A MA FILLEULE ALICE
Certes AÛce un nom si doux Est charmant présage, entre nous, J'y vois de mélodie un admirable indice, Alice . . . Damoiselle Alice I
Alice, ma petite Alice I Un jour puisses-tu d'or devenir un calice,
De sainteté plein du nectar, Et débordant à flots, laissant couler un nard De bénédictions, chère petite Alice !
Dans ce moment alors, il faut dans le calice
Pour moi laisser un résidu,
A ton parrain c'est trésor dû, Il faut le lui donner, et ce, sans subreptice,
Alice . . . Damoiselle Alice !
Alice, ma petite Alice I Puisses-tu devenir un sublime édifice,
Un palais tout brillant d'azur Du plancher jusqu' au toit resplendissant d'or pur, Tandis que des pensers la divine milice Comme anges fi*anchiront du palais l'orifice ;
Quand de ce, je serai témoin,
Gkurde-moi dans ton cœur un coin, Ne veux qu'un petit coin, pour mon seul bénéfice
Alice . . . Damoiselle Alice !
Alice, ma petite Alice !
Si mon vers peu d'aplomb tombe, n'en prends notice
Les charmants échos de ton nom A mes humbles pensers devraient donner renom. Pourtant mes rimes, vrai, ce n'est pas par caprice. Amènent dans mes vers le gentil nom d'Alice
Comme un nom agréable à Dieu ;
Alice, aussi, voici mon vœu :
Puisse en toi le bon Dieu se créer un calice,
Jusqu' au dernier toujours . . . Alice !
LE LIEBBE. 21
Le Li£RR£.
Un gracieux, jeune et beau lierre D'une ruine était Fassidu protecteur, Contr'elle quand le vent déchaînait sa colère, De ses bras vigoureux il enlaçait son cœur.
Quelque temps la vieille ruine Pimpante se targua de son nouveau printemps.
Mais cœur de pierre est froid, le lierre, j'imagine, Vit que Ton dédaignait ses vifs embrassements.
Cependant il passe Téponge Sur ce travers humain, et fort de son amour, Il s'y cramponne ferme, il s'étend, et s'allonge Lui formant de ses bras un magnifique atour.
Un soir autour de la ruine (C'était au temps d'hiver), que vents et que frimas Soufflaient, — d'un doux esprit gémit la voix divine Sur cet amour si pur souriant au trépas ;
Mais las ! cet avis prophétique Ne fut point entendu, ne fut d'aucun secours. Et plus il s'approchait le moment fatidique.
Plus de ses bras le lierre étreignait ses amours.
n portait la ruine encore Quand un son s'entendit crescendo, morendoj Qui filait à travers chaque voûte sonore, C'était son glas funèbre et dernier mémento.
Cette chère vieille ruine Chancela, puis tombant, s'afiaissa tout à coup, Elle narguait le temps vu sa haute origine, Clochers et clochetons rien n'en resta debout.
22 L£ SERMEKT DU MARIAGE.
Et maintenant ce pauvre lierre Modèle des amants et des cœnrs incompris, Gît sous ce lourd fatras de débris, de poussière! . . . Puissé-je aussi mourir quand mourront mes amis! . . .
Le Serment du Maruqe.
Ne le fais pas légèrement ! — c^est chose sainte ; C'est un lien qui dure à travers de longs jours, Soit que flotte la joie à ton foyer toujours, Ou soit que du malheur tu ressentes Fétreinte, Là haut rinscrit pour toi Fardente charité.
Compte en sera tenu durant Fétemité.
Ne le fais pas légèrement !— c'est chose sainte ; Bien que jeimes, joyeux viennent autour de toi Et rire et plaisanter, garde la bien la foi De ce jour solennel sans y porter atteinte ; Et que vive et sacrée elle trouve en ton cœur Un tabernacle saint, un abri protecteur.
Ce n'est pas tout soleil que l'humaine existence. Le jour le plus brillant a la plus sombre nuit. Et si le noir chagrin vient en votre réduit Saurez- vous tous les deux supporter sa présence. Saurez- vous vous aimer comme en ces premiers temps Oïl pour vous l'avenir n'était rien que printemps ?
Ces yeux vifs aujourd'hui, demain les voilà ternes, Ce teint de rose peut perdre tout son éclat, La pâleur remplacer le plus bel incarnat, La douleur y creuser des stigmates externes : Alors ce front changé, naguère votre orgueil L'aimerez-vous encor maintenant dans son deuil ?
L'éporsiÊs-séMOK. 28
Si sur YOUfi la fortune aveugle se déchaîne,
Et si votre nacelle^ encor âîngante hier,
Aujourd'hui par les vents est jetée à la mer,
Que vers le noir abîme un courant vous entraîne,
Leverez-vous en haut la tête vers les cieux,
En disant : " Aârontons le coup de vent tous deux !"
Doucettement vient l'âge avec cheveux de neige, Avec rides au front, et des pas chancelants, Lèvre pâle, et des yeux veufs de rayons brillants, Et des infirmités le déplaisant cortège :
Alors penserez-vous à vos jeunes printemps.
Afin qu'amour pour vous triomphe encor du temps ?
Ne le faites l^èrement ! . . . c'est chose sainte, Ce serment ... il n'est pas un mot vide de sens, Hommes, anges, voyez ! écoutent vos accents, Le bon Dieu les entend de son auguste enceinte : Agenouillez- vous donc, époux, à son autel, Et gardez à jamais ce serment solennel I
L'Epousee-Dbmon.* Dans ces temps justement nommés la nuit des âges.
De l'Allemagne au pays merveilleux, Dans une chambre obscure au plus haut des étages Près d'un plateau taché d'un sang cadavéreux, A la main le scalpel rouge de ses carnages,
Se tient là froid le disséqueur, Prêt à fouiller un crâne, ou bien sonder im cœur.
Il était déjà tard, — si que ses camarades Etaient partis. Seul devant le plateau Avec étonnement le virent les Pléiades ;
* Trouvé dans les papiers d'un médecin.
24 L'ÉPOUBÉS-séMOir.
Cependant que rêveur de son front perlait Feau, Que des éclairs sortaient de ses regards malades ,
Reflets d*un bien cruel chagrin Qu^il ne permettait voir par aucun œil humiûn.
De vers Tacre de Dieu, là bas au cimetière
Avait été porté son seul espoir ; Le cœur pur de Tamante, un puits d^amour sincère, Avait été tué par le froid désespoir :
Et maintenant là bas elle gisait sous terre,
Parce que les siens orgueilleux Avaient refusé net le jeune honune amoureux.
Sur ce hautain refus la pauvre DamoiseUe
Lors s^affaissa comme ime fleur sans eau ; Son amour refoulé, tout dépérit en elle.
Si qu'elle s'endormit bientôt dans le tombeau, Et des anges là haut devint la sœur jumelle.
Lui, pour distraire son chagrin Se mit à farfouiller le détritus humain.
Soudain le jouvencel lève la draperie
Qui recouvrait un vol fait au tombeau ; Jamais près d'un cadavre il n'eut de rêverie. Car son cœur est d'acier, pour lui rien n'est nouveau ! Le voilà cependant ému, sans menterie, Et puis il se tient coi, c'est clair.
Comme un ruisseau glacé par le souffle d'hiver.
Git là devant ses yeux, morte, mais belle encore,
Une qui fut échantillon charmant De la fraîche beauté qu'en ce monde on adore, Le bijou précieux de quelque jeune amant ; Sur sa face rosée était comme l'aurore
De cet incarnat enchanteur Qui d'une jeune vierge annonce la pudeur.
L'iPOUSEE-DéMON. 25
Ses cheveux descendaient en magnifiques tresses
Sur sa poitrine, et lui voilaient le sein.
Ses lèvres provoquant aux plus douces caresses, Ivres d*amour étaient comme rouges de vin:
Ses bagues, ses joyaux scintillaient de richesses,
C'était de Tor, et du plus pur, Escarboucle éclairant, illuminant Tobscnr.
Le cadavre était-il donc hanté d'aventure.
Ou bien la chambre, ou ma foi tous les deux ? Car de ce jouvencel immobile est Fallure Et ses yeux flamboyants ont de singuliers feux ! n semble que sa chambre ait changé de nature,
Que rétabli du disséqueur Soit devenu soudain un boudoir enchanteur.
Des rideaux de damas pendaient à la fenêtre,
On distinguait et pendule et flambeaux; L'âtre vrvace encore ajoutait au bien-être ; Le plateau paraissait un lit et des plus beaux. Comme ces lits anciens taillés de bois de hêtre
Tout garais d'oreillers moelleux.
Qu'avec tant de plaisir grimpaient les amoureux.
Voluptueusement sur ce lit de parade
Se prélassait la superbe beauté.
Les yeux en feu, la bouche appelant l'accolade. Et le sein palpitant d'amour, de volupté.
Le cœur du jouvencel lors battit la chamade.
Et dans ses désirs amoureux Il rêva ce bonheur que l'on n'obtient qu'à deux.
*' Du bienheureux Eden, dis, es-tu donc venue
Pour adoucir ma cuisante douleur ?
Toi qui fus mon amour, ô ma belle perdue !
Oh ! toujours désormais ser^s près de mon cœur 4 Le ciel rend le bonheur à mon âme éperdue,