‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 120 sur 162 · A UNE ALOUETTE · texte numérisé non relu

A UNE ALOUETTE

Esprit, Oiseau, Lutin Donne-nous donc la clé de ton ramage :

Jamais du Dieu du vin Ni de Tamour, je gage, Je n^entendis Pâoge en si gentil langage.

De rhyménée un chœur, Ou bien encore un beau chant de victoire, Ne satisfont le cœur D'un nombreux auditoire.

Comme les chants divins de ton gai répertoire.

Dis! quels sont les objets Qui de tes chants inspirent les cantiques?

La fraîcheur des bosquets Et leurs ombres mystiques En£Euitent-elles, disi tes gammes chromatiques?

Sans chagrins, sans soucis, De la langueur ignorant la soufirance, Dans ton doux gazouillis Tu chautes Tespérance, Jamais pour toi Famour n^ent trop longue existence.

Tu connais sur la mort Lorsque tu dors, on bien lorsque tu veilles.

Bien plus que nous le fort De ses tristes merveilles, C'est ce qui rend ton chant strident à nos oreilles.

En arrière, en avant, Nous regardons pour percer un mystère Qui nous fuit bien souvent; Notre rire éphémère Alourdi de douleur, est parfois léthifère ;

256 LA PHILOSOPHIE DE l'aMOUB.

Pourtant si notre cœur Pouvait n*avoir orgueil, ni peur, ni haine, Et si notre œil d'un pleur Méconnaissait la peine, Tu serais de la joie encor la Souveraine!

Oui, ton rhythme enchanteur Pour le poëte aurait mieux de quoi plaire, De quoi charmer le cœur, Que tout le luminaire Qu'on trouve épars parmi les auteurs de la terre!

Bien vite enseigne moi Rien que moitié de ta verte allégresse.

Alors dans mon émoi Bondissant de liesse, Le monde admirera mes chants et leur richesse !

La Philosophie de l'Amour.

L'eau va toujours à la rivière, Et la rivière aussi va s'unir à la mer;

Du sommet de leur belvéder Les vents du ciel se font la cour à leur manière. Rien au monde n'est seul; à chacun un lien,

Et tout, par une loi divine.

Vers un quelque chose s'incline, Voilà pourquoi mon mien veut se fondre en ton tien.

Regarde comme les montagnes Baisottent le ciel pur, et mutuellement,

Comme les vagues tendrement S'étreignent tour à tour : — et comme à ses compagnes La fleur fait les doux yeux. Le soleil tout de feu

De ses rayons baise la terre,

La lune baise la rivière, Puisque tout est baiser, — il m'en faut un morbleu!

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