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des mallieurcuses vie limes de cette sanglante fête osa s’approcher de Philippe, et lui dit • cc Comment pouvez— vous , o roi î 55 être ainsi le témoin des tourmens de » vos sujets ? Sauvez-nous de celle mort 55 cruelle que nous n’avons pas méritée.
55 *— Non , répondit Philippe , je porterais >5 moi-même le bois pour brûler mon fils 55 s’il était aussi coupable que vous , 55 et de sang froid U vit s’allumer le bûcher, et réduire en cendres les infortunés qui avaient réclamé sa justice.
Intrépidité d’ jl L VA R o.
Soliman avait assiégé Girba / Aharo "■ commandant de celte place , la défendit avec un courage admirable j il refusa constamment de capituler, et lorsque la garnison eut entièrement péri par le fer des infidèles , A haro , suivi de deux de ses officiers , traversa l’armée dç ses adversaires à la faveur des ténèbres , et gagna les débris d’un vaisseau espagnol naufragé.
On le trouva au lever du jour, tenant d’une main son bouclier , de l’autre son épée , et , calme , attendant la charge de l’ennemi j dans cette position , il ne consentit à rendre les armes que sur l’assurance d’un traitement honorable.
Troisième mariage de Philippe,
Philippe , veuf de doua Maria , sa première épouse , et Aq Marie ^ reine d’Angleterre , avec qui il avait contracté un second hymen , reçut la main de madame Isabelle de France , fdle de Henri II ^ destinée auparavant à don Carlos. Ce jeune prince , qui aimait teudrement Isabelle , ne pardonna jamais à son père de la lui avoir enlevée.
Fondation de VEscurial.
Lors de la victoire de Saint- Quentin , remportée le jour de Saint - Laurent , le roi avait fait vœu d’élever un monument en l’honneur de ce saint. Il bâtit l’Escurial. Cet éditice , le plus magnifique de l’Espagne , est à la fois un palais , un monastère et un collège , où un grand nombre de gentilsbommes sont gratuitement entretenus. Il coûta quarante millions qui en représentent cent cinquante de nos jours, et vingt ans furent employés à sa construction. Les rois ont choisi ce séjour pour le lieu de leur sépulture. Philippe y lit transporter le corps de Charles-^ Quint.
Cruautés du duc d’AtsE.
Les mesures sévères prises contre le»
proicstans et les privili'ges clos états violés, avaient rallumé la guerre avec fureur dans les Pays-Bas. envoya le ducd’Albe
en Flandre avec des patentes qui lui conféraient un pouvoir souverain j le duc d’Albe commença par faire arrêter les comtes éé Egmont Ql (iéHorne y principaux délénseurs de la liberté de leurs pays , ensuite il établit un conseil de douze membres , appelé à connaître des troubles passés. Ce tribunal condamna plus de trente mille personnes à mort.
Le duc d’Àlbc publia des lois qui ne laissaient à aucun citoyen l’espoir den’être pas traité en coupable. 11 était permis de tuer, sans aucune forme de procès, tous les prolestans , lorsqu’on n’avait pas trouvé le moyen de les livrer à la justice. La déposition de deux témoins suffisait pour former un jugement exécutoire ; ceux qui donnaient retraite aux mécontens étaient traités comme criminels de lèse -majesté divine et humaine. Les gouvemetirs des provinces , les magistrats devaient être punis de la peine capitale , s’ils n’avaient employé les moyens les plus rigoureux pour arrêter les désordres. Philippe s’applau-
disSuit de la barLaric du duc d’Albe , et répondait à ceux qui lui eu représentaient les dangers : « J’aiuie mieux perdre ma 3î couronne que de régner sur des sujets (l’une autre religion (|ue la mienne. »
Le prince d’Orange et ses partisans , déclarés criminels de lèse- majesté , avaient effectué leur retraite lors de l’entrée des Espagnols. Epouvantés des exécutions sanglantes qui rougissaient continuellement le sol infortuné de leur pays , cent mille Flamands se réfugièrent en Angleterre , eu France et en Allemagne, où ils portèrent leur industrie et leurs trésors.
Supplice des comtes (/’EgmoisT et (/’H orne.
Le comte de Nassau , frère du prince (i' Orange , avait vaincu et tué de sa propre main le comte d’Aremberg, qui le poursuivait avec une année d’Espagnols et de Flamands. Ce revers aigrit encore le caractère implacable du duc d’Albe , et lui fil bâter la mort des comtes d’Eginont et d’Horne. Le siqiplice de ces. deux grands, hommes porta le désespoir dans l’ànie des Flamands ; il avait été précédé de celui de trente seigneurs , et fut suivi de tant d’autres exécutions , que les bourreaux de toutes les villes demandèrent en grâce qu’on les laissât un peu reposer.
( lyô )
Érection de la statue du duc d’Alhe.
La haine que les Flamands avaieni conçue contre le duc d’Albe fut encore exaspérée par l’érection d’une statue colos»sale de bronze qui le représentait. Au bas lie celte statue on en voyait deux autres du méiue métal , et dans une posture stqqdiante. Elles avaient des écuelles aux oreilles , des besaces de gueux au col , tenaient en main des requêtes, un flambeau de cire , un marteau rom^iu , un Uiaillet , une bourse , une hache , et des masques, symboles de la folie et de la rébellion. L’inscription de ce monument n’etait pas moins injurieuse que ses emblèmes.
Prison de don Carlos.
Don Carlos , depuis long-temps privé de la tendresse de son père , qui avait plusieurs torts à lui reprocher , plaignait bautemeul le malheur des Flamands. Déterminé à se rendre parmi eux , il s’était ouvert de son dessein à don Juan son oncle j celui-ci révéla le projet du prince au roi.
Don Carlos éenvitau courrier delà cour, pour lui demander des chevaux de poste.
Averti de celte demande , Philippe , suivi de plusieurs grands , entra , vers minuit ,
dans la chambre du prince , et s’empara de son épée. « Eh! quoi , dit don Carlos » à son père , venez-vous pour me tuer ? »
Philippe lui répondit avec douceur ; mais il donna ordre à l’un des quatre nobles qui l’accompagnaient , de s’emparer d’un petit cofïre couvert de lames d’acier, dans lequel le prince enfermait ses papiers ; ensuite il entoura de gardes l’appartement de son fds, et défendit qu’on le laissât sortir de sa chambre. Le comte de Lerme et quatre autres seigneurs restèrent continuellement auprès de Don Carlos ^ il leur était enjoint de satisfaire tous ses désirs , à l’exception de se charger de messages au -dehors. Le médecin et le chirurgien du prince pouvaient aussi venir le voir , lorsqu’il avait besoin de leur ministère. La chambre du prisonnier royal restait toujours ouverte , il était défendu de lui parler à voix basse , et de rendre compte de ses actions ou de ses paroles à toute autre personne f[u’au roi. On ne permettait pas ae laisser entrer aucune arme dans l’appartement de don Carlos. C’était de sa chambre qu’il entendait la messe , célébrée par des chapelains nommés à cet effet, et deux gentilhoinmes récitaient aupi'ès de lui les heures , le chapelet , ou lui faisaient quelque pi'euse lecture. Les personnes chargées de sa garde
apporlaienl Leaucoup de sévérité dans leur emploi.
Le roi convoqua une assemblée composée du cardinal Spinosa, de liuy-Gomej de Sijh>a , du licencié BUviesca , et de conseillers d’état , pour dresser un manifeste contenant l’apologie de sa conduite. Il envoya aussi demander à rarchevèque de Barcelonue le manifeste publié par don.
Juan II , roi d’Aragon , contre son fils le prince de Aiane , et le fit traduire en castillan .
Tousles soins de Philippe ne parvenaient pas à calmer le ressentiment de l’empereur et celui de son épouse relativement à la prison de don Carlos. Le pape , le roi de Portugal , un grand nombre de princes et de prélats supplièrent inutilement le roi d’Espagne d’user de clémence envers son fils. La reine Isabelle et la princesse Jeanne ne purent même obtenir la permission de le voir.
Mort de don Carlos.
Le peuple, touché du sort de don Carlos, laissait éclater de toute part des murmures qui inquiétaient vivement le roi j il n’osait sortir de Madrid pour faire la plus courte promenade J il accourait dans le palais au moindre bruit , frappé de la crainte qu’on
ne conspirât pour forcer la prison dq prince et pour l’enlever. La mort de cet infortuné , survenue le sixième mois de son arrestation , mit un terme aux anxiétés à&Thilippe. On prétend que ce monarque avait fait prononcer par l’inquisition la:
peine capitale contre son fils. Quelques historiens rapporten t que le prince d’Espagne, d’un caractère violent, et furieux de ne pas entrevoir la fin de sa captivité , attenta plusieurs fois , sans succès , a sa vie 5 qu’ensuite , pour calmer l’ardeur dévorante qui brillait ses entrailles , il but en quantité de l’eau d’une fontaine de neige; et qu’enfin, livré au dernier degré du désespoir , il resta trois jours sans mander , et acheva ainsi de ruiner sa constitution déjà considérablement affalhlie ; d’autres écrivains assurent qu’il mourut empoisonné. Cette dernière opinion fut adoptée de toute l’Europe. On hésita d’autant moins à soupçonner Vkilippeàsi. cet infauticide, que peu de temps après le trépas de don Carlos, la jeune reine Isabelle périt subitement-
Bataïlle de Lépanthe.
Don Junn d’Authichb , prince de la maison d’Espagne , avait acquis, trèsjeune encore , une grande réputation dan»
une guerre contre les Mauresques il fol
envoyé pour aller combattre les Turcs.
Philippe créa , pour ce prince , le titre de généralissime.
L’Espa{,mc et l’Italie s’étaient épuisées pour équiper la flotte la plus imposante qu’on eût jamais aperçue sur les mers d’Europe ; elle se composait de deux cents galères environ : celle des Turcs , plus formidable encore , consistait en près de trois cents voiles.
Les Turcs débutèrent par investir l’escadre de Doria , que les chrétiens ne pouvaient secourir promptement j ils commencèrent le combat en jetant des cris effroyables et en lançant à la fois tantde flèches que le ciel en parut obscurci. Epouvantées par la violence de cette attaque , quinze galères vénitiennes et dix gahotes se réfugièrent à Lépanilie j les quatorze galères espagnoles se signalèrent par des actions héroïques j jamais on n’avait livré de bataille aussi terrible. Toutes les galères mêlées combattaient pour ainsi dire corps à corps ; le cri des blessés , celui des mourans , les hurlcmens des barbares , la fumée, le feu , le sang qui ruisselait de tous côtés , et dont les flots rougissaient l’onde , présentaient un spectacle épouvantable.
Au milieu de cette confusion horrible on précipitait au fond de la mer non seulement les morts , mais aussi les blessés.
AU f general des Musulmans , dirigeait ses efforts pour s’emparer de la galère de don Juan d* Autriche ; il périt d’un coup d’arquebuse , et sa galère fut pnse , ainsi que l’étendard des Turcs , à la place du-
3 uel on arbora soudain la croix. Le bruit es trompettes et les élans de joie des vainqueurs abattirent le courage des ennemis , qui ne tardèrent pas à prendre la fuite.
Il est impossible de peindre le courage que les chrétiens déployèrent dans cette fameuse journée ; ils montrèrent une prodigieuse intrépidité. Douze cents Turcs de distinction , trente gouverneurs de provinces , cent soixante capitaines , et le grand-chancelier , perdirent la vie j on fit dix mille prisonniers. Don Juan d’Autriche , après cette éclatante victoire , fit peindre sur ses étendards une croix , avec ces paroles : Dans ce signe j*ai vaincu les Turcs y et'dans ce signe je vaincrai les hérétiques. Lorsqu’on félicita le roi d’Espagne sur ce glorieux succès , il répondit gravement : Don Juan a gagné La bataille , il pouvait la perdre j il a beaucoup hasardé.
Mort de don J UA N.
Sur les instances réitérées du Pape , ThiUppe rxommix don Juan gouverneur des
Pa}^s-Bas J ce prince avait pris de sages mesures qui peut-être eussent éteint, du moins en partie , le feu de la guerre civilcj mais le roi d’Espagne, jaloux de la gloire de douJuan, et toujours nourri de, soupçons , ne lui envoya aucun des secours dont il avait besoin , soit en hommes, soit en argent, et neutralisa ses efforts. Don Juan eut à combattre le duc d’Alençon , l’archiduc Matthias , les pi’inces Casimir et Nassau. En attendant les secours de Philippe, qui lui avait promis trente mille hommes de pied , six mille chevaux et trois cent mille ducats , don Juan marcha au-devant de l’armée des Etats , la défit en tièrement dans les plaines de Gemblours; l’ennemi perdit dix mille hommes. Le vainqueur profita de la victoire et soumit Jjouvaiîi, Diest , Nioelle , Philippeoille , Limbourg, Harlem, &c. Le dued’ Alençon, le prince Casimir et le prince, d’Omnge , vinrent fondre sur lui , chacun avec une armée égale à la sienne j il se préparait à la combattre quand, une mort soudaine l’enleva aux vœux du peuple et de ses troupes. Lorsqu’on fit l’ouverture de son corps , on en trouva le dedans noir et brûlé , ce qui fit croire qu’il avait été empoisonné. Philippe fut accusé de ce nouveau crime. Don Juan , avant de
mourir , prit le ciel et ses amis à témoin de l’indigne conduite du roi d’Espagne ,
a ui l’avait abandonné au milieu des périls ans lesquels il ne s’était jeté que pour l’intérêt de la monarchie.
Conquête du royaume de Poitugal,
La mort du cardinal Henri rendait vacant le trône de Portugal. Don Antoine, prieur de Prato , la duchesse de Bragance', Emmanuel de Savoie, et Philippe II, réclamaient tous les quatre cette couronne.
Philippe appuya ses prétentions d’une armée considérable et de l’or du Nouveau Monde. Le duc d’Albe , depuis quelque temps dans la disgrâce de ce monarqiie , venait d’être arrêté par son ordre ; il le lit général des troupes destinées à soumettre le Portugal , et ne le vit pas avant son départ . Le duc à cette occasion disait que le roi l’envoyait tout enchaîné pour conquérir des royaumes. Les Portugais , qui redoutaient la domination de Philippe , traitèrent avec don Antoine , prieur de Prato, et demandèrent des secours à Rome , à Paris et à Londres. Un savetier tira son épée à laquelle était attaché un mouchoir pour servir d’étendard , et proclama don Antoine roi de Portugal j le peuple répondit à ce ^ signal par des cris nombreux de vwe le roil
On conduisit don Antoine entendre la messe dans l’église de Saint-Dominique j il se rendit ensuite à la maison de ville , prêta dans les mains de l’évéque le serment de respecter les privilèges de la nation , jeta quelque argent au peuple , et délivra les prisonniers.
Le duc d’Albe arriva avec tant de diligence que le nouveau roi n’avait pas encore eu le temps d’essayer son trône , et de recevoir les secours qu’on avait sollicités pour lui. Le duc d’Âlbe commença par faire trancher la tête à don Georges de Meneses y qui défendait une petite place pour don Antoine ; et par cette exécution intimida tous les gouverneurs de ville.
Lisbonne redoutait le pillage et songeait à l’éviter par une capitulation ; cependant la présence de don Antoine et l’amour que le peuple lui portait tenaient les esprits en suspens. Le nouveau roi se mit en campagne à la tête de douze mille hommes mal équipés , étrangers à la discipline , et peu capables de se mesurer avec de vaillantes troupes commandées par le général le plus habile. Dos moines tenant le crucifix d’une main et l’épée de l’autre , conduisaient une troupe de nègres que soutenait dans leur audacieuse entreprise leur antique haine contre les Casiillunsj mais leur ardeur et
celle de la petite a;*inée A* Antoine qu’ils étaient venus renforcer , ne purent longtemps tenir contre l’infanterie espagnole.
Don Antoine f blessé à la tête, quitta le champ de bataille , et se réfugia à Lisbonne pour sauver sa vie. Ses soldats , pleins d’effroi, le suivirent en désordre, se renfermèrent dans leurs maisons , et les soldats étrangers se banicadèrent dans les églises.
Lisbonne ouvrit ses portes et prêta serment de fidélité a. Philippe. Les provinces du Portugal suivirent l’exemple de la capitale. Une somme considérable fut promise à celui qui livrerait don Antoine a ses ennemis. Cette brillante promesse ne put engager aucun Portugais à trahir la retraite du malheureux vaincu j il resta caché plusieurs mois dans sa patrie , et trouva le moyen de passer en France. Il obtint de cette puissance une flotte et des troupes pour combattre Philippe. Le mécontentement général des Portugais , joint aux forces qu’il commandait , semblait promettre la victoire à don Antoine ; mais l’heureuse étoile de son rival l’emporta.
Le courage des Français disputa vainement le triomphe au marquis de Santa - Cru.].
Leur armée fut détruite, et don Antoine, au désespoir d’avoir vu périr tant de braves pour la défense de scs intérêts, se retira
dans l’ile de Tertère , où il fut reçu avec pompe et en qualité de roi. Philippe ordonna au marquis de *S'ania-Cruj d’équiper sa flolLc pour aller reprendre l’île de Terccre , et pour châtier les partisans de don Antoine. Celui-ci , que n’avaient pas abattu ses, défaites, passa en Angleterre auprès iï Mlisahetji , et reçut d’elle un grand nombre de vaisseaux et de troupes. Il se présenta devant Lisbonne avec sa flotte, mais la vigilance du régent de Portugal contint tous les habitaus eu respect, et le défaut de vivres foi’ça bientôt le roi Antoine de retourner sur ses pas. La flotte reprit la route d’Angleterre. Quelques citoyens de Lisbonne , partisans de don Antoine , subirent le dernier supplice, et personne n’osa plus servir sa cause. Don Antoine se relira eu France , mère tendre de tous les exilés , où il mourut plusieurs années après.
Dangers que Philippe court à Lisbonne.
Le roi eut plusieurs occasions de se conv.iincre de la haine que son nouveau peuple avait pour lui. Pendant sou séjour à Lisbonne , on éventa deux mines sous son palais , et une sous l’église où il se rendait pour eutendre la messe j mais ce prince ., que l’umbiiiou touchait plus
que l’amour , se consola facilement <le n’clre pas aimé , par le plaisir de se mon^ irer chaque jour plus redoutable et plus puissant.
Conquêtes d* A lexandre Farnèse.
Alexandre Farnèse , confirmé par Philippe dans le ^ouvcrncmeut des Pays- Bas que lui avait laissé don Juan , se montra dijnie de succéiler à ce grand capitaine, il fit face avec moins de vingt mille hommes aux forces combinées de la France, de l’Angleterre, de la Hollande, et à celles des princes prolcstans', s’empara de dix provinces , et fut parvenu à réduire les sept autres sans l’ambitieuse mobilité de Philippe , qui , voulant tantôt détrôner la reine d’Angleterre , et tantôt disposer delà couronne de France, divisa ses forces et ne tira point tout le parti qu’il pouvait de l’habileté de Farnèse. Les deux actions les plus brillantes de cet illustre général sont la prise d’Anvers et la levée du siège de Rouen , où son génie l’emporta sur celui même de Henri IV. L’Europe avait regardé comme une entreprise téméraire le siège ^ Anoers , que défendaient la rivière de l’Escaut , des fortifications immenses, quinze mille hommes de garnison et un gouverneur d’un courage intrépide.
L’occupation de celte place causa tant de joie à Philippe , qu’en ayant reçu la nouvelle au milieu de la nuit , il alla frapper à la porte de sa fille Isabelle, en criant :
«c Anvers est à nous, » -
Mort d* Alexandre Farnèse.
Après la levée du siège de Rouen , le duc de Parme prit Caudebec et reçut une blessure au bras. Tandis cpie les suites de cet accident le retenaient au lit , Henri IF investit son armée de manière à ce qu’elle ne pouvait manquer de périr de faim ou d’étre complètement battue. Farnèse trouva le moyen de passer la Seine et de se retirer dans les Pays-Bas à l’insu du roi. Le duc ne survécut pas long-temps à cette glorieuse campagne ; le chagrin et les infirmités le conduisirent au tombeau à l’àge de quarante -sept ans. Accablé des indignes procédés dont ses services étaient récompensés , il avait demandé son rappel.
Alexandre Fanièse fut non seulement un des plus grands capitaines , mais encore un des plus grands, hommes de son siècle ; adoré des soldats et des peuples , il ne tint qu’à lui de régner sur les Flamands } il préféra à cet honneur celui de demeurer fidèle à la cause de son souverain.
Ambassadeurs Japonnais en Espagne.
Quatre rois du Japon , convertis au christianisme par des jésuites Espagnols et Portugais , envoyèrent en 1684 des ambassadeurs à Philippe. Le dessein du monarque était , à l’aide de la religiou prêchée avec zèle par des missionnaires , de s’emparer de ces îles , que la quantité prodigieuse de mines d’or qu’elles renferment , la fierté et le génie de leurs habitans rendent célèbres. Les jésuites amenèrent promptement plus de la moitié des insulaires au culte de Jésus-Cbrist.
Eécouverte du Psouveau- Mexique.
Pjnfjle NARVjtEZ y tiu des compa-
K ions Fernand Cortèsy avait faiten 1027 découverte delà Nouvelle- Espagne et des vastes régions qiû s’étendent depuis la rivière des Palmes jusqu’au cap de la Floride. Cinq vaisseaux montés par six cents hommes composaient son équipage.
Arrivés à Saint-Domingue , où ils séjournèrent quarante jours , les soldats et les matelots se nmtiuèrent ; cent quarante d’entr’eux se laissèrent gagner par les discours des insulaires. Naroaej alla avec le reçte à la Floride , ainsi nommée à cause que la découverte en fut faite le dimanche
( ipo )
des Rameaux ou de Pâques fleuries', il fît débarquer trois cents hommes et quarante chevaux pour s’avancer dans le pays , tandis que les vaisseaux côtoyaient le rivage. Ces braves périrent tous de faim , de misère , ou par les coups des harbaies , à l’exception de quatre , qui , échappés comme par miracle à ce désastre, passèrent pnr le Nouveau-Mexique dans la province de Qniliacan , et dans le nouveau royaume de Galice, dont Nuguez de Gusraan était gouverneur* Leur peau endurcie , leurs ongles , leur barbe , leurs cheveux prodigieusement longs , leur teint brûlé les fit prendre pour des sauvages. Le gouveineur^ îrappé delà relation qu’ils lui avaient faite, envoya, en 1641 , le père Marc de Nija, franciscain , reconnaître les lieux. On ne parla ])lus de cette nouvelle découverte jusqu’en i 58 i , que l’on dépêcha dans ces pays quelques soldats et quelques religieux mû devinrent les victimes de leur zèle.
Enfin , en l’année 1682 , don Pedre, Ponce de Léon, don Pedre de Grenade , Panegas, chevalier d’Alcantara , sitivis de volontaires distingués et de soldats choisis, entreprirent la découverte du Nouveau-Mexique. Parvenus , après sept mois de route et de fatigues, dans la province qu’ils cherchaient, ils la trouvèreut habitée par des peuples
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.robustes y vigilans , courageux , tous Lien vêtus , occupant leur vie à la chasse , à la pèche, n’ayant ni code ni lois, et jouissant d’une indépendance parfaite j les contestations et les querelles étaient décidées et appaisées par ceux qui passaient pour les
E lus habiles j leurs luaisons , assez agréalement bâties , avaient des fenêtres et des corridors j les campagnes , fort belles , abondaient en fleurs et en fruits semblables à ceux de l’Europe , et d’un goût plus exquis. Les petq)les professaient une idolâtrie grossière. Personne parmi eux n’avait assez tl’autorité pour punir lès crimes j chaque nation différente parlait un différent langage.
Les Indiens virent avec joie paraître chez eux les Espagnols , et leur prodiguèrent les soins de l’hospitalité. Ils écoutaient avec une sorte d’admiration les vérités religieuses qu’ils enseignaient, et les adoptèrent.
Le Nouveau- Mexique est éloigné de l’ancien d’environ cinq cents lieues j le plus long jour de l’année est de dix- huit heures et demie. Ce pays très- fertile possède des vignes de quinze lieues de longueur, de gras et vastes pâturages, des arbres fruitiers de toute espèce , de nombi ’cuses fontaines d’une e:iu saine et limpide; de superbes raisins pendent aux -..ibres
des forets , et toutes les campagnes sont extrêmement peuplées.
Invincible Armada ^
Le secours qu’Elizabeih avait prêté aux prolestans des Pays-Bas , ses entreprises en Amérique allumèrent un désir violent de vengeance dans Pâme de Philippe.
Il résolut de réduire cette reine superbe à s’humilier devant lui. En conséquence de ce projet , cinq ans furent employés à travailler dans les ports de l’Espagne et dans peux de l’Iialie à l’armement le plus redoutable qui ait paru sur l’océan. Il consistait en cent cinquante vaisseaux , sur lesquels on comptait trente mille hommes de débarquement et l’élite de la noblesse espagnole . Le duc de Parme devait passer des Pays-Bas en Angleterre avec un nombre ■ égal de soldats j on se flattait de l’espoir de faire prendre les armes aux partisans de l’infortunée Marie Stuart , qu’Elizabeth venait de faire périr sur un échafaud.
L’invincible Armada , commandée par le duc de Médina Sydonia, sortit du port de Lisbonne vers la fin de mai. Elle fiit tout à coup accueillie par une tempête sinistre , présagé des malheurs qui devaient l’atteindre. Le dommage qu’elle avait d’abord souffert se trouva promptement
réparé dans les ports de la Corogne , et le succès avec lequel elle gagna les côtes de l’Angleterre rappela l’espérance dans le cœur des Espagnols. L’invincible Armada n’effraya point les Anglais, l’expérience et l’activité de leurs marins faisaient plus que compenser l’inférioriié de leurs vaisseaux.
Dès la première action , deux bàtimens espagnols , séparés du reste de la flotte, se trouvèrent environnés et pris par les Anglais , douze autres périrent le lendemain . La manœuvre admirable de Drack le conduisit à s’emparer du galion qui renfermait le trésor de l’armée espagnole ; ces avantages encourageaient les Anglais sans cependant abattre leurs vaillans ennemis, qui continuaient de compter sur la victoire et sur le renversement du trône ^ Eli^ahttk. Dans un troisième échec qu’ils éprouvèrent le 7 août , un <le leurs galions, échoué sur la côte de Calais , tomba au pouvoir des Français , non moins eirrayés que les Anglais de l’apparition de la redoutable flotte. Une tempête plus terrible que les bataillons ennemis accabla l’invincible Armada. Bloqué par h;s Anglais et par les Hollandais dans L)u.nkerque et dans Nieuport , JSIédina Sydonia, ne comptant plus sur sa jonction avec Farnèse , assemblii un coufcil qui décida , d’une voix
unanime , qu’il fallait regagner l’Espagne.
La flotte tourna les côtes d’Ecosse, d’An-.
glelerre et d’Irlande. Une nouvelle tempête , plus effroyable encore que la première , jeta douze vaisseaux espagnols sur les côtes de l’Angleterre. Les côtes de France, d’Ecosse, d’Irlande, de Hollande, de Danemarck en virent périr cinquante.
Un nonibre semblable , dcinàiés , brisés , sans artillerie , sans munitions, sans gou-r vernail , arriva au port de Sautander. Tel fut le tnste résultat d’une expédition qui coûta vingt millions de ducats , cent vais»
seaux et vingt-cinq mille hommes à l’Esjpagne,
Calme héwïcjue de Philippe.
Philippe supporta ce revers avec une rare constance. Aucun de ses ministres n’osait l’en instruire j Balthazar Zuniga se chargea de cette douloureuse commission, Entré dans le cabinet du prince au moment où il expédiait quelques dépêches , il Im dit d’un ton consterné : « Seigneur , tout >3 est perdu, votre flotte, assadlie par la 33 tempête , est entici'ement détruite. — 33 Hé bien , répliqua le monarque avec 33 beaucoup de calme , je l’avais envoyée 33 combattre les Anglais , et non les vents ; V que la volonté du Ciel sojt accomplie î 33
Philippe ordonna le lendemain aux évéquesue remercier Dieu d’avoir conservé quelques débris de la flotte, et défendit qu’on portât le deuil de ceux qui avaient Çéri , parce qu’on ne voyait pas une seule famille qui n’eût un des siens à pleurer.
Le pape , enchanté du malheur des Espagnols , osa écrire au roi qu’il partageait son chagrin. Le monarque lui adressa cette noble réponse ; « Saint Père, tant que je î 3 resterai maître de la source, je regarde- T> rai comme sans conséquence la perte >5 d’un ruisseau. Il ne me reste qu’à témoigner ma profonde reconnaissance a 33 l’arbitre des enqures , qui m’a donné le 33 pouvoir de réparer aisément un désastre 33 que mes ennemis ne peuvent attribuer 33 qu’aux éléiiiens , qui ont combattu pour
>3 eux. 33
Rè\?olte en dragon.
Jadis ministre et favoii du roi , Antoine Ferez , tombé dans la disgrâce , était poursuivi depuis douze ans pour un assassinat.
Condamné à une amende de trente mille écus d’or, jeté plusieurs fois en prison, appliqué à la torture , il avait sauvé scs jours en exhibant l’ordre du roi qui l’autorisait à commettre le meurtre qu’on lui reprochait 5 malgré cette horri)ale juslifl-
cation , on l’avait de nouveau condamné à payer une amende de vingt mille écus d’or, et à une détention de deux ans. Perej
E arvint à se sauver en Aragon , sa patrie.
re roi commanda qu’on traduisît le coupable au tribunal de l’inquisition . Le peuple et la noblesse d’Aragon se soulevèrent ; on massacra le marquis d’Almeneza , ministre de Philippe , on chassa les troupes du vice-roi. Perej profita de celte circonstance pour persuader à scs concitoyens qu’on violait leurs jprérogalives , qu’ils ne devaient plus tolerer l’inquisition , qui n’avait été établie chez eux que pour cent ans , et que s’ils voidaient échapper à la vengeance du roi d’Espagne , ils devaient s’ériger en république , et se mettre sous la protection de la France j l’ Aragon entier prit spontanément les armes. Le roi dépêcha quinze mille hommes contre les révoltés J Jean de Lanuta, grand-justicier d’Aragon , leur livra bataille. Battu et pris, il eut la tête tranchée j avec lui périrent les prérogatives immenses de sa dignité.
Le comte à^Aranda et le duc de Pilla
Hermosa , descendans des anciens rois de
ce pays, furent déc^ités en prison.
Jean de Lun et iJie^ue de Heredia se présentèrent l’année suivante en Aragon , a la tête de troupes françaises , pour faire
soulever le royaume. Vaincus , ilslaissèrent leur léie sur l’échafauil. Diegue Pere^ et une foule d’autres personnes subirent le supplice de la roue. Le roi punit l’ Aragon de son soulèvement en lui retirant une grande partie de ses privilèges.
Antoine Perej se réfugia en France , et révéla à Henri lV\es secrets de l’Etat.
Mariage d’Isahelle , fille de Philippe.
Philippe n’ayant plus l’espoir qu’il avait long-temps nourri de faire monter sa fille Isabelle sur le trône de France , la maria à l’archiduc Albert , et lui donna pour dot les Pays-Bas et la Franche-Comté, sous la condition que ces provinces retourneraient à l’Espagne si l’arcliiduclicsse mourait sans eufans.
P lise d’Amiens.
Tandis que le roi d’Espagne rêvait aux moyens de détacher le Roi de France de la ligue des Hollandais et des Anglais , on lui apporta la nouvelle que ses troupes avaient pris Amiens par stratagème. Quatorze soldats espagnols déguisés en paysans, étaient entrés sur les neuf heures du matin dans celte ville , conduits par un officier milanais nommé Baptiste l)ugnaiio. Ces hommes hardis conduisaient des chariots
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chargés de pommes et de uoix , qu’ils laissèrent répandre pour distraire de leur devoir les soldats de la garnison j en même temps ils eurent soin d’encombrer la porte de la ville par quelques chariots de paille et de foin. Tandis que les soldats français s’amusaient à ramasser les pommes et les noix , les faux paysans massacrèrent les sentinelles et les gardes de la porte d’Amiens , et firent entrer ceux de leurs camarades
qui les suivaient de près ; d’autres vinrent bientôt les renforcer, et se rendirent maîtres tics grandes rues , où ils se barricadèrent.
Dans l’espace d’un quart d’heure , douze cents hommes , tant d’infanterie que de cavalerie , s’emparèrent des remparts et des places de la ville , qu’ils mirent au pillage.
Maladie de Philippe.
U NE maladie affreuse consumait depuis quelque temps Philippe, sans que les forces de son âme en parussent ébranlées ; il ne proféra point la plus légère plainte , et ne cessa de s’appliquer aux affaires, cc Eh ! quoi ! disait-il aux médecins qui w n’osaient le saigner : quoi ! vous crai- « gnez de tirer quelques gouttes de sang » des veines d’un roi qui en a fait répandre SJ des fleuves entiers aux hérétiques ! »
Ces paroles révèlent le secret du caractère de Philippe.
Testament de Philippe.
Ph J Li P PE ordonna par son testament qu’on n’aliénàt aucune partie de ses vastes états , que l’on conservât avec soin l’Amérique , et qu’on tâchât d’exclure de son commerce les autres nations de l’Europe j et dans un codicile , il engagea son hls à restituer la Navarre à la maison de Bourbon, ou à lui donner un éc[uivalent. Philippe III n’accéda pas davantage à ce dernier désir de son pere , que ce prince n’avait luiméme accédé au dernier désir de Charles- Quint, qui lui avait fait la même recommandation.
Fidélité de Moura.
Christophe Moura, un des ministres de Philippe II , paya la con (lance de sou maître par une rare fidélité : le roi venait de tomber dans une faiblesse , prélude de sou dernier soupir. Le prince des Asturies demanda à Moura la clef d’un cabinet, que Philippe lui avait remise. Moura la lui refusa , préférant tomber dans la disgrâce du prince qui allait monter sur le trône , que de manquer de foi au monarque qui allait mourir.
Tableau de VEspagne à cette sixième épotjue.
Cette époque peut être justement appelée le grand siècle de l’Espagne. Isabelle et Eerdinand commencèrent l’ouvrage de sa gloire, Charles- Quint l’acheva, Philippe le soutint. Sous le rè^ne brillant de ces monarques on vit la péninsule , dont tous les sceptres reposaient dans une seule main, s’agrandir de tant de vastes domaines dans l’ancien et dans le nouveau Monde , que sa puissance colossale menaça la liberté de l’Europe.
L’Espagne dut en grande partie son influence , ses richesses , ses lois , son repos et sa splendeur à Isabelle et à Ferdinand,
3 ui péuvent être regardés comme les fonateurs de cette monarchie. Elle reçut moins son éclat de la découverte de l’Aniélique, de la conquête de Grenade, de Naples , de la Navarre , d’Oran , des côtes d’Afrique , que de l’abaissement de la noblesse , de la force rendue aux lois, de la réforme du clergé , de l’allégement des impôts , de la promulgation des plus sages ordonnances, de la punitton des magistrats prévaricateurs , de la justice rendue au
Ï jeuple , et de la liaison entre elles de toutes es parties de la péninsule. Ferdinand ,
superstitieux , défiant , soupçonneux , ingrat , et jaloux de tous les nommes supérieurs , parce qu’il ne voulait de gloire que la sienne , n’employa les grands taleus qu’à regret , et , fourbe par caractère , ne confia ordinairement ses négociations qu’à des moines , afin de pouvoir sans conséquence les désavouer. Les vices qui flétrissaient les hautes qualités de Ferdinand auraient pu devenir fatal aux royaumes qu’il gouvernait, si le génie à! Isabelle n’eût fait servir les défauts memes de son époux comme de base à la prospérité de ses peuples. On ne peut toutefois s’empêcher de reprocher à cette illustre princesse l’établissement de l’inquisition et l’expulsion des “juifs , mesures barbares autant qu’in-
i *ustes J mais qui peut-être ouf contribué à ’extension de la puissance de l’Espagne , parce qu’elles donnèrent à scs peuples une nouvelle impulsion de courage , en substituant l’exaltation du zèle relirieux à l’amour de la liberté qui ne vivait plus qu’à moitié dans leurs cœurs.
Le cardinal Ximènes , possesseur du pouvoir suprême en qualité de régent , après la mort de Ferdinand y conserva les prérogatives royales , que les grands cherchaient de nouveau à restreindre. Un des coups adroits de sa politique fut d’opposer
le ilers-état aux nobles , en accordant aux bourgeois le privilège de s’armer j par ce moyen il s’assura d’une milice nombreuse, toujours prèle à repousser les agressions des grands , et les contint ainsi dans le devoir.
Charles- Quint , aussi vaillant guerrier, aussi grand politiqvie que Ferdinand y aussi rusé , moins soupçonneux , ami de la gloire des auii’es comme de la sienne , chercha avec soin tous les hommes à talent , les attira près de lui , s’en appuya , et se plut à les récoiujpenser. Charles- Quint se mesura avec succès contre François et contre Soliman, ses illustres rivaux, et déjoua l’adroite perfidie de Clément VII.
Le règne de Charles-Quint fut fertile en grands capitaines et en hommes célèbres pour le cabinet , il fournit aussi une foule de sa vans et d’hommes de lettres.
Les plus remarquables sont , parmi les guerriers , Emmanuel Philibert, fils du duc de Savoie j créé général des armées de l’empereur à l’àge de vingt-deux ans , il lui rendit de grands services ; uintoine deLeae, qui porta les armes pendant soixante-huit ans , et commanda en qualité de général pendant quarante- huit j sur la fin de ses jours la goutte l’empêchant d’agir , il assistait aux batailles ; assis dans un fauteuil^
d’où il donnait ses ordres : JeandeMedicis, appelé le Mars de son siècle : Alphonse d’Est y duc de Ferrare , célèbre par plusieurs savantes campagnes : Frédéric (ron- ^ague y duc de Manloue, qui réunit les talens de l’homme d’état à ceux du guerrier ; on disait que Mars animait son bras et que Minerve guidait sa tête : Octave Famèse y devenu le gendre de Charles- Quint : Ferdinand d*Avalos y marquis de Pécaire y regardé par François I®*" conirtie un des plus grands capitaines de Charlcs- Quint : Alphonse d*Avalos y marquis de Vast y que l’empereur appelait son bras droit ; cet officier se trouva à vingt - sept batailles et à trente sièges , où il commanda toujours : Charles de Lanoy y vice-roi de Naples, à qui François rendit son épée:
Gonjalve de Cordouey surnommé le Grand- Capitaine : les deux Colonne Prosper et Fabrice ; André Doria , surnommé le dieu Neptune , doublement célèbre par ses lalens maritimes et par la liberté qu’il rendit à son pays : enfin le duc ôéAlhe y qui combattit soixante ans avec la même intrépidité et avec le même bonheur, et dont la gloire ne serait eiTacée par aucune autre si le sang des nombreuses victimes de sa cruauté n’imprimait à son nom une tache ineffaçable.
Les savans et les gens de lettres honores de Charles- Quint f et qni méritent le plus d’attirer les regards de la postérité , sont : ^ndré Aida f jurisconsulte ; Jacques Sadolet, élevé à la dignité de cardinal j Jérome Cardan de Milan ^ l’iiislorien Guickardin, admis dans la familiarités de l’empereur ; ce prince dit un jour à -un grand qui se montrait jaloux de la faveur de cet écrivain : Je peux en une heure faire cent seigneurs comme vous, et en vingt ans je ne pourrais faire un historien comme lui. Parmi les érudits on distingue Jules - César Scaliger , Pierre Bemhe , parvenu au cardinalat , et Gaspard Contarini / Hercule Bentwoglio et Jérome Vida , poètes fameux , et Louis de Grenade , religieux de l’ordre de .Saint- Dominique , également célèbre par ses vertus et par une foule d’ouvrages de piété.
Malgré les guerres continuelles que Charlcs-Quint eut à soutenir, on calcule qu’il employa plus de six millions de ducats d’or à bâtir des églises , des couvens , des hôpitaux, des collèges et des universités. Les revenus immenses de l’Espagne s’étaient encore accrus sous son règne par la découverte et par la conquête du Mexique et du Pérou.
Philippe ne se montra pas moins habile que son père dans la science de la politique
et dans celle de l’adiuinisiratîon , ni moins appliqué aux affaires. Tourmenté de la même ambition , doué de la même force d’âme et d’esprit , il dirigea , de son cabinet , les entreprises que Charles - Quint conduisait à la tete de ses armées. Philippe, implacable , fanatique , soupçonneux et cruel , sut connaître les grands capitaines et les employer j mais leurs services le trouvèrent souvent ingrat , et plus d’un se vit payé de son dévouement par le poison.
Ce prince néanmoins chérit la gloire que procurent les lettres et les arts j c’est sous son règne et sous celui de son fils qiie vécurent tous les artistes célèbres de l’Espagne , et que la littérature prit son plus grand essor. Philippe construisit trente citadelles, soixante-quatre places fortifiées, neuf ports de mer, vingt -cinq arsenaux, autant de palais , sans compter rEscurial , le plus magnifique de tous j il éleva en outre le pont de Guadarma et celui de Madrid sur le Mancanarez. Les superhes monumens que lui doit l’Espagne , la découverte du Nouveau-Mexique , et la conquête du Portugal acquirent à son règne une splendeur égale à celle dont avait brillé le règne de ses deux prédécesseurs.