‹ Beautés de l' histoire des Espagnes, ou Grandes époques de cette histoire, faits intéressans, usages, moeurs et coutumesChapitre 9 sur 17 · VU". ÉPOQUE · texte numérisé non relu

VU". ÉPOQUE

Le duc de Lerme.

Philippe III, indolent par caractère , ne fnt pas plutôt monte sur le trône qu’il se débarrassa du soin des affaires sur son favori don François de Roxas de Saudoval, marquis de Dénia , créé à la fois duc de Lerme, grand d’Espagne et premier ministre. Ce seigneur , aussi incapable que son maître de régir de vastes états , livra sa confiance au fils d’un simple soldat , Rodrigue Calderone , qui gouverna l’Espagne sous le nom de Philippe III et du duc de Lernxe. Le ministre ne parut d’abord s’occuper que de l’humiliation des grands et de l’élévation des ecclésiastiques j ses vues étroites lui valurent bientôt le mépris des puissances étrangères ; on s’aperçut facilement que la grande puissance de l’Espagne ne consistait que dans la main forte qui avait tenu les rênes de son gouvernement, et que le destin des empires dépend de l’homme qui les régit.

Prise de Rhinherg.

Mendoza , choisi par l’archiduc pour combattre les rebelles des Pays - Bas ,

assura ses communications avec le pays au-delà du Rhin , et mit le siège devant Rhiuberg, ville dépendante de révéché de Cologne , fjui appartenait alors aux Provinces -Unies. Celte place très- forte était défendue par une garnison considérable.

Les Espagnols , après l’avoir battue en brèche , livrèrent un assaut où ils se virent repoussés avec une grande perte.

Mais un accident épouvantable vint accabler les assiégeaus et favoriser leurs ennemis. Un boulet de canon ayant frappé contre un des murs de la citadelle , et pénétré par une croisée dans la partie où le magasin à poudre était placé , üt non seulement sauter cette forteresse , mais aussi presque toutes les murailles de la ville.

Le gouverneur , sa femme , sa famille, une foule nombreuse d’habiians , furent ensevelis sous les ruines. L’agitation violente de l’eau brisa plusieurs navires, en engloutit d’autres. Épouvantée de ce désastre imprévu , la garnison de Rbinberg capitula.

Faihlesee de Philippe III.

Spectateur d’un autodafé j Philippe, naturellement doux et bon , gémit sur le sort des malheureux livrés aux flammes, les plaignit hautement et versa des larmes.

Le grand -inquisiteur lui fit un crime de rattendrissement qu’il avait montré , et ne rougit pas d’exiger de ce prince de se faire tirer du sang eu expiation de son humanité. Le roi consentit à se laisser saigner et à livrer son sang au grand-inquisiteur, qui le fit brûler par la main du bourreau.

Bataille de Newport.

(Dix -septième siècle.)

Malgré la fatigue d’une longue marche, les Espagnols combattaient sans relâche depuis trois heures , et quoiqu’ils souffi issent horriblement de l’ardeur du soleil, du vent contraire , d’une poussière excessive , et qu’ils fussent continuellement foudroyés par le feu de l’artillerie hollandaise , ils avaient souvent repoussé les bataillons frais de l’ennemi , et paraissaient déterminés à mourir plutôt qu’à se laisser vaincre. L’archiduc Albert, qui s’était exposé aux plus imniinen s périls , .quitta son casque, afin d’être plus aisément reconnu de ses soldats : un coup de pique l’atteignit à l’oreille, et le força de se retirer. Un autre accident fit tomber son cheval dans les mains de l’ennemi : cet animal , d’une taille remarquable , ayant disparu , les Espagnols crurent que le prince était

mort ou prisonnier, et se laissèrent aller au dernier découragiuent.

Maurice rassemble à la hâte toutes ses forces , attaque l’ennemi de front avec son infanterie , et le prend en flanc avec sa cavalerie. Au moment meme de cette charge terrible , le magasin à poudre destiné au service de l’artillerie espagnole prend feu , la cavalerie hollandaise , transportée d’une ardeur nouvelle, se précipite sur les bataillons de l’archiduc , en criant :

Kictoire ! victoire ! Incapables de résister davantage à un choc aussi violent , les troupes de Philippe lâchent pied de toutes

f >arts etfiiyenten désordre. Les vainqueurs es poursuivent qucl(j[ue temps, mais l’ajv proche de la nuit décidé Maurice à faire sonner la retraite. Son armée , comme celle de l’archiduc , était épuisée de fatigue et de besoin ; il connaissait d’ailleurs le caractère intrépide des Espagnols , et ne voulut pas s’exposer à les voir revenir lui arracher la victoire. Cette journée coûta aux Espagnols cinq mille hommes , toute leur artillerie , leurs bagages , leurs provisions , et plus de cent étendards.

Albert quitta le champ de bataille aussitôt que ses troupes l’eurent abandonné , et se rendit à Gand , où l’archiduchesse Isabelle le reçut avec ce caractère mâle et courageux qui la distinguait de son sexe.

Les Spjnosa.

Frédéric Spinosi , noble Génois qni avait servi sous le duc de Parme , et donné les marques les plus éclatantes de talens et de valeur , venait d’anéantir en partie le commerce de la Hollande , en faisant croiser une escadre de galères sur la côte de Flandre. Frédéric demanda et obtint de la cour de Madrid un renfort de six galères , aborda au port de l’Ecluse , qui , par sa situation y offrait un mouillage et un abri sûrs, et lit tenir ses galères à l’ancre dans le canal qui conduit à ce port j ces galères sortaient pour courir sur l’eunemi lorsqu’il n’était pas assez fort pour soutenir le combat, et coulaient bas ou prenaient ses vaisseaux marcbauds. Frédéric se convainquit , par l’expérience du dommage qu’il avait causé aux Hollandais, que des expéditions navides sagement combinées leur porteraient un coup plus funeste que le, siège de toutes leurs villes et que les batailles les plus malheureuses j il résolut d’aller en personne prouvera Philippe cette importante vérité. Cependant avant tout il soumit ses projets à son frère aîné , Ambroise, marquis de Spiuosa. Celui-ci, quoiqu’il eut atteint son sixième lustre , ne s’était pas encore montré sur la scène

du monde, et paraissait destiné à passer ses jours dans la retraite. La gloire de Frédéric développa tout à coup dans Tàme d’Ambroise le germe des plus nobles senliraens , et le décida à faire usage des richesses immenses qu’il possédait pour servir les desseins de la cour d’Espagne j en conséquence il chargea son frère de déclarer au roi que s’il voulait rendre ses forces navales à l’Ecluse plus respectables , il lui promettait de lever à ses propres frais un corps de huit mille hommes qu’il commanderait lui-méme à bord des navires espagnols.

Le roi accepta avec reconnaissance l’offre généreuse d’Ambroise, et lui expédia sur-le-champ sa commission pour la levée de ce corps de troupes , et l’ordre précis pour le prompt équipement de toutes les galères. Ambroise revint dans le Pays Bas; suivi de sa petite armée , il soutint l’amiral d’Aragon , et lui épargna la douleur d’abandonner le Brabant aux Hollandais.

L’expédition de Frédéric n’obtint pas le même succès , il perdit cinq galères des huit qu’il commandait. Trop actif pour rester dans l’inaction , il hasarda d’attaquer avec plusieurs frégates et huit galères une flotte hollandaise qui croisait sur la côte.

Après un combat long et sanglant, il reçut

tine blessure qui lui coixtala vie. La mort de Frédéric , et le triste état où se trouvait la flotte espagnole à l’Ecluse, déterminèrent le marquis de Spinosa à quitter le service de mer pour embrasser celui de terre.

Siège d’ Ostende.

Ce siège, un des évéuemens les plus mémorables de l’hisioire moderne , fixa tous les regards de l’Europe j d’illustres étrangers accourent d’Allemagne , de Danemarck, de France et d’Angleterre, pour être témoins des exploits brilians que présageaient les préparatifs des puissances belligérantes.

Une première sortie , où Charles de Vander Noot, gouverneur d’Ostende , avait tué beaucoup de monde aux assiégeans, ne découragea point l’archiduc , qui n’eu poursuivit que plus opiniâtrément son dessein.

L’industrie et la valeur des assiégés , qui par leurs travaux neutralisaient tous ses efforts, les sacrilices énormes que les États faisaient pour la défense d’Ostende ,, l’habileté de François de Vère, nommé gouverneur à la place de Vander Noot , ôtaient à l’archiduc l’espoir de forcer la garnison à capituler , à moins qu’il ne parvint à couper à la place toute espèce (le secours par mer.

Depuis plusieurs mois les assiegeans et les assiégés rivalisaient de conslauce , de courage , de talent et d’adresse dans leurs man(EUvres. L’areliidnc avait vu plusieurs fois échouer scs plans; enfin il se crut arrivé au moment du succès. L(;s fortifications de la ville , situées près de la mer, venaient d’élre extrèmemeu l endommagées

f »ar la fureur des flots; le fer , la désertion, a maladie avaient enlevé les trois quarts de la garnison. L’archiduc donna l’ordre à un corps d’élite de traverser le port à marée basse au milieu de la nuit, pour mettre le feu aune fortification temporaire , composée d’énormes piles de fagots et d’autres matières comhustibles, placées au pied du rempart situé au nord de la ville , a l’effet d’empécher de nouveaux empiétemens de la mer. L’incendie fut épouvantable, et résista trois jours et trois nuits à tous les cfibrts que la garnison fit pour l’éteindre. Dans celle affreuse situation François Vère apprit que l’archiduc se préparait à donner un assaut général, Vère, effrayé dupéril que la place courait, usa de dissimulation , et dépêcha un officier vers Albert pour lui annoncer qu’il était prêt à capituler. Se confiant à la bonne foi du gouverneur , Albert au moment meme reçoit et donne des otages j il presse ensuite

son adversaire de proposer les articles de la capitulation . Vère eut l’art de différer de jour en jour de satisfaire à cette demande, jusqu’à l’arrivée des troupes qu’il attendait de la Zélande , et déclara alors à l’archiduc que les Etals scs maîtres ayant augmenté sa garnison , il ne pouvait se rendre sans manquer à l’honneur.

Indigné de la trahison qui lui arrachait la victoire , Albert livra aux assiégés le plus terrible assaut. Malgré le carnage et l’effroi que les mortiers de l’ennemi vomissaient parmi les premiers rangs espagnols, ceux-ci continuèrent d’avancer, précipités par ceux qui les suivaient , et s’approchèrent de si près que chaque coup des assiégés frappait de mort ceux qui en étaient atteints. Cet épouvantable spectacle et les ténèbres de la nuit n’ébranlèrent pas la bravoure espagnole. Le gouverneur fit allumer un grand nombre de feux , afin lie prévenir toute surprise , et les assiégés et les assiégeans continuèrent le combat avec la même intrépidité.

Les Espagnols se pressaient dans le port

f >our remplacer à l’instant meme ceux que e feu détruisait ; alors le gouverneur pratiqua dans les fortifications deux écluses , dont l’une servait pendant le reflux à conserver l’eau dans la partie du canal

située au dedans de la ville , et l’autre à la retenir egalement dans la partie la plus élevée du pays. Il fit ouvrir les deux écluses en meme temps , et la quantité d’eau qu’elles répandirent tout à couj) dans le port fut si prodigieuse , qu’entraînes

S ar la violence du courant, des milliers ’EspagnoIs se noyèrent , pendant que beaucoup d’autres , en se saisissant pour se sauver des palissades qui fortifiaient le rempart, périrent sous les coups des assiégés. Pour “prévenir une déroute , la cavalerie tenait étroitement enfermée dans le port l’infanterie , qui ne put en conséquence effectuer sa retraite quand la nécessité l’exigea , et resta long - temps inutilement exposée au feuj enfin la cavalerie s’étant noyée en partie pour avoir entrepris d’arrêter la rapidité du courant , le général fit sonner la retraite, de manière que les assiégeans , repoussés de toutes

F arts , se virent contraints de renoncer à assaut.

Une sédition survenue parmi scs troupes empêcha l’archiduc de tenter un second assaut J il s’attacha à bloquer étroitement le canal. Les principaux officiers de ce

f )rince lui .conseillèrent en vain de lever e siège d’Ostende j il crut son honneur intéressé à persister dans son entreprise ,

et parvint à convaincre Philippe et les Etals de Flandre du besoin qu’ils avaient de lui procurer les moyens de la continuer.

Tandis qu’il se consumait devant Osiende, des régimens entiers de ses troupes se débandèrent , et portèrent la désolation dans le Brabant. Il crut arrêter leurs excès en publiant un édit de proscription j celte mesure engagea les rebelles à renforcer l’armée des Etats.

Le siège d’Ostende , commencé depuis trente mois , avait coûté soixante mille hommes à l’archiduc , sans qu’il se trouvât plus avancé que dans les premiers momens.

Il s’imagina que les échecs qu’il avait reçus, tenaient au manque de vigueur ou d’habileté de ses généraux , et confia , avec l’agi émeut de la cour d’Espagne , la continuation de la conduite de ce siège au marquis de Spiuosa,

Cet lîomme extraordinaire , à peine encore initié dans les opérations militaires, déploya tout à coup le génie des Turenne et des Condé , pourvut de ses propres trésors à la solde et aux besoins des soldats , se les attacha par sa générosité , releva leur courage abattu par son exemple , et plaça sur sou front un lauiier que les jilus grands capitaines avaient jugé impossible de cueillir. Ostende capitula après troU âus et demi de siège.

Jtioasion de l’Irlande.

Trompé par de faux rëcils qui lui promettaient le secours des méconicns et des catholiques d’Irlande , Philippe médita l’invasion de cette île , et miargea don Juan d’Aguilar du commandement des troupes rassemblées pour celte expédition.

D’Aguilar avait acquis de la réputation

S ar quelques succès. 11 fit voile des ports 'Espagne , et mouilla à Kinsale , ville située au sud de l’Irlande j mais plusieurs transports s’étant séparés de la flotte , il ne put rassembler que quatre mille hommes; cependant il n’en résolut pas moins d’augmenter les. fortifications de la place avec cette petite armée , et d’y attendre le reste de scs forces. Bientôt après une flotte anglaise bloqua entièrement ce port.

D’Aguilar, suivant les instructions de sa cour , répandit un manifeste dans le pays voisin , où il déclarait au peu|ile que, général de la guerre sainte , il n’elail envoyé que pour délivrer les Irlamlais de la puissance du démon et de celle d’une reine hérétique.

Des Irlandais , très-attachés au papisme, avaient aussi beaucoup de prédilectiou

f our les Espagnols j toutefois , malgré invitation pressante de d’A^ilar, ils se

déterminèrent à ne seconder ses armes qu’à l’époque du débarquement des nouvelles troupes qu’il attendait.

Montjoy, vice-roi d’Irlande, était alors occupé dans le nord de ce pays à combattre Tyrone , chef des naturels qui avaient levé l’étendard de la révolte contre leur légitime souverain, Tyrone se trouvait assiégé quand le vice-roi , prévenu de l’arrivée du renfort promis à d’Aguilar, déploya le plus grand courage contre les rebelles j afin d’éviter que l’insurrection ne devînt générale , il laissa une partie de sa cavalerie pour observer Tyrone , et courut à la hâte assiéger Kinsale. Il n’avait encore fait que peu de progrès devant cette place , lorsqu’il apprit que l’intensité du froid avait procuré a Tyrone le moyen de se sauver sur la glace avec scs partisans, et qu’ils s’avancaient au secours de d’Aguilar î Montjoy courut soudain avec une partie de son armée à la rencontre de Tyrone , et le défit complètement.

D’Aguilar , convaincu par la lâcheté que les Irlandais avaient montrée pendant tout le cours de cette affaire , qu’il ne pouvait pas compter sur eux , et regardant comme une folie de prétendre à se mesurer seul contre toutes les forces de la Grande-Bretagne , se détermina à rendre la place aux

Anglais s’il en oblenait vme capliulalion honorable.

Le vice-roi, digne rival de d’Aguilar en valeur comme en générosité , consentit à accorder les honneurs de la guerre aux troupes espagnoles , et à les transj>orter sur des vaisseaux anglais avec leur artillerie et leurs munitions , ainsi cju’à régler une indemnité pour les habitans de Kinsale.

D’Aguil ar , après avoir sauvé l’arméo espagnole par sa prudence , et pourvu aux intérêts de la ville qui l’avait accueillie , se rendit à la cour de Philippe, et persuada aisément ce prince d’abandonner à leur, destinée les rebelles Irlandais.

Paix entre V Espagne et V Angleterre.

Élizabeth avait laissé par sa mort le sceptre delaGrande-Bretagneà JacquesP’’.

Ce monarque , incapable de suivre les grandes vues de cette illustre reine , fut facilement amené à conclure la paix avec les Espagnols. Cependant Philippe ne tira pas de ce traité tout l’avantage qu’il en attendait. Jac(jues s’engagea à n’envoyer aux Etats-Géneraux ni troupes , ni argent, ni munitions de guerre j mais il déclara vouloir observer une exacte neutralité , et décida qu’il permettrait également aux Hollandais , au roi d’Espagne et aux

archiducs de lever des hommes dans ses domaines. Jacques ensuite refusa formellement d’interdire à ses sujets le commerce de rinde , ainsi que le demandait Philippe, contraint de renoncer à cette prétention ridicule.

Le traité de paix entre le roi d’Espagne et le roi d’Angleterre se signa à Douvres , le ip août 1604.

Désordre des finances.

Le peu d’encouragement que recevaient l’agriculture et l’industrie avait détruit les hran ches les plus importantes du commerce, et réduit l’Espagne à l’impuissance de se fournir des productions de ses propres manufactures et d’en approvisionner scs colonies. L’or et l’argent importés d’Amérique entraient à peine dans les ports de l’Espagne qu’ils eu disparaissaient aussitôt pour acquitter le prix des marchandises tirées des fabriques étrangères. La rareté des métaux précieux devint si grande que le duc de Lerme fixa par un édit royal la monnaie de cuivre à une valeur nominale presque égale à celle de l’argent. Cette piesure produisit des effets désastreux j les nations voisines répandirent avec profusion en Espagne une fausse monnaie fabriquée avec ce même métal , et d’une valeur

intrinsèque pareille à celle de sa monnaie courante , en retour de laquelle elles ne prenaient que les espèces frappées avec l’or ou avec l’argent du Mexique , et l’Espagne vit presqu’entièrement disparaître de son sein les trésors arrachés au Nouveau- Monde.

Indépendance des Propinces-Vnies .

Les efforts réunis des archiducs , de la cour d’Espagne et de Spinosa , ne leur avaient procuré aucun avantage solide ; l’esprit de révolte animait les troupes : on ne savait où trouver de l’argent pour continuer la guerre. Le bruit que les Hollandais , ligués avec les Maures répandus sur la côte de Barbarie , devaient leur fournir des vaisseaux pour entrer en Espagne , inquiétait les ministres de Philippe j l’archiduc désirait encore plus au eux la paix.

Depuis qu’il était parvenu à la souveraineté des Pays-Bas , il n’avait pas goûté un seul instant de repos , et l’épuisement où se trouvait l’Espagne , ne lui laissait pas espérer de pouvoir en tirer des secours. Spinosa lui -même , qui ne s’abusait pas sur l’impossibilité qu’il trouverait à consei’ver dans une nouvelle campagne la gloire qu’il avait acquise , usa de toute son éloquence pour convaincre l’archiduc et les ministres

de Philippe de l’extravagance du plan qu’ils avaient conçu de réduire la Hollande , tant que les confédérés , unis étroitement en- Ir’cux , seraient en outre soutenus par un allié aussi puissant que le roi de France.

L’archiduc envoya des chargés de pouvoirs sonder les intentions des Etats.

Maurice s’opposa fortement à ce qu’on écoutât les propositions de l’archiduc. Jean Oldeii Barnevclt , pensionnaire de Hollande , un des plus grands hommes d’état du siècle , émit une opinion contraire , et son avis , embrassé par les trois quarts de l’assemblée, devint celui de Maurice : les commissaiix's de l’archiduc furent aussitôt admis à l’audience qu’ils avaient demandée ; on leur déclara que les Etats ne pouvaient entendre aucune proposition si les Provinces -Unies n’étaient préalablement reconnues pour État libre et indépendant.

Cette clause paraissait honteuse à Philippe.

Cependant la triste situation où se trouvaient son trésor et son armée l’empécha de rompre les négociations. Tandis qu’elles se prolongeaient sans amener aucun résultat, une victoire éclatante, remportée près de Cadix par la flotte des Hollandais sur la flotte des Espagnols , abattit le courage de ces derniers , qui ne désirèrent plus que la paix. Après de longues conférences où

l’on ne s’accordait pas , le roi de France proposa aux puissances belligérantes de conclure une trêve au lieu d’une paix définitive f et fit entendre à Philippe que la déclaration exigée par les Etats ne porterait aucune atteinte à sa souveraineté , puisqu’elle n’aurait de force que pendantle cours de la trêve. Le roi d’Espagne était prêt à donner son consentement , quand un scrupide de conscience l’arrêta. Brizuella , sou confesseur , usa de l’empire qu’il tenait de la religion pour prouver au dévot monarque que la guerre, loin de rétablir la foi catholique dans les provinces révoltées , pourrait lui porter un coup fatal dans celles qui étaient rentrées sous l’obéissance de l’Espagne. Le duc de Lerme , consulté par le roi , se rangea de l’avis du confesseur , et Philippe ratifia les articles

P réliminaires par lesquels les Provinces- Jnies, reconnues JEJtat libre et indépendant,

1 ‘nuiraient de la liberté de commerce en Surope et dans les Indes , et garderaient toutes les villes et tous les territoires qui étaient alors en leur possession . Les commissaires et les ambassadeurs de France et d’Angleterre , assemblés à Anvers , détruisirent enfin toutes les difficultés j ils arrêtèrent que la trêve durerait douze ans, à compter du jour où elle serait signée.

Ce traité , sanctionné par, les archiducs et par les Etats , se conclut délinitivement le 9 avril 1609.

Expulsion des I^Iaures.

Ribera , arclievécpie de Valence et patriarche d’Autriche , secondé par plusieurs ecclésiastiques et par don Bernardo Roias Sandoval , cardinal arch'eveque de Tolède, inquisiteur général , chancelier d’Espagne, frère du duc de Lerme , présenta un mémoire au roi pour lui demander , au nom de Dieu , l’expulsion des Maures.

Le duc de Lerme , qui , dès les premiers jours de son élévation , avait sur-tout cherché à gagner l’affection de la cour de Rome et celle du clergé espagnol, embrassa l’opinion de son frère , et fixa bientôt les incertitudes de Philippe ; en conséquence on pi it la terrible détermination de chasser tous les Maures d’Espagne. Sandoval se rendit à Rome , et rapporta une bulle du pape , adressée aux évêques de Valence , par laquelle il leur enjoignait de s’assembler pour découvrir s’il n’était pas quelque mo3en de convertir les Musulmans. Les évêques déclarèrent que les Maures du royaume de Valence étaient autant d’apostats de la foi chrétienne qu’on ne pourrait jamais ramener dans la voie du salut.

Cette sentence confirma le roi dans sa résolution ; mais comme ceux qu’on voulait proscrire se trouvaient en nombre considérable , et qu’on craignait qu’ils ne prissent les armes, on tint ce dessein trèssecret jusqu’au moment où l’on eut pris les mesures nécessaires pour en assurer le succès.

Remontrances des barons.

Les forces navales qui croyaient sur les côtes du royaume de Valence , l’arrivée de troupes et d’une quantité extraordinaire d’armes et de provisions de toute esj>èce dans le palais arcbiépiscopal j les conférences tenues jour et nuit chez le vice-roi , dévoilèrent aux barons l’horrible trame ourdie contre leurs vassaux ; ils rédigèrent une remontrance au roi , dans la»j[uelle ils lui prédisaient en termes énergiques la ruine totale du royaume de Valence , si les Maures , unique source de la prospérité de ce pays, en étaient chassés.

Le roi répondit aux barons que sa résolution , prise d’après les plus mûres délibérations , était invariable , et que d’ailleurs l’édit d'expulsion venait de pa- ' ■ raître.

]£dit contre les Maures.

,Ce fatal édit, publié en septembre 1609, enjoignait, sous peine de mort, aux malheureux peuples contre lesquels il était rendu de se tenir prêts , hommes , femmes, enfans , à partir dans trois jours pour les ports désignés comme lieu de leur embari quement , et d’où ils devaient se rendre à bord des vaisseaux destinés à les transporter en pays étrangers.

Ceux qui quitteraient leur domicile avant l’arrivée des commissaires chargés de les conduire sur les cotes pouvaient être mis sur le champ à mort.

Les effets des exilés étaient déclarés ap-

Ï >artenir aux seigneurs dont ils se trouvaient es vassaux , et la peine de mort attendait ceux des Musulmans qui oseraient soustraire ou détruire quelques - uns de ces effets.

Les barons avaient le droit de choisir six familles de Maures sur cent pour rester dans le oyaume , afin d’apprendre aux chrétiens à soutenir les manufactures , et de les perfectionner dans le raffinage des sucres, dans la conservation des magasins à riz , et dans l’entretien des canaux ou aqueducs.

Les cnfaus au-dessous de quatre ans

pouvaient rester en Espagne , du consentement de leurs parens ou de leurs tuteurs.

Les enfans de six ou sept ans , dont le père ou la mère professait depuis lor^gtemps la religion catholique , avaient la même liberté.

Mais si les pères étaient musulmans et les mères chrétiennes y les premiers devaient sans retour quitter l’Espagne, tandis que leurs épouses avaient le droit de rester avec leurs enfans.

Les Maures , munis de certificat s délivrés par des prêtres , et attestant que , baptisés depuis deux ans avec la permission de leurs évêcpies , ils avaient entièrement abandonne le mahométisme , avaient le droit de rester dans le royaume.

Enfin on permettait à tous les proscrits de se rendre en quelque pays que ce fût qui ne dépendit pas de la couronne d’Espagne, pourvu qu’ils quittassent le royaume dans le terme fixé.

Inflexibilité de Philippe.

Les chefs des Maures s’assemblèrent dans la ville de Valence , et dressèrent une requête dans laquelle , après avoir protesté de leur innocence des crimes dont ils étaient accusés , ils offrirent de verser des sommes considérables dans le trésor

royal, si l’on voulait révoquer l’édit porté contre eux. Ou leiir répondu qu’ils devaient se soumettre sur-le-champ à son exécution.

Résolution désespérée des JMavxes.

Le désespoir dans l’àme, les Maures, au nombre de cent cinquante mille, résolurent d’abandonner à la fois leurs foyers et leurs richesses , et de ne pas proliter des exceptions contenues dans l’édit, On essaya vainement de les attendrir sur les périls où leurs débiles enfans allaient être livrés, ils préférèrent s’exposer à la douleur de les voir mourir sous leurs yeux , plutôt que de les laisser au pouvoir d’un peuple qui traitait avec tant de barbarie leurs infortunés et laborieux parens.

Départ des Maures^

Le vice - roi se pressa d’équiper les vaisseaux destinés à la déportation des Maures. Les vassaux du duc de Gandia, au nombre de vingt mille , embarqués en premier , abordèrent heureusement à Oran, forteresse espagnole située sur la côte de Barbarie.

Le comte d’Aguilar, gouverneur de cette forteresse, les accueillit avec une bonté touchante , et leur obtint du vice-roi de Tremezen, la permission d’aller fixer leur

résidence dans la ville capitale de la province de ce nom. Pendant tout le cours de leur voyage , les Maures , saisis d’une douleur profonde , versaient des torrens de larmes , en comparant les plaines arides et désertes qu’ils traversaient avec les fertiles et délicieuses contrées du royaume de Valence. Le vice-roi de Tremezen leur permit de garder les richesses qu’ils avaient apportées avec eux , et les admit à la jouissance des mêmes privilèges que ceux accordés aux naturels du pays.

Dès que les Maures restés encore en Espagne apprirent le favorable accueil reçu en Ali'ique parleurs compagnons d’infortune, impatiens de se délivrer au plutôt des persécutions de leurs oppresseurs , ils manifestèrent le plus grand désir de s’embarquer J le vice-roi seconda leur empressement , et le royaume de Valence vit cent vingt mille de ses liabitans , de toute profession , hommes , femmes , enfans , emporter avec eux l’industrie et les arts , fondemens de sa richesse. Parmi ces proscrits se trouvaient beaucoup d’hommes distingués , dont plusieurs avaient été anoblis par Charles -Quint, et une foule de femmes intéressantes par leur jeunesse, et remarquables par leur éclatauie beauté.

Humanité des barons de Valence.

Les barons <3je Valence adoucirent le malheur de leurs vassaux persécutés , en leur prodiguant les soins les plus tendres.

Loin de profiter du droit aussi barbare

a u’injnsie qu’ils tenaient de l’édit royal , s permirent non seulement aux Maures de disposer de tous les effets qu’ils pourraient convertir en numéraire , mais encore de transporter à bord des navires , sur des mulets ou dans des chariots, leurs meubles les plus précieux et les principaux objets de leurs manufactures. Les barons ne sé bornèrent pas à cet acte de bienveillance et de générosité envers leurs vassaux , presque tous les conduisirent jusqu’au rivage de la mer , quelques - uns même s’embarquèrent avec eux , et les virent loucher heureusement la côte d’Afrique.

Fin déplorable des JSlaures.

L A bienfaisance des barons envers les Maures ne servit que de faible palliatif à leurs maux. L’exd de leur pays natal , qu’ils regrettaient si vivement, lut bientôt suivi de plus grandes calamités ; les uns y victimes du naufrage, ne touchèrent pas les bords africains , les autres furent asSas^ siués sur mer par les propres équipages

des vaisseaux qu’ils avaient frétés. Celle horrible destinée devint celle d’une grande portion de Musulmans qui voulurcni se rendre au lieu de leur exil sur desbàiimens particuliers ; on égorgea les hommes en présence de leurs femmes et de leurs enfans y et les femmes et les eufans furent à leur tour ensevelis tout vivans dans les flots.

Le sort de la plupart des Musulmans qui touchèrent à la cote de Barbarie ne fut pas moins affreux. Attaqués par les Arabes Bédouins , espèce de voleurs sauvages qui habitent des tentes et ne vivent que de chasse et de rapine , les Maures desarmés , embarrassés de femmes et d’enfans, tombèrent sous les coups des naturels de ce rivage inhospitalier. Les Musulmans qui s’échappèrent à ce genre de mort périrent de fatigue J de faiiUj ou par 1 inclémence de l’air , dont ils ne purent se garantir durant leurs longues et néuiblcs marches à travers les déserts brùlans de l’Afrique

Ï »our gagner les lieux où ils espéraient qu’il eur serait permis de se fixer. De six mille Musulmans partis de Conastas, ville située aux environs d’Oi an , pour se rendre a Alger f un seul , nommé Pedralvi , résista aux divers maux auxquels ses compagnons succombèi enl. La mort , revêtue des traits

les plus hideux , dévora dans l’espace de quelques mois plus de cent mille des cent quarante mille Musulmans transportés du royaume de Valence en Afrique.

Inhumain par superstition , Philippe regarda le désastre de ces infortunés comme le signe d’un jugement divin , et comme la preuve que leur bannissement était un acte méritoire envers le Ciel. Cette persuasion l’affermit dans le projet de chasser indistinctement tous les Maures d’Espagne; mais avant de l’exécuter , il jugea nécessaire de réduire à l’obéissance trente mille d’entre eux qui s’étaient retirés dans les montagnes du royaume de Valence , avec la résolution de s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité. Cette résolution montrait plus de courage que de prudence.

Etrangers à l’art militaire , mal approvisionnés d’armes et de munitions , ils ne purent qu’opposer une inutile et faible résistance aux troupes d’élite que commandait don Augustin Masica , officier d’une haute réputation. Le vainqueur égorgea sans pitié les femmes , les enfans, les vieillards qu’il avait poursuivis dans leur fuite j trois mille périrent sotis ses coups , les vingt-deux mille qui s’étaient rendus prisonniers furent envoyés eu Afrique , et leurs enfans , devenus la proie

des soldais , vendus , et livrés à l’esclavage.

Outre les Maures lues ou faits prisonniers , une foule d’autres, par crainte des Espagnols ou par amour pour le beau ciel qui les avait vu naître et qu’ils ne pouvaient se décider a quitter, s’étaient répandus dans les rochers et dans les bois ; on mit leur tête à prix , et l’on envoya des nuées de soldats à leur chasse comme à celle des bétes féroces. Leur chef, qui s’était caché avec sa femme et ses enfaus dans les retraites les plus inaccessibles des montagnes, ne put échapper aux recherches de ses cruels ennemis. Conduit vivant à Valence, on le condamna à la peine capitale , après l’avoir abreuvé de toutes sortes d’insultes.

Humiliation du duc de Saooie.

Charles Emmanuel , duc de Savoie , vaincu par les armes de Philippe , se vit obligé, pour conserver ses états, d’envoyer son ïils Philibert à Madrid demander pardon au roi. Les ministres de Philippe se conduisirent avec insolence envers ce prince. Le duc de Lerme dit hardiment en cette occasion , qu’il fallait traiter les souverains d’Italie comme les grands d’ilspagne.

JMariage du prince des Asturies et de l’infante Anne.

Uke double alliance se contracta entre les maisons souveraines de France et d’Espaj^ne. Les deux cours sijj^ièrent le contrat de mariage d’Elizabetb de France avec le prince des Asturies , et celui de l’infante Aune avec le jeune Louis.

I^dweté de l’Infante.

Quand le duc de Mayenne prit conge de la cour de Madrid pour retourner à Paris y il supplia l’infante de l’houorer de quelques commissions pour le roi son maître. Diteslui ) répondit l’infante , que je suis trèsimpatiente de le voir. —, Ah, madame !

s’écria la gouvernante de la princesse, aue pensera le roi de France quand J\A. le Duc lui racontera que vous aoej une si grande passion pour le mariage? — . Ne m’aoejvous pas appris , répliqua vivement l’infante , que l’on devait toujours dire la 'vérité?

Fêtes du mariage.

Les Arabes, devenus maîtres de l’Espagne , avaient introduit dans ce royaume une hospitalité , une générosité , un rafliucmeul de galanterie inconnus jusqu’alors

chez les peuples de rOccident. Les Sarrazius , habiles dans les arts mécaniques et dans les arts libéraux , étalaient une grande luagniticcnce dans les édifices , dans les meubles et dans les vèteiueus. Amateurs passionnés de la poésie et de la musique , ils durent à l’étude de ces arts, principalement consacrés par eux à chanter les héros et la beauté , une rare délicatesse de sentiment j les Espagnols puisèient à leur école le goût de la grandeur et du luxe asiatique. Aussi lorsque l’ambassadeur français se rendit à Madrid à l’occasion de la double alliance , le duc de Lerme lui donna une fête si brillante que ce ne fut pas ce ministre , mais la ville de son nom , qui en acquitta les frais. A Burgos , à Ségovie, à Madrid, et dans toutes les villes d’Espagne où le prince des Asturies passa , des feux d’artifice , des illuminations , des arcs de triomphe , des bals , des mascarades , des opéra , et des divertissemens ingénieux célébrèrent et sa présence et son hymen .

Trait singulier du duc d’OssONNE y vice-roi de Naples.

Les nobles Siciliens présentèrent une requête au vice-roi de Naples pour le prier de leur permettre de célébrer la publication

de la douLle alliance , et proposèrent en même temps de lever à cet elîet une taxe sur eux-mêmes. Le duc applaudit à leur ]projet , et contribua à son exécution en lournissant avec générosité sa quote-part.

Quand la eollecte lut recueillie en entier et mise en dépôt , le vice-roi défendit qu’il en fût employé la plus légère somme en spectacles ou en fêtes , et décida que le montant de cette nouvelle espèce de tribut serait également partagé entre un nombre déterminé de filles pauvres , nées de païens nobles.

Portrait du marquis de Bedmar.

Don Alphonse de la Cucva, marquis de Bedmar , joignait à une profonde connaissance des affaires politiques le talent de parler et d’écrire avec , une grâce particulière. Sa franchise et son extrême aflfahililé entraînaient les cœurs vers lui. Un discernement parfait lui faisait saisir du premier coup tl’œil le caractère de chacun.

Ces dons précieux se trouvaient encore rehaussés par une force d’âme surnaturelle.

Les plus sensibles douleurs, la fougue des passions les plus entraînantes , n’avaient pas le pouvoir d’altérer la s<iréuité de sou Iront. Dans quelque position qu’il se trouvât , il paraissait toujours heureux.

Son esprit pénétrant et fécond en ressources l’avait rendu un objet de vénération pour les membres du conseil de Philippe. Bedrnar brûlait d’un zèle inaltérable pour l’honneur du nom Espagnol et pour la gloire de la monarchie j il projeta de la rendre à son antique splendeur, et d’asseoir son nouvel éclat sur les ruines de la république de Venise.

Conspiration contre J^enise.

Venise se trouvait épuisée d’hommes et d’argent par la guerre fiu’elle soutenait contre la maison d’Autriche 5 sa flotte et son armée étaient au loin , et le sénat venait d’exciter les murmures du peuple par la levée d’un-impoi onéreux ; la noblesse était mécontente du gouvernement. L’élite des troupes vénitiennes se composait de mercenaires Hollandais et Vallons, faciles à corrompre avec de l’or j le même moyen pouvait réussir sur les marins. Bcdmar résolut de tirer parti de ces circonstances pour opérer une révolution utile à la grandeur de sa patrie. Il communiqua son plan au marquis de Villa-Franca et au duc d’Ossuna , qui promirent de le seconder.

' Tandis que Bedrnar marchait par degrés à l’exécution de son hardi projet , le roi de France prenait des mesiu’es vigoureuses

pour forcer la cour d’Espagne à donner une paix générale à l’Iialie. Les artifices de villa-Franca et d’Ossuna suspendirent l’effet des négociations. Assuré de partisans doués d’une invincible fermeté et d’un

scrupuleux attachement à leur pai’ole , -Bediiiar se résolut à frapper le coup décisif.

Le complot était parfaitement ourdi.

Villa-Franca s’était chargé d’introduire dans Venise, non en corps, mais peu à peu, quinze cents hommes de vieilles troupes ,

3 ni recevraient secrètement des armes U marquis de Bedmar. Cinq mille Hollandais campés au Lazaret , situé à deux mille de la capitale , se tenaient prêts à s’y glisser d’abord homme à homme , pour fondre ensuite tous ensemble sur les citoyens. Six mille hommes embarqués sur des brigantins et svir des bateaux se disposaient à faire voile de Naples pour les ports et pour les canaux de Venise j ils étaient suivis par un certain nombre de gros vaisseaux qui devaient jeter l’ancre sur les cotes de Frioul , au milieu de la confusion et des horreurs produites par une soldatesque effrénée , et protégés par leur escadre. Les conspirateurs se préparaient à remplir les principaux rôles de cette épouvantable tragédie. Ceux - ci s’étaient chargés d’incendier l’arsenal ,

DioitiToH hy Qt H I^[e

ceux - là diverses parties de la ville ; quelques-uns devaient s’emparer de rhôtel de la monnaie j d’autres se saisir des forteresses les plus importantes. La majeure

f )artie des conjurés avait ordre d’assassiner e sénat. L’artillerie, dressée sur les hauteurs les plus élevées de la ville, devait la battre en ruines dans le cas où l’on trou-

verait de la résistance de la part de ses habitans. On avait en outre imaginé de disposer des pièces de campagne dans les diftérens quartiers , et de les pointer vers les rues principales. Comme on avait besoin de s’assurer la possession d’une ville intérieure qui servît de magasin à l’armée du roi et de barrière pour s’opposer au retour de l’armée vénitienne, Yilla-Franca entretenait des relations avec plusieurs officiers de la garnison de Crema , qui avaient lâchement consenti à lui livrer cette

place. Enfin , (ui cas d’échec ou d’autres accidens , on s’était assuré d’un port dans le golfe de Venise pour recevoir l’escadre espagnole. Le commandant cir second de la garnison de Mazano s’était chargé d’assassiner le gouverneur dès qu’il en recevrait l’ordre , et de prendre possession de la place au nom delPhilippe.

L’indiscrétion d’un des conjurés trahit le secret de la conspiration. Les complices

Digilized by Gt)Ogle

(Mo)

de Bedmar furent arrêtés ; on jeta les uns dans la mer , les autres subirent la mort en prison j le marquis lui-même pensa être mis en pièces par la populace , mais il trouva le moyen de se sauver à Milan.

Jüdit en faveur de V agriculture.

L’expulsion des Maures acheva la ruine de l’induslrie et de l’agriculture j il s’ensuivit une disette des objets de première nécessité. Le dxic deLerme crut remédier à ce malheur par la publication d’un édit qui promettait le titre et le rang de chevalier à tout homme qui ferait preuve de savoir en agriculture j mais l’indolence des Espagnols remporta sur leur passion pour les dignités. Trompé dans son espoir , le ministre s’engagea d’exempter du service militaire les citoyens qui se livreraient avec succès aux travaux champêtres j cette seconde mesure ne produisit pas plus d’effet que la première , et les campagnes continuèrent à rester incultes.

Disgrâce du duc de Lerme.

Le duc de Lerme s’était emparé des charges de l’état , ou pour luiu pour ses favoris particuliers ; sa splendeur , sa magnificence , ses continuelles profusions éveillaient la haine du

grandes

même

peuple , qui souffrait des exactions d’uu gouvernement prodigue. De leur côté , les grands souhaitaient avec ardeur de perdre le favori qui les éclipsait tous par sa faveur et par son éclat. Le duc de Lerme, dont le principal soin tendait à conserver son crédit sur le roi , voulut l’asseoir sur des bases inébranlables , et le perpétuer dans sa famille. Plein de cette double ambition, il chercha à s’emparer de la conscience de son maître comme il s’était emparé de son esprit ; il tira d’un couvent le moine Louis Aliaga , l’introduisit à la cour , et le fit nommer confesseur de Philippe. Ensuite il présenta son lils Useda au monarque, et se servit de toutes sortes de moyens pour lui gagner ses bonnes grâces. La soif du pouvoir, plus forte dans l’âme d’Useda et d’Aliaga que l’amour filial et que la reconnaissance , en fit non seulement deux rivaux au duc de Lerme, mais deux ennemis qui s’unirent pour abattre celui qui les avait élevés. Le duc de Lerme crut détruire

l’influence de ces ingrats en leur opposant son neveu le duc de Lemnos , homme plein de talent et de probité. Ce calcul le trompa ; le caractère de Philippe sympalisait davantage avec l’humeur souple d’üseda qu’avec le tom indépendant de Lemnos , et ce dernier n’obtint aucun

crédit. Le duc de Lerme crut enfin trouver un moyen de reprendre son ascendant sur le dévot nionanme par l’obteniion du chapeau de cardinal ; mais la destinée de ce ministre semblait être de miner sa fortune par les mesures qu’il imaginait d’employer pour la soutenir. Philippe , mécontent de se voir obligé de traiter avec respect son ancien favori , se fatigua de scs entretiens et de sa présence , et se vengea par' des froideurs de la contrainte que la pourpre lui imposait.

Le changement du roi n’échappa point aux regards subtils des courtisans j sous le prétexte plausible du zèle qu’ils portaient a leur maître , ils l’instruisirent des fautes de l’administration du cardinal-duc, ils lui reprochèrent son imprévoyance , son luxe effréné , la mise en circulation de la monnaie de cuivre, source de la décadence des manufactures , de la ruine du commerce et de la dépopulation j ils lui imputèrent enfin tous les malheurs de la monarchie.

Le roi balançait cependant encore à disgracier entièrement son ministre, lorsqu’il apprit qu’il s’appliquait à gagner la confiance du prince des Asturies. Philippe , à qui celte nouvelle iniiigue semblait annoncer sa mort prochaine , sentit un mouvement de haine contre le cardinal-duc ^

«t lui ordonna, par un billet écrit de sa propre main , de sortir de Madrid. Le duc de Lerme supplia vainement Aliaga et l’archevêque de Tolède d’user de leur influence sur le roi pour lui faire révoquer l’arrêt de son exil.

Le lendemain de son départ de la capitale , le duc de Lerme reçut de la part du roi un cerf qu’il avait tué de sa propre main , avec nue lettre dont personne n’a jamais pu deviner le contenu.

Élévation extraordinaire de Rodrigue DE CjILDERONE,

Fils d’un pauvre soldat de Valladolid Calderone, d’abord simple domestique du duc de Lerme , alors marquis de Dénia , sut par son adresse gagner sur l’esprit de sou maître le même ascendant que celui-ci avait obtenu sur l’esprit du roi. Calderone remplit successivement tous les emplois principaux dans la maison du duc , et parvint ensuite , par la faveur extraordinaire de son protecteur , à des places publiques d’une liaute importance. Créé comte d’Oliva , puis marquis de Siete Iglesias, il joignit à ces dignités un revenu de cent mille couronnes ; il osa alors aspirer à la vice-royauté et à la grandesse. Honteux de sa naissance , il voulait déguiser so»

obscurité y mais le sentiment filial triompha bientôt d’un faux orgueil. Calderone appela son père au sein de sa famille , lui

Î )rocura des fonctions aussi honorables que ucraiives, et le traita jusqu’à son dernier soupir avec respect et tendresse.

La noblesse des senlimens de Calderone, celle de ses manières le rendaient digne de figurer parmi les grands ; mais son caractère violent , impétueux l’empêchait de se plier aux égards que lui commandait sa situation. Egaré par l’éclat trompeur du

f jouvoir , il mettait toutes scs délices à ’exercer, et souvent sa faveur , unique ,voie pour arriver à la fortune , devenait le prix d’un caprice plutôt que du mérite, 11 donnait des audiences comme un prince souverain , tenait des conseils , et partageait avec le duc de Lerme l’administration des affaires publiques.

Sages paroles du père de Calderone.

Le père, de Calderone avait conservé beaucoup de modération dans sa conduite publique et dans sa conduite privée , et souvent il avertissait son fils que ^ vu le peu de lest qu’il aoait donne à son vaisseau^ il le ferait infaiUihlenient sombrer dans une tempête sHl continuait à forcer de voilef.

Chute de Calderone.

V La disgrâce de Calderone suivit de près celle du duc de Lerme. Arreté par ordre du roi , le comte d’Oliva languit plus de deux ans dans un cachot. La jalousie révéla ses fautes j la haine lui supposa des crimes qu’il n’avait pas commis j sa chûte, aussi prompte que l’avait été son élévation, le conduisit à périr sous le glaive du bourreau.

Louable dénouement du cardinal don Gabriel de Tréjo.

Caxderone , abandonné pendant tout le cours de sa captivité par ceux qu’il avait comblés de sa bienveillance , ne trouva qu’une seule personne qui se souvînt de ses bienfaits 5 ce fut le cardinal don Gabriel de Trejo , neveu de sa femme. Aussitôt

a ue le cardinal apprit le malheur de Calerone , il partit de Rome , résolu de pénétrer à quelque prix que ce fût dans le cachot de son protecteur , de le consoler dans sa disgrâce , d’employer tous les moyens de le rendre à la liberté. Le* cardinal trouva les avenues du palais de Philippe , et l’entrée de la prison de Calderone , impitoyablement térmées. Il resta long -temps eu Lspagne, toujours dans

Fespérance de pouvoir être utile à son infortuné parent , et ne retourna à Rome que sur un ordre formel du roi.

Moi't héroïque de Calderone.

Don Rodrigue supporta la prison , la solitude et les tortures avec une patience tidinirable. Après sa condamnation il requit l’assistance des ministres du ciel , confessa franchement ses erreurs , et montra des remords sincères, se couvrit d’un cilice , pria jour et nuit, et s’imposa le jeûne le plus austère.

Le 19 octobre 1621 , première année du règne de Philippe IV , on signifia à Calderone que la sentence rendue contre lui serait exécutée dans deux jours. Il reçut cette nouvelle d’un air riant , embrassa le messager qui la lui apportait , s’abstint de tout sommeil , de toute nourriture , et ne songea plus qu’à sc rendre digne de paraître devant le souverain juge. Le jour arreté pour son supplice il se montra vers onze heures du matin à la porte de sa prison, accompagné des officiers de justice.

La dignité de son air et de ses regards était adoucie par une empreinte de tristesse ; la pâleur de son front , sa longue barbe , ses cheveux blancs , ses vélemens déchirés inspiraient une pitié profonde aux

spectateurs. Calderone monta avec LeauW coup de calme une mule qui ratlendait à la porte de la prison , et traversa les rues pour se rendre au lieu de rexécuiion ^ tenant en main un crucifix sur lequel il portait de temps en temps la bouche , avec autant d’amour que de vénération. Le peuple innombrable qui le suivait fondait en larmes , et remplissait l’air de cris lamentables. L’exécuteur tenait les rênes de la mule du condamné , en proclamant à voix haute ce jugement : « Exécution » d’une sentence rendue par notre souve- » rain seigneur et roi contre cet homme, » pour avoir été instigateur et complice de deux assassinats et de divers autres >3 crimes énoncés dans son jugement $ » pour réparation de quoi il est condamné >3 a être décapité , comme une juste pu- 33 nition pour lui , et comme un terrible 33 avertissement pour les autres. 3>

Calderone , arrivé à l’échafaud , considéra d’un œil serein les instrumens de

mort f conversa quelques temps avec son confesseur , reçut le signe de la vie immortelle , embrassa deux fois le bourreau , lui fit un présent comme un gage qu’il ne lui portait aucun sentiment de haine , mit ensuite son cou à découvert, donna tranquillement ses membres à lier , se pencha

€11 arrière et recommanda son âme à Dieu.' Sa tête fut à l’instant même séparée de son corps.

La mort héroïque de cet étonnant jouet de la fortune remplit d’admiration et de terreur l’âme des Espagnols. On oublia ses torts pour ne songer qu’à son repentir et plaindre scs revers.

Conspiration du duc d* OssuNJ.

Le duc d’Ossuna , vice-roi de Naples , essaya de profiler de la faiblesse du gouvernement de Philippe pour s’emparer de la couronne de Naples, llappelé à la cour de Madrid au moment où il était sur le point d’exécuter son projet , il ne fut puni de la trahison qu’il avait méditée qiie par le dédain prononcé de son maître. Le duc d’Ossuna appelait ironiquement Philippe î Le grand tambour de la monarchie.

JMort de Philippe III.

Ce prince relevait d’une maladie dangereuse , lorsqu’il se vit obligé de donner audience à l’ambassadeur de France. Dans la chambre ovi il travaillait on avait porté un brasier très-ardent : incommodé par la chaleur qu’il répandait , le roi demanda qu’on ôtât le feu j personne n’osa le retirer, dans la crainte d’empiéter sur les droits

de celui qui était chargé de cette fonction / Pendant qu’on cherchait l’officier absent, le monarque tomba dans une si grande faiblesse qu’on le porta sur son lit , où il mourut bientôt. GarJej-vous , dit-il à son fils , dans ses derniers momens , gardejvotis de m’imiter. A mon avènement à ta couronne je chassai les vieux ministres de mon père et Je m’en trouvai mal : servejvous de ceux que j’ai mis en place , ils ont du jèle et de l’expérience. Les derniers conseils des rois subissent presque toujours le même sort que leurs testaraens, ils ne sont pas exécutés. La conduite de Phi-

lippe

en fournit une nouvelle preuve.

Philippe IV prend le titre de Grand.

Gaspard Gusman , comte d’Olivarès , favori de Philippe IV, et créé duc et grand d’Espagne , fit prendre à son maître le titre de Grand dès (ju’il fut assis sur le trône.

Le duc d’Olivares , jeune , ardent politique , aspirait à la gloire de roi d’Espagne le premier potentat de l’Europe. Deux hommes d’un génie tel que plusieurs siècles n’en produisent pas quelquefois de semblables , Gustave et Richelieu , soulevèrent , l’un par ses armes , l’aulre par ses négociations , presque toute l’Eujope contre la péninsule , et sapèrent

, profond rendre le

jusque dan^ ses fondemens rédifîce de sa grandeur.

Le pnnee de Galles à ]\dadrid.

On négociait depuis long-temps le mariage de l’infante Marie avec le prince de Galles. Jacques , fatigué des lenteurs de la cour d’Espagne , envoya son fils à Madrid j)our presser la conclusion de cet hymen. Buclungham , aimable fou , qui était fort avant dans la faveur du prince , l’accompagna dans son voyage et lui conseilla de se présenter à la princesse sans en être connu , afin de pouvoir juger de l’impression qu’il ferait sur son cœur.

Celte idée sourit au prince ; les résultats n’en furent pas heureux. Loin que l’infante sût gré à son auguste amant de sa galanterie, elle déclara qu’elle se confinerait plutôt pour toujours dans un couvent que d’épouser un hérétique. La démarche du prince parut ridicùle à tout le mondej on le traita de chevalier errant , de héros propre à figurer dans un roman. Bukingham , fier et léger , se brouilla avec Olivarès , et se vengea de lui en contribuant à la rupture du mariage projeté. Toutefois le prince Anglais avait été reçu à Madrid avec beaucoup de magnificence. Des fêtes , des carrousels où le roi et le prince don Carlos

signalèrent leur adresse , célébrèrent sa présence j et lorsqu’il retourna en Angleterre pour obéir aux ordres du roi son père et pour céder aux vœux fortement exprimés par le parlement , il emporta l’eslime et les regiets des Espagnols.

Célèbre ordonnance rendue.

La capitale s’encombrait chaque jour d’une foule de citoyens. Les provinces étaient désertes j le luxe amenait sur ses pas la* disette et la dépopulation. Pour remédier à ces maux le roi rendit le lo fé- •vrier 1623 une ordonnance célèbre par les sages dispositions qu’elle contenait.

On supprimait les deux tiers des officiers de justice et des finances.

Ou défendait à ceux mii aspiraient aux charges et aux dignités de séjourner plus d’un mois à la cour.

On ôtait aux chancelleries le pouvoir d’envoyer des juges en commission et de recevoir aucun greffier pendant l’intervalle de vingt ans.

Le roi défendait à tous ses sujets , sans en excepter les infans ses frères , d’avoir à leur service plus de dix-huit domestiques, de dorer , argenter , broiler d’or ou d’argent aucun métal , meubles , habits , excepté les ornemens nécessaires au ctüte

divin et les harnais de chevaux ; de porter des manteaux de soie. Il enjoignait de marquer les pièces de drap ou de soie fabriquées en Espagne ou dans les manufactures étrangères ; il réglait les dots au prorata du bien des familles , et ordonnait au fiancé de ne pas donner à sa future plus de la huitième partie de la dot en joyaux , vétemens j déclarant nuis tous contrats ,

dant quatre atis chaque nouveau marié de tout subside , impôt , charge et logement de soldats. Celui qui se mariait avant dixhuit ans , devenait , du jour même de son mariage , maître d’administrer son bien et celui de sa femme j il pouvait se marier sans la permission de scs père, mère ou tuteur.

3je père de six enfans mâles était exempt pour toute sa vie des impôts , alors même que deux de scs enfans viendraient à mourir. Le roi affectait certains fonds pour marier chaque année un grand nombre de filles pauvres. Enfin , aucun Espagnol ne ponvait prendre la qualité de noble à moins qu’il ne produisît trois lettres ou actes de noblesse certifiés par quatre témoins irréprochables , et émanés du tribunal de l’inquisition , de celui du conseil des ordres OU de celui de la religion de Malle , des

promesses, actes passés contre ce réglement La même ordonnance exemptait pen-

quatre principaux colleges de Salamanque et des deuxjprincipaux d’Alcala, de Hennares et de Valladolid.

MoJt de Jacques et de Maurice.

La mort du roi d’Angleterre , qui se préparait à faire la guerre à Philippe, et la mort de Maurice de Nassau , son plus dangereux ennemi dans les Pays - Bas , devinrent des événemens favorables à rPspagne.

Troubles en Catalogne.

La cour se rendit à Barcelonne, dans l’espoir de déterminer les Catalans à doubler le don gratuit ordinaire j elle n’obdnt aucun sacrifice d’un peuple indocile, et toujours plus fier quand on le caresse.

Le roi fut d’autant plus pénétré de ce refus, que les Etats de Valence et d’Aragon , auxquels on s’était adressé pour demander des secours , avaient répondu qu’ils suivraient l’exemple des Catalans. Olivarès laissa éclater son indignation et s’aliéna le peuple de la Catalogne. Un gentilhomme de ce pays osa dans l’assemblée des Etats donner un coup de poignard au duc de Cardonne , qui avait défendu vivement la cause royale. Philippe, irrité, quitte surle-champ Barceloime. Ce départ subit,.

attribué aux conseils d’Olivarès , attira sur ce miuistre la haine d’un peuple orgueilleux et vindicatif.

Mort Ambroise Spjnosa.

OxivARÈs , redoutant de voir son crédit disputé par Ambroise Spinosa, à qui le roi témoignait le plus tendre attachement, envoya cet illustre général prendre le commandement de l’armée d’Italie. Ambroise mourut peu de temps après de la douleur qu’il conçut de n’avoir pu arrêter les succès des Français en Piémont.

Taix avec •VAngleterre.

Philippe conclut, le 1 5 novembre i63o, un traité de paix avec l’Angleterre, par lequel il promit de faire restituer le Palatinat au beau-frère de Charles

Paix avec VItalie.

Un traité , signé à Quiérasf^ue , mit fia à la guerre d’Italie. < •

Dénouement du duc d^AnscHOT.

Une conspiration , formée dans les Pays- Bas , venait d’être étouffée par la prudence de l’archiduchesse , qui en avait soigneusement dérobé la connaissance à l’inilexible Olivarès. Le miuistre, redoutant

les suites de ce complot , engagea par toutes sortes d’offres et de caresses le duc d’Arschot, député des Pays-Bas à Madrid, de lui en révéler le funeste secret. Sur le refus du duc , il le fit arrêter. Ce seigneur, loin d’être coupable , n’avait pas voulu entrer dans la conspiration , et l’avait découverte à l’archiduchesse , en lui demandant , pour prix de son zèle et de sa fidélité, la grâce des conjurés. Le ministre n’ignorait pas la conduite que le duc avait tenue, mais il espérait le gagner par la terreur j d’Arschot , au - dessus de toute crainte , continua de garder le silence , et mourut en prison.

Révolte la Catalogne.

. L’état critique de l’Espagne exigeait de grands sacrifices. Olivares et le conseil du roi délibérèrent de suspendre des privilèges qui rendaient plusieurs peuples de la péninsule inutiles à la patrie j en conséquence le roi donna ordre à six mille Catalans de passer en Italie j on imposa en même temps sur la Catàlogne une somme proportionnée à scs revenus , et l’on fit partir des maréchaux de logis pour marquer dans les villes de celte province des logemens militaires. Deux députés catalans adressèrent au roi et à son mini&tre

des représentations mêlées de menaces ; on les arrêta. Aussitôt Barcelonne prend les armes et souffle la feu de la révolte dans toute la province. On fait de tous côtés main-basse sur les Castillans. Le marquis de Sainte-Colombe, vice-roi, est enveloppé dans le massacre de tous ses compatriotes.

Les seules villes de Roses et de Collioure et quelques autres places fortes demeurèrent fidèles au roi.

Révolution de Portugal.

Vasconcellos , sous le titre de secrétaire d’état , gouvernait en despote le Portugal. La haine que les Portugais conservaient pour les Castillans , la guerre générale que soutenait l’Espagne , la perte qu’on venait de faire des Indes orientales y tombées sous le pouvoir des Hollandais j la misère publique, la révolte des Catalans^ un décret royal qui enjoignait à tous les gentilshommes portugais de servir dans l’armée destinée à réduire la Catalogne j toutes ces causes réunies opérèrent nne révolution favorable au duc de Bragancé j il monta sur le trône de Portugal sous le nom de Jean IV. La conspiration , fomentée ep secret depuis trois ans, éclata tout à coup le 3 décembre 1640. On vit eu uu moment Yascoucellos massacré , lat

•vice - reine arretée , sa earde désarmée les officiers espaj^noïs chassés des principaux postes de Lisbonne et des forteresses du royaume , sans avoir osé se défendre.

Toutes les villes du Portugal , les établissemens formés en Afrique , en Asie , en Amérique , obéissent à l’élan de la révolution , sans qu’une seule goutte de sang soit répandue : le seul meurtre de Vascoucellos semblait avoir assouvi toutes les vengeances. On traita la vice -reine avec le resjiect dû à son rang et à son caractère, et les Espagnols avec les égards dus à l’humanité. Un Castillan , témoin du triomphe de Bragance et de l’ivresse de Lisbonne , s’écria en soupirant : £st - il possible qu^un aussi beau royaume ne coûte qu*un feu de joie à l’ennemi de mon maître.

Indifférence de Philippe.

La révolution du Portugal était sue de toute l’Europe, le seul Philippe l’ignorait, aucun de ses courtisans n’osait l’en instruire. Olivarès s’avance d’un air calme et riant vers le roi , et lui dit : Seigneur , la tête a tourné au duc de Bargance , il vient de se faire proclamer roi ; sa folie vous vaut une confscation de douje millions.

Philippe , étonné , répond froidement : Il faut y mettre ordre, et va s’étourdir sur ce malheur dans le sein des plaisirs.

Mauvais succès Olivarès.

Olivarès projeta de recouvrer le Portugal par la trahison. Il engagea dans ses intérêts le marquis de Yilaréal et le duc de Carmima , fils du marquis. Ces deux seigneurs , issus des anciens rois de Portugal , dans un degré plus éloigné que le duc de Bragance , voyaient avec jalousie l’élévation de leur parent. Une horrible conspiration se trame. On devait massacrer le roi , la reine , les infans , tous les premiers seigneurs du royaume et les

Î irincipaux citoyens de la capitale , mettre e feu aux quatrç coins de Lisbonne , et livrer cette ville atix soldats espagnols.

La reine apprit tous les détails du complot deux jours avant celui marqué pour son exécution. Les principaux conjures, arrêtés par l’ordre du roi , périrent sur l’échafaud, et le ministre d’Espagne ne recueillit de sou projet que la honte de l’avoir imaginé.

Clémence de Philippe.

Envieux de se venger du roi d’Espagne, le roi de Portugal séduisit le duc de Médina Sydonia son beau-frère , et l’engagea à se placer sur la tête la couronne d’Andalousie. Leduc possédait d’immenses domaines dans cette province j son ambition se voyait

appuyée par la France, par la Hollande , par le Portugal et par la Catalogne. Le duc avait déjà fixé le jour où il devait se faire

S roclamer roi, mais la conspiration fut écou verte. Le duc , parent d’Olivarès , vint se jeter aux pieds du roi et lui avouer sa faute. Philippe mêla ses larmes à celles de Médina Sydonia, l’assura de son pardon, l’embrassa , puis , se tournant vers son favori , il se plaignit avec douceur de ce que la maison de Gusman commençait à devenir funeste à la maison d’Autriche.

Inflexibilité d’ Olivarès.

Les revers avaient ai"ri le caractère

d’Olivarès , naturellement dur ; il donna l’ordre au marquis de Los Velez, chargé de l’expédition contre la Catalogne, de mettre le feu aux maisons , de couper les arbres , de massacrer tous les hommes au-dessus de quinze ans, et de nrarquer les femmes aux deux joues avec un fer brûlant. Los Velez exécuta ces ordres sanguinaires avec le zèle de la barbarie.

A la prise de Tortose , qu’il réduisit l’épée à la main , on l’entendit crier à ses troupes : Soldats f apprenej que c’est un sacrilège que d’épargner des rebelles^

Départ de Philippe pour la Catalogne,

Les Français avaient envahi la Catalogne J effrayés des mauvaises nouvelles

3 u’ils recevaient chaque jour, les habitans e Madrid se déchaînaient contre le ministre, et n’épargnaient même pas le roi.

Un matin que ce prince partait pour la chasse au loup , on lui cria : Ce sont les Français que vous deoe^ chasse r, voilà les loups qui nous décorent. Honteux d’être rappelé de celte manière à son devoir , le roi partit pour la Catalogne j mais le ministre, qui craignait qu’il ne découvrît la triste position où le royaume était plongé , accompagna Philippe dans ce voyage , ne le laissa jamais approcher que par scs propres créatures , et trouva le moyen de l’empêcher d’aller au-delà de Sarragosse , en lui faisant redouter de subir un revers semblable à celui que François avait éprouvé à Pavie.

Disgrâce d* Olivarès.

Libre par la mort de Richelieu d’un rival aussi heureux qu’habile , le génie d’Ollvarès evit peut-être réparé les malheurs de l’Espagne , si les cris des grands , les instances des conseils et de l’ambassadeur de l’empereur, et la voix du peuple ,

n'eussent arraché à Philip^ l’arrêt d’exil de son niinislre. Anne de Guevara, nourrice du roi f excitée par les courtisans , osa dire à prince : Quoi ! n’est-il pas temps à votre âge que vous sortie j de tutelle ?

D’accord avec les ennemis d’OJivarès , la reine , baignée de larmes , et tenant son fils par la main , se présenta devant le roi : Voua, dit-elle à ce prince, en embrassant son fils avec tendresse , voilà notre seul fils , il est menacé de devenir le plus pauvre gentilhomme de V Europe , si vous n’écartej des affaires un ministre qui a mis la mO“ narcnie à deux doigts de sa perte. Philippe assembla son conseil , et déclara qu’il serait à l’avenir lui-même son ministre. Le lendemain on afficha sur le palais ces mots :

C’est à présent que tu es Philippe le Grand j la comte-duc te rendait petit.

Mort d’ Olivarès.

Fatigué du poids des affliires , le roi était sur le point de rappeler son ministre, lorsqne celui-ci publia un mémoire justificatif de sa conduite , dans lequel il offensait des personnes puissantes à la courj on s’en plaignit vivement au roi. Olivarès, relégué à Taro , mourut deux ans après d’ennui et de chagrin.

‘Conspiration de la baronne d^ArsT.

La baronne d’Albi , que sa beauté , son esprit et ses grâces avaient rendue célébré, se servit de tous ses moyens de séduction , et de l'or , qu’elle prodiguait à plaines mains , pour ourdir une conspiration tendant à remettre Barcelonne en la puissance du roi d’E^agne. Le secret du complot transpira. Les principaux conjurés sobirent la peine capitale : le courage et les attraits Je la baronne, l’amour qu’elle avait manifesté pour son souverain lui firent trouver grâce devant ses généreux ennemis j on ne prononça contre elle que son exil de la Catalogne.

Paix avec la Hollande.

Pau un traité conclu le 3 o janvier 1648, le roi renonça à toutes ses prétentions sur les sept Provin ces-Unies , qu’il reconnut pour libres y souveraines et indépendantes.

On déclara libre à chacune des deux puissances la navigation aux Indes occidentales, avec défense aux sujets de l’une de pénétrer dans les lieux dépendant de l’autre. Ainsi se termina une guerre qui dura quatrevingt - dix ans , et coûta deux millions d’hommes et deux milliards de numéraire à l’Espagne.

Révolte de la Sicile.

Une exportation immense de Lié avait épuisé les greniers abondans de la Sicile.

Cette denrée , mise à un prix très -haut à raison de sa rareté, devint encore plus chère

{ >ar rétablissement d’un nouvel impôt que e vice -roi Los Velez leva sur les grains.

Le peuple passa tout à coup de l’abattement du désespoir à la fureur de la rage, et courut aux armes. Un chaudronnier , appelé Alexis , devint le chef des rebelles de Pulerme. Los Velez, saisi d’effroi, traita avec les révoltés au lieu de les combattre.

Sa faiblesse accrut leur audace. Palerme alors présenta un spectacle aussi terrible que burlesque. Le chaudronnier Alexis, armé de toutes pièces sur ses haillons , courait dans les rues , suivi de vingt mille' frénétiques, de femmes échevelées et d’enfans, qui poussaient des hurlemens épouvantables J ils massacrèrent les nobles et les riches , détruisirent et brûlèrent les palais. Le vice-roi , confus , alla mourir de chagrin sur les galères.

Révolte de Naples.

Les fruits font la principale nourriture des Napolitain s J une taxe d’un liard, levée «ur chaque panier de fruit , causa ua

Tnécontentement general parmi le peuple j il ne manquait qu’un clicf à la révolte , prèle à éclater : le hasard en fournit un, Mazaniello , jeune pécheur , témoin de la dureté que des commis employaient visà-vis d’un pauvre paysan , pour le contraindre de satisfaire à l’impôt , se mit en devoir de le venger j il appelle à son secours, rassemble une foule de misérables,, tombe sur les commis , et se voit bientôt à la tête de cent mille hommes. Les financiers et quelques nobles sont égorgés , Naples est la proie du pillage et de l’incendie. Le duc d’Arcos , vice-roi , perd la tête^ il délivre à Mazaniello la chartrc de Charles- Quint , contenant les privilèges accordés aux Napolitains, puis signe un traité qui abolit la gabelle, et fait marcher le tiers-état de pair avec la noblesse. Mazaniello s’empare du pouvoir souverain ; il en jouit onze jours , au bout desquels , deventi odieux par ses cruautés et par sa bizarre) ie , il reçut la mort de la main même de ses partisans.

Réduction de Naples par don J ua n d* Autriche.

Le duc d’Arcos se flattait que la mort de Mazaniello ramènerait les Napolitains à l’obéissance , quand le peuple lui imputa

l’assassinat du chef que lui - même avait massacré , et le somma de remettre toute* les forteresses de la ville. Le duc appela don Juan d’Autriche à son secours j ce

I )rince vint bloquer le port de Naples. A ’aspect de la flotte le peuple se crut perdu sans ressources , et se choisit pour chef le comte de Toralto , qu’il massacra deux jours après comme un traître. Un certain (juernare prit la place du comte , et conseilla au peuple d’ériger Naj)les en république , sous la protection de la France.

Soudain tous les quartiers de la ville retciilirent du nom de liberté. On envoya des députés en France , puis à Rome , où se trouvait le prince de Guise , descendant des anciens souverains de Naples , pour lui offrir le même rang que le prince d’Orange occupait en Hollande. Le prince de Guise, jeune , vaillant , amhilicux , s’embarqua seul sur une felouque, passa au milieu de la flotte espagnole , et débarqua dans Naples , où sa présence causa la plus vive allégresse. Le peuple brisa les armes de Philippe, abjura son pouvoir et créa Guise duc ou doge de la nouvelle république.

Ce prince , qui aspirait à la couronne , laissa trop pénétrer ses vues à Mazarin , et l’adroit ministre abandonna le doge et sa république à leurs propres forges. U

valeur de Guise avait opéré des miracle», une grande partie de l’Ilalie s’était soumise à ses armes j mais Guernare , jaloux de ses victoires et de son élévation , introduisit les Espagnols dans la capitale. Guise , fait prisonnier et conduit en Espagne , faillit avoir la tête tranchée. Le roi lui sauva la vie. Gtiise , traité en criminel d’état , fut resserré dans une étroite prison jusqu’au moment où le prince de Coudé , passé au service d’Espagne , demanda et obtint la liberté de son compatriote. L’échafaud devint le prix de la double trahison de Guernare. Quatorze mille Napolitains subirent le même sort.

'Jj* Espagne sous la protection de la Vierge.

Tandis qu’on cherchait au dehors à ravir deux sceptres à Philippe , une conspiration se formait dans l’intérieur contre ses jours. On devait le poignarder à la chasse , enlever l’infante Marie-Thérèse , la conduire à Lisbonne , lui faire épouser le fils aîné du roi de Portugal , et par ce moyen réunir sur la même tête toutes les coitronnes de la péninsule 5 don Carlos Padilla et don Pedro de Sylva étaient les chefs «de ce complot , dans lequel plusieurs grands seigneurs entrèrent : il fut heureusement découvert. Les conjurés , arrêtés,

t\ livres à la q^ieslion , «avouèrent leur crime. Padilla et Sylva portèrent seuls leiir tète sur réchafaud ; Philippe accorda la vie à leurs complices , et mit , en reconnaissance du péril auquel il avait échappé , sa personne et son royaume sous la protection de la Vierge.

La Catalosme soumise.

Don Juan d’Autriche avait vaincu les rebelles d’Italie , il vainquit encore les rebelles de la Catalogne, et reprit Barcelonne, dont les Fr.ançais avaient été ]wndant près de douze ans en possession. Toujours clément , le roi d’Espagne pardonna à tous les révoltés, excepté aux principaux chefs, qui se réfugièrent en France. Philippe eut même la générosité de rendre aux Catalans les fatales prérogatives qu’il avait si bien acquis le droit de leur ôter.

Bataille des Ditiics.

Le i4 juin i658 est célèbre par la fameuse bataille livrée sur les dunes qui bordent la mer et environnent Dunkerque.

Le sort des Pays-Bas et la gloire de cette guerre dépendaient de ce combat. Des deux côtés on fit des prodiges. Condé , Turenne et don Juan d’Autriche rivalisèrent de talens et de vaillance. Les Espagnols fiirenç^

taillés en pièces. Don Juan, demeuré seul sur le champ de bataille , combattit longtemps à pieu et la pique à la main.

Autodafé.

Philippe ' permit, l’an i6ô3, à l’inquisition de célébrer un autodafé dans lequel soixante-douze personnes subirent les unes la peine d’ètre brûlées vives , les autres le fouet cl le bannisseineut.

Paix avec la Prancf.

Les funestes résultats de la bataille des Dunes faisaient craindre à Philippe de perdre les Pays-Bas et l’Italie j il se résolut donc d’acheter la paix avec la France aux conditions qu’elle voulait lui imposer, et consentit à céder à Louis XIV quelquesunes des provinces qu’il avait conquises , et à lui donner la main de l’Infante.

'Mariage de I’Jnfante avec Louis XIP,

Le maréchal de Grammont se rendit à Madrid pour faire la demande solennelle de l’Infante. U arriva , ainsi que soixante autres seigneurs , babillé en courrier, pour montrer l’empressement que le roi son maître, avait de conclure cette alliance.

L’impatience de Louis XIV était juste et naturelle. La naissance , la beauté , les

grâces , le caractère de Marie-Thérèse , rendaient le premier parti de l’univers.

Philippe , accompagné de toute sa cour, partit de sa capitale pour remettre luimème sa fille entre les mains de son illustre époux. Les deux rois eurent deux entrevues dans l’île de Bidassos. Philippe parut singulièrement frappé de la noble et inajeslucuse figure de Louis XIV ; il embrassa avec tendresse sa sœur , la reine douairière sortie d’Espagne depuis quarante-cinq ans ; il distingua Turenne de la foule des seigneurs français et lui dit :

Personne ne ni’a fait passer autant de mauvaises nuits que vous. Lorsqu’il prit congé de sa fille , qu’il aimait tendrement, il ne put s’empêcher de céder à son émotion, et s’écria avec douleur en entendant les exclamations de joie par lesquelles les Français accueillaient la présence de Marie - Thérèse : Je crains bien que cette allégresse de la France ne cause bientôt le deuil de V Espagne.

Don Luis de Haro.

Don Luis de Haro , c|ui avait succédé à Olivarès dans le ministère et dans le cœur du roi, n’eut aucune de ces qualités transcendantes qui imposent , niais il gagna l’esûjïLe et l’aifection des Espagnols par sa

probité, par sa bienfaisance ét par soû désintéressement. Modéré, franc, sage, généreux, ami de la paix , plein d’un véritable zèle pour sa patrie , il employa toujours son crédit, ses talens et ses travaux à faire le bonheur du peuple , dont il mérita la reconnaissance et les regrets.

Revers de Philippe.

Philippe pensait qu’il serait facile à don Juan de faire la conquête du Portugal j il ordonna à ce prince d’assembler une armée puissante , et d’essayer de marcher jusqu’à Lisbonne, tandis qu une flotte considérable se présenterait devant cette capitale. La flotte échoua sur les côtes de l’Andalousie, et susjiendit l’exécution du dessein formé

£ ar Philippe. La régente de Portugal , lOuise de Gusman , qui semblait avoir hérité du génie et du courage d’Isabelle , profita du malheur de la flotte espagnole pour agrandir les faibles ressources des Portugais , et combattit avec avantage dans la campagne suivante les armes et la fortune de don Juan. Comme ce héros était sur le point d’entrer à Lisbonne , Louise de Gusman envoya l’ordre à Schomberg de hasarder une bataille j)our sauver l’état. Les armées rivales sa joignirent à Estremos j on sc battit des deux côtés avec fureur.

La victoire demeura aux Portugais ; la perte des Castillans se monta à douze mille nommes , parmi lesquels on compte six grands d’Espagne. Don Juan , au désespoir , après avoir eu deux clievaux tué# sous lui , se mêla dans les rangs ennemis , où il combattit long - temps à pied et à coups de pique , et ne se relira du champ de bataille que lorsqu’il s’y trouva entièrement seul .

Disgrâce de don Juan.

Enhardis par les succès de cette campagne, les Portugais ne se bornèrent pas dans la suivante à se tenir sur la défensive , et prirent à leur tour le rôle d’agresseurs ; ils brûlèrent Civaldo , oti les magasins de l’armée espagnole étaient renfermés , et firent la conquête d’Alcautara. Les intrigues de la reine d’Espagne , ennemie acnarnée de don Juan , empêchaient ce prince de recevoir l’argent et les vivres destinés à la subsistance de ses troupes.

Comme ses plaintes ne parvenaient pas au roi , il remit le commandement au marquis de Caracène , et se rendit à Madrid ; mais Philippe , prévenu contre hti , au lieu de le voir et de l’entendre , le relégua à Cousuégra pour le punir d’avoir quitté l’armée sans son ordre.

couronne dans l’ Aragon, dansla Catalome,’ dans Valence, dans les îles Baléares, dans la Sardaigne , établit sa cour à Sarragosse.

IjC duc a'Ossone obtint le gouvernement du Milanès : la Castille , l’Amérique , les Pays-Bas , le royaume de Naples demeurèrent à la reine , qui , réconciliée avec don Juan , conserva le titre de régente et le régiment des gardes.

■ Beau trait du comte de Melgak.

La reine rendit une ordonnance qui défendait , sous peine de mort , aux citoyens de Madrid d’avoir des armes à feu dans leurs maisons, et d’en porter sur eux la nuit. Celte loi n’apporta aucun remède aux meurtres , devenus très-communs dans la capitale , et ne releva pas le pouvoir de l’autorité royale avilie . Le comte de Melgar , accompagné de vingt jeunes seigneurs, força en plein jour les prisons de Madrid pour en faire sortir un criminel.

L’amirante de Castille , père du comte , indigné de l’audace de son fils , l’arrêta Im-nième , le conduisit en prison , et pria la régente de le punir. Cette princesse , loucbée jusqu’au fond de l’àme de la noble action du comte y répandit des larmes d’attendrissement , et signa la grâce de son fils.

Supplice d*un calomniateur.

Une querelle viole nte s’élait élevée entre don Juan et le comte d’Aranda, gouverneur de Sarragosse et créature de la reine. Le prince accusa le comte d’avoir attenté à «es jours par le poison. Le comte protesta de son innocence , et la prouva. Don Juan, livra alors au juste ressentiment de la reine Antoine de Cordoue , délateur du comte , et le calomniateur porta sa tête sur l’échafaud.

'La régence déclare la guerre à la France.

La régente, inquiète du progrèsdes armes de Louis XIV, conclut un traité avec la Hollande , au moyen duquel elle s’engageait à entrer en guerre avec la France toutes les fois qu’elle en serait requise par les États-Généraux ; en conséquence elle nomma le prince d’Orauge généralissime de ses armées dans les Pays-Bas. La Flandre, le Roussillon , l’Alsace et la Sicile , servirent lour-à-tour de théâtre à cette guerre, vine des plus fâcheuses que l’Éspague ail soutenues.

Révolte de Messine.

Messine, fatiguée de l’insolence et du despotisme des gouverneurs Espagnols,

Evrard Nitard , jésuite allemand confesseur et ministre de la reine , était généreux , fier et désintéressé , mais il ne possédait aucun des talens propres à gouverner. Les grands , devenus puissans par la faiblesse de l’autorité , soutinrent don Juan contre Nitard. Celui-ci montra une sorte de fermeté et de noblesse , et dit à un grand de la cour qui lui parlait avec orgueil : C*est vous qui me deve-^ du respect, à moi qui ai tous les jours votre Dieu entre les mains , et votre reine à mes pieds.

Exil de Nitard.

Don Juan réussit à raiiger de son parti presque tous les grands dvi royaume , et marcha sur Madrid avec deux mille che-

vaux, pour contraindre la reine à bannir de sa cour le père Nitard. Cette princesse ne consentit à l’éloignement dvi jésvûte

3 u’avec la plus vive douleur. Lors de son épart elle versa des larmes , et lui lit offrir de fortes sommes d’argent : Non, répondil-d , non , je suis entré pauorc religieux en Espagne , j’en sortirai de même.

Nitard se rendit à Rome , où la reine le revêtit de la fonction d’ambassadeur d’Es-

pagne. Quelques années ensuite elle le lit élever au cardinalat. 6

■Cl principalement à Madrid , où Ton avait souvent souffert de leur prix élevé j il donna des combats de taureaux , des jeux de cannes , et fit représenter des comédies de sa composition , auxquelles tous les citoyens pouvaient assister sans qu’il leur en coûtât rien ; il fit rétablir la place JVIayor , dont les édifices avaient été la proie des flammes , et bâtit deux ponts , l’un sur le Mançanarès , l’autre sur la rivière de Pardo. Le peuple commençait à chérir Valeuzuela j les grands , jaloux de sou influence , profitèrent des malheurs de la guerre pour accuser la reine et son ministre.

Don Juan recouore le pouvoir.

La flotte espagnole , vaincue par les Français devant Agousta , perdit dix-huit vaisseaux et cinq mille hommes. La cour s’en prit au général j le prince de Montésarchio le fit arrêter et conduire au château de Pampelune. Don Juan , dont le parti s’était fortifié , leva des troupes, tira Montésarchio de prison et s’approcha de Madrid. On avait perdu la reine dans l’esprit du jeune monarque j elle manqua de fermeté 3 don Juan eut l’adresse de consentir à retourner à Sarragosse , sous la condition que le gcmvernement ser^iil

partagé entre la reine et une junte com* posée du cardinal d’Aragon , du conné^ table, de l’amirante, et du duc de Medina- Cœli. Sa luodéraiiou détruisit les soupçons que le roi avait accueillis contre lut. Le mobile monarque , persuadé que la reine le retenait dans uue sorte d’esclavage , s’enfuit seul pendant la nuit de son palais, et se rendit à Buen - Retiro , où il déclara don Juan premier ministre.

La reine au couvent.

La reine reçut de son fils l’ordre de ne pas quitter le palais j en vain elle le fit conjurer de lui permettre de le voir , il refusa opiniâtrement sa demande j on la conduisit à Tolède dans un couvent d’où elle ne pouvait sortir ni parler à personne.

Le peuple applaudit avec transport à la disgrâce de la régente ; elle s’était attirée la haine publique en disant qvi’elle voulait réduire tous les citoyens de Madrid à se yélir d’esterat. L’esterat est une espèce de natte de jonc fort grosse qui sert en Espagne de matelas et de lit à la deinière classe du peuple.

KalenjueLa aux Philippines.

Valenzuela s’était réfugié dans le palais de l’Escurial,, don Juan découvrit sa

contre qui elle avait en tain re'clame

Ï »lusieurs fois la justice de la régente , leva ‘étendard de la révolte , et se plaça sous la protection de la France. La reine donna l’ordre à don Juan de partir pour la Sicile, afin d’arracher Messine aux Français j le prince refusa avec hauteur cette mission , et demanda à être reconnu infant d’Espagne. Tandis que don Juan et la reine , divisés par l’ambition , s’occupaient de leurs querelles particulières , Louis XIV fut solennellement proclamé roi à Messine.

C H A RI.B s II prend possession du.

go uoernement.

Charles venait d’atteindre quinze ans, il prit en main les rênes du gouvernement le 6 novembre 1676. Cette époque sem- Llait devoir être celle du triomphe de don Juan. L’arrivée imprévue de ce prince à la cour glaça la reine de crainte , elle se crut exilée j toutefois elle ne perdit pas la tête , elle se présenta au roi les yeux baignés de larmes , mêla les plus tendres caresses aux expressions de sa doideur , peignit à son fils les dangers dans lesquels il se précipiterait s’il revêtait un sujet ambitieux de son autorité , et parvint à le persuader. Dans le moment même où toute la cour félicitait don Juan sur sa haute

retraite, l’en fit arracher et conduire à Consuégra , ensuite au château de Cadix , d’où on l’embarqua pour les îles Philippines. Valenzuela soutint sa disgrâce avec iernieté.

Paix avec la France.

L’Espagne , tombée dans le plus cruel épuisement , se vit contrainte d’accepter la paix à des conditions aussi humiliantes qu’elles étaient onéreuses , et l’acheta au prix de la perte de plusieurs provinces.

Flariage' de Charles.

Louise d’Orléans , fille de Monsieur , et nièce de Louis XIV, devint l’épouse de Charles, qui avait conçu pour sclle, à la seule vue de son portrait , une passion qui ne s’éteignit jamais. La jeune princesse ne

3 uitta pas la France sans une véritable ouleur , et regarda le trône de l’Espagnq comme un illustre exil.

Mort de don Juan d’Autriche.

Don Juan , continuellement occupé à combattre les cabales qui s’élevaient contre lui , ne remplit pas les espérances qu’on avait conçues de son ministère. Bientôt haï des grands qu’il contenait par la crainte et par l’exil , il s’aperçut 4e la perte de son

crédit sur le roi , et se laissa périr de chagrin. Il descendit dans la tombe à l’age de cinquante ans. L’Espagne perdit en lui le dci nier des grands liommes qui lleurirenl sous le gouvernement de la maison d’Auliiclie.

lietour de la reine douairière.

Le jour meme de la mort de don Juan le roi alla chercher sa mère à Tolède , et la ramena en triomphe à sa cour. La reine douairière n’avait rien appris dans sa retraite ; elle ne pouvait aider son fils à tenir les rênes du gouvernement. La monarchie, confiée à des ministres faibles et bornés, vit chaque jour ses ressorts se détendre.

Charles passait sa vie au fond de son palais, au niilieu de femmes , de nains , et de toutes sortes d’espèces d’animaux. Etranger aux évéuemeus de l’Europe , il ne s’inquiétait pas de ce qui se passait dans son propre royaume , et connaissait si peu les états sur lesquels il régnait , qu’il plaignit une fois l’empereur d’avoir perdu une ville importante que Louis XIV venait de lui enlever à lui-même dans les Pays-Bas.

Luxe et misère.

Le numéraire était devenu très-rare en Espagne j une ordonnance qui réduisit les

monnaies d’or et d’argent au tiers de leur valeur, et proscrivit la monnaie de billon, accrut la niisèrê publique. Cependant le - luxe des grands et celui des financier»

s’élevaient au point qu’ils se regardaieni comme pauvres en argenterie quand il»

n’avaient que huit cents douzaines d’assiettes et Jeux cents plats. On avait de»

échelles d’argent pour monter à ces magnifiques buffets.

Autodafé.

L’Autodafé célébré en réjouissance du mariage du roi , amena un concours considérable de spectateurs j vingt -deux victimes périrent dans les flammes. Plusieurs de ces malheureux se jetèrent d’euxmêmes , avec une fermeté stoïque , dans le feu. D’autres faisaient brûler de sangfroid leurs mains et leurs pieds en les avançant au milieu des flammes. Soixante prisonniers , juifs , musulmans ou chrétiens , subirent la peine du fouet , des galères ou de la piison. Les juifs pauvres se trouvaient seuls exposés à ces horribles condamnations j les riches se rachetaient du feu par le moyeu de fortes sommes distribuées aux ministres du saint-office.

Loi sin^idière.

Un accident arrive à la reine sert à faire connaître le génie et les rîiœurs des Espagnols. Elle montait un cheval vif et fringant que le roi lui avait fait venir d’Andalousie ; il se cabra , la reine tomba le pied engagé dans réirier : le cheval redouble ses ruades , et traîne la reine dans la cour du palais. Celte princesse courait un péril imminent. Le roi , du haut d’un balcon , aperçoit cet alTreux spectacle , il jette des cris lamentables. La cour était remplie de geniilsbomnies et de gardes ; aucun ne va secourir la reine, parce qu’il était défendu sous peine de la vie à tout homme quel qu’il fût de toucher la reine, sur -tout au pied. Enfin deux gentils-

hommes se dévouent ; l’un arrête le cheval de la princesse, l’autre dégage son pied de l’étrier , et tous deux s’enfiiycnt à toute bride. Revenue à elle , la reine cherche en vain ses libérateurs : elle apprend avec la plus grande surprise la loi qui les condamne J elle demande alors leur grâce au roi , et l’obtient.

Avilissement de la Grandesse.

Le roi de France se plaignait de l’inexécution du traité de Nimègue , et fermait ses places dans las Pays - Bas aui;

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Espagnols. L’empereur, malheureux, demandait qu’on lui pi êtât des secours contre les Turcs , qui le menaçaient. La jx;rte de vingt millions qu’apportaient les vaisseaux liiissait le roi sans ressources. Le duc de Médina-Cœli , premier ministre , ne trouva d’autre moyeu de sortir de cette pénurie que de vendre la grandesse. Cette dignité , le prix d’une illustre naissance , de la valeur et des services , s’acheta pour quelques écus. Les grands gémirent de la voir ainsi profanée, mais aucun ne proposa de faire des sacrifices au besoin de sa patrie.

Humiliation de V Espagne.

Le vice-amiral Papochin avait reftisé de baisser le pavillon espagnol devant le pavillon français j attaqué et vaincu , il se vit obligé de se soumettre à cette humiliante cérémonie.

J\Iort de la reine.

La reine , objet louchant de l’amour de son époux et de la vénéi'ation de ses peuples , mourut en trois jours à l’àge de vingt-sept ans. On soupçonna que le poison avait terminé sa vie j ce qui donnalicu à ce soupçon lut l’éloquence qu’elle avait déployée en faveur de Jacques II, dont elle souhaitait que Charles embrassât la causej

la crainte de déplaire à son épouse cTiérie , le sentiment de la justice l’emportaient déjà dans le cœur de Charles sur les conseils et sur les instances des ministres espagnols et des ambassadeurs alliés , et le monarque anglais n’aurait jamais vu le roi d’Espagne se déclarer contre lui sans le trépas prématuré de liouise d’Orléans.

Charles l’aimait avec tant de tendresse qu’il s’était relâché pour elle de l’étiquette sévère de la cour , et qu’il la pressa de faire venir son frère , le duc de Chartres , à Madrid , pour l’instruire dans les lois et dans les usages de l’Espagne , et pour le déclarer son héritier.

Mort de la reine douairière.

La reine douairière , à laquelle on pouvait jiistement attribuer une grande partie des malheurs de l’état, mourut l’an i6p6^ à l’âge de soixante-deux ans.

Traité de Risooick.

Le traité de Riswick , conclu en 1697 entre Louis XIV et le roi d’Espagne , procura de grands avantages à ce dernier.

Louis XIV lui restitua Luxembourg , Charleroi , Ath , Mons , Courtrai , le comté de Chiuay , tout ce qu’on lui avait cédé par la trêve de vingt ans en 1684 ; tout ce

3 m avait été envahi en vertu des arrêt# e la chambre de Metz , et la partie de la Catalogne conquise durant le cours de la dernière guerre.

Puétendans à la succession de Charles,

Le roi traînait une vie languissante^ plusieurs compétiteurs aspiraient à hériter de son sceptre. L’empereur Léopold envoya le comte d’Howach à Madrid avec le titre d’ambassadeur , pour arrêter l’institution de l’archiduc Charles en qualité de légataire universel. Le parti autrichien échoua quoiqu’il fût appuyé de la nouvelle reine d’Espagne , Marie - Anne de Neuhourg , fdle de l’électeur Palatin. Le cardinal Porto- Carrero et don Manuel Arias se mirent à la tête d’un parti dévoué à la maison de Bourbon. La question de la succession , débattue au conseil , fut décidée en faveur du prince électoral de Bavière , neveu de Charles II j ce prince mourut peu de temps après avoir été appelé à la couronne d’Espagne. Le roi eut alors le projet de léguer ses états à son parent l’archiduc, de même nom que lui; mais le dédain que ce prince affectait pour les Espagnols nuisit à sa cause ; celle des Bourbons l’emporta. Charles appela à sa succession le duc d’Anjou , second fils du

Daupliin et petit-fils de Louis XIV et de Mane-Thérese.

Charles exorcisé.

Le roi souffrait depuis long-temps d’une maladie de langueur j les ennemis de la reine , de l’amiranle et du premier ministre Oropesa , dans rinienlion de perdre ces trois personne^ , firent entendre au roi

Î u’il était ensorcelé, et le lui persuadèrent.

e monarque permit qu’on l’exorcisât.

L’énergie des mots dont l’église se sert

f )Our conjurer les démons épouvanta telement le monarque , qu’il tomba dans une mélancolie noire faite pour exciter la compassion des personnes les moins sensibles. Sou confesseur lui conseilla de consulter une femme de Cangas, prétendue

f >ossédée du démon , et se cbargea d’aller ui-méme la voir et l’interroger. Il publia tant d’impostures à son retour , et chargea tant de personnes estimables d’avoir maléfié le roi , que toute la jeunesse se réunit contre lui et parvint à le faire bannir de la cour.

Exil d’ O ropesa.

La disette de grains opéra un soulèvement parmi le peuple à Tolède , à Burgos et dans la capitale. Les ennemis d’Oropesa

faisaient circuler avec art que le ministre était l’auteur de cette disette ; qu’il avait exporté les grains en Portugal et accaparé toutes les huiles de l’Andalousie pour les vendre à son profit. Le peuple courut en armes au palais , et cria : pain ! vive le

roi ! meurent le traître Oropesa et Vami~ rante ! Frappé de terreur , le roi ne savait à quoi se déterminer j la reine se cacha , les courtisans se dispersèrent : un grand s’avança sur un halcon , et cria que le roi dormait : Il n*y a que trop long -temps qu’il dort, répondit - on ; il faut qu’il s’éveille enfin. Charles , tremblant , parut à une fenêtre 5 un de ses courtisans dit aux , mutins qu’ils s’adressassent à Oropesa. Le peuple crut qü’ôn lui abandonnait le ministre ; il vole soudain à son palais , en brise les portes , pille ses meubles , et le cherche lui-même pour le massacrer ; sa fuite l’avait soustrait à ses ennemis. L’exil d’Oropesa et de l’amirante appaisa la sédition.

Testament de Charles.

( Dix-huitième siècle. )

Après beaucoup de combats et d’irrésolutions , Charles enfin dicta son testament. O Dieu ! s’écria-t-il en le signant ,

les pleurs aux yeux , Dieu étemel , c*est 'VOUS (jui donnej et ôtej les empires. Sa maladie devint si grave qu’il confia la régence au cardinal Porto -Carrero , et fit porter chez lui les sceaux du royaume.

Déjà , s’écriait le prince , déjà nous ne sommes dIus rien. Porto - Carrero pressait le roi d^adjoindre la reine à la régence j Charles le refusa dans la crainte qu’elle ne formât des brigues en faveur de l’archiduc. Charles II mourut le premier novembre 1700. Dans sa personne finit en Espagne la domination de la maison d’Autriche , qui avait duré cent quatre-vingtsix ans , et fourni six monarques , Philippe I®r , Charles I®>^ , Philippe II , Philippe III , Philippe IV et Charles II.

Tableau de V Espagne à cette septième époque.

Des rois faibles , indolens et superstitieux n’étaient pas propres à gouverner ce vaste empire fondé par Isalielle et par Ferdinand, étendu et consolidé par Charles- Quint, conservé par Philippe II. Les successeurs de ces illustres monarques , héritiers de leur sceptre et de leurs défauts , n’avaient pas hérité de leurs lalens j aussi les voyons -nous dès le moment de leur élévation au trône , se sentir tout à coup

accablés sotis le poids de leur pouvoir , et s’empresser à le déposer entre les mains de favoris incapables comme eux de le soutenir avec gloire. On doit sans doute distinguer Olivarès de la foule de ces ministres ; mais les célèbres rivaux qu’il eut à combattre et les circonstances fâcheuses dans lesquelles il se trouva placé entravèrent la marche de son génie audacieux , et lui ravirent l’honorable avantage d’étre utile à la grandeur et à la félicité de son pays. Don Luis de Haro , plus vertueux qu’habile, ne put réparer les maux qu’Olivarès n’avait pu empêcher.

Les mêmes causes qui concoururent d’abord à porter l’Espagne au plus haut degré de splendeur, préparèrent .dans la suite sa décadence. L’inquisition avait aidé les Espagnols à conquérir le reste de la péninsule sur les Maures. En prononçant l’exil de ces peuples elle détruisit le commerce, l’agriculture et l’industrie. La dé- • couverte du Nouveau-Monde , source de trésors immenses pour l’Espagne , prépara de loin sa misère. Le luxe et la mollesse s’introduisirent dans ce pays , à la suite des opulentes cargaisons de l’Amérique j l’abondance des richesses factices produisit le dédain des richesses véritables. On négligea de cultiver le sol de la patrie : oij

renonça aux travaux des manufactures pour courir dérober aux entrailles d’une autre terre des minéraux répandus ensuite avec profusion au-dehors , pour acheter des objets d’utilité ou d’agrément <|u’on ne pouvait plus se procurer dans l’intérieur.

Les moissons d’or enlevées au Nouveau- Monde amenèrent en Espagne le faste, l’orgueil et la paresse. Des grands , des moines et des valets composaient presque toute sa population, Les armées ellesmêmes se formaient en grande partie de soldats recrutés chez l’étranger : ces troupes mercenaires pouvaient - elles valoir les légions de braves que rendaient intrépides l’honneur national et la défense de leurs foyers ? C’est quand il combat près du tombeau de son père , près du berceau de son fils que le guerrier est invincible j aussi moins d’un siècle suffit pour enlever à l’Espagne la Hollande , le Portugal , le Roussillon et l’Artois.

Les Espagnols de cette époque apportèrent dans l’éducation une négligence vraiment fatale; orgueilleux de leur fausse prospérité j Us devinrent insensibles à la considération qu’on . reçoit de la culture des sciences et de celle des arts j les enfans ne faisaient que des études superficielles , çt se voyaient abandonnés à eux-niêmcç

dès l*âge (le quinze ans. Sans expérience j sans lumières , ils se laissaient entraîner aux vices , compagnons de l’ignorance et de l’oisiveté j aussi n’était- il pas rare de voir des hommes à peine encore majeurs soufifrir de toutes les infirmités de la vieillesse.

C’était parmi Ces hommes dégradés , ou tout au moins incapables, qu’on choisissait les vice-rois, les gouverneurs, les magistrats , les généraux j au lieu de s’occuper de l’intérêt et du bonheur des peuples soumis à leur autorité , ils ne songeaient qu’à se gorger de richesses pour venir les dissiper dans la capitde : est-il donc étonnant que l’on vît de tous les côtés de l’empire des séditions , des complots , des révoltes et même des révolutions ?

La population de la péninsule s’élevait sous Ferdinand à vingt millions d’àmesj à la mort de Charles II elle était réduite à huit millions j les ports renfermaient à peine dix à douze vaisseaux délabrés ; les places fortes tombaient en ruines j l’armée ne se montait qu’à trente mille soldats , sans discipline et sans émulation j les lois étaient sans force , les peuples sans arts et sans industrie, les ministres sans lumières; le pouvoir reposait tout entier dans les Qiams des inquisiteurs et des moines ;

Madrid se peuplait de voleurs, d’assassins p d’empoisonneurs j les querelles particulières des grands , leur désunion , la haine respective des différentes provinces , tout faisait trembler sur l’avenir , et présageait le démembrement de la péninsule. Un Bourbon parut : tout à coup on vit renaître chez les Espagnols la grandeur d’àme , la valeur , la science de la guerre et celle de la marine j la constance , la prudence , l’élévation , vertus naturelles à ce peuple , reprirent chez lui leur antique éclat j l’urbanité des mœurs , l’amour des arts , la politesse , la connaissance du commerce , une économie admirable dans les finances, une sage administration sont les bienfaits dus au prince qui , sous le nom de Philippe V, fonda dans ce royaume une nouvelle dynastie.

£tat des lettres et des sciences.

Philippe II avait favorisé les lettres et les arts j son règne et celui de Philippe UE fournirent à l’Espagne ses meilleurs historiens, ses plus profonds légistes, ses plus savans théologiens, ses plus fameux poètes, ses célèbres romanciers , qui comptent des émules mais non des rivaux parmi les autres- nations , et de grands hommes dans la guerre , dans la marine et dans la

politique. La f;loire littéraire de la péninsule ne s’aftaiblit point sous Philippe IV, qui non seulement aima la poésie j mais la cultiva avec succès , et donna une tragédie du Comte d*Essex. Sous lui les carrousels ) les jeux de cannes , les combats de taureaux étaient abandonnés au peuple, et la cour , ainsi que toutes les classes de la bourgeoisie , se délassaient aux pièces desLopèsdeVcga , des Calderon , des Galgoras et des Michel Cervantes.

A la mort de Philippe IV les muses en deuil s’enfuirent de la péninsule j le mauvais goût dicta les ouvrages des écrivains qui survécurent en petit nombre à ce prince , et l’ignorance couvrit de ses épaisses ténèbres une des plus belles contrées de l’Europe.

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