippe brûlait du désir de reprendre la place d’Oran , enlevée sous son règne à l’Espague. Le comte deMontemar, chargé de cette expédition , remporta dans la
I daine'de Mazarquivir une victoire bi ilante sur l’armée des Maures , forte de quarante mille hommes j il s’empara ensuite en trois jours de Mazarquivir et d’Oran , défendues par une garnison de dix mille hommes et par autant de bomrgeois. Cette conquête importante occupa Montentar à peine un mois.
Don Carlos J roi de Naples.
La conquête d’Oran par Montem était le prélude d’autres succès. Ce généra 'Vainqueur de Viscomti , dans le camp c Bitonto où il s’ctait retranché , se rend.
maître des drapeaux , des étendards , d l’artillerie , des bagages et de la caisse militaire de l’ennemi. Cette brillante actior rendit le royaume de Naples aux Espagnols vingt-six ans après qu’il leur eut été enlevé. 'Aussitôt que Pnilippe eut appris cette heureuse nouvelle, il créa son fils roi de Naples. 'Don Carlos fut accueilli avec des trans- .ports d’allégresse par les Napolitains, qui depuis deux siècles n’avaient pas joui de l’avantage de recevoir les lois d’un monarque particulier. Don Carlos se montra digne par sa valeur du rang auquel il venait d’être élevé.
Récompenses décernées à Montemar.
Phii-ippe créa Montemar grand d’Espagne et duc de Bitonto , et fit élever sur le champ témoin de son triomphe une pyramide triangulaire de quarante pieds de hauteur , ornée d’emblèmes ingénieux •et d’inscriptions en diverses langues. Ce trophée , monument de la reconnaissance du monarque , honore au^ut le prince
qui le dressa que le sujet dont il redit la gloire.
Incendie du palais du roi.
La joie des triomphes qu’on avait remportés fut troublée par l’incendie du palais de Madrid , arrivé le 26 décembre 1 784 J il dévora un nombre considérable de tableaux dus aux plus célèbres maîtres, des meubles magnifiques , et la plus grande partie des archives de la couronne.
Traité de Tienne.
Le traité de Vienne , arrêté en 1736, et signé en 1738 entre l’empereur , les rois de France , d’Espagne et de Sardaigne , changea la face de l’Italie. L’empereur céda à don Carlos les royaumes de Naples et de Sicile et les côtes de la Toscane.
Don Carlos donna pour équivalent à ce prince les duchés de Parme et de Plaisance. La France restitua le Mantouan , le Montferrat , le Milanais , ses conquêtes sur le Rhin , et garantit la pragmatique de Charles VI en faveur de sa fille aînée , épouse du duc de Lorraine et de Bar. Ce dernier prince céda ces deux duchés à la France , l’usufruit réservé à Stanislas avec le litre de roi, et obtint en dédommagement die son patrimoine l’expectative de la Toscane.
JDon Joseph Tatjnho , marquis Castellar.
L’Espagne perdit dans cet homme vertueux le plus illustre ministre qu’elle ait eu depuis le cardinal Ximenès. Patinho réunissait à une activité prodigieuse la plus habile prévoyance , le jugement le plus solide et l’esprit d’ordre et de détail aux plus vastes combinaisons. Sa grandeur d’àme , son désintéressement , l’amour éclairé qu’il portait à sa patrie , les succès et l’éclat de son ministère le rendirent l’objet d’un culte religieux pour les Espagnols. Le peuple alla verser des larmes sur sa tombe , et le roi lui fit £iire de magnifiques obsèques aux dépens du trésor royal. Joseph Patinbo avait été honoré de la graudesse et de la Toison-d’Or.
Mort de JPJiilippe.
Philippe , succombant sous le poids des infirmités , mourut le 9 juillet iy4^. La constance qu’il montra dans les revers, la sagesse des lois et des ordonnances qu’il donna à l’Espagne, les divers établissemens qu’il créa en faveur du commerce , des sciences et des arts ; l’éclat qu’ü rendit à la marine, la puissance que l’Espagne recouvra sous son règne rendent sa mémoire chère au peuple qu’il gouverna.
Testament de Philippe:
Le roi laissa à son épouse la jouissance de Saint -Ildephonse avec une pension de dix - huit Cent mille livres , en outre de celle de seiwî cent mille livres attribuée aux reines douairières d’Espagne j il ordonna de plus que cette princesse serait libre de rester dans la péninsule ou d’aller vivre dans l’étranger. Elizabeth se retira à Sainte Ildephonse.
Bienfaisance de Ferdjitjnd VI, surnommé le SjiGE.
Ferdinand signala le commencement de son règne par des bienfaits j il ouvrit les prisons à tous ceux qui n’avaient pas encouru la peine capitale , proclama une amnistie en faveur, des déserteurs et des contrebandiers qui reviendraient dans le délai de six mois en Espagne , publia qu’il consacrerait deux jours de la semaine à recevoir les requêtes et les remontrances de ses sujets , et choisit pour premier ministre don Joseph de Carvajol y Lancastre^ l’homme le plus vertueux et le plus éclairé de l’Espagne.
Traité d’Aix-la-Chapelle.
La guerre générale , commencée sous le dernier règne , se termina par le traité
conclu à Aix-la-Chapelle en 1748. Toutes , les puissances se restituèrent les différens domaines qu’elles s’étaient respectivement enlevées tant en Europe qu’en Afrique et dans les Indes orientales.
Abolition d’impôts.
Ferdinand , toujours occupé du bonheiir de son peuple , supprima les impôts onéreux. Les droits de douane et d’excise furent en partie abolis par ses soins j le* commerce et l’agriculture prospérèrent , et le laboureur se livra avec ardeur à des travaux dont il était certain de recueillir le prix.
Conduite admirable de Ferdinand.
Les projets ambitieux de la cour de Versailles y et ses brillantes promesses , ne purent arracher Ferdinand à scs vues pacifiques J il voulait avant tout la félicité de ses peuples 5 il rejeta avec fermeté la
S roposition d’un pacte de famille , réponil a ceux qui le pressaient de s’unir à la France contre l’Angleterre , que le rôle de médiateur lui convenait mieux que celui d’allié J priva de sa confiance le marquis d’Encenada , partisan d’une union avec la France, et promut au ministère le général Wall , dont les penchans s’accordaient avec le sien.
Mort de Ferdinand.
Ferdinand avait réformé les abus introduits dans radniinisiration , rendu la vigueur aux lois , ranimé l’induslrie ^ éteinte par les proscriptions des Maures et par rémigration de la jeunesse , que la soif d’acquérir de l’or entraînait dans le Nouveau-Monde. Une mort prématurée l’enleva à ses sujets avant qu’il eût réparé tous les maux amassés sur eux par l’orgueil et par la superstition de ses prédécesseurs.
La douleur qu’il éprouva de la perle d’une épouse adorée le jeta dans une sombre mélancolie à laquelle il s’abandonna sans réserve. Dans un des accès de celte maladie il abjura les affaires , se renferma dans une cbambre à Villa-Yiciosa , et refusa toute espèce de noiirrilure. Ses forces épuisées le livrèrent à une complication de maux qui lui coûta la vie.
uioénement de don Carlos au trône d’EspagJic.
Don Carlos , frère de Ferdinand VI, lui succéda au trône d’Esf)agne , sous le nom de Charles III, et se démit de la couronne des Deux-Siciles en faveur de son troisième fds, qui régna sous le nom de Ferdinand lY .
Le nouveau roi d’Fspagne , r après avoir fait
«onstater la faiblesse de tete du prîii< royal , dou Philippe son fils aîné , et fa proclamer don Ferdinand souverain d< t)cux-Siciles , se rendit à Madrid avec so second fils, Charles- Antoine , destiné porter un jour le sceptre de la péninsule.
Le roi rend à Barcelonne ses prii>iléges .
Charles se' fit bénir des citoyens de Barcelonne, en leur rendant les privilèges dont Philippe V les avait privés. Ses bienfaits ne se bornèrent pas à cet acte de justice, il fit de nombreuses promotions aans ses armées de terre et de mer , restaura la marine, et acheta une quantité considérable de crains de l’étranger pour semer dans l’Andalousie, dans la Murcie et dans la Castille , qui venaient d’éprouver une disette affreuse.
Charles signe le pacte de famille.
Les expéditions que les Anglais poussaient jusque dans l’Améiique espagnole inquiétaient Charles. Sous le prétexte de châtier l’insolence des Algéiiens , il prépara un armement considérable à Carihagène. Les Français profitèrent de cette circonstance pour lui proposer l’alliance rejetée par Ferdinand , et Charles se détermina à signer la célèbre conventioR
connue sous le nom de Pacte de famille.
Ce traité amena la guerre enlre l’Angleterre , l’Espagne et le Portugal.
Traité de paix.
Après une campagne dans laquelle les
f missances belligérantes \ii'ent balancer eurs succès , elles sentirent le besoin de la paix , et recoururent aux négociations.
Un traité se conclut entre la France, l’AngleteiTe , l’Espagne , le Portugal , à Aixla-Chapelle , le lo février 1763. La France seule se vit la victime d’une guerre qu’elle avait provoquée.
Mort d*Éi.lZJSETJ£.
La veuve de Philippe V mourut dan* la retraite où la prudence de ses fils l’avait retenue. Cette princesse , douée de qualités supérieures et d’une haute ambition , avait conçu des projets propres à bouleverser l’Europe , et qui eussent conduit l’Espagne elle-meme à sa ruine si les successeurs de Philippe V ne se fussent soustraits à sa dangereuse influence.
Le comte d^AKUNDA nommé président de Castille.
Charles , rendu à la paix , s’occupa de réparer dans ses états les desastres que la
guerre avait causés. Les meillciars ariîs dans tous les genres de conslruclioiis fizi-c envoyés par ses soins à la Havane pour faire de nouvelles forlilicalions. Quelq^u soulèvcmens partiels ayant troublé royaume , le monarque nomma le coni d’Aruuda, président du conseil Je C.^slill< et parvint avec son secours à réprime promptement les séditions.
Les Jésuites.
Les Jésuites avaient acquis une grande influence dans tous les états catholiques
f )ar leurs connaissances profondes , par eur activité , par leurs intrigues, et surtout par l’esprit de corps qui les animait.
Confesseurs de tous les monarques , ils réglaient leur politique comme ils réglaient leur conscience , et décidaient , suivant leurs propres intérêts , des destinées des peuples. Instituteurs de la jeunesse, ils la formaient à leur gré, acquéraient sur son esprit un empire despotique, enchaînaient les faibles par la terreur , et faisaient servir à leurs vues ceux qui montraient du courage. Les réglemens de la société des jésuites étaient couverts d’un voile impénétrable j ils savaient promptement tout ce qui se passait dans les différentes cours, sans qu’on pùt deviner les moyens qu’ils
employaient pour s’en instruire. Leurs immenses richesses et leur ambition éveil-r lèrent les inquiétudes des gouvernemens.
Le roi de France supprima leur ordre dans ses états j son exemple ne tarda point à être imité par les autres souverains.
Aholition des Jésuites.
L’extrême attachement des Espagnols à la religion catholique donnait au corps des jésuites un pouvoir au moins é^al à celui du roi. Charles sentait combien il lui devenait important de détruire cet ordre ; mais il ne se dissimulait pas le péril qu’il courait aie faire. Une mesure aussi prompte que secrète pouvait seule empêcher de grands troubles ; elle fut arretée entre le roi et le comte d’Arunda.
A minuit les six collèges de jésuites se trouvèrent environnés de troupes qui forcèrent les portes, s’assurèrent des cloches, et placèrent un factionnaire à chaque cellule. On ordonna aux pères de se lever et de se rendre dans la salle du réfectoire , où ils entendirent la lecture de l’ordre du roi qui les condamnait à la déportation.
On ne leur permit d’emporter que les objets d’une nécessité absolue , et l’on mit le scellé sur leurs autres effets. On avait retenu pour eux toutes les voitures de louage
€t tous les fourgons qui se trouvaient à Madrid ; ils parlirenl soudain pour Carihagène. Le lendemain malin les habitans de Madrid montrèrent autant de consternation que de surprise ; mais uu morne silence signala seul leur mécontentement.
Des mesures semblables à celles adoptées contre les jésuites de Madrid eurent lieu trois jours après , en même temps et à la meme beure, dans toutes les villes du royaume. On transporta les jésuites dans l’état ecclésiastique sur des vaisseaux préparés pour leur expulsion, et l’on prit des moyens sévères à l’effet d’empécber leur communication avec les colonies espagnoles. Les propriétés de l’ordre furent confisquées au profit du gouvernement , qui promit à chaque membre une pension modique, sous la condition que tous résideraient dans le lieu fixé pour leur exil ; la désobéissance d’un seul des membres devait entraîner la perte des pensions de tous les autres. Il fut défendu aux sujets du roi d’Espagne de correspondre avec les jésuites , soit directement, soit indirectement , sons peine d’éire réputés coupables de baille trabison j il fut également défendu de parler , d’écrire ou de faire la plus légère réclamation contre ces mesures, qui ne tardèrent pas à être exécutées jusqu«
dans les Indes , et fournirent des sommes immenses au gouvernement .
Prise de possession de la Louisiane.
Lors du dernier traité de paix la Loui-»
siane avait été cédée à l’Espagne j les haliilans de cette île demandèrent au conseil supérieur que la prise de la possession se retardât jusqu’au moment où la cour de France aurait eutendu leurs représentations. Le tribunal rendit l’arrèl sollicité, et les Espagnols repartirent pour la péninsule. La cour de Madrid envoya promptement le général Oreilly à l’île de Cuba; il prit dans ce lieu trois mille hommes de troupes réglées , les embarqua à bord de vingt-cinq bàtimens de transport , et son pavillon se montra l’année suivîinte à l’embouchure du Mississipi. Toute la colonie prit les armes. On voulait empêcher les troupes de débarquer j quelques citoyens se disposaient à brûler les vaisseaux; d’autres proposaient de se retirer sur la rive Orientale du fleuve avec leurs esclaves et tout ce qu’ils possédaient en argent et en bestiaux. L’éloquence du commandant français calma celte fermentation ; la flotte espagnole arriva sans être attaquée à la Nouvelle-Orléans, et la prise cle jxjssession au nom du roi d’Espagne eut lieu le
lendemain . Le général , homme méchant et cruel , traita les colons comme des révoltés J il choisit douze personnes parmi les familles les plus distinguées, en livra six à la mort, et plongea les six autres* dans les cachots de la Havane. Cette barbarie effraya les négocians, que le commerce appelait dans les colonies ; ils portèrent ailleurs leur or et leur industrie , et les propriétaires abandonnèrent leurs plantations.
Prise de Vile de JMinonjue et du. fort Saint- Philippe.
L’Espagne , d’accord avec la France , avait déclaré la guerre à la Grande-Bretagne. Ces deux puissances écliouèrent d’abord contre Gibraltar j mais elles soumirent l’île deMinorque , et s’emparèrent, après une longue résistance, du fort Saint- Philippe , une des places les plus fortes de l’Europe après Gibraltar. Ce succès les encouragea à tenter de nouveaux efforts pour réduire cette première place j elle allait enfin tomber en leur pouvoir lorsque des négociations poùr la paix suspendirent les travaux du siège,
^linorqueet la Floride réunies à V Espagne.
Par le traité de paix conclu le 5 septembre X 783 , l’Espagne recouvra toutes
les pertes qu’elle avait faites , et se vit de plus en possessiou de Minorquc et de la rioride.
Établissemens dus à Charles.
Charles , devenu étranger aux événemens qui se passaient dans le reste de l’Europe , s’occupa de faire fleurie dans son royaume les arts , le commerce et l’agriculture. Il établit en 1786 la compagnie des Philippines, et augmenta le cabinet d’histoire naturelle; en 1787, il fit un traité de commerce avec la Prusse , et ouvrit le canal d’Aragon.
JMort de Charles III.
Ce prince , attaqué dans les premiers jours de décembre 1788 d’une fièvre inflammatoire qui tourna en pulmonie mourut le 17 de ce mois à l’àge de soixantetreize ans.
. Caractère de ce roi.
Jamais lé ministère ne présenta autant de .stabilité que sous le règne de Charles III ; lorsqu’une fois il avait accordé sa confiance, il ne la retirait plus. Ses ministres mouraient en place , quelles que fussent les suites de leur administration . Ce prince , simple dans ses manières , de mœurs pures.
d’une probité scrupuleuse , meme dans seV relations politiques, emporta dans la tombe l’estime de l’Europe et les regrets des Espagnols.
Avènement de Charles-Antoine au trône.
, Charl ES- Ant OIN E, second fils de Charles III , monta sur le trône d’Espagne sous le nom de Charles IV.
Agression des Anglais.
La paix faillit être troublée au commencement du règne de ce prince ixir une agression des Anglais. Quoique la baie de Nootka fît partie du vaste empire du , Mexique , ces insulaires y avaient établi une factorerie , et avaient piis possession de ce lieu important au nom de la couronne d’Angleterre, Ces rivages étaient regardés , cent ans avant cette époque , comme inaccessibles aux navigateurs j mais le capitaine Cook ayant rapporté quelques fourrures précieuses en écnange de différentes marchandises européennes données aux naturels du pays , alors spéculateurs , prirent des cargaisons de pelleterie raa- .gnifiques qu’ils envoyèrent à Canton , où les Cninois les achetèrent au plus haut prix , et bientôt une colonie opulente s’étaplit à r^ootkasimd.
Deux vaisseaux Vie guerre frétés par les Espagnols entrèrent dans cette baie le 6 mai lySp , arrêtèrent les Anglais et les conduisirent à Saint-Blas.
Liberté des mers établie.
La cour de Londres , irritée , songeait à conquérir l’Amérique espagnole. Eu conséquence de ce projet deux escadres s’assemblèrent à Portsmouth , l’une sous le commandement du lordHowe, et l’autre sous celui de l’amiral Cornish j mais la France y alliee de l’Espagne, arma quarante-cinq vaisseaux de ligne pour venir a son secours , et des sentimens plus modérés succédèrent à la vive effervescence des insulaires. Le différend des cours de Madrid et de Londres se termina au mois de novembre 1791 , par la signature d’une ^ convention dans laquelle , sans fixer d’une maniéré précisé les limites respectives des deux puissances , on se contentait de statuer que la navigation de l’Océan Pacifique était aussi libre que celle de la mer Atlantique. Le droit réclamé par les Anglais de pêcher des baleines sur toutes les côtes occupées par les Espagnols fut reconnu , à la charge que les Anglais ne Formeraient aucun établissement permanent , et que leurs vaisseaux se tiendraient
éloignés de dix lieues dés contrées occupées par les Espagnols sur les bords de l’Océan Pacifique. A l’égard de la cote nord-ouest, objet principal de la contestation , on arrêta que le continent au nord des élablissemens possédés par l’Espagne serait ouvert aux deux nations , sous la condition seulement que les marchandises importées dans les ports de l’une ou de l’autre couronne paieraient un droit d’entrée.
Elévation de Moninos.
Mokinos , plus connu sous le nom du comte de Florida Bianca, d’abord simple avocat , s’était élevé , sous le règne de Charles 111 , au poste éminent d’homme d’état. 11 obtint de Charles IV la même confiance qu’il avait obtenue de Charles 111, et gouverna la monarchie comme premier ministre jusqu’en 1792 j où la reine d’Espagne, mécontente de sa sévérité, résolut de le perdre dans l’csprst du roi.
Sa disgrâce.
Disgracié d’une manière éclatante retenu même quelque temps prisonnier , Florida Bianca se relira dans un monastère. Ce ministre intègre , éclairé , avait régi l’Espagne avec succès j toutes scs açûons tendaient à relever la gloire.de sr
pairie , il conserva dans son élévation waé simplicité de mœurs peu commune, une grande aflabilité , un désintéressement que rien ne put altérer, et le désir sincère d’élre utile au peuple. La retraite de Florida Bianca causa une consternation générale, et son nom sera toujours vénéré par les Espagnols.
Le comte d^ARüNDjt.
Le comte d’Arunda , ainsi que nous l’avons vu , avait joué un rôle important sous Charles III , et présidé à l’expulsion des jésuites. Investi de la confiance de Charles IV lors des premières années du règne de ce prince , il se vit ensuite écarté de la cour et des affaires par les intrigues du clergé ; cependant le roi , qui voulait voiler sa disgrâce , le nomma amhassadeur en France. Le comte d’Arunda, revenu en Espagne au commencement de la révolution française , vivait dans l’isolement , lorsque la reine le fit élever de nouveau au ministère eu la place du comte Florida Bianca, qu’elle en avait éloigné. Il paraît que le comte d’Arunda se servit de son influence pour empêcher la* cour de Madrid d’entrer dans la coalition formée à l’effet d’arrêter l’essor de la révolution française. Son ministère fut de courte durée , mais
il était resté doyen du conseil lorsque les opinionsqu’il manifesta sur la guerre contre la France le firent exiler dans ses terres d’Aragon , où il termina son honorable carrière en 1794*
L’indépendance de son caractère et la force toute puissante de sa volonté le placen t au-dessus des hommes vulgaires. Il avait une manière de voir très-saine sur beaucoup d’objets , de l’originalité dans les idées et dans la manière de les rendre. Ses lumières n’étaient pas très-étendues , mais il savait dans un certain ordre de choses concevoir , vouloir et exécuter. Ou a comparé assez ingénieusement son esprit à un puits profond dont l’orifice est étroit.
Disgrâce de don Pedro Rodriguez de Campo-JManej,
Ce seigneur , célèbre sous le double rapport d’écrivain politique et d’homme d’Etat, après avoir long- temps occupé le ministère sous le dernier roi , fut nommé par Charles IV président du conseil de Castille et ministre d’Etat. Il présida les cortès du royaume , et son crédit paraissait inébranlable, quand il se vit banni des conseils , et privé de tous ses emplois au moment où Florida Bianca gagna la faveur du roi. Don Pedro supporta sa disgrâce avec dignité.
Le célèbre Robertson juge en ces termes les écrits de don Pedro. « Il est peu d’au- 33 leurs ) meme parmi les nations les plus » versées dans le commerce , qui aient » poussé si loin leurs recherches avec une 33 connaissance aussi approfondie de ces 33 dilférens objets , et avec nn plus vif 33 mépris pour les préjugés nationaux et 33 populaires , ou qui aient uni plus heu- 33 reusement le calme des recherches phi- 33 losophiques avec le zèle ai dent d’un ci- 33 loyen animé parl’amourdu bien public. 3>
Administration du prince de la Paix.
Don Manuel Godoi , connu depuis sous le nom de prince de la Paix , ne fut pas plutôt éleve à la dignité de premier ministre que le système suivi jusqu’alors changea entièrement j son administration doubla les regrets que le peuple avait donnés à la retraite de ses prédécesseurs, et prépara les malheurs de la monarchie.
Trait de courage de Charles ly.
A l’époque terrible du procès do Louis X Vl fa cour d’Espagne fut la seule puissance qui intervînt pour empêcher qu’on ne versât le sang du juste j mais la voix courageuse de Charles IV essaya vainemeut d’epargner un crime à la f'rance.
Guerre entre V Espagne et la France.
Charles , après avoir usé de tous les moyens de conciliation pour sauver XiOuisXYI, indigné de n’avoir pu réussir, déclara la guerre à la France. Pleins du sentiment le plus généreux , les Espagnols covirurent avec transport se ranger sous les drapeaux de leur souverain. Aucune vue d’intérêt particulier ne profana la cause sainte qu’ils défendirent, et les motifs sacrés qui leur avaient mis les armes à la main ; ils ne voulurent que la vengeance d’un attentat odieux , la punition d’un supplice inoui , le triomphe de la fidélité , de l’honneur et de la justice. Ils furent les seuls entre tous les peuples , comme leur monarque fut le seul entre tous les rois-, qui portèrent alors le plus noble désintéressement dans la plus noble de toutes les causes. Yingt ans plus tard les autres souverains et les autres peuples , éclairés par une funeste expérience, ont enfin reconnu, comme le reconnut jadis le plus vertueux des Grecs , qu’il n’est rien de vraiment utile que ce qui est juste.
L’armée espagnole se partagea en deux corps , l’un défendit le Guipuscoa , la Navarre et la Biscaye j l’autre attaqua la France par le Roussillon. Les braves
Espagnols , guidés par d’habiles généraux , obtinrent d’abord d’assez éclatans succès, principalement dans le Roussillon , où le général Ricardos exécuta de grandes choses avec une petite année , fit une guerre vigoureuse et se Couvrit de gloire , en remportant plusieurs avantages sur un ennemi naturellement intrépide , et qui sentait doubler sa force et ses moyens par l’exaltation de nouveaux principes.
Traité de Bâle.
Charles , épouvanté des succès de la révolution française , et cédant aux instances du prince de la Paix , se détacha de la coalition , et consentit en 1794 tm traité séparé appelé le traité de Bàle , du lieu où il fut conclu. Les deux Etals rentrèrent dans leurs anciennes limites continentales, et la France reçut de l’Espagne la partie de l’ile Saint-Domingue dont elle était en possession.
Singularité remarquahle.
Le premier roi qui se retira d’une coalition dont le but paraissait être de re|)lacer la famille de Bourbon sur le trône était lui-jnôxue un Bourbon.
Conduite de V Espagne.
Depuis la paix de Bàle l’Espagne ïte cessa de faire des sacrifices de toute nature pour se maintenir en parfaite harmonie avec la France : flottes , armées , trésors , elle lui prodigua tout ; le prince de la Paix employait ses soins assidus à faire triompher un système auquel il devait en grande partie la haute faveur dont il jouissait.
Désarmement de VEspagne.
( Dix-neuvième siècle. )
Lorsque Napoléon eut conclu le fameux traité de Tilsit , il projeta la ruine du Portugal "t de l’Espagne j pour atteindre ce but il commença par désarmer cette dernière puissance , en lui demandant seize mille hommes de troupes qu’il envoya dans le nord combattre pour des intérêts étrangers.
Intrigues contre la famille royale.
Napoléon entrevit les obstacles qu’il trouverait à subjuguer une nation énergique et fidèle qui ne lui fournissait aucun prétexte d’agression j il résolut d’obtenir par l’intrigue ce qu’il craignait de ne
pouvoir obtenir par la force ; en conséquence il chercha à semer la mésintelli-
f ;ence entre la famille royale. Instruit que e prince de la paix , l’ennemi nxortel du prince des Asturies , voulait faire contracter à ce dernier un mariage qui contrariait le choix de son cœur, Napoléon suggéra par son ambassadeur à l’héritier de la monarchie espagnole de demander la main d’une princesse de la nouvelle famille impériale. Jaloux à la fois de se soustraire à l’hymen qu’il redoutait et de resserrer les liens qui unissaient les deux couronnes , le prince des Asturies adopta le plan de l’ambassadeur de France , à condition toutefois qu’il serait approuvé par ses augustes parens, et prit des mesures relatives a cette résolution auprès de l’empereur des Français.
Emprisonnement du prince des Asturies.
Peu de jours s’étaient passés depuis que le prince des Asturies avait adressé sa demande à Napoléon , lorsqu’il se vil arreté par Tordre du roi son j)ère , et conduit prisonnier au monastère royal de Saint- Laurent. En meme temps parut un décret adressé au conseil de Castille , et proclamé au nom du monarque espagnol , qui accusait l’illustre détenu des plus cotopahles
manœuvres. ■ Loin de croire aux inculpa* lions dirigées contre le prince , le peuple soupçonna le favori d’être l’auteur des
Î ilus horribles calomnies , et rejeta sur lui ’odieux des mesures arbitraires qui venaient d’être prises. Le favori usa de son ascendant sur Charles IV pour le déterminer à se plaindre à Napoléon des menées secrètes de son ambassadeur auprès du prince des Asturies , et pour lui témoigner sa surprise de n’avoir pas été instruit de ses vues sur un objet d’une aussi majeure importance pour des têtes couronnées.
Craintes du prince de la Paix.
Le prince de la Paix , effrayé du mécontentement général qu’avait excité la détention du prince des Asturies , feignit de devenir l’arbitre d’une réconciliation entre le père et le fils ; mais ce dernier n’obtint qu’une liberté illusoire.
Traité de Fontainebleau.
Sur ces entrefaites, un courrier français ap{V>rta à Madrid un traité signé à Fontainebleau , entre les chargés de pouvoirs secrets des souverains de F rance et d’Espagne ; ce traité portait :
lo Que les provinces de Portugal situées entre le Mi^ho et le Buero , aifxsÀ
que la ville d’Oporio , seraient données en toute propriété et souveraineté au roi d’Etrurie , qui prendrait le titre de roi de la Lusitanie septentrionale ;
a® Que le prince de la Paix , sous le litre de prince des Alü;arves , aurait la souveraineté des royaumes d’Alentejo et de»
Al^arves j
3® Que le roi d’Etrurie cédait en toute propriété et souveraineté le royaume d’E- Irmie à l’empereur Napoléon.
Politique de Napoléon.
Lorsque Napoléon vil que le roi et la reine d’Espagne s’étaient aliénés le cœur de leurs sujets par l’arrestation du prince des Asturies , et que le pnnce de la Paix avait compromis sa faveur , il cessa sa correspondance avec eux, dans la vue de leur inspirer des alarmes et de les déterminer à partir pour les colonies espagnoles.
Feintes négociations de mariage.
Privé de l’appui deNapoléon, le prince dè la Paix rechercha celui du grand duc de Berg , et pour conjurer l’orage qu’il voyait prêt à éclater il détermina le roi et la reine d’Espagne à demander solennellement à l’empereur la main d’une de se»
cousines pour le piince des Asturies %
Napoléon assura Charles IV qu’il u’avait aucune connaissance de l’alliance projetée par le prince des Asturies avec une princesse de sa famille , mais qu’il consentait à cet hymen. En même temps il faisait hier des troupes en Espagne , et semer le hruit qu’il emhrassait la cause de l’héritier du trône , afin de se concilier le suffrage de la nation.
Le roi et la reine , frappés de terreur , n’osèrent s’opposer à l’entrée des troupes françaises , qui se mirent bientôt eu possession des forteresses de Pampelune, de Saint-Sébastien , de Figuières et de Barcelonne, seules places qui offrissent des obstacles à l’invasion de la péninsule.
Napoléon alors se plaignit de ce que Charles IV n’avait pas réitéré sa demande pour le mariage de son fils avec une princesse de la famille impériale. Le roi montra ,1e plus grand désir que cette alliance eût promptement lieu.
En meme temps un messager secret de l’empereur se rendit eu Espagne avec beaucoup de précipitation et de mystère ; on ne put découvrir le sujet de ses conférences avec la famille royale ; mais après son départ de Madrid on s’aperçut que la' cour faisait des préparatifs pour se réfuter dan»
le Mexique.
Séditions d’Aranjue^-
A la première nouvelle qui se répandît du projet formé par l’auguste famille de quitter la péninsule , toutes les classes des * citoyens témoignèrent leurs craintes d’une manière énergique ; en vain le roi démentit hautement le bruit qui s’était répandu :
les mesures prises chaque jour manifes* taient tellement la résolution d’émigrer , et la défiance générale était si grande que le peuple, poussé par le désir impérieux de son propre salut , eut recours à l’insurrection , et se porta en armes à Aranjuez pour s’opposer à la fuite de ses souverains.
Abdication de Charles IK-
Le favori , dès long-temps l’objet de la haine générale , fut conduit en prison , et Charles IV, qui n’était plus influencé par ses conseils , abdiqua le trône en faveur du prince des Asturies.
Conduite de Ferdinand KII.
Élevé au trône sous le nom de Ferdinand VII , le prince des Asturies fit son entrée royale à Madrid au bruit des acclamations joyeuses d’un peuple qui voyait en ce prince le soutien de la monarchie. Cependant le grand duc de Serg avait
appris les troubles d’Aranjuez, et marchait sur Madrid , accompagné de toute son armée. Ferdinand envoya une députation de trois grands d’Espagne à l’empereur pour lui communicpier son avènement au trône, et l’assurer du désir sincère qu’il formait de resserrer l’alliance établie entre les deux couronnes j en même temps il chargea un autre grand d’Espagne d’aller complimenter le grand duc de Berg sur sa présence dans la capitale.
Le grand duc , entré dans Madrid à la tête de scs troupes, répandit la nouvelle de l’arrivée proenaine de l’empereur, parla d’une maniéré insidieuse de l’abdication de Charles IV, et laissa entendre qu’il ne pouvait avoir aucun rapport avec le nouveau roi jusqu’au moment où Napoléon l’aurait reconnu j de celte manière il parvint à jeter des doutes sur le succès efe la révolution d’Aranjuez.
Le roi et la reine d’Espagne profitèrent de cette circonstance pour intercéder le grand duc en faveur du prince de la Paix , retenu en prison . Le grand duc , fidèie au plan qu’on lui avait tracé , montra beaucoup de déférence aux vœux de Charles IV.
L’allégi'esse avec laquelle les citoyens de Madrid avaient reçu Ferdinand prouvait au grand duc qu’on pouvait agir avec succès
contre lui tant qu’il serait au milieu de son peuple j en conséquence il chercha à lui ôter ce soutien. Pour arriver à ce but
il persuada d’abord à l’infant don Carlos d’aller au-devant de l’empereur, qui, disait-il , n’était pas éloigné de la capitale de plus de deux jours de marche j l’infant
S arlit , il engagea le roi à faire la même éinarche. Ferdinand hésitait sur le parti qu’il devait prendre, quand un nouvel envoyé de Napoléon se présente pour le féliciter, et l’assurer que s’il est dans l’intention de suivre avec la France le système adopté par Charles IV , l’empereur ne se mêlera en aucune manière des affaires in-
térieures de l’Espagne , et le reconnaîtra sur-le-champ comme roi des Espagnes et des Indes.
Le crédule Ferdinand cède aux sollicitations des agens de l’empereur , et fait ce
2 ue ne doit jamais faire un monarque dans es circonstances critiques j il quitte sa capitale. Toutefois pour que les affaires urgentes ne souffrissent pas de son absence, avant son départ il établit une junte suprême , présidée par son oncle l’infant don Antonio.
Voyage de Ferdinand.
Le roi croyait trouver l’empereur à Burgos , celui-ci était encore a Bayonne ,
on engage Ferdinand , toujours par le feint motif de son interet, à continuer sa marche imprudente jusqu’à Vittoria j il se laisse convaincre, fendant cet intervalle l’infant
don Carlos se rendigtl^ Bayonne , où l’empereur l’avait engagé à venir , et la junte suprême du gouvernement se vit contrainte à remettre le prince de la Paix entre les mains du grand duc de Berg.
Une lettre de Napoléon invite Ferdinand à se rendre à Bayonne; ce dernier, sourd aux conseils de ses ministres , à la voix de ses peuples, part de Vittoria pour aller joindre l’empereur.
Le roi rencontra en chemin les troi&
grands d’Espagne qu’il avait députés vers l’empereur ; le compte qu’ils liai rendirent de leur mission lui donna des inquiétudes; mais il approchait de Bayonne , il n’était plus temps de revenir sur ses pas.
Réception de Ferdinand,
L’habitation dans laquelle on mena le roi , lors de son arrivée à Bajonne , n’était pas convenable à la dignité de' son rang ; il cherchait à deviner le motif d’une réception si singulière, quand on l’informa que l’empereur venait pour lui rendre visite ; il alla le recevoir jusqu’à la portière de son carrosse. Les deux souverains
s’embrassèrent et se donnèrent réciproquement beaucoup de témoignages d’affection. L’empereur ne resta qu’un instant avec le roi , et l’embrassa de nouveau avant de se séparer de lui.
Bientôt apres Napoléon envoya son maréchal du palais inviter Ferdinand à dîner j des voitures étaient disposées pour le conduire au palais de Marac j il s’y transporta sans délai ; l’empereur se présenta à la portière de la voiture du roi pour le recevoir , l’embrassa encore , et le conduisit amicalement jusqu’à l’appartement qu’il lui avait fait préparer.
Le roi avait à peine eu le temps de prendre un peu de repos qu’on vint* lui annoncer que l’empereur s’éiait déterminé à renverser la dynastie des Bourbons en Espagne pour y substituer la sienne , et qu il exigeait sa renonciation à la couronne, tant en son nom qu’au nom de toute sa famille.
La surprise et la consternation de Ferdinand sont impossibles à peindre ; tous ceux qui l’entouraient crurent être en proie à l’illusion d’un songe fâcheux j le
f )orteur de cette étrange proposition était e même qui avait engagé le roi à venir au-devant de l’empereur.
Entreoue des ministres de France et d’Espagne,
Don Pedro de Cevallos , premier secrétaire d’état du roi , mandé le lendemain au palais de Marac , se plaignit vivement au ministre de Napoléon de la conduite perfide qu’on avait tenue envers son souverain J il déclara qu’il était autorisé par lui à protester contie la violence faite à sa personne ; il ajouta que Ferdinand ne pouvait abdiquer sa couronne en faveur d’une autre maison, que la sienne sans manquer à ce qu’il devait à sa famille, à son peuple et à lui-méme ; mais que s’il était capable de s’oublier jusqu’à ce point , la nation espagnole aurait seule le droit d’appeler au trône une nouvelle dyuastie.
On insista sur l’abdication demandée , et l’on prétendit que celle de Charles IV.
n’avait pas été volontaire.
M. de Cevallos témoigna son étonnement de ce que l’on exigeât l’abdication du fils au moment meme où l’on contestait la validité de celle du père j ensuite il affirma que trois semaines avant les troubles d’Aranjuez Charles IV avait dit à la reine son épouse , en présence de tous les ministres d’état : « Marie-Louise , nous allons V nous retirer dans une de nos provinces,
ss où nous passerons nos jours dans le re- »>pos, et Ferdinand, qui est jeune, 35 prendra sur lui le fardeau du gouver- 35 nenient. 55
M. de Cevallos essaya ensuite de faire sentir combien il devenait utile à la France de se maintenir en paix avec un peuple qui non - seulement lui avait fait tant de généreux sacrifices , mais dont le dévouement et la loyauté repousseraient avec énergie Finsulte faite à son monarque , et qui s’ensevelirait plutôt tout entier sous les ruines de la péninsule que de laisser attenter à son indépendance ; il rappela ensuite le traité conclu à Fontainebleau , lequel garantissait rintégrité de la monarchie espagnole.
L’empereur entra tout à coup dans le " cabinet des ministres , et comme son éloquence ne put persuader M. de Cevallos, il fit dire au roi de choisir un négociateur plus flexible.
Charles JV^ à Bayonne *
M..de Cevallos instruisit le ministre des affaires étrangères que le roi désirait de retourner à Madrid , pour calmer les alarmes de ses sujets j il ne reçut aucune réponse ; Napoléon continua de demander l’abdication de Ferdinand } celui-ci
continua de la refuser 5 le premier , contraint de changer de plan , ordonna au grand duc de Berg de faire partir Charles IV et son épouse pour Bayonne. Ces infortunés souverains demandèrent à être précédés dans leur voyage par le prince de la Paix , artisan des malheurs de l’Espagne , mais en qui , trop aveuglés , ils voulaient constamment voir un appui. Le grand duc de Berg, qui avait forcé la junte à le remettre en liberté , le fit conduire sous une forte escorte à Bayonne. Le roi et son épouse ne tardèrent pas à le suivre.
Abdication de Ferdinand.
Charles IV, séduit par de secrètes intrigues , avait déjà réclamé contre son alxiication. Ferdinand, prisonnier, menacé du courroux de son père , et dans l’ignorance des véritables sentimens des Espagnols, signa, le mai 1808, une renonciation condilionnellede sa couronne en faveur de son père. Le 5 du même mois Napoléon alla rendre une visite au roi et à la reine. Le roi Ferdinand, appelé à cette réunion , reçut de son père l’ordre de faire une renonciation absolue de sa couronne , sous peine d’être traité , avec toute sa maison, comme usurpateur du trône, et comme conspirateur contre la vie de ses parons.
Enfin , dans une dernière conférence entre Ferdinand et l’enipereur , celui-ci lui dit : Prince , V abdication ou la mort. Ainsi deux princes en Espagne , à douze siècles de distance, furent également menacés de la mort, l’un s’il n’acceptait pas la couronne (Vamba, roi des Goths ) , l’autre s’il ne la résignait pas.
]\Iassacre du 2. mai.
Lorsque Charles IV et la reine sou épouse furent partis pour Bayonne , il ne restait plus de la famille royale à Madrid que la reine d’Etrurie , don Francisco son lils , et l’infant don Antonio, frère de Charles IV, président de la junte suprême.
Lie grand duc de Berg se mit eu devoir d’exécuter l’ordre qu’il avait reçu de les faire conduire à Bayonne j la population entière de Madrid s’insurgea pour s’opposer à ce départ. On tira sur le peuple à mitraille, et les colonnes impériales’se répandirent dans les rues de Madrid. Les liahitans coururent aux armes, et se défendirent pied à pied , corps à corps j ils affrontèrent les plus épais bataillons , y portèrent le désordre , et reçurent la mort avec une inconcevable intrépidité. Le sang coulait de toutes parts , et la bourgeoisie , quoique très- inférieure en nombre, quoique
abandonnée de son gouvernement, et non dirigée par les militaires espagnols , qui étaient retenus dans leurs quartiers, soutenrât la lutte avec énergie, et dans quelques endroits avec avantage , lorsque des paroles de paix la désarmèrent.
Le combat cessa ; les troupes qui occu-
Î iaient les postes de Madrid arrêtaient tous es citoyens qu’ils rencontraient avec des armes et les fusillaient. Le silence de cette épouvantable nuit ne fut interrompu que par le bruit de la mousqueterie et par les gémissemcns des mourans,.
Abdication de toute la famille royale.
L’empereur, une fois maître de l’abdication de Ferdinand , se fit donner celle de Cbarles IV, et contraignit l’infant don Carlos , frère du prince d.es Asturies , et l’infiint don Antonio son oncle , de renoncer à leurs droits au trône. Ferdinand , ainsi que les autres infans d’Espagne , furent conduits prisonniers à Valence , et Napoléon proclama roi d’Espagne son propre frère Joseph Napoléon.
Etat de V Espagne à cette huitième époque.
La monarchie , déchue de sa splendeur sous le règne de Philippe IV, pencna tout à fait vers sa ruine sous celui de Charles II.
L’esprit d’égoïsme semblait avoir éteint
tout amour de la patrie ; mais cet amour sacré n’était qu’assoupi dans le cœur des Castillans , et se réveilla bientôt avec force à la voix d’un petit-fils de Louis XIV. Sous ses drapeaux chéris , l’Espagnol recouvra sa constance et sa gloire , et le vaisseau de l’Etat , qui menaçait d’être submergé , rentra victorieux dans le port. L’Espagne prit de nouveau rang parmi les grandes puissances de l’Europe.
Le règne de Louis surnommé le Bien - Aimé , et de Ferdinand VI , surnommé le sage , firent goûter les douceurs de la paix à la péninsule, et rendirent quelque éclat à l’agriculture, au commerce et à l’industrie. La valeur de Charles III remit dans sa maison le trône dos deux Siciles J et la protection qu’il accorda aux sciences et aux arts ramena le goût de l’instruction. Charles IV suivit d’abord la marche de ses prédécesseurs , et rien ne
S araissait enfin devoir nuire à la prospérité e la péninsule , lorsque l’ambition et la
S erfidie du prince de la Paix semèrent la iscorde dans la famille royale, servirent les projets de Napoléon , plongèrent l’Espagne dans de nouvelles convulsions , et donnèrent naissance à cette lutte si terrible et si glorieuse où l’énergie castillane vengea l’Europe de vingt ans de revers.