ADRIEN
Adiiien qui succéda à Trajan , était du même pays et de la même ville que lui.
On ne peut comparer Adrien à son prédécesseur J cependant l’Espagne doit aussi se
S lorifier de lui avoir donne la naissance ;
avait de la grandeur et de la générosité dans l’ànie J et s’il n’eùt souillé la fin de son règne par des cruautés , il aurait laissé une mémoire chère à scs peuples. Il enjoignit à tous les juifs de quitter Jérusalem , et termina ainsi les guerres de la Judée. U éleva et restaura divers monumens , et réforma les abus de la jurisprudence par l’établissement d’une législation uuiformo et fixe.
Administration de VEspagne sous les Romains.
Ij’Espagne était , comme nous l’avons déjà dit, divisée en trois provinces. Thrragone était le chef-Heu delaTarragouoise,
Séville celui de la Bélique , Emérita celui de la Lusitanie.
On distinguait les villes comprises dans le territoire de chaque province par le nom de Colonies , de Municipes , villes de droit latin , villes alliées , villes tributaires. Leur jurisdiction et leurs droits n’étaient pas les memes.
Les Colonies étaient habitées par des bourgeois et -par des militaires de la ville de Rome , et participaient aux prérogatives • et aux droits des citoyens Romains.
Les Municipes se gouvernaient d’après leurs propres lois.
Les babitans du Latium peuplaient les villes du Droit latin ; ils faisaient partie du peuple Romain j mais ils n’en avaient le litre et les droits qu’après avoir exercé uno magistrature.
Les villes libres, alliées ou tributaires , prirent peu à peu les mœurs , les coutumes et les lois du peuple qui les avait vaincues.
L’Espagne rendait des sommes considérables au trésor de Rome. Chaque province en outre entretenait à ses frais les gouverneurs , les préteurs , les généraux Romains et leur suite. Ces hommes , amis du luxe , se faisaient , pour la plupart y traiter en souverains.
' ' 31ilice.
Jusqu’au moment où l’Espagne devint province de l’Empire romain , la composition de ses armées n’avaii pas une fbriiie régulière , et l’élat iiiiliiaire n’acquit de consistance dans la péninsule qu’à l’é-' poque où les légions Romaines y prirent leurs quartiers. Alors on envoya clans les pays les plus reculés les coltorles cju’ell© .fournissait. L’Angleterre, l’Italie, laFrance, l’Allemagne et l’Egjpic, furent témoins de la gloire des légions espagnoles , et ont élevé ues monumens en leur honneur.
Culte et hiérarchie.
La théogonie grecque était établie en Espagne lors de l’arrivée des Romains ; ils l’étendirent. Toutes les villes , toutes les campagnes se peuplèrent de dieux et de déesses j des monumens magnific|ues s’élevèrent j f{uehpies-uns ont survécu au ravage des temps , et sont encore un objet d’elude et d’admiration pour les artistes.
L’ordre hiérarchique se divisait eu plusieurs classes d’hommes et de femmes.
La plus révérée était celle des pontifes.
L’empereur prenait le titre dé souverain pontiîè J quelcjues femmes exerçaient les fonctions sacerdotales dans plusieurs villes à la ibis.
Le culte espagnol était une indolâtrie Lizarre qui [)arlail peu au cœur , mais l)caucoup à l’imagination . On ne décernait en général les fonctions de prêtres qu’à des magistrats qui avaient obtenu l’estime publique.
Les Espagnols avaient fait de grands progrès dans les lettres et dans les beauxarts J cependant ils étaient loin de rivaliser avec leui’s maîtres les Romains.
Agriculture et commerce.
La faculté que les babitans de la péninsule avaient d’exposer les prodticlions de leur riche sol et les fruits de leur industrie dans l’empire Romain , les encouragea à se livrer à des travaux qu’ils avaient jadis dédaignés ; la terre féconde d’elle-niéme récompensa le soc laborieux. Le commerce vit chaque jour s’ouvrir pour lui de nouveaux canaux, et sa splendeur passa de beaucoup celle dont il avait brillé sous les Phéniciens et sous les Carthaginois.
Le blé produisait jusqu’au centuple dans quelques provinces, et les Espagnols avaient une manière de le conserver pendant cinquante ans J ils conservaient aussi le millet pendant un siècle.
La source principale de la richesse des babitans de la Bétique étaient les brebis,
Un bélier , de la belle espèce , se vendait cinq mille francs de noire monnaie , somme qui équivaut à treize fois le prix de la valeur de nos mérinos les plus estimés.
Les abeilles donnaient en grande abondance un miel délicieux j des vins exquis enrichissaient plusieurs cantons j un lin d’une blancheur et d’une finesse extraordinaire servait à fabriquer de superbes toiles très-recherchées par les Romains. Le sparte offrait aux laboureurs une matière combustible, des vêlemens et des couvertures.
La graine d’écarlate , le bleu d’outremer , le sorgon , coujierosc cendrée , la couleur de pourpre étaient aussi des productions de l’Espagne j leur exploitation considérable fournissait de gi'ands moyens d’aisance aux habitans des campagnes.
Ce pays était encore fertile en toutes sortes d’espèces d’arbres propres à la construction . Le gibier , les poissons , les chevaux et les mulets formaient une branche impoilanle de commerce.
Commerce extérieur et navigation.
Le luxe , introduit par les empereurs à Rome , où la plupart des citoyens vivaient dans l’oisiyeié , utilisa l’indusliie des provinces. L’Espagne exportait pour la capitale des grains , des vins , des fruits , des
huiles , des graines d’écarlate , du vermillon , des laines , de la cire , du miel , de la poix, de très-belles éiofïes, et des cargaisons de poissons salés.
Les rapports que la beauté de la navigation des côtes de la Bétique entretenait avec Rome , favorisèrent la formation de compagnies de navigateurs qui avaient des dépôts dans la capitale. Associés à de riches Romains qm leur fournissaient des fonds , les navigateurs espagnols firent des fortunes considérables.
Les armateurs de Cadix sont ceiix qui se livrèrent aux spéculations lesplus étendues.
Industrie, manufactures, mines et médailles.
L’indüstbie, fille du commerce , s’accrut avec lui. Lorsque les Espagnols trouvèrent à placer au-debors le produit de leurs maniilactures , il s’en éleva de toute espèce et de tous côtés dans la péninsule.
Le goût des beaux-arts , que les Romains avaient donné aux Espagnols , devint favorable aux artisans, et l’on vit s’établir, «ous l’inspection d’un chef temporaire , choisi parmi les magistrats , des corporations de lapidaires , de graveurs , d’ouvriers en argent et en airain.
Aucune auberge n’existait alors eu Espagne j les vojageurs se donnaient
réciproqucmpiit asile, d’après une convention irhospitalilé , gravée sur une tablette Je bronze , cl dont cliacun d’eux gardait la moi lié.
Le^i Romains faisaient exploiter les mines de métaux précieux au profit du gouvernement , et chargèrent les autres de fortes taxes J ils n’ouvrirent aucune mine nouvelle , et ne firent que perfectionner l’exploitation de celles que les Carthaginois avaient découvertes.
L’Espagne perdit sous Auguste le droit illimité qu’elle avait eu jusqu’à cette époque de battre monnaie. Les Colonies et les Municipes furent les seules villes qui le conservèrent.
Les médailles frappées en Espagne sous les Romains sont très-inférieures parle travail à celles frappées sous les Grecs et sous les Phéniciens.
Jeux et dwei'tissemens.
Les Espagnols prirent des Romains le goût des pugilats, des luttes , de l’escrime , et des courses de char. Alors s’élevèrent dans les grandes cités des cirques et des amphithéâtres magnifiques ; des sommes considérahlesjfuren l employées par des par- . .ticuliers et par le gouvernement à la fou-* dation de jeux anniversaires.
Une sorte de gloire environnait ceux qui se distinguaient dans ces jeux. Parmi les Espagnols , le conducteur de char le plus célèbre fut Dioclès , Lusitain d’origine j il vainquit ses concurrens deux mille cinq cent vingt - six fois , et retira de la valeur des prix qu’il remporta une somme de plus de trois millions de francs.
Quelques villes avaient des théâtres sur lesquels des acteurs masqués jouaient la tragédie et la comédie. Les combats de tameaux étaient toujours le spectacle le plus suivi.
Cadix fournissait au reste de l’Espagne des danseuses renommées par leur talent en musique et par leurs grâces. La danse qui s’exécutait alors avec tant de succès existe encore , sous le nom de fandango.
JMonumens.
Les Romains avaient enrichi l’Espagne de monumens admirables j des statues, des temples , des palais , des arcs , des tombeaux, des insciiptions, des amphithéâtres, des cirques , des portiques y rivalisaient de magnificence ; Esculape, Janus, Diane, Hercule , JMinen'e , et une foule d’autres divinités y possédaient des temples. La plupart des villes renfermaient un temple consacré au dieu national Eudovillicus.
Le palais d’Augusie à Tarragone avait deux mille pieds de longueur j près du palais s’élevait le cirque , et les empereurs pouvaient de leur appartement être témoins des jeux et des réjouissances du peuple.
Le luxe apporté aux tombeaux des défunts se ntesurait à la réputation qu’ils avaient acc|uise de leur vivant ; il arrivait souvent qu une commune se chargeait des frais dê funérailles d’un homme de mérite.
Souvent même on achetait un terrain jx)ur sa sépulture , et l’on dressait en son honneur des tombeaux et des monumens.
L’usage était d’enterrer ou de brûler les morts. Les cendres de ceux qu’on brûlait étaient conservées dans des vases et dans des sarcophages de marbre , de pierre ou de terre cuite. Les femnics se faisaient quelquefois ensevelir parées de leurs bijoux les plus précieux, On embaumait ceux qu’on avait tendrement chéris avec une liqueur précieuse à lac^uelle on mêlait des larmes. Les personnes riches ordonnaient souvent par leur testament qu’on vînt chaque année dresser un repas, et répandre des roses sur leur tombeau.
La plus grande partie des épitaphes se terminaient par ces quatre lettres S. T. Z*, JLf , , que la terre vous soit légère !
Parmi les monumens élevés par les ^mains; et qui subsistent encore , ou
remarque le pool i^Alcantara et le pont de Salamanque. Le premier est un chefd’œuvre d’architecture j sa hauteur , à compter de fleur d’eau jusqu’aux parapets, est de deux cent quatre pieds. Quatre voitures peuvent le passer de front. Le pont de Salamanque , appelé par les Romains via Argentea f voie d’argent, est aussi trèsfameux et très-beau.
C’est aux Romains que l’Espagne a dû l’etablissement de bains publics , aussi beaux que commodes , au moyen desquels les sources d’eaux chaudes qiu se trouvent dans ce pays sont devenues des remèdes salutaires pour les malades.
On calcule que les Romains ont fait paver ou du moins exhausser et niveller en Espagne trois mille trois cent cinquante lieues de France.
Langues et littératw'e.
La langue latine , dans laquelle tous les actes du gouvernement étaient rédigés, devint la langue du pays, et de son mélange avec l’ancien idiome se forma la langue castillane.
Après le siècle de Virgile et à' Horace ^ le premier rang dans la littérature latine fut occupé par six espagnols : Antoine Julien, Porcias Latro , les deux ScnèquCf ■JLucain et Martial. C 2
L’Espagne donna aussi le jour à Quintilien, à Silius Italiens , u PomponinsMehif et à Florus.
Ill.e ÉPOQUE.
XIoTwersion de VEspagne au christianisine.
C’est àdes missionnaires venus d’Afrique qu’appartient la gloire d’avoir rapandu les premiers en Espagne les vérités du christianisme.
La Bétique est la contrée où des chrétiens en assez grand nombre exercèrent d’ahord leur culte. Cependant ils se cachaient des magistrats, et tenaientleurs assemblées dans des grottes , sous la surveillance de quelques prêtres. Les premières églises chrétiennes ne s’élevèrent qu’au commencement du quatrième siècle.
Les sectateurs de J ésus-Christ tinrent leur culte secret pendant deux siècles environ , et ne le pratiquèrent publiquement que lorsqu’on employa Ja persécution pour le détruire.
Alors brillèrent ces martyrs dont la vie et la mort offrent également des exemples sublimes de vertu ettl’héroïsme. Un de ceux qui commandèrent le plus l’admiration est saint Fructuose Sa constance et
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sa modération fortifièrent dans la foi un nombre considérable de fidèles.
Saint-Fructuose .
(Troisième siècle.)
Le president de la province venait de rendre un édit qui ordonnait aux chrétiens de venir adorer les idoles payeiines. Insensible à la crainte, Fviictuose continuait à servir le vrai Dieu. Un jour qu’il était à se reposer , des exempts vinrent le chercher de la part du préfet , et le traînèrent en prison, ainsique ses diacres. Fructuose , certain du sort qu’on lui préparait , conserva néanmoins dans sa captivité son égalité d’humeur, sa douceur et seshabiiuaes religieuses. Il priait, ets’entretenait des vérités divines avec ceux qni venaient le voir.
Appelé devant le tiibunal du préfet , il s’y présente avec modestie et fermeté.
Avez-vous connaissance, lui demande-t-on, du' décret des empereurs ? — Qu’ordonnet-il ? demande l’évéque. — D’adorer les dieux . — J e n’adore , répond Fructuose d’un ton noble et simple , qu’un seul Dieu j c’est celui qui a créé le ciel , la terre , la mer , et tout ce qui s’v trouve renfermé. — Ignorez-vous qu’il est des dieux f demande son juge avec colère .—.Oui, je l’ignore , répliqué
Pructuose. Hé bien , vous l’apprendrez:
bientôt, s’écrie le juge d’une voix terrible. — Les diacres de Pructuose interrogés, montrèrent le même calme que lui. Irrité de voir que ses menaces , loin d’intimider les chrétiens, ne servaient qu’à montrer l’élévation de leur âme, le gouverneur se tourne de nouveau vers Pructuose , et lui demande s’il est évéqile.— Je le suis, répondit-il sans hésiter , quoiqu’il n’ignorât point à quel péril ce titre l’exposait —Vous avez cessé de l’être , prononça le jvtge en furt'ur J et il condamna les accusés à être bridés vifs. Pructuose et ses diacres entendirent prononcer leur arrêt sans laisser
f »araître le plus léger trouble. Arrivés à ’amphithéàtre destiné à leur supplice , ils consolèrent les spectateurs que touchait leur infortune. Un chrétien présenta à Pructuose une boisson fortifiante que le saint évêque refusa en disant : Il n’est pas encore temps de rompre le jeûne. Un autre voulut le déchausser. Pructuose répondit qu’il était encore en état de s’acquitter de ce soin. Quand il fut assis sur le bûcher, il dit aux chrétiens assemblés : — Mes frères , tranquillisez-vous j les pasteurs ne vous manqueront pas , et Dieu ne vous abandonnera jamais , ni dans cette vie ni dans l’autre. Les apprêts que vous voyea
ne causent de peine que pour une heure* Dès que la flamme eut coupé les liens qui tenaient enchaînées les mains des trois victimes, ils les levèrent au ciel, et se jetèrent à genoux pour prier ; c’est dans cette attitude religieuse que la mort vint les saisir.
Les chrétiens , enflammés d’une sainte ferveur, tout en regrettant Fructuose , enviaient son trépas. Le lendemain, dans l.i nuit , ils éteignirent avec du vin le feu qui consumait le reste des ossemens des martyrs , enlevèrent leurs cendres , et les ensevelirent au pied de l’autel érigé dans le lieu de leurs assemblées.
Martyrs sous Dioclétien.
Les chrétiens avaient vécu quelque temps à l’abri des persécutions j elles se renouvelèrent d’une manière honible sous le règne de Dioclétien . Le sang des martyrs ruissela dans toute l’Espagne. Dacien^ un des magistrats de l’Mnpereur, poursuivit les fidèles avec une cruauté inouie. Le nombre des chrétiens qu’il livra à la mort est incalculable : les femmes memes n’échappèrent pas à sa rage j il assistait au supplice de la plupart de ses victimes, afin d’étre certain que les bourreaux n’adoucissaient pas la rigueur de ses arrêts. Parmi les chrétiens
objets de son aveugle courroux , on distingue saint l^incentj dont l’éloquence généreuse conquit tant d’àmcs au vrai Dieu.
Supplice de saint Vincent.
Dacjen , qui n’avait pu ébranler le courage de saint Yincent par les plus terribles menaces , essaya d’en triompher par le plus ternble supplice. Il ordonne qu on l’applique à la torture , et qu’on disloque ses membres. Tandis que sa victime est sous la main dos bourreaux, Dacien se repaît de ses souffrances , et lui adresse des paroles outrageantes. Saint regarde,
son tyran d’un air serein , et lui dit d’uu ton calme : J’ai toujours désiré de don~ ncr à mon Dieu cette preuve de mon atta^chement pour la religion^ vous coniblej mes vœux y tous mes désirs sont remplis.
Dacien , outré , frappe les bourreaux à coups de verges et de bâton. Ainsi reprend doucement saint Yincent : vous voule^ aussi me venger de ces hommes grossiers ! Dacien.
écume de colère , et se meurtrit lui-méme en sévissant contre sa victime. Les bourreaux , las de tourmenter saint Yincent', .à qui ils ne peuveiat arracher une plainte , laissent tomber levirs affreux inslrumens et restent immobiles. Dacien fait apporter des instrunieus plus aigus j le supplice
recommence , la chair du saint est déchirée , le sang coule de tout son corps ; mais la force de son âme redouble avec ses souffrances.^ Rien , dit -il , d’une voix tranquille , rien ne me fera trahir le Dieu véritable pour des idoles de bois et de pierre —Jeune chrétien , dit enfin le tyran, à qui cette héroïque fermeté impose , n’auras-tu pas pitié de toi-méme, et dans la fleur de l’âge , ne voudras-tu pas , par un simple acte' de soumission', éviter une mort douloureuse ! Votre feinte pitié , réplique saint-Vincent, ne émeut pas pliu que le raffinement de vos supplices. Votre patience à me tourmenter sé lassera plutôt que ma constance.
Dacien ordonna alors qu’on plaçât le martyr tout meurtri sur ,un lit hérissé de
Î jointes de fer', au-dessous duquel on aluma un petit feu , afin de prolonger les souffrances de la victime. Saint Vincent monte avec intrépidité sur l’horrible ma-, chine ; on presse ses membres déchirés sur le fer acéré dont sa couche est hérissée 5 çn verse dans ses plaies des matières brûlantes ; on casse ses os avec des barres de fer j et il continue de déclarer qu’il veut vivre et mourir dans la foi de Jésus-Christ.
Dacien , plus en fureur que jamais, fait précipiter le martyr dans un sombre cachot^
sur des cailloux aigus. Epuise par la Tio- Icncedes tourmens, saint touchait
au moment d’aller recevoir le prix de so»
inconcevable héroïsme : Dacien apprend son agonie j il le fait placer sur un ht , et cherche à lui rendre des forces , dans ledessein de le rendre ensuite à de nouveaux supplices f afin de triompher de Ja constance ; mais Dieu , qui avait assez éprouve la foi de saint Vincent ^ le soustrait à ses l)ourreaux en l’appelant à lui. La mort du martyr n’appaisa pas la rage de son persécuteur ; il fit jeter le corps du saint à la mer j mais les vagues l’avant rapporté sur la plage , quelques fidèles lui donnèrent secrètement la sépulture dans les enviions de Valence.
Décadence de l’Église chrétienne, (Quatrième siècle).
La conversion de Constantin au chrîsv nisme . avait étendu la foi dans toutes les parties de son empire j la surface de l’Espegne était couverte de chrétiens, le culte des idoles n’existait plus ) les successeurs de Constantin firent même renverser les principaux mouumens élevés aux divinités payennes ; mais lorsque la religion du Çlirist devint la t eligion dominante ^ Iç
zèle des ministres qui l’enseignait se rc-, froidit J la jpaline du martyre y terrible mai* glorieuse recompense , mexcitant plus la vertueuse ambition de leur âme ardente , ils passèrent d’une exaltation divine à une coupable indifférence J l’Eglise ne produisit
S lus que rarement des héros , et la plupart es membres du clergé songèrent davantage à s’assurer la prééminence de la fortune que celle de la vertu . Les nouveaux convertis avaient d’ailleurs renoncé en partie à leur ancien culte , plutôt pour jouir des privilèges qui se trouvaient attachés au nouveau que par conviction. Ils mêlèrent des pratiques profanes aux pratiques religieuses, et de ce mélange bizarre naquirent a la fois la superstition et l’incrédulité. La fondation de Constantinople ayant rendu faciles les communications avec l’Asie, les
H iles de l’Europe , sur-tout ceux du i , prirent le goût du luxe et de la mollesse asiatique. Ce goût, qui les énerva, éteignit dans leur cœur l’amour de la pati ie , et les conduisit à tant de désordres et de, vices que les nations barbares qui les subjuguèrent leur donnèrent en quelque sorte l’exemple des bonnes mœurs»
lYe. EPOQUE.
Invasion des nations barbares.
( Cinquième siècle. )
CoKST^A'TTN , simple officier , venait <ie disputer le sceptre au faible Honorius, et de se faire reconnaître empereur par la Grande-Bretagne , par la Gavile et par l’Espagne. Son exemple encouragea d’autres ambitieux à lever aussi l’étendard de la révolte. Leurs diverses prétentions produisirent entre eux des combats qui livrèrent le passage des Pyrennées aux barbares du Nord.
Les Alains , venus , sous la conduite ^Atace, des pays situés entre le Volga et le Don ; les Suèves , originaires de la Baltique , et qui avaient pour chef Hermeric / enfin , les Vandales , ou babilans de la Suède et du Danemarck, que commandait Genseric , franchirent les monts et descendirent dans les plaines de l’Espagne.
Le sang et le feu marquèrent le passage de ces barbares j leur suite étaient la famine et les animaux féroces ; tous les fléaux pesèrent à la fois sur l’Espagne. Ces hordes sauvages massacrèreut uuc foule
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immense d’habitans paisibles, incendièrent les villes , ravagèrent les campagnes , détruisirent les ^danialions, et ne songèrent à former des etablissemens qu’après avoir tout détruit.
Ils tirèrent au sort les provinces qu’ils avaient envahies. La Grenade et l’Andalousie tombèrent aux Vandales , le Portugal aux Alains , la Gallice et une grande partie de la Castille et du Léon aux Suèves.
Tandis que l’Espagne se voyait déchirée en tous sens par ces peuples , les Goihs , autre peuple du Nord, étaientpréis à fondre sur la capitale de l’empire. Honorius ne trouva aucun autre moyen de la soustraire à leur joug odieux , que celui de faire la
S aix avec leur chei Alaric , auquel ilabanonna la France et l’Espagne,
La péninsule , disputée pendant plus de
a uarante ans par tous les peuples barbares , evint la conquête des Gotbs , sous le règne dJEuric , un dies successeurs à'Alaiic.
Pendant quatre cent quatre-vingt-trois ans que dura la domination des Gotbs en Espagne , le trône , qui était électif, échut successivement à trente-trois rois. Euric , qui fut le premier de tous , réunit dans un code diverses lois que les Gotbs n’avaient jusqu’à celte époque suivies que par habitude.
Anachorètes.
Les horribles malheurs enfantes par les guerres des barbares avaient réveillé dans les âmes l’amour du Dieu de bonté , protecteur de l’infortune, et seul refuge du malheureux accablé par le chagrin ou victime de l’injustice. Les hommes qui s’étaient éloignés de Dieu dans la prospérité s’en rapprochèrent dans leurs désastres. Fatigués d’un monde qui ne leur offrait que des scènes de deuil , ils allèrent chercher la paix dans la solitude des déserts , et s’y livrèrent aux plus hautes méditations.
. Une gloire brillante et durable devint le prix de leur dévouement. Le plus célèbre de ces sages et vertueux anachorètes est saint Millan y qui vécut jusqu’à l’âge de cent ans sans se livrer à aucune autre occupation qu’à des exercices religieux. Cinq cents ans après sa mort on construisit sur l’emplacement de son ermitage un couvent de bénédictins appelé Saint-Millon de la Cogella. Ce couvent est un des plus anciens de l’Espagne.
xiOyiciLnE.
( Sixième siècle. )
Un corps de troupes impériales s’était toujours maintenu eu force dans un canton
(tf3)
de l’Espagne , à 'travers toutes les convulsious des difFérens peuples et des difFérens partis J il menaçait le pouvoir de Léoifigilde* Ce prince remporta plusieurs victoires sur ces troupes, etles força à se retirer. Comme il revenait triomphant de cette expédition, et qu’il s’aprétait à jouir des douceurs de la paix , son fils Erménégilde , qui avait quitté l’arianisme pour embrasser la religion chrétienne , égaré par le fanatisme religieux, osa prendre les armes contre celui dont la personne devait lui être doublement sacrée , et comme monarque et comme père. Erménégilde , vaincu et pardonné plusieurs fois par Léovigilde , ne profita de sa clémence que pour rallumer sans cesse le feu de la ^erre civile, et contraignit son infortune père à lui ôter la vie.
Celte horrible exécution venait à peine de déchirer le cœur du roi , et de rendre le calme à l’Etat , que l’Espagne se vit de nouveau troublée pai- l’invasion des Suèves et des Francs. Le prince Reccarède , second fils de Léoi>igilde , repoussa les Francs audelà des limites de la Gaule gothique , tandis que son père se rendit maître de la Galice , dont les Suèves étaient en possession depüis cent soixante-dix-sept ans.
Léovigilde fit ensuite la conquête de la
Cantabrie et l’Espagne , pour la première fois depuis la chùte de l’empire Romain , se vit sous l’autorité d’un seul monarque.
Débarrassé des guerres étrangères et civiles , Léovigilde s’applitjua à rendre son peuple heureux et à faire fleurir son l’oyaume. Non seulement il rétablit plusieurs villes ruinées , mais il en fonda de nouvelles. Persuadé que la pompe impose à la multitude et produit eu elle le respect qu’elle n’accorde pas toujours à la vertu , il renonça à l’antique simplicité des rois Goths , qui jusque là n’avaient jx)rté aucune marque qui les distinguât de leurs sujets ; il prit le sceptre , la couronne , le manteau et les autres signes de la ro3^ale.
'Victoires de Sisebut ; sa persécution contre les Juifs, et son humanité envers les peuples vaincus.
( Septième siècle. ) ‘
Sjsebut , chrétien zélé , fut à peine en possession du trône , qu’il publia un édit
Î ar lequel il condamnait à mort tous les uifs qui refuseraient le baptêiue. Quatrevingt-dix-mille Juifs se présentèrent aux églises pour se soustraire au ‘supplice.
Mais ce prince n’avait pas atteint à son
dignité
but ; les Juifs , qu’il fallait persuader et non proscrire , n’en devinrent que plus ennemis de la foi qu’on les forçait d’embrasser J ceux d’entr’eux qui portaient un cœur noble et droit se réfugièrent dans les pays étrangers , pour ne pas profaner à la fois deux religions par une feinte sacrilège.
Sisebut força les Grecs à lui rendre JVIalaga , et consentit à leur laisser ce qu’on appelle aujourd’hui les Algardis.
Afin d’épargner le sang chrétien , que là guerre faisait couler , il équipa une flotte |)Our donner la chasse aux Maures, maîtres a cette époque des mers qui baignent l’Espagne. Quoique les Gotns n’eussent aucune connaissance de la marine , dont ils faisaient alors l’essai , la victoire et la fortune s’attachèrent à leur parti j ils netloyèrent les mers des vaisseaux Maures , se rendii’ent maîtres de Tanger et de Ceuta , qui restèrent incorporés à leur monarchie jusqu’à l’invasion des Arabes;
Sisebut , barbare envers les Juifs, était cependant humain et généreux. Témoin de la férocité de ses soldats , qui , selon l’usage de ces temps , massacraient impitoyablement tous leurs ennemis dans les places emportées de vive force , il s’écria : Mêlas ! que je suis à plaindre d’être roi , puisque je donne lieu à une si grande
effusion de sang ! Il ordonna que Ton fît grâce à tous les vaincus qui viendraient se réfugier près de lui ^ et leur sauva noa seulementla vie , mais encore il leur fournit les moyens de recouvrer leur liberté.
Sisebut construisit une flotte , instruisit son peuple dans l’art de la marine , donna de bonnes fortifications à la ville d’Æ'eom, et fit élever dans Tolède une église dédiée à sainte Léocadie. Ce prince , estimé et chéi i des Espagnols , cultivait les lettres avec succès.
Haute sagesse de Va MB J.
Le trône y vacant par la mort de Récdsuinte y était disputé par plusieurs prétendans les armes a la main . Les évêques et les nobles , qui s’étaient arrogés le droit d’élire à eux seuls un souverain , avaient
S roclamé Vamha , quoiqu’il ne fût plus ans la vigueur de l’âge. Vamha , plus sage qu’ambitieux , redoutant des honneurs achetés au prix de la tranquillité et souvent delà vie, refusa avec opiniâtreté la couronne qu’on lui offrait avec instance.
Un des électeurs , indigné qu’il manquât ainsi à la patrie , lui porte brusquement son épée a la gorge , en s’écriant : La royauté ou la mort ! Vamba , pressé si fortement; accepte enfin la couronne ,
mais sous la condition que son élection serait confirmée par rassemblée générale des Goths : J’aime mieux vivre particulier, dit-il , et souffiir la mort s’il le faut , que de régner malgré mes concitoyens et au prix de leur sang.
Les états des Goths confirmèrent l’élection de Vamha. Pour se rendre plus respectable , le nouveau roi se fit sacrer , cérémonie encore étrangère à l’Espagne.
Révolte contre J^arnha^ sa présence d’esprit, son triomphe et sa clémence.
Le sacre de Vamha ne produisit pas le fruit heureux qu’il en avait attendu j les Navarrois, les Asluriens et les Catalans levèrent l’étendard de la révolte. Hildéric, comte de Nismes , profita des troubles qui venaient de s’élever pour se rendre maître de la Gaule gothique. Vamha , occupé de la réduction des rebelles y envoyé le duc Paul pour aller dompter Hildéric ; mais il avait remis sa fortune et celle de la monarchie entre les mains de son ennemi le
S lus cruel : au lieu d’attaquer le comte e Nismes, Paul séduit l’armée , attire Hildéric dans son parti , et se fait reconnaître souverain du Languedoc et de la Catalogne. La défection de tant de provinces, et des ennemis si puissans^ n’abattent poini
le courage de Vamha il réduit en sept jours les Navarrois , publie le ban qui oblige tous les Gotbs , sans en excepter les prêtres et les évêques , à suivre le roi , et , jpar ce moyen , se forme bientôt une armee très - nombreuse. Il la partage en
3 uatre corps , entre par quatre endroits ifïerens , soumet la Catalogne avec la même promptitude que la Navarre , et jette partout la terreur. Faut se retire à Nismes. Vamha s’empare de cette place , après une longue et sanglante bataille.
L’évêque de Narbonne se rendit le lendemain , dès le point du jour , au camp de Vaniba , à l’elTet d’obtenir le pardon des habitans de Nismes et des rebelles qui s’y étaient réfugiés. Revêtu de ses habits pontificaux, il se présente .au roi, se jette ■ a ses genoux ', implore sa clémence. Le roi le relève avec respect et avec bonté , et lui promet qu’aucune personne trouvée dans la ville ne subira la mort.
. Paul , dépouillé de sa ceinture militaire et des marques de la dignité royale , est traîné aux pieds du roi par deux officiers
Î ui le tenaient aux cheveux. A la vue de ^aul et de ses complices, le roi , pénétré de tous les cruels souvenirs que leur •présence lui rappelait , s’écria : Quel
mal vous ai -je fait pour méiiter d’être
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VOUS rendre en prison jusqu^à ce que votre punition soit prononcée ; j*ai promis de vous accorder la vie , quoique vous ne la méritiez pas. Après ces mois il fait séparer les criminels , relâche les Francs et les Saxons qui se trouvaient parmi eux , donne des ordres pour la réparation des édifices, pour qu’on recherche les trésors enlevés aux églises par les rebelles , et pour qu’on inhume les morts dont les rues étaient jonchées. Un trône fut élevé à Famha au •milieu de la place publique ; il s’y plaça entouré d’un peuple immense , et le jugement des rebelles fut prononcé par un tribunal composé d’évêques , de grandsofficiers et de nobles ; ce tribunal condamna Paul au dernier supplice. Le roi commua cette peine en une réclusion perpétuelle , à laquelle il ajouta l’ignominie de faire raser le criminel .
Entrée de Vamha à Tolède.
Les Espagnols n’avaient assisté depuis long-tenips à un spectacle aussi remarquable que celui qu’offrit l’entrée de Vamha à Tolède, La marche s’ouvrit par les rebelles, qui, assis sur des charrettes , avaient la tête et le menton rasés , les pieds nus, et le corps couvert de vêtemens
faits de poil de chameau. Le duc Paul a leur tête , portait une couronne d’épines.
Lorsque les coupables eurent défilé , le roi pantt dans un costume magnifique j il était suivi d’une cour brillante , et de troupes nombreuses couvertes des plus bel les armes.
Le cortège se rendit au palais du roi , au milieu d’une foule de spectateurs qui faisaient retentir l’air de leurs joyeuses acclamations.
Abdication et mort de Vamha.
Vamba se trouva un jour tout à coup privé de l’usage de ses sens j ses domestiques , épouvantés, crurent qu’il touchait ' à son dernier moment , et , selon un usage religieux de l’Espagne , qui s’est conservé jusqu’à nos jours , ils lui coupèrent les cheveux , et le revédrent d’un habit de moine. L’évêque de Tolède se trouva présent à cette cérémonie , ce qui la rendit solennelle , et força Vamha à ne plus quitter le pieux vêtement qu’il avait reçu.
Revenu de son évanouissement , il fut tel-
lement frappé de se voir dans ce costume et d’être privé de sa chevelure , c’est-àdire de la marque de sa dignité , qu’il crut en avoir perdu les droits, ctue'voulut pas garder le trône. Il abdiqua après un règne de huit ans, et se retira dans un monas-
tère où il resta jusiju’à sa mort.