V.« ÉPOQUE
Jiwasîon des Maures,
(Huitième siècle.)
Attentifs à ce qui se passait en Espagne , les Maures proülèrenl des guerres civiles élevées entre les Goths à l’occasion de Vitija et de Rodrigue, qui tous deux prétendaient à la couronne pour reprendre 'Tanger. Muja , général du calife , forme le dessein de conquérir l’Espagne j il assemble à cet effet une flotte, il l’envoie sur les côtes de l’Andalousie , mais elle est vaincue et mise en fuite [>ar le comte Théodomir. Jjoïw d’élre abattu par ce mauvais succès , Mu^a songe à le réparer, La mort de Vili^a n’avait pas terminé la guerre civile 5 en vain les grands de l’Etat venaient de reconnaître Rodrigue pour foi} les fils de Vitija , soutenus des conseils i\* Oppas leur oncle, évêque de Séville , invoquent le secours des Arabes pour s’emparer du trône } le comte Julien, ennemi de Rodrigue , diupiel il avait reçu un outrage, s’unit aux eufans de Vitija, et tous trois concluent avec Muja un traité qui lui livre l’Espagne,
'Muja en homme pradent , se défie des traîtres (|ue la vengeance et rambiiion conduisent a armer l’etranger contre leur pays; il hasarde seulement sept mille soldats sous la conduite de Tarif. Celui-ci avec la petite troupe d’ Arabes qu’animaient la haine contre les chrétiens et l’espoir du pillage , s’empare iï Héraclée sur le mont Calpée , aujourd’hui Gibraltar , et de Tartese , appelée maintenant Tariffa , du nom de son vainqueur. Encouragé par ces avantages remportés rapidement , Mu^a fait passer douze mille Arabes en Espagne , sous le commandement de TarihAhencier ^ ce dernier joint par Julien et par les fils de Vitija , prennent Cartesja y taillent en
Ï âèces une nombreuse armée de Golhs , à a tête de laquelle était Erigo , parent de Rodrigue , qui fut tué sur le miamp de bataille.
Rodrigue y dernier roi des Goths ; son courage y sa défaite et sa mort.
Rodrigue qui s’était long - temps endormi dans le sein des plaisirs , se réveille à la nouvelle des succès éclatans des Arabes ; il fait un appel à toute la nation des Golhs , se réconcilie avec Julien et avec les fils de Viti^a, , et fort de soixantedix mille hommes , de ses tulens militaires
de son courage , s’avance au-devant d« Tarik dans une superLe plaine située au-»
près de la ville actuelle de Xérès de hi Frontera , et à deux lieues de Cadix. Les Goths, pleins de terreur, n’osaient affronter les troupes de l’ennemi. Rodrigue paraît au milieu des siens , entoure d’une pompe éclatante j revêtu d’un manteau de soie brodé en or j le front orné d’une couronne de perles , il était assis sur un char d’ivoire , attelé de deux mules blanches.
Un trône en forme de dôme , couvert d’une étoffe richement brodée et garnie de perles et d’émeraudes , s’élevait au-dessus de sa tête. Son char étaitentouré d’un grand nombre de drapeaux et d’étendards. Des chariots portant les bagages et les richess(*s du roi le suivaient. Dans cet appareil , fait pour inspirer à son armée plus de confiance en sa personne, il anime ses troupes du geste et de la voix ; Tarik, de son côté , invoque Mahomet, montre à ses soldais la nécessité où ils se trouvent de vaincre ou de périr , puisque nulle retraite ne leur reste , et que si une seule victoire suffit pour les mettre en possession de l’Espagne, une seule défaite doit les perdre sans ressource.
Le combat fut ircs-meurlrier; la victoire -balança long- temps entre les deux partis ;
elle allait cependant couronner les Goihs ,
3 uand la tranison de l’évêque d’ Oppas , es deux fds de Kitija et du comte Julien, renforcèrent l’armée des Arabes. Cette défection répandit le désordre dans les rangs des Goths. Les Arabes y pénétrèrent , le carnage devint épouvantable. Rodrigue essaya vainement de rallier les fuyards j luimême y emporté parleur torrent, se sauve sur un cheval , sans qu’on eût comtalssance de ce qii’il était devenu. On trouva son char, sa couronne , ses brodequins et son manteau de pourpre dans un bourbier.
Quelques historiens pensent qxi’il se noya, en traversant la rivière à la nage j d’autres que , louché du désastre de son pays, qu’il attribuait aux fautes qu’il avait commises, il se relira dans une retraite obscure , où U consacra le reste de ses jours à la pénitence.
Ce qui appuie cette dernière conjecture , c’est l’inscription trouvée , deux siècles après sa mort , dans une église de Visio en Portugal , et qui porte ces mots : Ci gît Rodrigue , dernier roi des Goths.
Commerce , navigation, beaux-aits , monumens , helles-lettres et sciences sous les * Goths.
Le goût des lettres que les Romains avaient apporté en Espagne s’éteignit pac
degrés sous les Golhs, et finit par se perdre entièrement , excepté chez le clergé , qui resta toujovirs dépositaire de l’instruction j mais les lumières de ce corps étaient bien faibles en comparaison de celles du beau siècle de la littérature. Isidore , le plus célèbre écrivain de cè pays , n’était pas exempt de la corruption qui avait gagne la littérature , et il avait défendu aux moines la lecuire de i ou s les auteurs payens. Aucun collège public n’existait , et l’éducation se bornait à sept objets , qui formaient un cours d’étude complet , dont aucttn n’était approfondi. Ces sept objets étaient d’im côté la grammaire , la rhétorique et la dialectique ; de l’autre , l’arithmétique , la géométrie , l’astronomie et la musique.
On apprenait seulement les définitions de ces sciences et quelques-unes de leurs formules , et cela suffisait pour paraître trèsinstruit.
Les sciences se cultivaient encore moins que les lettres; la médecine, la seule science , suivie alors, se trouvait dans un état vraiment déplorable. Aucune considération n’entourait le médecin ; et les récompenses qui lui étaient assignées en cas de succès , ne compensaient pas les punitions sévères auxquelles il était soumis. Il recevait cinq ^us pour l’opération d’une cataracte , et
payait cent sons d’amende lorsqu’une saij^née avait affaibli son malade au lieu de le guérir. Si un malade mourait à la suite d’un traitement, le médecin tombait au.
pouvoir des parens du défunt , qui pouvaient disposer à leur gré de sa personne j néanmoins on ne jetait en prison les médecins qu’après qu’ils avaient produit leur défense. 11 leur était enjoint de ne saigner une femme t^u’en présence dti père, de la mère , du frere , du fils , de l’oncle , ou d’un autre des parens de cette femme.
Loin d’orner l’Espagne de noit veaux monumens, les Goths dégradèrent ou laissèrent tomber en ruine les superbes édifices élevés par les Romains , et ne bâtirent que des églises ou des monastères peu dignes de remarque. Les beaux monumens gothiques qu’on admire en Espagne, d’une époque postérieure aux Goins, leur ont été faussement attribués.
Aux inscriptions pompeuses qui redisaient à la postérité la gloire , les vertus ou les titres des défunts , succédèrent des inscriptions pleines de l’humilité chrétienne , et qui ne pouvaient servir de matériaux pour l’histoire.
La langue des Goths se perdit; il n’en resta que des fragniens qui servirent à la Jangue caslillannc, et cpij se retrouvent
atijôurd’hui dans la langue espagnole* On parlait dans les villes un latin dégénéré J le basque était la langue des montagnes.
Les médailles golbûpies , la plupart en or, sont très-mal frappées, et n’offrent dans leurs légendes qu’une suite de traits dont il est souvent impossible de former des uK^ls.
Le commerce et la navigation , tant intérieure qu’extérieure, se trouvaient réduits à un état complet de nvdlité. Les princes et les nobles Gollis n’étaient que de grands fermiers j leurs richesses consistaient en
troupeaux et en cerfs , et ils dédaignaient de s’environner d’aucun objet de luxe.
Le seul art qui paraît avoir été exercé avec quelques succès par les Espagnols de celte époque, est celui de l’orfevrerie.
Goitveniemeiit , bienfaisance, ambition et mort (T Abdalaj fis.
Les généraux de Valid, calife de Damas, lui acquirent en trois ans la possession entière de la péninsule. Mu^a , à qui il la devait en grande partie , calomnié auprès de son souverain , fut jeté dans une prison où il mourut accablé sous le. poids de l’àge et du chagrin j mais prévoyant la destinée qu’il attendait, avant de retourner à la
cour (lu calife où il était rappelé , Mujct avait disposé du gouverneiiicut d’Éspagn® en faveur de son fils Abdala'fiis. Soliman, successeur de Valid , confirma -^6dalnj^is dans le gouvernement général d« l’Espagne.
Ahdalajfis se montra digne de la place à la<|uolle il était élevé , par sou crjuité , par sa générosité et par son applitîalion aux afl'aircs. Il fit faire une description exacte de la péninsule , afin de répartir également les impotsj il la visita dans toute son étendue , rétablit partout l’ordre , la police et les lois , soulagea les chrétiens' , reconstruisit les villes détruites dans les dernières guerres , embellit les autres , annonça sa présence par des bienfaits , et vint s’établir à Séville.
Egilonne, veuve de l’infortuné Rodrigue, célèbre par sa beauté , par sou esprit et par son anibilion , avait été conduite en Cjualité d’esclavedansle sérail <ï Abdala^ 2 ^sj l’officier musulman , touché de son mallieur et de scs grâces , la traita en reine et l’épousa. Egilonne , aimée et respectéedes chrétiens , et certaine de réussir à leur faire prendre les armes en sa faveur, invite Abdala22^s s’emparer du trône (h; Rodrigue. Le général , non moins jaloux de régner que son épouse , adopte ses desseins ;
îl se laisse couronner dans le sérail , et déjà il essaye de porter en public quelques-unes des marques de la royauté , afin d’accoulunicr d’avance les habitansde l’Espagne à voir en lui leur souverain j mais s’il avait tout à espérer d’un peuple accoutumé à le chérir J il avait tout a craindre des Arabes. Ils conjurèrent sa perte , et le tuèrent pendant qu’il était en prières dans une mosquée.