‹ Beautés de l' histoire des Espagnes, ou Grandes époques de cette histoire, faits intéressans, usages, moeurs et coutumesChapitre 6 sur 17 · PELAGE · texte numérisé non relu

PELAGE

Une foule de Gotbs et d’Espagnols , fidèles à leur religion et à leurs lois , s’étaient retirés dans les montagnes pour se soustraire à la domination des Musulmans; ils y vivaient sans projet; mais, pleins de confiance dans la justice et dans le pouvoir de Dieu, ils priaient , et espéraient leur retour dans leur patrie.

Pelage , homme entreprenant et brave (on ignore son origine), exalta dans

leurs cœurs le double sentiment de la vengeance et de la foi ; il leur promit le secours de Dieu, les rassembla sous ses ordres , et reçut leurs sermens d’obéissance et de fidélité. Son parti se grossit bientôt tles peuplades restées indépendantes , et auxquelles il persuada f|uc l’intérêt de la religion exigeait que tous les clu’c tiens

prissent les armes pour chasser les Musulmans de l’Espagne. Cependant il n’avaife pas de résidence fixe ; le petit nonihre de ses troupes ne lui permettait pas de résister en pleine campagne aux ennemis , et il ne savait comment échapper à leur aggression .

Un jour qu’il poursmvait un malfaiteur q\ii l’avait attaqué, il le vit entrer dans une caverne, et s’apprêtait à l’y saisir. Soudain «n ermite vénérable se présente à l’entrée du souterrain , et l’avertit que cette caverne est un asile sacré qui renferme un autel dédié à la sainte \ierge , et qu’il faut se garder de commettre un sacrilège dans un lieu qui poitrra peut-être devenir la reiraiie de Pélage.

Les paroles de l’ermite se gravèrent dans la mémoire de Vêlage , et lorsqu’il se vit pouî suivide près par l’ennemi, il se décida a aller se réfugier avec ses soldats dans le soutei raiu que lui avait découvert la Providence.

Souterrain de Pelage.

La position du souterrain lui donnait des avantages incalculables. Figurez-vous entre deux montagnes très - escarpées une gorge étroite , traversée par un ruisseau dont les sources sortent du pied d’un rocher

( Si )

énorme qui ferme celte petite vallée. Ce rocher , nu dans toute sa hauteur , porte sur sa cime , large de cinquante pas , un bois épais et sombre. L’aspect de celte masse immense qui s’élève droite dans les nues , et de la chaîne des montagnes qui paraissent se joindre et ne laisser aucune issue pour sortir de ce ravin , porte l’effroi dans l’âme du spectateur. Au bas du rocher, un peu au - dessus des deux sources qui alimentent le ruisseau , on remarque une ouverture deini-circvüaire , haute de deux toises , qui conduit à un grand souterrain, appelé , a raison de son étendue immense , Coba Donja , grande caverne. Le rocher est connu sous le nom de Mont-Ausène.

Habileté de Pelage , sa victoire et Vétablissement de sa souveraineté.

A leur arrivée dans ce canton sauvage et désert, les soldais de furent frappés

irépouvante ; mais , rassurés bien lot par leur hahih; chef, qui les instruisit des ressources que lui fournissaient les foriilications naturelles de ce lieu , et confiant dans la protection de la mère du Sauveur, ils entonnèrent des hymnes à sa louange, et crurent à la victoire.

Pélage amassa des vivres cl des armes au ibnd de la caverne , assigna des postes

sur le haut des niontaf^es à une partie de ses soldats , et en garda une portion avec lui au fond du souterrain. Ces mesure»

étant prises , il attendit avec calme l’armée des Musulmans , qui ne tarda point à pénétrer dans la vallée.

Toujours traître à son pays , l’évêque Oppas se tenait au milieu de l’armée musulmane. 11 sort des rangs , demande un entretien à Pelage ^ le héros se montre à l’entrée de la grotte , Oppas cherche . tour-à-tour à l’intimider et à le séduire } Félage lui répond qu’il sied mal à un de»

principaux auteurs de l’infortune qui pèse sur les Goths d’en faire sentir le poids , et que quant à lui il espère que le ciel ne laissera pas les infidèles triompher des chrétiens.

Le combat s’engage, il est meurtrier pour les Arabes j leurs traits glissaient sur le rocher qui défendait les chrétiens. La plupart desMusulmans se retirent en désordrej Oppas tombe au pouvoir des Goths , qui lui ôtent la vie.

Cette victoire mémorable assure le pouvoir de Pelage dans l’Asturie. Plusieurs villes de cette province chassent les Musulmans 5 Pelage entre en vainqueur dans les cités importantes , et fonde une souveraineté dont les villes principales étaient

Léon, Gijon, Ooiédo , Cangas de Onisel C'angas de Tinéo. Cette souveraineté s’agrandit , et se changea en un royaume sur lequel les descendans de Pelage régnèrent plus de trois siècles.

Les braves qui avaient secondé Pelage dans sa glorieuse entrèprise , libéralement récompensés , s’établirent dans l’Asturie.

Cette conlrée renferme encore plusieurs classes de nobles, tels que hidalgos, ricos homes , infançones et escuderos de armas , qui tous se prétendent issus de gnons d’armes de Pelage , et qui ce titre à toute autre illustration

» compapréfèrent

Fondation du, royaume de Cordoue.

Un jeune prince nommé Ahdérame , échappé à la proscription qui enveloppait la maison des Omniades dont il était descendant , arriva en Espagne , s’y forma un parti , triompha de la faction des Abbassides qui régnait dans la péninsule , et , victorieux , fonda le royaume de Cordoue.

Alors commença le siècle de magnificence et de galanterie qui distingua les Maures d’Espagne de leurs contemporains, et rendit Cordoue le centre des arts. Pendant trente ans qu’Abdérame I.®‘’ régna , il s’occupa constamment du bonheur de

scs sujets, encouragea le commerce et l’agriculture, protégea les sciences et les arts. Abdérame , j)lein de justice , de modération et de générosité, remplit le cœur de son peuple d’admiration et d’amour.

Sous son gouvernement le pays qui venait d’ctre le théâtre de la plus cruelle misère, piît tout à coup un éclat qui frappa l’Europe. Ou accourait de toutes les contrées du monde pour assister à ces fêtes galantes , à ces tournois magnifiques , à ces joùtes brillantes , où les plus célèbres chevaliers livalisaient d’adresse et de valeur ; où les femmes les plus disiiu^iées par la naissance et par l’éducation rivalisaient de grâces et d’attraits, et payaient d’un sourire aimable les heureux efforts des nobles rivaux d’armes et de gloire. Ahdérame embellit Cordoue de jardins , de palais, de mosquées superbes. Grâces à ses soins l’Espagne vit s’élever des villes nombreuses très-bien bâties , elle se peupla d’artistes et de savans en tout genre , et l’Italie seule pouvait lui disputer la palme des arts et celle des sciences.

Hamirje affranchit ses sujets d’un tribut odieux.

(Neuvième siècle. )

IRjiMiKE y roi d’Oviédo, et descendant de Félage, fut sommé par Ahdérame II,

homriie dur et féroce , d’envoyer le tribut de cent jeunes biles que J\Iauregat s’était engagé de donner chaque année aux Musulmans. Ramire répondit à cette sommation les armes à la main. Une bataille

sanglante se livra. L’habileté des chefs de chacun des deux partis avait laissé la victoire indécise , lorsque la nuit força les combattans de se retirer. L’armée des

chrétiens avait souffert de plus grandes pertes que celle Abdérame , et le découragement qu’elle montrait jetait le roi dans les plus vives alarmes. Epuisé par la fatigue et par l’inquiétude, il s^endorniit, et crut voir dans son sommeil l’image de l’apôtre saint Jacques, qui l’exhortait à reprendre courage et à se confier en Dieu , par le secours duquel il remporterait la victoire.

Plein d’espérance et de joie , il se lève , assemble les grands , les prélats et les officiers de son armée , leur raconte son songe et leur dit : « Bannissez vos chagrins , at-

laquez sans crainte vos ennemis , com- » battez généreusement pour votre j^.-trie, pour votre liberté , pour votre vie.

Depuis assez long-temps nous gémissons >5 sous la honteuse servitude des Maures ;

» rappelez votre antique valeur, vengeons l’outrage que ces infidèles ont fait à la sî religion et à notre pays : Dieu et saint » Jacques nous protégeront. »

Après ces mots il range l’armée en bataille et fait sonner la charge. Tous ses soldats répètent à grands cris , de rang en rang, le nom de saint Jacques , et fondent avec intrépidité sur leurs adversaires. Les Musulmans , épouvantés du premier feu des Espagnols , commencent a plier j tout à coup les chrétiens s’imaginent voir saint Jacques monté sur un cheval hlanc , et tenant un étendard blanc à la main , sur lequel on apercevait une croix rouge. Cette idée redouble leur vaillance , ils accablent les Musulmans , en tuent plus de soixante mille ; et non seulement se rachètent par celte victoire , du tribut déshonorant qu’on leur avait imposé , mais ils reprennent

P lusieurs grandes villes sur les Maures.

’oute l’Espagne envoya des présens à l’église de Composielle , et s’engagea par un vœu solennel à payer une certaine mesure de vin et de bled par chaque arpent de terre. Depuis cette epoque le nom de saint Jacques est devenu le cri de guerre des soldats espagnols.

Richesse et magnificence d^ABDÈKAME.

(Dixième siècle.)

A B DÉ RAME III, qui régna cent cinquante ans après rétablissement de sa

maison sur le trône de Cordoue , surpassa tous les califes par sa richesse et par sa magnificence. Son sérail se composait de six mille trois cent personnes. Il ne sortait pas sans être accompagné de douze mille cavaliers , ornés de ceintures et de cimetères garnis d’or. Lorsque son favori, Malec, fut élevé aux fonctions de grandvisir , il offiit en présent à son maître quatre mille pesant d’or pur j en argent , quatre cent vingt mille sequins de valeur j cinq cents onces d’ambre gris j trois cents onces de camphre j trente pièces de tissu d’or très-riche 5 dix vêiemens de martre de Khorason , et cent d’une autre fourrure 5

3 uarante-huit garnitures, autant de harnois ’or et de soie pour les chevaux ; quatre mille livres de soie ; quinze coursiers de la plus belle race d’Arabie , superbement caparaçonnés j une grande quantité de tapis de Perse , de cottes-mailles , d’aloès , de boucliers et de lances. Ces objets transportés au palais du prince en grande pompe , étaient accompagnés par quarante jeunes gens et vingt jeunes filles d’une beauté admirable , et décorés de bracelets et de colliers enrichis de superbes perles. Aboue Malec fit en même temps hommage au calife d’un poème dans lequel il célébrait les vertus de son souverain. Le prince

réconipensale talent du poêle par le don de cent mille pièces d’or, somme équivalente à un million de noire monnaie.

Abdérame fit construire , à une lieue de Cordoue, un palais et dos jardins destinés a. Zébra, sa sultane fiivorite, qui coûtèrent vingt - cinq ans de travaux , et soixantedouze millions de livres. Le plan de ce palais fut dressé par les plus célèbres architectes de Constantinople , et l’exécution en fut confiée aux plus habiles artistes.

Douze cents colonnes de marbre d’Espagne, d’Afrique , d’Italie et de la Grèce , soutenaient l’édifice. Les murs de la salle d’audience étaient incrustés d’or et de perles ; dans le centre on voyait un bassin orné de figures d’oiseaux et de quadrupèdes d’un grand prix j au-dessus était suspendue une perle d’une valeur inappréciable.

Sous le règne à! Abdérame la ville de Cordoue contenait six cents mosquées , neuf cents bains, et deux cent mille maisons; quatre-vingts grandescités, trois cents du second ordre , reconnaissaient ses lois , et douze mille villages s’élevèrent sur les rives du Bétis, qui prit le nom de Guadalquivir. Le revenu de ce prince excédait six fois la valeur du revenu actuel de l’Espagne , en y comprenant les richesses qu’elle lire de l’Amérique.

Néant des grandeurs humaines.

La vie d’Alxléranie était une suite coür tinuelle de plaisirs et de prospérités ; cependant ses vœux n’étaient pas remplis; oû a trouvé dans ses papiers , après sa mort , ces mots écrits de sa main : « 11 y a plu»

3) de cinquante ans rpie je règne victorieux 33 ou en paix, aimé de mes sujets , redouté 33 par mes ennemis , et respecté par mes 33 alliés ; richesses , honneurs , puissance 33 et plaisirs , tout a prévenu mes désirs , 33 et il semble qu’aucun bonheur n’aman- 33 qué à ma félcité. Dans cette silualioa 33 j’ai compté avec soin les jours on je me 33 suis trouvé réellement et parfaitement 33 heureux : le nombre ne va pas au-delà 33 de quatorze. O homme , ne place pas ta 33 conüance dans ce monde ! 33

Magnanimité d^yiLPnoNSE le Grand , roi d’ Oaiédo.

Trente campagnes victorieuses contre les Musulmans , quatre révoltes appaisées dans l’intérieur , les raonumens qu’il avait élevés, et pardessus tout sa bouté , sa justice et sa clémence , avaient mérité à Alphonse III le surnom de Grand. Un impôt qu’il fut contraint de créer , fournit à son fils don Garde un prétexté pour

fomenlcr des troubles dansTEiat, à la fa-

veur desquels il espérait s’emparer d’un sceptre qu’il se lassait d’attendre. La guerre civile allait éclater ; Alphonse , avare tout à la fois du sang d’un iils et de celui d’un peuple ingrat , assembla la nation et se démit de la couronne pour la placer sur la tête de don Garde. La grandeur d’àme qu’ Alphonse montra dans ce dernier acte solennel de sa puissance , toucha profondément le cœur de son coupable fils j mais ce qui le pénétra encore davantage, et ce qui mit le comble à l’admiration que le peuple avait conçue pour Alphonse , c’est le sublime dévouement qu’il laissa peu après éclater alors qu’il consentit à servir comme simple général dans une exécution contre les Maures. Alphonse se couvrit encore de gloire dans cette dernière expédition , où les deux armées contemplèrent avec étonnement le spectacle unique d’un père assez magnanime pour soutenir au

F rix de son sang le pouvoir d’un fils qui avait détrôné, et d’un fils assez convaincu

des hautes vertus d’un père qu’il avait ' cruellement injurié , poui' lui livrer toute sa confiance.

Rodrigue surnonuné le Cid.

( Onzième siècle. )

Sous le règne de Ferdinand roi de Casiille et de Léon , brilla Liias de Vwar Rodrigue, homme d’une rare vertu , d’une haute sagesse et d’un courage invincible.

Rodrigue tirait son origine de Laynus Clavus , juge de Castille. Rodrigue venait d’entrer à peine dans l’adolescence quand il tua en duel le comte de Gormas , riche et vaillant seigneur , qui lui avait fait une Insulte. Chimène, fille du comte, sollicita vivement le roi pour que Rodrigue fht puni suivant la rigueur deslois, quoiqu’elle aimât beaucoup ce brave chevalier , et qu’elle en fût aimee avec tendresse. Le roi permit à Chimène de choisir un défenseur qui , suivant la coutume de ces temps, se chargerait du soin de sa vengeance en combattant Rodrigue en champ clos j mais il exigea qu’elle récompensât par le don de sa main celui des deux . chanqùons qui sortirait vainqueur du combat. Rodrigue tua son adversaire , et reçut avec la main de Chimène , la principauté de Gormas , héritage de son jière.

Devenu très - puissant par ce mariage , Rodrigue se mit à la tête d’une troupe de

soldats d’élite , délit en bataille cinq petits rois Maures qui ravageaient les terres des chrétiens , leur enleva tout le butin dont ils s’étaient emparés , fit un grand nombre de leurs soldats prisonniers, et les renvoya dans leur pays sous la condition qu’ils lui paieraient un tribut annuel.

Lorsque les ambassadeurs des cinq rois Maures vinrent apporter à Rodrigue le tribut qu’ils s’étaient engagés de lui payer, ils lui donnèrent , en présence du roi et de toute la cour , le nom de Cid , qui , en langue arabesque , siguilie Seigneur.

Le roi Ferdinand voulut que le nom de Cid demeurât pour toujours à Kodiigue , et la réputation de ce chevalier s’accrut tellement sous ce nom du Cïr/, qu’il ne fut bientôt plus connu sous celui de sa famille.

Quebjue temps après que Rodrigue eut vaincu les rois Maures , les rois Ferdinand elliamire étant en discussion relativement à la \ille de Talahorra, convinrent que leurs droits seraient jugés en champ clos j Ferdinand remit sa cause dans les mains de Rodrigue, et ce chevalier, comme à son ordinaire , rangea de son côté la victoire.

Rodrigue rend VEspagne indépendante de l’Empire.

L’empereur attaquait la liberté de l’Espagne. Ferdinand , déjà avancé en

âge , redoutait les fatigues de la guerre ; il assembla son conseil , qui fut, tout entier d’avis d’acheter la jpaix par des sacrifices. Rodrigue , consulte , se déclara avec éloquence contre l’opinion du conseil , et l’emporta. Créé général des troupes levées contre l’empereur , il passa les Pyrénées , pénétra jusqu’à Toulouse , et députa une ambassade au saint Père pour le prier d’envoyer des eommissaises qui examineraient et régleraient les droits et les prétentions de l’empereur. Les députés du pape s’arrêtèrent à Toulouse , où l’affaire fut jugée en faveur de la liberté de l’Espagne. Depuis cette époque ce royaume est resté indépendant (le l’Empire,

Nouveaux exploits de Rodrigue.

Rodrigue se couvrit encore (le gloire en défendant avec succès <x)ntre Rariiire , roi d’Aragon , le roi de Saragosse , vassal de Ferdinand. Ce dernier divisa ses Etats entre ses trois fils , et par ce partage , fruit de sa tendresse paternelle , amena sur ses peuples le fléau de la guerre civile.

Rodrigue aide Sancbe, le plus ambitieux et le plus brave des fils de Ferdinand , à reprendre sur ses frères l’héritage du feu roi. Sanche jouissait de la Castille , de Léon , de la Gallice et du Portugal j il allait se

rendre encore maître des apanages domie's à ses sœurs quand il fut assassine. Son frère Alphonse revint de la cour de Tolède où il s’était réfugié , et paraît à Burgos. Les états s’étaient assemblés dans cette ville, et avaient résolu de ne reconnaître Alphonse

{ >our roi qu’après qu’il aurait déclaré soennellement u’ètre ni l’auteur ni le complice de la mort de Sanche. Cependant la présence d’Alphonse intimida les grandsj ils craignirent que, maître absolu du royaume, il ne sévît contre ceux qui auraient exigé de lui le serment proposé ; le Cid , audessus de toute crainte, conàvàsn Alphonse dans l’église de Sainte- Agathe , et l’obligea à satisfaiie à la demande des états.

Disgrâce du Cid.

Les rois Maures de Cordoue et de Séville ayant refusé le tribut annuel , le Cid fut envoyé vers eux en qualité d’ambassadeur, dans le moment où les rois de Grenade et de Séville se faisaient la guerre pour les limites <le leurs royaumes j le Cud se rendit médiateur entre eux j mais le roi de Grenade ne voulant entendre aucune proposition , Rodrigue se rangea du côte <lu roi de Séville , défit l’armée de son rival , et le força à traiter de la paix. Il retourna ensuite en Castille , chargé de présens , c%

des tributs , objets de son ambassade. Ce double succès lui mérita le nom de conquérant , et redoubla raffection et l’estime

3 ne les Castillans et l’armée lui portaient.

aloux de l’éclatante renommée qu’il devait à ses vertus ainsi qu’à scs talons , les grands -seigneurs de Castille et de Léon cherchèrent à le perdre dans l’esprit du roi , qui n’était que trop enclin à croire la calomnie dirigée contre l’homme qui avait osé lui faire en quelque sorte la loi.

Pendant que cette intrigue se dirigeait contre Rodrigue , le roi se vit forcé de recommeneer la guerre avec les rois Maures , qui refusèrent de nouveau le paiement du ti ibut. Le Cidy quoique malade, se mit à la tête d’un petit nombre de troupes, repoussa jusqu’à Tolède les Maures qui avaient fait une éruption dans la Castille , et revint chargé de déjxiuilles , suivi par sept mille prisonniers enlevés à l’ennemi. Cette victoire accrut la haine de ses envieux j ils parvinrent enfin à tirer du roi un ordre d’exil contre le Cid. On lui signifia de sortir sous neuf jours du royaume. Le Cid souffrit avec calme sa disgrâce ; il laissa en Espagne sa femme et ses enfans , et se retira chez l’abbé de Saint-Pierre Gardénia, décidé à confinuer d’employer le reste de sa vie à combattre les ennemis de la foi.

Noble vengeance du Cid.

Le Cid rassembla une pelile troupe accoutumée à vaincre sous ses Uj’a peaux , ' se jeta sur les terres des Carpetans aux environs de Tolède , entra dans le pays des Celtibériens , délit deux généraux maures , lit de grands ravages sur les terres du roi de Valence, envoya au xo\ Alphonse trente chevaux lâchement enharnachés, et chargés des plus précieuses dépouilles de renne- "mi j et trenjle sabres d’un grand prix. Un nombre égal d’esclaves conduisait les présens et les chevaux. Ces esclaves ,' choisis parmi les hommes les plus beaux et les mieux faits , étaient revêtus d’habits d’or et d’écarlate. La harangue des députés de Hodrigue releva encore 'la magnificence de ses dons. Le peuple , émerveillé de la magnanimité de sa vengeance , élevait son nom jusqu’au ciel , et lui décernait hautement les titres de libérateur delà patrie. Le roi ne voulut pas encore le rappeler de son exil J mais il j>crmit à tous ses sujets de s’enrôler sous scs bannières pour aller combattre les infidèles.

Le Cid rappelé d’exiL

Une guerre Intestine s’étaflt élevée trois îms après dans la Bétique entre les Maures ^

'^Alphonse f profitant habilement de ce»

troubles favorables aux chrétiens , rappel^ le Cid de son exil , et lui donna des troupes pour passer en Bétique. Ce grand capitaine termina bientôt la guerre par sa prudence et par sa valeur , et remit entre les mains d’Alphonse le roi .Almofala , qu’il avait fait prisonnier.

Le Cid s^empare de Valence.

Le Cid y toujours plus empressé à propager la religion chrétienne , et par ses conseils et par ses armes, força tous les gouverneurs , ainsi que tous les petits rois maures , à payer chaque année des tributs , et s’empara de la ville de Valence , malgré la défense vigoureuse des assiégés , et les armées considérables dont les Maures

avaient environné cette place. 11 fit venir Jérôme de Tolède pour être é'véque de Valence, et rappela ensuite Chimèiïe et ses enfans , qu’il avait laissés depuis son exil sous la direction de l’abbé deCardénia.

Rodrigue envoya^emercier le roi ^e la permission qtt’il lui avait donnée d’assiéger Valence , et lui fit en même temps présent de deux cents chevaux chargés des plus riches dépouilles des ennemis , et de deux cents coutelas parfaitement travaillés»

(pB)

Glanage des filles de Rodrigue^

L A fortune et la gloire du Cid étaient montées au plus haut point j ses exploits le plaçaient à côté des plus grands néros de l’antiquité , ses vertus à côté des plus grands hommes. Le mariage de ses filles, Rlvire et Sola , avec les infans Diègue et Ferdinand y porta une atteinte cruelle à la félicité dont il commençait à jouir.

Diègue et Ferdinand , d’une naissance illustre , mais sans aucim courage et sans aucune qualité morale , n’avaient recherché que par avarice l’alliance du Cid. A peine l’eurent -ils contractée qu’ils feignirent un grand désir de revoir leur patrie , et quittèrent avec leurs femmes la maison de leur beau-père. A l’instant de la séparation , un secret pressentiment arracha des larmes à toute la famille. Dès que le Cid eut pris congé de ses filles , qu’il avait accompagnées une partie de la route , ses gendres conduisirent leurs épouses dans un endroit écarté , les déchirèrent à coups de fouet , et les laissèrent presf|ue mortes dans le milieu d’un bois. Le Cid se présenta: à la cour du roi pour demander vengeance de cet horrible attentat. Les deux gendres furent condamnés à restituer la dot , ainsi ^ue tous les diamans qu’ils avaient reçus.

et à se battre en duel. Aussi lâches que cruels , ils refusèrent le combat j mais le roi les contraignit à racceptcr , et tous deux tombèrent sous les coups des champions choisis par le Cid pour soutenir l’honneur de ses hiles. Cette victoire remportée , Rodrigue retourna à Valence , et conclut pour Eluire et pour Sola un second mariage qui effaça la honte du premier. L’uuc épousa Rainire , lils de Sanche , roi de Gascogne, et l’autre Eicrre , fds du roi d’Aragon.

Vers cette meme époque , le roi de Perse, pénétre d’admiration [X)ur les exploits mei’veilleux de Rodrigue , lui envoya une ambassade à l’effet de contracter avec lui une -étroite alliance d’amitié.

Les Maures redoutent encore Rodrigue après son trépas.

Les Maures attaquèrent en vain plusieurs fois la ville de Valence 3 leurs efibrts redoublés ne servirent qu’à leur apprendre que Rodrigue était invincible. Maineureusement ce hérr)s , appelé à vivre dans la mémoire de tous les âges , devait subir la destinée commune à tous les hommes. Sa mort, arrivée en 1089, répandit la douleur

f >armi tous les chrétiens , qui perdaient eur plus ferme appui. Le Cid s’était rendu si redoutable aux Musulmans, qu’il les

mit en fuite même après sa mort , et qu’ils prirent pour une nombreuse armée le petit corps des siens qui quittait \alence, et n’osèrent l’attaquer.

La postérité admirera toujours le courage , la fermeté , la constance , la candeur, la probité , la franchise , la grandeur d’àme et la foi de cet illustre capitaine.

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