ALPHONSE VI
Ce monarque, rétabli sur son trône par la mort de son frère Sanche , qui l’avait contraint à embrasser l’état monastique , prouva qu’il était digne du trône. Sa valeur, fatale aux Maures qui l’avaient sauve dans sa proscription , leur enleva Tolède ^ et avec cette place plusieurs villes importantes. Alphonse fixa le siège de son gouvernement à Tolède , et prit le titre d’empereur.
\Grand exemple qu^il donne de sa fidélité de la parole royale.
Lors de la réduction de Tolède, le roi avait choisi Bernard , prélat d’une émi- * nente vertu, pour occuper le siège épiscopal de cette ville. Alphonse , en rétablis-
sant le culte chrétien, avait toutefois laissé aux Maures un vaste temple pour l’exercice de leur religion. Bernard, enflammé d’un jfèle trop ardent , se concejia avec la reine,
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€t pendant l’absence du roi s’empara de vîv<ï force du temple réservé aux Musulmans, le purifia , et fit sonner la cloche pour appeler les chrétiens à venir y célébrer le service divin. Indignés de ralfrout fait à leur culte, les Maures furent sur le point de prendre les armes. S’ils eussent cédé à leur courroux, tous les chrétiens eussent péri, parce qu’ils étaient en très-petit nombre dans la ville , comparativement aux infidèles. Le roi, instruit de ce qui sc passait, revint tout à coup à Tolède , dont il était fort loin. Funeux qu’on se fût permis de ■ violer sa parole royale , il menace d’une punition éclatante la reine et le jtrélat. Le clergé de Tolède, les nobles, tous les chrétiens vêtus de deuil implorent inutilement à genoux sa clémence j il persiste dans sa
I 'ustice. Les Maures , qui craignaient que a sévérité du roi n’alluniat plus fortement contre eux la haine des chrétiens , et qui , d’un autre côté , étaient pénétrés de douleur de l’outrage qu’ils avaient reçus , se présentent en grand cortège devant Alphonse ; leur visage exprime l’incertitude de leurs sentimens ; ils tombent aux pieds du roi , les baignent de larmes , et se disposent à lui adresser leurs prières.
Alphonse les prévient , il les assure que la mesure prise contre eux est une offense
tnvers lui et envers la dignité royale ^ et qu’il punira rigoureusement les coupables , pour convaincre la nation Maure qu’il n’avait eu nulle connaissance de l’insulte dirigée contre elle , et pour apprendre en meme temps à la postérité que la parole des rois doit être inviolable.
Convaincus de la loyauté à' Alphonse , et rassurés sur l’avenir , les Maures l’invoquent dans les termes les plus touchans en faveur de la reine et du prélat. Le roi balançait encore ; les Musulmans redoublent leurs prières, ils les accompagnent de sanglots, iis jurent qu’ils sortiront ponr '
Î * amais de Tolède , si le roi ne leur accorde a grâce qu’ils implorent. Le monarque se laisse enfin loucber , le pardon sort de sa bouebe } des cris d’ivresse succèdent aux cris d’angoisse j tout le monde se réconcilie J la ville entière prend soudain un air de fête , et l’on ordonne que chaque année une cérémonie religieuse sera célébrée en mémoire de ce jour , nommé le jour de la paix.
Prise de Lisbonne par Alphonse , roi de Portugal.
(Douzième siècle.)
Depuis un siècle les Maures voyaient chaque jour décliner leur puissance en
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Espagne ; les chrétiens avaient remporté sur eux de nombreuses victoires , et leur ’ avaient enlevé un grand nombre de bourgades, de villes et de forteresses 5 Lishonne, la ville la plus belle , la plus célèbre et la plus commerçante du Portugal , était devenue la capitale de leur empire. Les environs de Lisbonne offi’aient de tous côtés de fertiles campagnes couvertes de maisons de plaisance qui ressemblaient à des palais.
Alphonse , roi de Portugal, désirait depuis long-temps d’enlever aux Maures cette superbe ville , le plus fort boulevard de leurs États j mais il n’avait pas de forces ’ suffisantes pour tenter cette entreprise , et les rois d’Espagne , occupés de guerres intestines , ne pouvaient lui prêter des secours. Il fit venir à grands frais des vaisseaux et des soldats d’Allemagne , d’Angleterre et de la Gaule Belgique , campa l’armée • chrétienne près de l’église Saint-Yincent , où l’on a depuis élevé le monastère Saint- François, et livra d’abord plusieurs combats qui eurent une différente issue.
Lorsepx* Alphonse vit la ville sur le point d’être forcée , il mit ses troupes en bataille , et leur tint ce discours : « Ne croyez pas* que j’eusse rassemblé tant de braves dans ce lieu pour m’emparer d’une seule ville , si sa possession ne devait nous rendre les
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maîires de tout le Portugal. L’argent, le* trésors de nos ennemis , qui nous seront d’un si grand secours pour acliever notre glorieuse couquéle , nous les trouverons à Lisbonne j nous y trouverons encore en .'ibondance des armes , des munitions de guerre et de bouche , et toutes les choses nécessaires potir détruire, sans retour, les infidèles. Cette ville est leur magasin général et leur dernière ressource j en la prenant vous devenez maîtres de leur blé , de leur or, de tout ce qu’ils ont de plus précieux. Que craindriez- vous d’adversaires que vous avez déjà taut de fois battus ?
Lisbonne roi ferme , il est vrai , un grand nombre de citoyens j mais habiles aux arts mécaniques , ils sont inhabiles au métier des armes , et leur nombre ne fera que jeter la confusion parmi eux ; les petits corps de. soldats qui défendent la place sont fiitigués par un siège de cinq mois } attaquez donc tous ensemble avec vigueur des murailles à demi - ébranlées par . des machines de guerre j précipitez-vous avec audace dans la ville par des brèches que vous avez faites , et vous ne trouverez per- , sonne qui ose vous résister. »
Enflammés d’une nouvelle ardeur , les soldats demandent à grands cris le signal du combat j on sonne la charge : l’ai-mée,
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ijue nul péril n’arréte , pénètre par les brèches dans la ville j l’attaque est rude et sanglante j les assiégés se défendent longtemps avec intrépidité j l’on en fait un ‘ si grand carnage qu’ils sont enfin obligés de se rendre à discrétion. La ville , abandonnée au pillage , ofirit aux soldats des richesses immenses.
Le roi éleva à ses frais , dans la place où l’armée avait campé , une église en l’honneur de saint Vincent j et les soldats étrangers , charmés de la beauté du pays , s’établirent dans le Portugal pour y jouir en paix de la fortune qu’ils devaient à leur victoire.
Origine et progrès de la cheoalerie.
Le désir d’arracher le lieu saint aux Infidèles avait rempli tous les peuples de l’Europe d’un enthousiasme pieux et chevaleresque. Les princes , les seigneurs, les pai-ticuliers vendaient leurs palais , leurs châteaux , leurs terres pour faire le voyage de Terre-Sainte. Les femmes ellcs-mèmcs • se dépouillaient de leurs bijoux les plus précieux pour fournir à réqvdpement des* croisés ; cc sentimént , source des dévouemens généreux et des plus vaillans exploits , ne pouvait demeurer étrangerau peuple le plus énergique de la terre.
L’Espagne vit se former dans son sein plu-»
sieurs ordres de chevalerie , qui avaient pour Lut de coinbaiire les Maures , de propager la foi , de défendre le faible , l’op-
S rimé , la veuve et rorphelln. Le premier e ces ordres fut celui de Saint-Jacques.
Depuis qu’on avait reconnu le tombeau de ce saint , objet pour les Espagnols d’une <lévotion particulière , on venait le visiter de toutes parts , malgré le péril que les pèlerins couraient de tomber entre les mains des infidèles. Pour les soustraire à ce malheur , les chanoines de Saint-Eloi bâtirent plusieurs hospices pour servir d’azile aux pèlerins ; et les princes , les grands , les gens de guefre et les gentilshommes de la Castille , animés du meme zèle que les chanoines , partageaient leur fortune avec les pèlerins , et souvent même venaient vivre en communauté avec eux. '
Plusieurs seigneurs s’unirent aux chanoines de Saint-Eloi, qui avaient une maison auprès de Composlelle , et firent le voyage de Rome afin d’obtenir du pape qu’il approuvât le nouveau ^enre de vie , et le nouvel institut qu’ils avaient résolu d’établir. TierreFenmnd, chef delà députation , rapporta le bref désiré en iiyS , et fut le premier grand-maître de l’ordre.
Les chevaliers de Saiui-Jacques portaient-
«ar une veste blanche une croix ronge en forme d’épée de guerre. L’hôpital de Saint- Marc de Léon , fut choisi pour être la maison principale de l’ordre 5 on y joignit de grands domaines dans les royaumes de Castille et de Léon , des villes , des forteresses et des châteaux.
Les ordres de Calatrapa et à* Alcantara, formés plus tard , devinrent presque aussi puissans que l’ordre de Saint- Jacques , quoique moins richement dotés. Les chevaliers de Calatrava portaient une croix rouge sur une veste blanche ; ceux d’Alcantara portèrent un honnet et un chapeau rouge jusqu’en i4n , que le pape Benoît XIII leur donna une croix verte. On n’admit d’abord dans ces ordres que les fils de famille qui produisaient quatre quartiers de noblesse , sans tache et sans reproche ; mais un simple chevalier pouvait communiquer à un compagnon d’armes le caractère dont il était revêtu , et quelquefois un guerrier plébéien , anobli par l’épée , devenait le père d’une race nouvelle.
Réception des chevaliers.
Dans l’origine la réception des chevaliers se bornait à investir le candidat de l’épée et des éperons , et à le frapper légèrement sur la joue pour lui faire entendre que
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c’était le dernier affront qu’il pùt légitinicment endurer. Plus tard on bénitl’épée du novice , et sa réception fut précédée de jeûnes et de veilles. On le créa chevalier au nom de Dieu , de saint Georges et de saint Michel. Il jurait de combattre les oppresseurs , de protéger ou de venger les femmes , les orphelins et les ecclésiastiques .
Usages et devoirs des chevaliers.
Les devoirs des chevaliers étaient de redresser les torts, d’em pécher les griefs.
Chacun d’eux marchait au champ d’honneur , accompagné d’un écuyer fidèle qui l’égalait en naissance et aspirait à recevoir sa dignité j il était pareillement suivi de scs archers et hommes d’armes 3 son cortège se composait de quatre, cinq ou six soldats. Le chevalier se battait toujours à cheval. Une lance était son arme ordinaire. Son coursier , d’une race pesante , , présentait un large poitrail.
'jidmirabîe feimeté d^Alon^o de Gusman.
(Treizième siècle. )
Aionzo de Gmman , gouverneur de Tarik , défendait cette place contre don Juan , qui cherchait à l’enlever à son frère Sanche , roi de Léon et de Castille».
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Le fils à^Alon^o , encore enfant , était tombé dans les mains de don Juan ; ce prince le fit exposer à la vue de Tank , et menaça le gouverneur , s’il ne lui livrait la place, de tuer son fils. Si vous ose-f commettre un crime aussi atroce , répondit Alonjo de Gusman, en lui jetant son épée, vous qui êtes né prince et chrétien, sachej que non seulement je préfère le sacrifice de mon fils à la perte de mon honneur , mais que j* aurai le courage de vous donner des armes pour exécuter le meurtre que vous médite^. Don Juan eut la barbarie de plonger un poignard dans le sein de l’enfant , a la vue des deux armées , aussi indignées de son crime que pénétrées d’admiration pour l’infortuné gouverneur.
Bel exemple de fidélité d^ un gouverneur de ville.
Sancjie , roi de Portugal , avait été chassé de son trône , remis à son frère Alphonse. La seule ville de Coimbre ne voulut pas reconnaître le nouveau roi , qui vint y mettre le siège , et réduisit ses nabi tans a la dernière extrémité. Flectius, gouverneur de la ville , les soutint par son courage et par sa fidélité j il résistait encore au vainqueur quand il apprit que le roi Sanche yen»it de mourir à Tolède j il
denlanda la permission d’aller jusqu’à cetté ville, et l’oblinl. Arrivé près du tombeau du roi , il le fit ouvrir , *et tenant entre ses mains 4cs clefs de la ville de Coimbre , il s’adressa en ces mots , au cadavre de sou souverain : « Tant que j’ai cru que vous viviez , je me suis exposé à toutes sortes d’extrémités pour vous servir , jusqu’à » manger du cuir et boire de l’urine. Mes » exhortations et mes conseils ont soutenu
35 long- temps le courage chancelant des 33 citoyens , qui ont souvent proposé de se 33 rendre 5 j’ai rempli tous les devoirs d’un 33 sujet fidèle. Je vous remets aujourd’hui^ 33 après votre mort , les clefs de la ville 33 que vous aviez confiée à ma foi ; je suis 33 absous de mon serment , je déclarerai 33 aux habitansde Coimbre que vous n’êtes 33 plus leur roi , et je leur persuaderai à 33 l’avenir d’obéir au roi votre frère. 33
Séiférité Alphonse le Vengevk , roi de Castille.
( Quatorzième siècle. )
Alphonse II , surnommé le Vengeur,' monté très -jeune sur le trône , dut à sa sévérité le respect de ses peuples et la tran-» quillité de son royaume. Il apporta ses soin» à le purger des brigands , des ifiiciieux et
des criminels qui s’y trouvaient en grand nombre j il éteignit l’esprit de révolte dans des torrens de sang , et mit par la terreur une fin à la guerre civile qui , depuis si long temps, désolait ses États. Jean de Lara s’était soulevé contre Alphonse , et avait y>pelé à son secours les rois d’Aragon , de Portugal , de Grenade et de Maroc. AL phonse attire à sa cour ce sujet dangereux y sous l’appât de lui donner en mariage la princesse Eléonore sa sœur y mais le joui»
Blême de l’arrivée de Jean de Lara, il le fait poignarder au milieu d’un festin auquel il l’avait invité. Le sang de ce malheureui prince et de deux de ses amis souilla la table royale. A l’instant où ce meurtre venait d’être commis , le roi apprend qu’une forte sédition s’élève dans la vdle , et qu’on veut attenter à sa personne j il se rend sur la place publique , y fait dresser un trône , s’assied et s’écrie ; Citoyens, c’est par mes ordres que Jean vient d’être poignardé y aucun devons n’ignore ses crimes ; Je l’ai sacrifié à votre bonheur y je confisqué tous ses biens , et Je prépare le même sort à ceux qui l’imiteront. La fermetéd’Alplionse imposa au peuple , qui l’applaudit pour* la même action qu’ii voulait , quelques înomens avant, lui faire payer de sa vie.
Trait suhlime de piété filiale.
Pierre , surnommé le Cruel, avait égalé en crimes les Néron et les Caligula.
La Castille secoua le joug odieux de ce mônarque , et respirait un peu quand Edouard , surnommé le prince Noir, fournit à Pierre le Cruel les moyens de recouvrer sa couronne. L’àme farouche du tyran, irritée encore par l’exil qu’il avait souffert, saenliait tout à sa vengeance. Le sang coulait à grands flots dans les villes rentrées sous sa domination. Sa colère s’appesantit principalement sur les citoyens de Tolède J il en condamna à mort un grand nombre. Parmi ces infortunés se trouvait un orfévte , âgé de tjuatre - vingts ans.
Son fils , qui n’en avait que dix - huit , s’offrit à subir le supplice à la place de son père. Celte conduite suhlime pénétra tous les coeurs; mais en vain un peuple entier s’unit pour supplier le roi d’accorder la grâce au vieillard en faveur du dévouement de son fils , Pierre , qu’aucun sen-' timenl ne pouvait attendrir. , crut montrer assez de clemence en acceptant l’échange proposé , et l’on vit à la fois avec admiration et avec horreur le vertueux jeune homme tomber en holocauste pour sauver les jours de son père.
Sagesse précoce de IIenrj III j son courage , sa justice et sa bonté.
Don Juan , roi de Castille , était mort en tombant de cheval. Son trépas avait laissé le trône à son fils unique Henri III , âgé de onze ans. Ce jeune prince était d’une constitution si délicate qu’on lui avait. donné le surnom Infirme ; mais dans un corps faible il portait une âme forte et un esprit sain et ferme. Lorsqu’il vit que le conseil de régence qui régnait en son nom sacrifiait à des intérêts personnels l’intérêt général j que sa malheureuse patrie gémissait sous le poids des dissentions civiles , et redoutait l’invasion des voisins
K uissans , Henri convoque les états à ladrid , et leur déclare qu’il veut prendre les rênes du gouvenement. Le ton de dignité avec lequel s’exprime ce prince , âgé seulement de treize ans , étonne l’assemblée , confond, les séditieux , et les prérogatives royales passent aussitôt dans scs mains.
Le premier acte de sa puissance donna une haute idée de sa justice ; il retii’a les pensions considérables qu’on avait faites sous sa minorité à la famille royale , et
Ï )Our le paiement desquelles on épuisait es fonds publics. Celte mesure déplut aux
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grands , et les engagea à lever l’étendard de la revoit*. Ceriain de la bonté de sa 'cause , et de la fidélité d’un pexiple dont il se montrait véritablement le père , Henri prit les armes , ramena promptement les rebelles au devoir , battit ensuite les Portugais qui s’éi aient emparés de la ville de Bajadoj par surprise , humilia leur roi , et le força à conclure une trêve de dix ans.
Henri , victoneux dans une expédition contre les corsaires de Barbarie , s’était approprié leurs trésors j sa sage économie avait rempli les coffres de l’État. La noblesse, depuis long-temps en paix, brûlait d’exercer sa valeur contre les infidèles ; ils allaient être enfin entièrement repoussés de la péninsule , quand la mort de Henri fit échouer le plan auquel il attachait sa gloire. Le trépas de ce joune monarque plongea la Castille dans le deuil. Aucun
Ï )rince n’avait réuni au même point que ui la clémence et la fermeté , la valeur et la modération, l’économie et la générosité.
Il sut punir , pardonner et récompenser.
Il fut adoré de ses sujets parce qu’il les aimait d’une véritable afïection j et les Castillans peuvent se vanter de leur Henri III comme les Français se vantent de leur Henri IV*
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Faste y disgrâce , crime et mort de don Aloaro de Luna , favori de Juan II , roi de Castille.
JioTfi Alvaro de Luna, favori de Juan II, roi de Caslille , s’élait attiré , par son luxe et par son insolence , la haine de Henri , ^ fils de Juan, qui portait à la faveur don Alphonse de Vivaro. Le roi, persuadé par les discours des ennemis d’u4f /mro, résolut . de le perdre. Celui-ci , informé des pièges que le faible monarque ne dédaignait pas de lui tendre , invite ses amis à se réu-nir dans son palais ; Vivaro s’y présente : l’assemblée se tenait dans une haute tour qui • planait sur la ville. A peine Vivaro y est-il monté qu’on le précipite du ^sommet au pied de la tour , où il tombe sans vie.
On assiège le palais à' Alvaro. Pour ne pas entraîner scs. amis dans sa perte , il se rend sous la promesse donnée par le roi qu’on respectera sa vie et sa liberté. M<ilgré cette garantie le roi livre Alvaro à un tribunal extraordinaire qui le condamne à mort.
Arrivé au lieu destiné à son supplice , Alvaro regarde d’un œil sec l’échafaud , y monte d’un pas ferme , avoue qu’il a commis des fautes , et que sa punition est juste J puis apercevant l’écuyer du prince
des Asturies , il lui adresse ces mois i <c Dites à voire maître, de ma part, qu’il 35 fera bien de ne pas suivre l’exemple de 35 son père dans sa manière de récompenser 35 ses vieux et fidèles serviteurs. 55 Considérant ensuite le billot sur lequel il devait .poser sa tête-, il ajouta : « Aucun genre 35 de mort ne saurait être honteux pour 35 qiir la supporte avec courage : on ne 35 p('ut non plus la regarder comme pré- 35 malurée quand on a long-temps été à 35 la tète des affaires , et qu’on les a con- 35 duites avec, autant de succès que de dignité. 33 après ces paroles, pré-
senta sa tête à l’exécuteur , et reçut avec intrépidité le coup filial.
Louable désintéressement du comte de Lasduna,
Le comte de Lasduna avait reçu de Henri V Impuissant l’office de grand-maître de -Saint- Jacques. Le monarque, assiégé par de grands seignçurs , dans la ligue desquels^le rOi d’Aragon était entré, se vit contraint à traiter avec eux. Le comte de Lasduna apprit qu’un des conspirateurs ambitionnait l’office de Saint-Jacques , et que l’impossibilité oi'i le roi était de le lui donner , apportait des entraves à la paix j le comte se démit de l’office avec le plus
noble desintéressement. « Je me trouve heureux, dit-il au roi en lui rendant ses lettres de nomination , de pouvoir être utile à celui de qui je tieus tout ce » qiie je possède , et de prouver à ses sujets qu’il a au moins une fois accordé 53 sa laveur à un homme reconnaissaut et
>3 fidèle. 33
Inès de Castro.
Pierre , fils aîné du roi Æphonse IP, roi de Portugal , avait secrètement épousé Inès de Castro , qu’il aimait avec beaucoup de tendresse , et qui n’était pas d’une naissance royale. Alphonse, instruit de cet hymen , se rend à Coimhre , dans le couvent où vivait Inès , pour la sacrifier à' son orgueil blessé. La jeunesse , la beauté , les larmes , les touchantes prières iyinès, et l’aspect de quatre fils eu bas âge , nés de son alliance avec le prince royal , désarment le 'fcourroux du roi j il n’a plus que le cœur d’un père , et pardonne à sa belle-fille. D’indignes favoris osent lui reprocher sa clémence et lui en faire craindre les suites. Le roi prononça l’arrêt de mort àAnès, et ceux qui l’avaient provoqué se hâtent d’aller souiller leurs mains du sang de l’intéressante princesse, Pierre, au désespoir , prend les armes pour
▼enf;er la mort de son épouse. La guerre civile s’allume , les malheurs qu’elle cause paraissent loucher le prince de Portugal , qui feignit de sacriüer sa vengeance a la religion et à l’amour de la patrie ; mais le ressentiment s’amassait dans son cœur, et Pierre n’attendait que le moment favorable pour le laisser éclater.
Devenu roi par la mort de son père , le prince de Portugal se fit livrer par le roi de Castille CbeZ/o et Con-^alèsy assassins d’//ié^ de Castro. Après qu’ils eurent subi une torture affreuse sur la place de hisbonne , il ordonna qu’on arrachât eu sa présence le cœur de Coello par la poilriue , et celui de Gojijalès par l’épaule , et qu’on les jetât au feu.
Pieire assemble les états , qui placent Inès au nombre des reines de Portugal, et reconnaissent scs quatre en fan s pour héritiers du trône j il fait ensuite exhumer le cadavre d’/néj , le fait placer sur un trône avec la couronne en tète et le sceptre à la main , et oblige tous les grands de lui rendre hommage , et de lui baiser le bas de sa robe royale. On termina cette lugubre cérémonie par de magnifiques funérailles. Le corps d’Inès fut placé dans un tombeau superbe , mais rien ne soulagea la douleur du roi , qui pleura toute sa vie son infortunée et vertueuse épouse.
Générosité d* A lphonse le Magnanime, son humanité et la récompense qu’il en reçoit.
(Quinzième siècle. )
S’il est un monarque dont les exploits héroïques séduisent riniamnation , dont la saine philosophie charme l’esprit , dont les vertus attachent le cœur , qui sut réunir en lui seul chacune des qualités qu’on admire dans les hommes célèbres de l’antiquité f c’est sans contredit Alphonse T^, roi d’Aragon j il signala d’abord sa puissance par un acte de générosité , en déchirant sans la lire une liste de seiguetirs qui avaient conspiré contre lui. « Je les forcerai, dit-il, à reconnaître que j’ai » plus de soin de leur vie qu’ils n’en ont 5î eux -mêmes. » Alphonse trouvait la
i ’ouissance la plus vive à pardonner , et orsqu’on lui reprochait son indulgence , il répondait : « Dieu me demandera
» compte un jour des ouailles qu’il m’a jî confiées , et je veux avoir la satisfaction de les lui présenter toutes en vie , et >3 aussi saines qu’il me sera possible. 33 Vainqueur de l’Italie , Alphonse retournait dans ses états menacés par les Castillans j il prit en chemin Marseille , qui
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appartenait au duc d’Anjou son ennemi , et abandonna le pillage de celte ville à ses soldats. Les dames de Marseille s’étant retirées dans une église, chargées de leurs efi'els les plus précieux , Alphonse ordonna à ses gardes de faire respecter ce saint asile. Les dames de Marseille offrirent alors au roi de lui remettre les richesses qui restaient en leur possession s’il voulait assurer leur sortie de la ville. Il leur permit de choisir la retraite qu’elles voudraient , et refusa leurs dons. « Je me venge en prince , dit- » il , et ne suis pas venu faire la guerre eu » brigand.
Alphonse à la tête d’une armée redoutable et d’une flotte imposante , se préparait à la conquête de Naples. Cette conquête dépendait de la prise de Gaële.
Tandis qu’il assiégeait cette place , le pape , le duc de Milan et les Génois se déclarèrent contre lui. Les Génois vinrent l’attaquer avec une flotte de quinze vaisseaux j Alphonse en commandait vingt-cinq j mais l’amiral génois, par une savante manœuvre, s’attacha à la galcre du roi , et le réduisit à couler à fond ou à se rendre. Il se rendit ; le reste de sa flotte suivit son exemple.
L’armée de terre , épouvantée du malheur du roi , se laissa tadler en pièces par la garoison *icGaè\.Q, Alphonse avait consenti
que celte garnison , déjà affamée, mît dehors les icmmcs et les enfans. « J’aime ' « mieux , avait-il dit , ne pas prendre la ville que de manquer d’hiunanité. Ce trait de grandeur d’àme , cause du revers Alphonse , devint par la sxiitc la source de son bonheur , qui prouve que Dieu ne laisse jamais les belles actions sanSf récompense.
L’amiral auquel Alphonse s’était rendu espérait le contraindre à Ini livrer l’île üAschia. ce J’aimerais mieux , lui répon- T> dit le monarque, cire jeté dans un sac au fond de la mer que de consentir à 33 une démarche indigne de moi. 3> Les Génois , qui étaient sous la domination du duc de Milan, lui livrèrent leur prisonnier.
Alphonse se lit un ami , un protecteur et un allié de cet ennemi iruplaeable j le duc lui rendit non seulement sa liberté sans rançon , mais il s’engagea à l’aider dans la conquête de Naples, et les Génois au lieu de retirer quelques fruits de leur victoire snT Alphome , se virent par la suite obligés à lui payer chaque année 'tine espèce de ti’ibut , qui consistait en une truelle d’or , que les députés de leur république venaient offrir en grande cérémome au roi.
Courage et frugalité d’AlpIwiue.
A LP II ON SE s’était rendu maître de Pouzolles , et continuait sa route vers Naples. Comme son armée traversait le Volturne , il s’aperçut que la rapidité du fleuve entraînait un cavalier (jni courait risque de se noyer , il fait signe a quelques officiers d’aller lui donner du secours j ceux-ci y eflrayés de la grandeur du péril , ne veulent pas s’y exposer : le roi pique son cheval , se jette au fort de l’eau , en retire le cavalier , et quitte son habit poiu l’en revêtir. Pendant ce temps le général ennemi s’avance pour cm\ièc\\QT Alphonse de passer le fleuve ; le roi se tourne sur-lechamp contre le général , l’attaque , le bat, lui fait un grand nombre de prisonniers , et le poursuit jusqu’aux portes d’une place où il se sauve avec le peu de inonde qui lui restait . La nuit survient , le roi se trouve au milieu d’une campagne déserte j il n’ayail aucune espèce de jiro vision s. Epuisé par la fatigue , il se vit obligé de coucher sur la terre. Au lever du soleil on vint lui offrir un pain avec la moitié d’un fromage, et quelques méchantes raves j Alphonse refusa d’en goûter, en disant qu’il ne lui convenait pas de manger tandis que toulüs ses troupes souffraient de la faim.
JModestie et philosophie Alphonse,
La ville de Naples voulait eriger un arc de triomphe à ce prince , afin de perpétuer la mémoire de scs faits héroïques , et pour élever ce monument on allait abattre la maison d’un vieil officier. Alphonse défendit qu’on touchât à cette maison : « J’aime mieux , dit-il , me passer d’une masse de pierre exposée à la pluie et aux quatre jî vents , que de souffiir qu’on détruise 53 l’hôtel d’un officier qui m’a toujours >3 servi , et m’a donne eu toutes les occa- 33 sions des preuves de sa fidélité et des 33 témoignages signalés de sa valeur. 33 L’emblème à* Alphonse était un livre ouvert ; par ce symbole il entendait que la science est nécessaire à ceux qui gouvernent , et qu’on la trouve dans les livres lorsqu’on sait bien les choisir. « Les morts, 33 disait - il quelquefois, sont mes pins 33 fidèles conseillers et mes plus sages mi- « nistres; je n’ai qu’à consulter leurs écrits, 33 ils me disent toujours la vérité : aussi 33 quand je veux je les interroge , et tou- »3 jours ils me répondent sans passion , >3 sans déguisement, ni sans aucune crainte 33 de me déplaire , lors même qu’ils me 33 flattent le moius. 33
Ai-'entures y infortune et mort de dom CARLOS, prince de Kiane.
Dom Cjrlos , fils de Jean II, roi de Navarre , s’élait attiré la haine de sou père en restituant plusieurs conquêtes aux Castillans. Jeanne Henrique^ , seconde épouse de Jean , qui désirait placer son fils Ferdinand sur le trône d’Aragon , eut soin de nourrir l’inimitié de son époux contre dom Carlos. Excité par cette femme ambitieuse et perfide, Jean, vainqueur de son fils dans jdusieurs combats , avait résolu de le faire périr sur l’écbafaud. Les états de Navarre déclarèrent le prince déchu de ses droits à la couronuc, et la sentence de mort préparée par le roi , était sur le point d’être pro- > noncée , quand de nouveaux états assemblés à Pampelune, proclamèrent dom Carlos roi. Alphonse le Magnanime, frère de Jean, prit son neveu sous sa protection , et dé- 'clara qu’il voulait être arbitre entre son père et lui. Alphonse mourut, Jean hérita du royaume d’Aragon , et le prince de iVianc , qui venait de refuser généreuseinent le trône de Naples et de Sicile, retourna en Espagne dans l’espoir de se réconcilier avec son père. Un traité de paix ' fut conclu entre eux , et une amnistie générale accordée aux j)arlisans du prince
mais la reine voulait la perle de dom Carlos, et le représentait sans cesse à son époux comme un ennemi qui ne sonj^eail qu’à le détrôner. On sut que le jeune prince recherchait secrètement Isabelle , sœur du roi de Caslille , tandis fpi’on néf^ociait publiquement son mariaj^e avec l’infanie de Portugal. Le roi d’Aragon vit ou voulut voir dans cette mesure une conspiration contre sa couronne j en conséquence il fit arrêter dont Carlos à Fraga , et nomma des commissaires pour lui faire sou procès.
Les Catalans et les Aragonais députèrent au roi pour le sommer de déclarer les raisons qui le portaient à une semhlahle extrémité contre son fils , et demandèrent qu’on lui rendit la liberté , et qu’on renfermât en prison ses ennemis. Le roi répondit- que le prince était coupable du crime de haute trahison j les députés alors insistèrent pour qu’on remît en leurs mains le criiuinel , afin qu’il fût jugé suivant les lois de l’état , dans le lieu meme où il avait médité le crime.
Sur le refus du roi les Catalans prirent les armes , et députèrent au roi de Castille pour le.conjurer de leur prêter ses secours.
Les Catalans levèrent à eux seuls eu
â uinze jours une armée formidable cl une olte de vingt -quatre galères. Fraga fut
prise par les révoltés ; le roi n’évita de tomber entre leurs mains qu’en fiiyant seul en grande hâte. Les Aragonais et les Yalenciens suivirent bientôt l’exemple que les Catalans leur avaient donné , et la reine tremblant d’étre , ainsi que son fils Ferdinand , victime de la fureur du peuple, lira le prince de prison , et le remit aux Catalans qui le conduisirent en triomphe à Barcelonne.
Pendant cet intervalle le roi de Castille s’empara de Yiane , et signa le contrat de mariage de sa sœur avec dont Carlos. Jeanne IJenrique-i , qui avait suivi le prince de Viaue en Catalogne , se trouva à son tour prisonnière. Les Catalans en profitèrent pour obliger le roi d’Aragon à souscrire aux conditions les plus humiliantes. Il se soumit à ne porter que le titre de roi en Catalogne , à laisser le gouvernement et les revenus de cette province Adom Carlos, à priver de leurs charges et à déclarer incapables d’en posséder aucune autre ceux ([ui avaient assisté à son conseil depuis le jour de la détention du prince jusqu’au jour de son élargissement à reconnaître avec serment dom Carlos pour son héritier, à le déclarer son lieutenant général dans toute la monarchie , à consentir au mariage de ce prince avec l’infante Isabelle
de Castille ; enfin , à approuver tout ce
3 ui avait été fait par les Catalans en faveur e dom Carlos. La reine d’Aragon , qui ne se dissimula point l’abîme où elle avait conduit son époux , l’en sauva par un crime. Dom Carlos mourut des suiles d’un poison qu’elle lui fit donner.
Mœurs, lois, coutumes et gouvernement de cette époque.
Malgré leurs efforts constans les rois de Castille n’avaient pu réussir à chasser entièrement les Musulmans de l’Espagne, ni à soumettre la puissance des grands à celle de la couronne. La sévérité éé Alphonse le Vengeur, les sanglantes exécutions de Pierre le Cruel , avaient contenu les nobles dans les bornes de leurs prérogatives ; mais la faiblesse des successeurs de ces deux rois réveilla l’esprit de faction et d’indépendance qu’ils avaient réprime ; les grands rivalisaient encore d’autorité avec le monarque , et les guerres civiles empêchèrent l’expulsion totale des infidèles. Les dissensions intérieures avaient ramené à leur suite les crimes, l’ignorance, la corruption , le mépris de la religion , des lois et de la vertu. Les universités restaient désertes , les rois n’appelant dans les places que des hommes audacieux ,
illétrés et sans aucun principe j la morale et la science étaient aDandonnées , et les mœurs rétrogradaient vers les siècles de barbarie. Cependant on remarquait loujours , connue aux autres époques ^ un caractère distinctif chez les principales nations de l’Espagne. Le Castillan se montrait grave, jH’udentet réfléchi j il déployait un air de supériorité et de domination, et beaucoup de constance dans le malheur.
L’Aragonais gardait uu attachement invincible pour ses privilèges et pour ses usages; il nourrissait des sentimens de fierté , d’audace, d’indoeilité et d’ambition. Le Portugais conservait pour la patiie et pour le roi un amour tendre et sincère, auquel il unissait le courage , l’enjouemeut et de la présomption. L’ardeur de la vengeance, la galanterie, la paresse , la sobriété, la contianee , l’ostentation et une grande disposition à croire au merveilleux, était le trait commun à ces dilFérens peuples.
T)e la Grandesse.
L’origine de la grandesse est aussi ancienne que celle de la monarchie. Les principaux seigneurs Goths , électeurs des rois, étaient, ainsi que les évéques , désignés dans tous les actes par les mots latins : JSlagiuxtes f Optimales, Proceres , Pu'e-
fades. Ce dernier mol dérive de Tief qui, en langue celtique , signifie haut-puissant.
Les pnviléges de ces seigneurs étaieni Irèséteudus.
Sous Alphonse X , un décret ordonna qu’on se servirait dans tous les actes de la langue caslillaune , et les seigneurs prirent alors le litre de Grands , qui répond au mot latin n^agnates. Leur nombre très-limité se réduisait aux princes du sang et à quelques maisons puissantes. Les grands d’Espagne jouissent de la prérogative de se couvrir devant le roi. Les litres de marquis et de comte ne sont pas dans ce pays de -^impies litres , ce sont des dignités véritables qui procurent des privilèges à ceux qui les portent, les élèvent au-dessus du reste de la noblesse , et les conduisent quelquefois à être admis parmi les grands qu’ils suivent immédiatement.
J le. É P O Q ü E.
Isabelle et Ferdinand.
La mort de dom Carlos avait ouvert le clieniin élu troue à Ferdinand ^ il épousa Isabelle , sœur de Henri l’Impuissant , et pur celle alliance les royaumes de Léon ,
de Castille, de Sicile et d’Aragon se trouvaient réunis.
Isabelle cl Ferdinand , jaloux de leur autorité , et proclamés tous deux rois , gouvernèrent , cliacuu dans une parfaite indépendance de l’autre , 1rs états qui leur appartenaient en propre j mais les mesures
3 u’ils prirent en commun assirent les fonemens de la future grandeur de l’Espagne.
Vainqueurs de Jeanne , fille de Henri V Impuissant , et de son époux le roi de Portugal , qui leur disputaient la couronne <le Castille , Isabelle et Ferdinand passent à Tolède , y bâtissent un superbe monastère pour accomplir le vœu qu’ils avaient fait pendant la guerre j Isabelle visite ensuite l’Andalousie, où elle rétablit l’ordre , oblige les grands à lui remettre toutes leurs forteresses , et fait exécuter plus de quinze cents brigands qui désolaient cette province.
C ûuoernement d^ Isabelle et de Ferdinand.
IsjSELzn eiFerdinand f surchargés d’affaires à cause de l’étendue de leurs états , érigèrent cinq conseils. Le premier, composé des piincipaux ministres, traitait des affaires étrangères ; le second , formé d’évéques et de conseillers , cxjiédiait les ail’aires intérieures de la monarchie de
Castille J le troisième rendait la jusllee j le
3 uatriènie , où l’on admettait seulement es seigneurs et des jurisconsidtes aragonais , catalans , Valenciens , siciliens et sardes , prenait connaissance de tout ce qui concernait le royaume d’Aragon j le cinquième fut établi pour les saintes hermandales. Isabelle al Ferdinand assistaient à tous ces conseils.
Établissement de Ulnquisition.
Isabelle établit l’inquisition dans les royaumes de Léon et de Castille j son but principal était de chasser de ses états les Musulmans et les hérétiques. Torquemada, dominicain et confesseur de la reine , nommé grand-inquisiteur , fit , dans l’espace de quatre ans , le procès ù soixante mille personnes , dont plus de quatre mille furent brûlées vives.
Conquêtes de Ferdinand et d’Isabelle.
Les discordes qui régnaient entre les Maures servirent les desseins des souverains de la Castille. Ferdinand piit Flora,' appelé l’œil droit de Grenade, et Mocl'in, surnommé son bouclier. La reine , plus animée encore que son époux à la conquête de Grenade , se portait tantôt au milieu de l’armée , où elle excitait les soldats
à la victoire , tantôt elle comblait les grands et les ofticiers de louanges et de caresses.
Aucun sacrilice ne lui coûtait ; ses pierreries , ses bijoux servirent souvent à potirvoir au besoin des troupes. Elle avait fait décider que le royaume conquis serait réuni à la Castille, et dans toutes les places qu’on emportait on arborait en cérémonie trois étendards j le premier représentait une croix , pour signifier que l’on soumettait les Maures vaincus à la religion plutôt qu’aux rois j le second représentait saint Jacques , patron d’Espagne j le troisième ' étendard était celui de la Castille , qu’on ne levait qu’avec le cri : Castille ! Castille 1 pour les rois Ferdinand et Isabelle î
Siège de Grenade.
Ferdinand ayant résolu le siège de Grenade , s’avança devant la ville avec
a uarante mille hommes d’infanterie , et ix mille de cavalerie , presque tous chevaliers. Le marquis de Villena s’empare des défilés des Alpuxarras d’où l’on faisait passer des approvisionnemens dans la place , et où campait une armée de trente mille Maures. Ferdinand forme une espèce de ville autour de son camp , et ne songe pas à prendre Grenade par les moyens ocdinaiics employés dans les sièges. U
appliqua tous ses soins à vaincre en detail la garnison et à meure la famine dans la
Î )lace J cette mesure prudente pouvait seule e rendre maître de Grenade , défendue de soixante-dix mille maisons , et dont les murs extraordinairement hauts et forts étaient protégés par plus de mille tours et par deux forteresses appelées V A Lhambra et 'V Albageycin.
Incendie de la tente d* Isabelle.
Pendant que le roi était occupé au siège de Grenade , Isabelle qui craignait qu’il ne dictât les articles de la capitulation , et ne soumît cette ville à l’Aragon plutôt qu’à la Castille, se rendit au camp avec ses enfans.
Le feu prit dans la nuit à la tente de cette princesse , et se communiqua si loin que le camp parut entièrement embrasé. Le roi , qui redoutait une surprise des ennemis , sortit en chemise , l’épée à la main. Leduc de Cadix rangea ses troupes en bataille , et tint les Maures en respe ct. Pour réparer le désordre apporté par l’accident qui venait d’arriver , et pour faire cou naître aux assiégés que rien ne pouvait abattre les Castillans , on éleva dans le camp , par le conseil de la reine, une quantité de maisons à l’épreuve du feu. Ces maisons forjuèrent une ville qui subsiste encore sous le noni
de Santa-Fè. La reine ne voulut pas permettre qu’on donnât à cette ville le nom iy Isabelle.
Capitulation de Grenade.
Le siège de Grenade durait depuis sii mois. Yaincus par la disette et par tous les maux qui la suivent , les Maures signèrent enfin à Santa-Fé la capitulation
2 ni livrait cette place aux souverains de la astille. Isabelle et Ferdinand se virent en possession delà ville la plus peuplée, la plus riche et la plus belle de toute l’Espagne.
Grenade, située dans une plaine de quinze lieues , couverte de ruisseaux et de sources qui la fécondaient , et la rendaient le lieu le plus sain , le plus délicieux , et le plus abondant de la péninsule , était appelée par les Maures le ’^énith de leur Paradis.
Pour accoutumer leurs nouveaux sujets à leur domination , les vainqueurs restèrent quelque temps à Grenade , et l’érigèrent en archevêché en faveur de Talavera, évoque d’Avila , ancien confesseur de la reine.
Ils y établirent ensuite une chancellerie el une université.
Expulsion des Juifs.
IsjBELLE rendit un décret qui obligeait tous les juifs à sc convertir ou à sortir
d’Espagne. Cent mille familles environ feignirent d’embrasser la religion chrétienne 5 plus de quatre- vingt mille se retirèrent en Afrique , en Portugal et dans l’Orient. On avait permis à ces malheureux de vendre leurs biens , mais on leur avait défendu d’emporter d’Espagne ni or ni argent ni pierreries j toutefois ils parvinrent à en faii e sortir un numéraire considérable. La rigueur de la reine priva l’Espagne d’un peuple nombreux , riche , habile dans le commerce , et qui s’était soumis à payer des impôts immenses pour obtenir la permission de rester dans ses foyers. Les familles juives converties fournirent un grand nombre de victimes à l’inquisition.
Décou(>erte de V Amérique.
Les Portugais s’étaient illustrés depuis un demi-siècle par leurs courses maritimes.
Barthelemi Dia-f avait découvert le promontoire appelé le cap de Bonne - Espérance. TJn nomme d’un génie supérieur à tous les navigateurs connus jusqu’alors , Christophe Colomb , persuadé d’après l’opinion des anciens et par les observations des pilotes modernes , qu’en faisant voile directement vers l’ouest , à travers l’océan atlantique , il découvrirait un nouveau conünentj coomxuniqua son projet à différentes
(tours , qui toutes le rejetèrent comme chimérique. Isabelle eutin fouiuit à Colomb quelques faibles moyens pour exécuter son entreprise , et le créa grand-amiral des mers
3 u’il découvrirait , et vice - roi perpétuel es pays qu’il soumettrait. U partit du port de Palüs en Andalousie , sur trois caravelles , avec un équipage de quatre-vingtdix hommes. Après de longues vicissitudes il aborda à Saint - Salvador et aux îles connues sous le nom *X' Antilles. A son retour en Espagne , comblé d’honneurs par Isabelle et par Ferdinand , il reçut de nouveaux secours ^ et repartit avec une escadre de dix - huit vaisseaux , et avec mille cinq cents hommes de débarquement et trois mille artisans , découvrit de nouvelles îles , en prit possession en plantant une ci’oix sur laquelle il grava lés noms des rois de Castille , et lit alliance avec quelques caciques.
Ingratitude d’Isabelle et de Ferdinand envers Colomb.
Fonc^sca , évéque de Badajoj et intendant de la marine , ennemi de Colomb, calomnia la conduite de ce grand homme, et parvint à le perdre dans l’esprit même A'\sabelle. Bodevilla , chevalier de Calatrava , envoyé on Amérique pour examiner
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les griefs imputés au célèbre navigateur, le tléclara coupable , et le renvoya chargé de fers en Euro[>e. Le peuple , indigné de voir Colomb traité coiumé un vil criminel, se déchaîna contre ses oppresseurs, et lit naître le regret dans l’àme de Ferdinand et iSUsahelle ; ils appelèr<;nt Christophe Colomb à leur cour , et lui fournirent uns somme suttisante pour soutenir son rang.
Cependant il se vit condamné à une pénible inactivité pendant deux ans ; et lorsque dans un troisième voyage il eut découvert le continent de rAniérique , à dix dcgi’és de l’équateur, et la cote de Cartliagène , révé(|ue Foncesça chercha et réussit à lui dérober la gloire de cette découverte , pour en revêtir un aventurier de Florence , uommé Améric Fespus, <[ui eut l’audace de<lonncrsounomauMonde que Colomb avait découvert.
Adroite politicjiie de Ferdinand.
La mort A' Alphonse Cardenas ^ grandmaître de Saint-Jacques, fournit à Ferdinand un moyen d’augmenter son pouvoir.
Il s’était déjà mis en possession des grandesmaîtrises de Calatraua , A’ Alcmitara eide J\fontè^e ; il s’emjiara de l’administration de celle de Saint-Jacques. En vertu d’uii bref du Pajæ et par la réuniou de ces
offices imporlans en ses mains , tempéra la puissance des grands de son royaume , et se procura de fréquentes ressources pour donner à ses sujets des récompenses sans épuiser les revenus de la couronne.
"J'itre de roi Catholicjue donné parle Pape à Ferdinand.
( Seizième siècle. )
La conquête de Grenade , célébrée par tout le monde chrétien , détruisit entièrement la domination des Maures en Espagne. Elle avait duré sept cent soixante ans. Le royaume particulier de Grenade subsista depuis 1292 , que Mahomet Ahen- Alhamar le fonda , jusqu’en 1492 que Boahdil, le dernier roi de sa race , le rendit aux Castillans.
Ce royaume , conquis en moins de dix ans, avait soixante-dix lieues de largeur sur trente de longueur J il contenait trentedeux grandes villes , quatre-vingt-dix-sept moins considérables, et plus de deux mille bourgs ou villages. Il était , relativement à son étendue, le pays le plus riche, le plus fertile et le plus peuplé de l’Europe j il renfermait trois millions d’habitans , et fournissait à ses souverains un revenu de sept cent mille ducats. Le commerce et
ragricullure faisaient la principale occupation et la richesse des Grenadins, peuple adroit, laborieux, poli, valeureux et galant.
Les montagnes des Alpuxarras sont encore habitées par les descendans des Maures , qui , devenus chrétiens , ont cependant conservé les usages de leurs ancêtres , leurs lois , leurs costumes et leur langue , qui , mêlée avec le castillan, forme un jargon bizarre.
Le pape Alexandre récompensa le courage et la ferveur de Ferdinand par le titre de Catholique f qui depuis ce temps a passé à tous ses successeurs. Le Pape mettait alors à l’inscription des brefs qu’il adressait à ce prince : A Villustre roi de Castille. Cette formule fut changée , et l’on mit dans la suite : Au roi Catholique d^Æspagne.
Gonzalve de Cordoue , surnommé le Grand Capitaine.
Gonzalfe de Cordoue possédait au plus haut degré les talens qui font les héros et les nabiles administrateurs. Il joignait à une valeur invincible une douceur admirable ; son exemple enflammait le courage des troupes, son éloquence les persuadait. Les actions de Gonj^ahe étaient , ainsi que ses paroles , accompa-
gnées d’une grâce qui lui gagnait l’estime et le cœur de tout le inonde.
Goiv^ahe fut un des plus fermes appuis de la gioire de Ferdinand , comme un de ses plus fidèles sujets. La première fois que Gon^aFe repoussa lesFrançais du royaume de Naples , on lui conserva dans le traité conclu entre les deux nations , et de leur consentement respectif, le nom de grand Capitaine, qu’il avait reçu de ses compatriotes.
Bataille de Ciriniola.
GoNZALVEy^r\ÿà\. de conquérir l’Abruze et la Grande-Grèce j mais la disette de vivres et de munitions lui donnait de vives inquiétudes j il ne savait où trouver de quoi faire subsister son armée , et voyait l’impossibilité de la laisser plus de trois jours dans ses quartiers ; il redoutait 'que pressés par la lamine , les peuples du voisinage ne prissent parti pour les Français.
Dans cette position il résolut de donner bataille et de se tirer d’embarras par une victoire éclatante ou par une mort glorieuse.
Gon^ahe fit distribuer à cliaijue cavalier deux écus d’or , et la moitié de cette somme aux fantassins j cette ressource n’était que très-modique pour soulager la disette qu’ils éprouvaient 3 mais ils avaient
Ions im si grand désir de se signaler sons les yeux de leur général, qu’aucun ne songea à réclamer les arrérages qui lui étaient dus, et l’armée entière partit avec joie pour se rendre auprès de Ciriniola , petite ville à six milles du camp des Français.
Les Espagnols campèrent auprès du bourg de Cannes , si célébré par la victoire remportée sur les Romains par Annihal.
Le pays manquait d’eau , la chaleur était extrême , le chemin long et pénible, la lassitude , les fatigues de la marche , la soif firent périr plusieurs cavaliers qui succomhaient sous le poids de leurs armes.
Les Français s’étant aperçus de l’épuisement des ennemis , crurent que c’était le moment favorable de les attaquer , et tombèrent sur leur arrière-garde , qu’ils poussèrent vivement sans lui donner le temps de se reconnaître. Hors d’état de soutenir l’impétuosité de troupes aussi fraîches que vaillantes , les Espagnols quittèrent leurs étendards pour se sauver dans le camp de Ciriniola ; mais ils perdirent beaucoup de monde , et se virent obligés , par la chaleur et par la soif, d’abandonner leurs armes et leurs bagages.
Ce désastre n’abattit pas Gonjalae ^ il ordonna aux cavaliers de prendre en croupe
autant de fantassins qu’ils le pourraient présenta lui-même à boire aux soldats que dévorait la soif, encouragea chacun d’eux par son exemple et par sa patience , et parvint au camp sans avoir reçu aucun échec considérable. Le jour était sur son déclin lorsque la cavalerie française parut dans un bon état devant des troupes accablées par toutes sortes de besoins. Le désespoir tint lieu de force aux Espagnols j leurs bataillons se rangèrent et se mirent à couvert derrière les forliticaiions du camp , déterminés à vendre chèrement leur vie.
Gonjalve anime encore leur audace par ces mots : «c La gloire militaire ne s’acquiert M que par la défaite des ennemis , la vieil toire est le prix de grands travaux et de 13 grands périls : vous êtes supérieurs à vos » adversaires par le nombre , par la science 33 des armes , par votre valeur , et par 33 l’habitude que vous avez de vaincre.
33 Les Italiens sont dans nos intérêts , et 33 souhaitent que vous chassiez les Français 33 de leur pavs j vous - mêmes souhaitiez Il depuis long - temps d’être en leur pré- 11 sence pour les combattre. Vous y voilà j Il livrez-vous à tout votre courage j si vous 33 rem jKirtez la victoire , vous ne serez plus >3 exposés aux misères et à la faim que vous « souffrez J mais vous serez comblés de
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gloire , et vous vivrez dans l’abondance et dans le repos.
Soudain on donne le signal de la bataille 5 les canons des Français tirent les premiers j ils font beaucoup de bruit et peu de mal. Les batteries espagnoles , postées surunehauteur et très-bien servies, portent un grand désordre dans les rangs de leurs adversaires ; cependant rimprudence d’un Italien , qui mit le feu à deux barils de poudre , allait être fatale aux Espagnols , qui croyaient leur armée perdue sans la présence d’esprit de Gon^ihe. Il aborda ses troupes d’un air riant , et leur dit :
« Prenez courage ; le ciel , comme vous voyez , vous prépare une victoire bril- » lante. Cette flamme est une espèce de » feu de joie qui éclaire votre triomphe. 5> XJne faute du duc de Nemours porta un grand préjudice à l’armée française ; la cavalerie espagnole soutint avec une intrépidité inébranlable le rude choc des Navarrois et des Suisses qui se préei jutèrent tous ensemble sur elle , et attaquèrent même les ennemis avec tant de fureur qu’ils ne purent lui résister ; toutefois l’arivée <les princes de Salonne et de Melfes ' allait faire plier quelques bataillons espagnols , lôrs(jue Gon^ahe accourut danscet endroit.
Alors les plus lâches se crurent invinciblesj
ils combattirent avec audace, enflammés par la présence et par les regards de ce grand capitaine j et les troupes françaises , battues oe tous cotés, prirent la fuite. Les vainqueurs les poursuivirent l’épée dans les reins jusqu’à leur camp , éloigné de six milles du champ de bataille , et tuant tout sans miséricorde. Le camp fut enlevé d’emblée dans un seul moment. Les tables
étaient di'cssées , les Espagnols mangèrent le souper préparé pour leurs ennemis , et s’emparèrent de l’or, de l’argent, des diamans, des pierreries , des tapis, des étoffes précieuses , des coupes , des vases d’or et d’argent qui se trouvaient dans le camp des vaincus : richesses inapréciables , fruit du pillage de l’Italie.
Entrée de Gonzj^lfe à Naples,
La victoire remportée à Ciriniola ouvrait les portes de Naples à Gonjahe ; il écrivit aux babilans de cette ville , et leur proposa une capitulation avantageuse , ils l’acceptèrent ; les soldats , qui comptaient s’enrichir par le pillage de cette capitale, virent avec peine échouer leur espérance , et se mutinèrent ; les mesures prudentes de 'Gonjalpe ajipaisèrcnt leur sédition. Ce grand capitaine entra bientôt après en triomphe à Naples. La noblesse de la ville
et les gens de qualité allèrent au-devant de lui dans de superbes équipages, et velus magnifiquement. Tout le peuple, hommes, femmes, enfans entonnaient des chants à la louange du vainqueur , et laissaient éclater la joie cl l’admiration la plus vive. Le clergé en pompe le reçut, en chantant des hymnes et des cantiques en action de grâce.
On ne pouvait se lasser de contempler le grand capitaine que tant de faits héroïques environnaient de gloire. On le conduisit dans toute la ville avec le meme appareil qui suivait les rois de Naples au jour de leur couronnement. Les maisons étaient revêtues des plus riches tapisseries, relevées en broderies d’or et d’argent , et les rues
{ ‘onchées de fleurs exhalaient encore le )aumc des parfums exquis que l’on brûlait de toutes parts.
Plusieurs grands du royaume , cédant à l’enthousiasme inspiré par les attachantes et nobles qualités de Gon^alve, lui offrirent la couronne. Son généreux refus prouva combien ü était digue de la porter.
Disgrâce de G onjalçe.
Gonzalve avait fait plus que de conquérir le royaume de Najdes , il en avait refusé la possession ; mais si la gloire donne des admirateurs , elle donne encore plus
d’ennemis. Le grand capitaine l’éprouva.' Toujours soupçonneux , parce qu’d trompait toujours , Ferdinand ajouta foi à la calomnie j il ne rougit pas de borner les pouvoirs de l’homme qui avait étendu le sien au prix de son sang, et ne laissa à Gonjalpe que le titre de vice-roi , se réservant l’administration de toutes les affaires majeures. Justement irrité contre le monarque ingrat , Gonjalae voulait quitter le royaume de Naples. Isabelle, qui croyait la destinée de cet état attachée à la personne du général , lui écrivit dans les termes de la confiance et de l’estime, et calma son ressentiment.
Bravoure remarquable de Fernand J L L E s c A.
Au moment où Gon^alve s’occupait de la prise de Gayette , les Français avaient
I 'ete un pont volant sur la rivière de Gardas, afin de la passer la nuit j quinze cents d’entre eux tombèrent à l’improviste sur les Espagnols } Gonjalve se vit en grand péril , mais se surpassant meme dans cette circonstance critique , il prit une demipique , se mit à pied à la tète de ses troupes, et attaqua les premiers bataillons des ennemis.
Déjà cinq mille Français avaient passé la rivière 3 leurs canons ^ rangés sur les
bords f faisaient de grands ravages dans les rangs espagnols; d’autre part les Français renversés , mis en fuite par l’impétuosité de l’infanterie de leurs adversaires , se virent obligés de courir au pont sur lequel ils avaient passé. Gonjahe , sans s’inquiéter des canons qui tiraient de l’autre côté de la rivière, s’élança vers la tête du pont. Fernand IlLesca , ofiîcier espagnol qui portait une enseigne , eut alors le bras emporté ; il prit son enseigne de la main gauche , et celte main ayant été aiissi emportée , il s’enveloppa les deux bras do son étendart , et demeura ferme jusqu’à c6 qu’il eût vu les Français eniièremeiit en déroute.
X I M à N E s fait la conquête d’ Oran à ses frais.
Les Maures, ennemis éternels des chrétiens , inquiétaient coulinuellemeut l’Espagne. Ximènes sentit le besoin de former un boulevard contre leurs entreprises; eu conséquence il résolut de tenter la conquête d’Om/i, et prit sur son propre trésor les sommes nécessaires pourrexéculiou de ce généreux dessein.
Ximèaes part à la tête de l’armée ; la flotte espagnole entre dans le port à la faveur des ténèbres de la nuit ; hî lendemain
les troupes débarquent. Avant qu’elles sc mettent en marche , le cardinal , monté sur sa mule et précédé d’un grand nombre de prêtres et de religieux , faisant marcher devant lui sa croix de prélat, et portant par dessus son habit de Cordelier un habit de guerre, harangua les siens en ces termes : cc je n’ai ni l’éloquence ni l’expérience » militaire , je ne puis vous promettre la 35 victoire que dans l’cspérancc que j’ai » du secours et de la protection de Dieu.
35 Vous n’ignorez pas que vous allez com- 35 battre pour la religion , pour la gloire 35 et pour l’avantage de votre patrie. Je 35 n’exciterai pas votre valeur par des 35 paroles , je sais qu’elle a plus besoin de 35 frein que d’aiguillon. Déjà paraît sur 35 votre front l’allégi'csse , pronostic heu- 35 reux du triomphe qui vous attend. Je 35 ne suis veuu que pour être le spectateur 35 de vos grandes actions. Vous allez 35 vaincre les ennemis qui désolent sans 35 cesse les villes maritimes d’Espagne , 35 portent le fer et le feu de tous côtés , 35 enlèvent vos mères , vos femmes , vos 35 enfans, pour en faire des esclaves. Si le 35 courage venait à vous manquer , vous 35 me veniez marcher devant yous , et 35 aller planter la croix au milieu des ha- 35 taillons Musulmans. Aucun de vous ne
3J serait assez lâche pour abandonner son 3î prélat aux mains des infidèles. Vous no pouvez répandre votre sang pour une >3 cause plus glorieuse et plus juste. 11 33 s’agit de défendre la religion , la patrie 33 et vos propres foyers. 3>
La voix éclatante et forte de Ximenes se faisait entendre au loin ; rarméa; entière y répondit par de grands applaudisseniens.
Olliciers, soldats , tous jui èrent de mourir ou de vaincre, et demandèrent au cardinal de les recommander à Dieu. Le combat s’engagea avec une fureur inconcevable :
XimtJies demeura eu p.*'ière tout le temps que dura l’action , et lorsque des prodiges d’audace eurent assuré la victoire aux Ès-
f tagnols , Xinu'nes entra en triomphe dans a ville , purifia et consacra la primûpale mosipiée , et eu fit la dédicace sous le uom de Notre-Dame de la J' ictoire.
Ingratitude de Ferdinand eiwers Xirnènes.
Tandis que Xirnènes, vainqueur d’Oran, songeait à pousser ses conquêtes pour la gloire et pour l’avantage de Ferdinand , il tomba dans les mains du prélat une lettre adressée à Pierre Navarre , dans laquelle le monarque disait : Empêche^ le bon homme de repasser sitôt en Espagne ,* il faut user f autant qu’on le pourra sa
personne et son argent. Ferdinand en récompensé des services que le cardinal avait rendus à la patrie , le pressa à sou retour de céder le siège de Tolède pour prendre celui de Saragosse qui lui était inferieur.
Fermeté et fierté de Xi mânes.
XiMÈNES , après la nioYX. ào. Ferdinand , s’était emparé de la régence que ce prince lui avait laissée, pour conserver le pouvoir à Charles - Quint , alors occupé dans les Pays-Bas. Les grands de Castille , ligués contre le cardinal , lui demandent de (juel droit il gouverne le re)yaume : « En vertu DJ du pouvoir qui m’a été confié par le feu JJ roi , et confirmé par le roi régent , réjj pondit-il. JJ Comme ils se récriaient sur l’anus de ce pouvoir , le ministre les conduisit vers un balcon d’où l’on apercevait un corps considérable de troupes sous les armes , et un train d’artillerie formidable; il en fit faire une grande décharge. « Yoyez, JJ dit-il , voyez les pouvoirs dont m’a rejj vêtu sa majesté catholique. C’est à l’aide JJ de cette puissance que je gouverne la JJ Castille , et que je la gouvernerai jusjj qu’à ce que le roi votre maître et le JJ mien vienne prendre possession de son JJ royaume. «
Découverte du Mexique.
Fernand Cortès, accompagné de six à sept cents Espagnols, découvrit le Mexique , soumit ce vaste et riche empire avec une facilité merveilleuse. Les habitans de ce pays le prirent potir un dieu.
Emerveillé du tonnerre redoutable de son artillerie et de la marche surprenante de ses vaisseaux , suivi de quelques - uns des compagnons de son entreprise périlknise et de quelques Indiens, il entra dans la ville de Mexico , peiq)léc d’un million de citoyens, et lit mettre aux fers Montezuma, son infortuné monarque , qui périt au milieu d’une sédition qu’il voulut appaiser.
Guatimojin , gendre de Montezuma , monta sur le ti’ône , et tenta de résister à la fortune de Cortès; mais ce prince, son épouse , ses ministres et ses courtisans, tombèrent entre les mains de l’heureux conquérant du Mexique.
Héroïsme de Guatimozjn.
Cortès fit étendre Guatirno^in sur un brasier ardent , pour le contraindre à déclarer où il avait caché ses trésors. Pendant qu’il était torturé de cotte manière , il entendit un de ses courtisans qui , appliqué jiu meme supplice , poussait des cris de
douleur. « Eh ! moi , dit tranquillemeot 35 le prince , suis-je sur un lit de roses? 53
Clcniencc etbeau mot de Charles- Quiht.
Ch arles-Quint signala sa présenee dans la Castille par une amnistie générale , dont il n’exelut que quatre-vingts personnes , vingt seulement avaient subi la peine capitale. Le conseil d’Espagne invoquait d’autres exemples de sévérité : Je n*y consentirai jamais, répondit l’empereur, 'c«i/à osse^ de sang répandu. 11 dit un jour, avec l’air du mépris , à un courtisan qui voulait lui découvrir la retraite d’un chef de rehelles : p^oiis fere-^ beaucoup mieux d’informer cet homme de ma présence ici que de m ’apprendre ou il est ,* je n’ai rien à craindre de lui , et il a tout à redouter de moi.
Bataille de Favie.
Pavie renfermait une garnison nomhreuse , commandée par Antoine de Leve.
Les généraux espagnols résolurent d’attaquer le roi dans scs retraucheniens , et de secourir la jdace. Le roi , trompé par des récits mensongers , crut son armée plus forte que celle des ennemis, et sortit de ses relranchemens. La défaite des Suisses, qui d’ahord avaient fait des merveilles , ealraîna la déroute des troupes françaises y
toute rinfanlcrie fut taillee en pièces. Les ducs de Lorraine , de Suffolk , et plus de viugt officiers généraux restèrent sur le champ de bataille. La Palice , le duc de la Tremouille , Galgace et l’amiral de Bonnivet périrent aux côtés du roi qu’ils avaient voulu défendre. François P*" eut son cheval tué sous lui , et tomba avec cet animal dans un fossé assez profond. Deux officiers espagnols qui ne le connaissaient pas allaient le tuer, parce qu’il ne voulait pas demander quartier. Averti de ce qui se passait par un de ses domestiques , le duc de Bourbon accourt et se jette aux genoux du roi pour lui demander son épée avec plus de respect. Le roi lui répondit qu’il mourrait plutôt que de se rendre à un traître j puis , se tournant vers un officier espagnol , il lui dit : « Je vous prie , cher ami , de me faire le plaisir d’appeler 35 M. dcLanoy, vice-roi de Naples , car ce 35 n’est qu’à lui seul que je remettrai mon 35 épée. 33 M. de Lanoy reçut à genoux l’épée du roi, et lui donna la sienne, en disant : « Je prie votre majesté d’agréer 35 celte épée , car il ne convient pas à un 33 officier de l’empereur de voir un roi 35 désarmé quoique prisonnier. 35
Conquête du Pérou.
Balbou , à la léie de quatre - vingls Espagnols , avait reconnu le Pérou j Bigarre , associé à Diégo àé Almagno et à Fernand de Lugnes , aborde dans ce royaume. Il trouve la guerre civile allumée entre les Péruviens , il feint d’embrasser le parti de //auicar^ qui disputait le trône .à son frère aîné Atahaulpa , et
F arvient à perdre ces princes l’un par autre.
Baptême et mort d*ATAHAULPA.
Atahaulpa , devenu prisonnier de Bicarré, fut condamné à mort. Au moment de son supplice , l’aumônier Vaherdo lui promit la vie s’il voulait embrasser le christianisme. Atahaulpa , vaincu par l’effroi, consentit à recevoir le baptême j mais à peine cette solennelle cérémonie venait d’être achevée , que l’on attacha le malheureux prince à un poteau où il fut étranglé.
3Iort de Bizarre.
Les cruautés de Pizarre avaient provoqué la haine de tous les Indiens. Don Diégo ^ le fds d’une de ses victimes , médita de venger son père. Hcirada , confident de Diégo , réussit à inspirer de la confiance
à Pijarre , et en profile pour lui porter le coup mortel j celui - ci , après une vigoureuse défense , tombe , trace avec ses doigts ensanglantés une croix sur le parquet , et rend le dernier soupir.
Noble refus du marquis de Ki llen J i.
Ch^rles-Quint montrait au marquis de Villena le désir qu’il cédât son palais au duc de Bourbon pendant le séjour qu’il devait faire à Tolède, ce Je ne puis me re- 33 fuser à la demande de mon souverain , >3 répondit le marquis j mais je le prie de >3 n’être pas surpris si , après le départ du 33 connétable, il voit brûler jusqu’aux fon- 33 demeus une maison qui , souillée par la 33 présence d’un traître , ue pourrait plus 33 servir à l’habitation d’un homme d’hon- 33 neur. 33
F'isite de Charles - Quint à François dans sa prison.
Les prétextes dont Charles-Quint s’était servi pour éviter d’avoir une entrevue avec François , causa un si grand chagrin au monarque prisonnier , qu’il tomba dangereusement malade ; l’empereur qui craignait que la mort du roi ne lui ravit le fruit de sa victoire , alla lui rendre une visite. Quand le roi vit l’empereur entrer
dans sa chambre , il lui dit : Je suis prisonnier de votre majesté impériale , je ne vous demande pas la liberté , mais la vie.
Charles- Quint lui répondit : Vous n^êtes pas mon prisonnier , mais mon frère et mon ami^ et je n’ai d’autre dessein que de vous donner et la liberté et tous les agrémens que vous pouae^ désirer.
'Traité de Cambrai.
La descente de Soliman en Hongrie , à la tête de toutes les forces de l’Orient , la ligue des proteslans en Allemagne inquiétaient Charles- Quint. De sou côté, François F'', après tant de traverses , souhaitait goûter le repos dans le sein de la paix, et serrer dans ses l)ras ses hls encore captifs. Les soins de Marguerite d’Autriche , tante de rempereiir, et ceux de Louise , mère du roi de t rance , provoquèrent le traité conclu à Cambrai entre ces deux monarques.
Il fut aussi avantageux jx)ur le premier que défavorable au second, qui, à l’exception de la Bourgogne , perdit toutes les possessions pour lesquelles il avait entrepris la guerre , et , de plus , paya deux millions de couronnes pour la rançon de seseufaus.
Conquête de 'Tunis.
Harverousse , de simple jûrate s’était élevé à la vice -royauté de Tunis j et,
possesseur d’un vasie territoire , portait la désolation dans tous les Etals cliréliens.
Le désir de repousser les incursions de l’intrépule corsaire et de venger le roi de Tunis , qui , chassé de son trône , s’était présenté en suppliant à la cour de Charlcs- Quint f détermina ce prince à tenter la conquête de Tunis. 11 se mil à la tête de son armée de terre , donna le commandement de la flotte au célèbre André Doria, et vit bientôt la victoire couronner son entreprise.
Les nobles exclus de Rassemblée des Cortès.
Ch ARLES -Ç)viirT , dont les finances étaient épuisées par trois canq>agnes successives , convoqua les états-généraux à Tolède , pour demander un don gratuit sous le nom d’assise. Le clergé et le tiersétal consentirent à ce don, la noblesse le refusa en déclarant que non seulement celle imposition tendait à ruiner la monarchie , mais qu’elle était on outre allentaloirc aux privilèges de la noblesse de Castille, qui n’était distinguée de la roture que par l’exemption de tout impôt.
Charles y outré de l’opposision apportée à ses volontés , exclut pour toujours la noblesse de l’assemblée des étals-généraux , eu disant que ceux qui uc payent pas
de taxes n’avaient aucun droit de voter pour le réglement et pour la répartition de cet objet.
Expédition contre Alger.
Soliman avait envahi la Hongrie j l’empereur résolut , pour faire diversion , de marcher contre Alger. Les sages représentations de ses généraux ne le détournèrent pas de son dessein. André Doria s’éfani jeté à ses genoux pour l’en dissuader , il lui répondit : « Mon père , soixanie- 33 douze ans de vie à vous , et ving-deux 33 d’empire à moi , doivent nous sullire.33 Il partit de Gènes sur une escadre de trente-six galères ; cent cinquante galères sur lesquelles était son infanterie , l’attendaient dans les ports de Sieile , et l’armée navale, composée de deux cents voiles, vint le joindre. Au moment où l’empereur allait commencer le siège d’Alger, jdusieurs officiers essayèrent encore de le faire renoncer à cette entreprise , il les interrompit par ces mots : « Ou je prendrai Alger, ou je péiirai devant la place. 33 H attaqua cette ville par trois endroits différons. Un combat épouvantable se livra ; l’empereur se portait j)ar-tout où le danger paraissait le plus grand , et s’exposait sans cesse pour secourir les siens. Son audace
allait triompher quand il s’éleva tout à coup une tempèie plus terrible que toutes celles qu’on avait vues jusqu’alors. Les vaisseaux se brisaient en se heurtant les
uns contre les autres ; les rivages d’alentour étaient couverts des cadavres que les vents et les flots y portaient. Quinze galères et quatre-vingt- six vaisseaux périrent avec tout l’équipage ; trente matelots seulement furent assez heureux pour se sauver à la nage.
JDoria avait armé ving-deux galères à ses frais pour cette expédition ; pnze furent submergées.
Chanes-quint J pénétré de douleur à cet affreux spectacle, ne put s’empêcher de verser des larmes sur le triste sort de tant
de braves qiii devaient la mort à son imprudence. 11 resta un jour et demi sans vouloir prendre aucun aliment, parce que l’armée manquait de vivres , et qu’ayant causé ses malheurs , il voulut du moins partager sa misère.
La moitié de la flotte était perdue , il ne restait ni vivres ni munitions j on fut contraint de tuer tous les chevaux de
l’armée pour nourrir les soldais : dans cette extrémité l’on opéra le plus vite possible le rembarquement. Une seconde tempête , non moins fiuicuse que la pre-
mlcre , dispersa toute la flotte , et fit couler à fond plusieurs vaisseaux. Charles- Quint éprouva le chagrin d’en voir un qui contenait sept cents Espagnols des vieilles bandes, s’enlr’ouvrir et disparaître dans les flots.
Mariage de Philippe II.
Tandis que Charles- Quint vivait au sein des alarmes de la guerre, Philippe, son fils, âgé de seize ans, célébra son mariage dims la ville de Salamanque, avec dona Maria, sa cousine germaine, fille de dont Juan III, roi de Portugal. Ces deux jeunes époux étaient nés la même année, le même mois, le même jour et à la même heure.
Succès de Charles- Quint dans les Pays-Bas .
L’empereur avait plusieurs fois re|)Oussé par la vigueur de ses armes les révoltés occasionnées par les protesians des Pays- Bas. Leur ligue s’étant réveillée avec plus de force , Charles- Quint se mit en marche malgré la rigueur de l’hiver , et contraignit les villes iP Ausbourg, P Clin et de Strasbourg d’acheter leur pardon par des sommes immenses. Le duc de YVurtemberg paya non seulement le sien trois cent mille couronnes , mais il se vit réduit à l’humiliatiou de l’implorer à genoux.
Justice rendue par C harles- François F’’.
Lorsque Charles- Quint apprit la mort (le François ^ il s’écria : « 11 vient de 3 > mourir un roi d’un mérite si éminent ,
3 > que je ne sais quand la nature en produira un semblable.
Fassase de VEhre.
Les défaites essuyées par Maurice j et l’abandon du pape, avaient placé Charles- Quint dans une situation crilique ; d s’en lira par son audace. L armee inipeiiale ne consistait plus (ju’en six mille bonimes de vieilles troupes ; l’empereur à leur tête exécute le passage de l’Ebre avec un succès égal à son courage. Monté sur un cbeval espagnol , vêtu d’un babil magnifique, une javeline à la niain , il coiiduit en personne la cavalerie , qui .réunie et serrée , adoucit la violence du courant , met eu fuite les gardes qui se tenaient sur la rive opposée , attaque l’armée Saxonne, la défait complètement, fait prisoniiR^r l’électeur de Saxe, oblige le landgrave de Hesse , qui se rend à discrétion, ainsi que scs Etats, d’implorer à genoux son pardon, et de lui payer cent cinquante mille ducats pour les frais de la guerre j et, maître
absolu de tout ronipire , il écrivit : Je suis venu , j’ai vu. Dieu a vaincu.
Siège de jMetj.
La monarcliie universelle était le rêve favori de Charles- Quint. Celte illusion , cause de presque toutes les fautes de sa vie , ne l’abandonna qu’après qu’il eut renoncé à l’empire. Celte renonciation devint le fruit du revers é(:lalant qu’il éprouva devant Mclz. Le désir de re- ])reudre la Lorraine et de se dédommager des eonquêles que le roi Henri II avait faites à ses dépens , avaient déterminé l’empereur à former le siège de Metz. Il envoya attaquer celle place par cent mille hommes confiés au commandement du duc d’ullbe, célèbre par une foule d’exploits. Charles- Quint avait en outre mis dans ses inlérêtsle mavc[uisdG Brandebourg, qui trahirait la France en feignant de la servir. Le duc de Guise, commandant de la place assiégée, aussi habile polititjue
3 ue valeureux guerrier, déjoua les artifices e Charles- Quint. Le marquis de 7^ra/if/ehourg, observé de près , leva le masque , et se rendit avec ses troupes dans l’armée impériale.
Charles- Quint , arrivé dans son camp, déclara qu’il était résolu de prendic Metj
ou de mourir en l’assiégeant. Il n’épargna ni soins , ni peines , ni liiligues pour enco\irager les siens par son exemple. Il \isiiail jour et nuit tous les postes. Quoiqu’il fut irès-sonffranl de la goutte , il se livrait constamment aux travaux du siège comme un simple oflicier , et se jetait sans cesse au milieu des ])lus grands périls.
L’inclémence de la saison combattait
contre luij le froid, qui devenait insupportable , multipliait chaqTie j»)ur les maladies contagieuses qui frappaient ses soldats , exposés en outre aux rigueurs de la faim, de la soif et de tous les besoins.
Quarante nxille hommes avaient péri depuis deux mois , le désertion s’étail mise parmi les autres ; Charles- Quint, au désespoir , céda enfin aux remontrances de ses généraux, et leva le siège. Son arrière-garde, vigoureusement chargée par la garnison de Metz, tomba en grande partie sous les coups des Français. Celle circonstance fut la première où Cbarles-Quinl eut à se plaindre avec justice de la fortune , aussi s’écria - t - il , « qu’elle ressemblait aux 33 femmes , et prodiguait ses faveurs aux 33 jeunes gens , tandis qu’elle abandonnait 33 ceux qui étaient avancés en âge. 33 Le duc de Guise , louché de la situation aûreuse des malades et des blessés que les
vaincus avaicnl aLanJonnés sans secours dans leur camp, leur (il (oxirnir les vivres et les médicamens qui leur étaient nécessaires , et fit irausporier un grand nombre d’entr’euxàTliionville. L’iuimanilédu duc de Guise ajoute un éclat de plus à sa victoii’e.
Abdication de Charles-Çyuint.
Le cbagiiu que ce mauvais succès avait causé àrempereur, ses sondrauces toujours croissantes rempéchaiculdc gouverner par lui-méme les nombi’eux Etats soumis à sa domination j il aima mieux cesser de régner que de régner sans gloire, et se détermina à remettre le sceptre à son (ils.
Celte résolution prise , il convoqua rassemblée des états à Tolède ; s’assit sur son trône, ayant à sa droite Philippe son fils, Maximilien, roi de Bohême, cl Philibert, duc de Savoie j à sa gauche , Eléonore , reine de France , et Marie , reine de Hongrie sa sœur j Marie, reine de Bobéiuej Christine , fille du roi de Danemarck , duchesse de Lorraine. Les ambassadeurs de tous les princes , le nonce du Pape , ainsi qu’une foule de seigneurs et de députés des villes et des provinces assistèrent à celle brillante assemblée.
L’empereur commença par déclarer qu’il avait créé son Philippe grand-maître
de la Toison-d’Or. Ensuite le president dit conseil de Flandre exposa l’intention où l’empereur était de résigner le souverain pouvoir à sou fds , prince d’une grande prudence , et qui depuis huit ans avait donné des preuves de son habileté à gouverner J il ajouta que ce dernier acte de la puissance de Charles- Quint était une nouvelle preuve de son amour pour les peuples de la Flandre et de la Bourgogne , à qui il remettait leur serment de fidélité à sa personne , en faveur de son clier fils , et qu’à l’avenir ils recevraient de ce prince tous les témoignages d’une sincère bienveillance.
Quand le ministre eut achevé son discours l’emperenr se leva , appuyé sur l’épaule du prince d’Orange , parce fju’il n’avait pas la force de se soutenir sans aide.
^ Il retraça en peu de mots, avec noblesse et modestie, la conduite qu’il avait tenue depuis l’âge de dix-septans , rendit conqite de ses entreprises , de ses voyages eu Europe et en Afrique, de ses batailles , de ses victoires , de son administration. 11 protesta qu’il n’avait jamais eu d’autre intention que de servir la religion et de protéger l’empire , ainsi que sa conscience , son devoir et son honneur l’v obligeainl, n’épargnant , pour atteindre à ce louable but ,
( >6fi)
ni soins, ni fatigues , ni veilles , ni dépenses. Il ajouta que la passion de dominer n’avait jamais balancé clans son cœur l’amour qu’il portait à ses peuples , et que se voyant privé des forces nécessaires pour les défendre contre leurs ennemis, il les remettait sous l’égide d’un prince jeune , vigoureux , savant dans l’art de régner, plein d’affection pour eux , et qu’il les exhortait à lui montrer le meme dévouement qu’ils avaient eu pour lui.
Ces mots achevés, l’empereur se tournant vers son fils , qui se leva et l’écouta découvert , lui dit : J’espère que vous me prouverez votre reconnaissance pour la cession volontaire que je vous fais de tant de royaumes, en vous montrant le père des peuples dont je vous rends le souveveram. Vous réussirez dans toutes vos en-
treprises, ajouta-t-il, si vous avez toujours devant les yeux la crainte du Roi des rois , si vous servez avec zèle la cause de la reli-
gion catholique , et si vous faites observer inviolablement la justice et les lois qui sont la hase et les fondemens les plus solides des états ; maintenant il ne me reste plus à vous souhaiter que des fils tels que vous puissiez leur céder volontairement , et pour leur mérite personnel , l’administra lion de vos provinces.
A la fin de ce discours , l’empereur enilirassa sou fils avec tendresse et eu répandant des pleurs. Philippe , les yeux pareillement baignés de pleurs , se ]eta aux genoux de son père , lui baisa les mains avec autant de sensibilité que de respect , et lui promit qu’il ne négligerait aucun moyeu pour se rendre digne de la marque étonnante qu’il daignait lui donner de son amour paternel et de sa confiance. Toute l’assemblée , pénétrée d’admiration et d’attendrissement , mêlait ses larmes aux larmes de l’empereur et à celles de son fils.
Deux mois et demi après cette première abdication , Charles- Quint se démit encore de ses autres états , ainsi que de tout ce qu’il possédait dans l’ancien et dans le nouveau Monde , en faveur de ce même fils Philippe f et ne se réserva qu’une modique pension de quatre-vingt mille ducats.
Retraite de Charles- Quint.
Charles- congédia toute sa cour
à Yalladolid , et ne se réserva que douze domestiques, douze chevaux et quelques meubles précieux. Il distribua beaucoup de dons à ses courtisans , leur dit adieu , et partit pour le monastère de Saint-Just , situé sur les frontières de Castille, dans Ja province d’Estramadure , du côté du
Portugal, llfii très-agréable et très -pittoresque. ^ avait autrefois visité le monastère de Saint-Just avec beaucoup d’attention , et , sorti d’une longue et douce rêverie où son aspect l’avait j)longé , il lui était échappé de dire : Voici un séjour
admirable pour la retraite d’un autre Dioclétien. L’empereur prit possession de celte solitude l’an , le 26 février , et dit
en y entrant : Qu’il voulait renaître pour le ciel le meme Jour qu’il était né pour la terre. L’arebevèque de Tolède vint lui rendre une visite le 26 février i 558 , il lui dit : Monsieur , j’ai vécu cinquantesept ans pour le monde , un an pour moi et pour mes domestiques dans ce désert ,* je veux maintenant donner à Dieu le peu de mois que j’ai encore à viore. De ce moment il se refusa à toutes sortes de visites et d’entretien , il ne parla même plus à ses domestiques , et ne s’occupa que des intérêts d’une autre vie.
Obsèques de Charles- Quint.
projeta de faire célébrer scs obsèques de son vivant. L’arcbevêquede Tolède ayant approuvé ce dessein, l’eiupereur fit dresser son mausolée au milieu de l’église du couvent , le 29 août.
Tous ses domestiques , vêtus en deuil , et
munis de flambeaux de cire noire , assistèrent à cette nouvelle espèce de funérailles. Le prince , vêtu de noir , s’assit dans un fauteuil de meme couleur , il y resta jusqu’à la fin de la messe } on vint alors l’en retirer pour l’étendre dans la bière. Quand il y fut placé , l’on chanta sur son corps un Z)e profundis et un Libéra, et l’on répandit sur lui de l’eau bénite. Tout le monde ensuite se relira , le prince resla le dernier dans le choeur , toujours étendu dans sa bière. Lorsque les portes de l’église furent fermées, il se relira dans sa cellnlej il ne voulait manger que du pain et ne boire que de l’eau j mais on l’obligea , à cause de sa grande faiblesse , à prendre un bouillon.
La nuit de ses funérailles simulées , il fut attaqué d’une fièvre violente qui le conduisit au tombeau. Soit hasard ou pressentiment, il dit à ceux qui s’empressaient à le servir : Pourquoi tant de commodités pour un corps qui sera bientôt réduit en poussière ? Il manda à l’archevêque de Tolède que, s*il voulait le voir en vie, il vînt le lendemain au matin , car il serait trop tard le soir.
, Derniers momens de Charles- Q^uint.
Dès que l’empereur aperçut l’archevêque de Tolède , il lui dit : qu’il le remerciait
du zèle et de l’affeclion qu’il avait pour le salut d’un pauvre pécheur , et qu’il le
1 )riait de l’aider à bien inonrir , ce qui était e meilleur office qu’on pût rendre à un ami. L’archevêque reçut la confession du prince , célébra la messe dans sa chambre, et lui donna le saint Sialique, qu’il reçut avec les marques delà plus haute dévotion.
Les pieuses larmes qu’il répandait furent accompagnées des larmes de tous les religieux et de tous les séculiers , témoins de ce louchant spectacle. Sa vie avait été celle d’un monarque ambitieux et despote , sa mort fut celle d’un humble chrétien .
Mots saillans de Charles- Quint.
Ce prince protégeait les savausel les gens de lettres, et disait souvent : ^ue les souverains et les plus gj’ands guerriers avaient absolument besoin des écrivains , tant pour cacher leurs défauts que pour publier leurs 'vertus. Il tenait chaque malin une audience publique , se rendait accessible à tout le monde, sur-tout aux marchands , et disait : Les seigneurs et les gens de qualité me dépouillent , les gens de lettres m* instruisent f les marchands m*ennchissent.
Mot de Philippe à Emmanuel de Savoie.
Emmanuel be Savoie avait enlevé Saint- Quentin après une brillante aflaire , fatale à la fleur de la noblesse française , et qui n’avait cm'ilé que peu d’hommes aux Espagnols. Philippe apprit cette nouvelle à Cambrai , où il était resté pour surveiller les opéraiioits de la c.impagne.
Il se rendit aussitôt à Saint- Quentin ,
3 uiita sa réserve accoutumée , alla auevant du d\ic de Savoie qui se présentait pour lui baiser les mains , et s’écria :
«c Ce serait à moi de baiser les vôtres qui m’ont procuré une victoire aussi glorieuse , presque sans eftùsion de » sam;.
Présence de Philippe à un autodafé.
Un gi'and nombre de personnes soupçonnées de suivre la doctrine de Luther , avaient été livrées aux flammes par l’inquisiûon. Trente- trois encore en prison attendaient la décision de leur sort. Philippe , arrivé à Valladolid , pressa leur supplice et parut en grande pompe , suivi de son fils dom Carlos , de sa sœur, de ses courtisans et de scs gardes, à la brillante cérémonie célébrée à celte occasion. Une