LA. CHANSON DU GERISIEB
Et cependant quMl ronge ou plutôt qu^il triture La feuille jeune et verte, appétissant trésor, " Qu'elle est bonne," dit-il, " cette tendre pâture ! Le mois de Mai pour moi c'est un vrai fructidor!"
Et de nouveau Dieu dit : ^^ Maintenant à TAbeille ! Allez, et préparez pour elle un doux festin." Et le vert Cerisier d'étaler sa corbeille De blanches fleurs, doublée en superbe satin.
Et sitôt le matin, au lever de Taurore La diligente Abeille à ce charmant aspect.
Dit : ^' Voilà le café qui toujours me restaure. Et se présente à moi sans impôt indirect.
Cette tasse est charmante, et blanche comme neige," Puis d' y plonger sa trompe et d' y boire à gogo : " Le sucre est bien meilleur que celui du collège," Dit-elle, " et le tout vaut bien mieux que le coco !"
A peine est né l'été que soudain Dieu commande : ** Le banquet des Moineaux servez le maintenant !" Soudain le Cerisier se forme une guirlande De superbes fruits mûrs et d'un rouge charmant.
Et le Moineau de dire en son gentil langage : " C'est bien pour moi ceci, dînons et crânement. Cela me donnera du nerf, et mon ramage Aura plus de douceur indubitablement."
L'automne arrive après, et Dieu de dire encore : " Allez et desservez I Tous ont été repus ! " Et le vent froid sévit de son souffle sonore Et de la plaine au mont jette ses cris confus.
Cependant que la feuille est fanée et puis tombe ; L*arbre qui la porta de nouveau devient nu ; Tout retourne à la terre, en cette vaste tombe ; Tout s'engloutit hélas ! Et ni vu ni connu !
ATJ SQUELETTE AETTCULÉ b'tJN PIED DE FEMME. 17
Survient enfin Thiver; encore Dieu commande : " Assez ! gardez le reste et bien soigneusement î " A cet ordre l'hiver jette sa houppelande Sur la Nature ... et puis s'endort complètement !
Au Squelette Articulé
d*un pied de femme, exposé à l'étalage du cordonnier Doivie^ nu quel les vers originaux fiirent envoyés anonymement. -
Triste fragment sans chair d'une taille de fée Bijou de la nature, et son dernier trophée, De la vie échauffé naguère par le feu, Quelle profane main t'infligea la parure D'un soulier de cristal, d'un soulier sans couture Pour te faire honnir, ou louer en tel lieu ?
Du grand œuvre de Dieu l'observateur intime.
Admire en toi le goût de l'ouvrier Sublime Mille fois plus cncor qu' alors que pied mignon Dans un salon, le fat suivait tes faits et gestes, Proclamait et bien haut tes entrechats . . . célestes. Te dardant de son œil incrusté d'un lorgnon.
Que tous ces mirmidons dont l'art consiste à faire
La démarcation de poussière à poussière
Devinent si ton rang fut noble ou plébéien ?
Ils ne le pourront prou — ^le Dieu puissant et sage
A tous également a donné son image,
C'est l'homme seul qui fait les Rois, les gens de rien 1
Peut-être trônais-tu jadis en grande pompe Dans des salons dorés, — mais non pas! je me trompe. Les cadavres pourris des Grands et des Heureux Sont logés dans le marbre, et loin de la roture
18 PHILIPPE ! ô MON ROI !
De vers de qualité deviennent la pâture . . . Des vers de terre fi l^-c^est là le lot des gueux !
Peut-être foulab-tu plus modeste pelouse, Qu^un quidam te promit le nom sacré d^épouse Pour mieux te détourner du droit chemin, hélas ! Peut-être qu^en louant ta cambrure, ta grâce, H V& conduit ainsi dans un vilain impasse Où la vertu s^égare et tombe dans des lacs.
Peut-être à Topera ton parfait mécanisme
Sur le public a-t-il jeté son magnétisme,
Lorsque tu t^escrimais avec crâne vigueur,
Faisant vibrer les feux de ton immodestie.
Aux regards éhontés donnant la répartie
Lorsque des milliers d^jeux dardaient sur ta pudeur !
De ce pied immobile où maintenant est Fâme Sur cet être inconnu qui distillait sa flamme ? La partie immortelle en queUe région Est-elle en ce moment ? . . . Est-elle dans la gloire? Ou la mort éteint-elle à jamais la mémoire ?
Noble et vaste sujet de méditation !
Philippe I 6 mon RoiI
Avec tes yeux châtains si grands, regarde moi
Philippe ! ô mon Roi I Car à Fentour de toi resplendit Fopulence
Des dignités royales de Tenfance.
Sur mon cou maternel pose ta douce main, Sceptre invisible encor d'un amour souverain ; Moi je suis ton Esther, à tes ordres somnise, Jusqu'à ce que vers toi s'avance la Promise,
Philippe ! ô mon Roi I