‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 121 sur 162 · SIGOURNEY (MRS. LYDIA HUNTLEY · texte numérisé non relu

SIGOURNEY (MRS. LYDIA HUNTLEY

Causerie avec le Temps.

^^ Vieux bon homme de Temps à la mèche grisâtre

Viens ça, mon pauvre vieux, viens ça près de mon âtre,

Sur ce clou dans le coin là bas suspends ta faux,

Et tandis que Tannée argenté ses cristaux,

Sous ce ciel hivemeux raconte moi Thistoire

Des derniers douze mois, je te promets d*y croire.'*

— "J'ai pris le jeune enfant bercé sur les genoux, Et la nouvelle épouse aux bras de son époux; Me trouvant un beau jour d'une humeur joviale D'un superbe vaisseau moi j'ai troué la cale Et je l'ai submergé pour mes menus plaisirs; J'ai couché le vieillard épuisé de soupirs.

" J'ai fait courber le fort, j'ai secoué la pierre D'un fier et vieux donjon qui se drapait de lien*e; En mêlant de la neige à l'or de ses cheveux De la vierge soudain j'ai fait rougir les yeux; J'ai fait disperser l'or que le riche accapare, Et donner à des gueux les trésors de l'avare."

258 CAUSEJITE AYEO LE TEMPS.

— "Est-ce tout ton budget? — Derrière ton rideau N'est-il que cœurs brisés, que marbres de tombeau?'* — "Non. J'ai fait pour Tamour et ses métamorphoses Surgir de bien doux chants, de beaux bosquets de roses; J'ai créé le laurier pour le front du vainqueur, Et pavé le chemin tracé par la vapeur.

"Tenez, voyez l'enfant, il sut par moi naguère Ce doux mot qu'il bégaye aux genoux de sa mère ! Tenez, voyez le sage, il puisa dans mes yeux Ces généreux pensers qui l'emportent aux cieux! Tenez, voyez le saint, plus je marche, ô miracle! Plus il s'approche lui du très saint tabernacle!

"J'ai semé dans les cœurs le germe des vertus Qui porteront leurs fruits au séjour des élus; J'ai pris soin d'essuyer au chagrin mainte larme, Et j'ai su le bercer et souvent avec charme, Est-il rien de plus beau j'en appelle à ton cœur, Qu'adoucir le chagrin, qu'amoindrir la douleur?"

Soudain sonna minuit au clocher du village, Prenant son sablier sans poser davantage.

Il s'en fut à grands pas reprendre son chemin ; Je le laissai partir sans lui presser la main. Car il serrait sa faux d'une nerveuse étreinte. Et son œil du destin avait la triste empreinte.

IiES ELEUBS DES ALPES. 259

Les Fleurs des Alpes.

BuR ces rocs escarpés où logent les terreurs, Vous qui vivez là haut simples et gentes fleurs. Dites, d'où venez- vous? . . . Un ange aux ailes blanches En ce séjour affi*eux des avalanches A-t-il exprès placé votre berceau?

Ou par un prodige nouveau Rendant à la pitié le glaçon accessible Lui dit-il, de par Dieu, d'être pour vous sensible, Et de vous bercer de ses pleurs ?

Dans ce palais de marbre Nul arbuste, nul arbre N'oseraient essayer de braver les rigoeim D'une si terrible atmosphère; Même le pin polaire N'y lève pas son front de vétéran,

Et vous malgré Tautao, Appuyant votre jooe à la glace brillante.

Vous élevés au ciel votre tète charmante.

Pour regarder le Grand Ordonnateur Qui vous dît de fleurir dans ces lieux sans chaleur. L'homme qui, haletant, sur ces pics s'aventure Vers ces gouffres pissants où siège la froidure,

Où l'cail épouvanté Considère l'abîme où dort l'Eternité,

S'il lève au del sa paupière fébrile, Lors apperçott votre beauté tranquille, Fragile, mais sans crainte; — aussi n'a-t-il plus fieur; Dans peu, malgré le frx)id, il atteint la hauteur

Où vous vous étalez brillantes, n se penche ver* vous, vomi cueille étincelantes, Vous presse sur son cœur, pois humant votre esprit, Du ciel son penser libre a touché le zénith !

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