‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 122 sur 162 · SMART (CHRISTOPHER · texte numérisé non relu

SMART (CHRISTOPHER

Né en 1722— Mort en 1778.

David.

Noos insérons le poëme qn'on va lire dans le présent volume pour racheter la promesse par nous faite dans un de nos prospectus de comprendre David dans les " Beautés."

Smart connu par quelques odes très remarquables sur l'Omniscience de Dieu, sur l'Eternité, et par quelques fables d'un tour original, composa le poëme de David alors qu'atteint d'aliénation mentale, il avait été placé par sa famille dans une maison d'aliénés. N'ayant à sa disposition ni papier, ni plume, ni encre, il en inscrivit les principales strophes sur les vitraux de sa cellule avec une sorte de poinçon qui avait échappé aux recherches de ses gardiens. Plus tard revenu à la raison, U coordonna son œuvre placée très haut dans l'estime de quelques critiques Anglais, et très bas dans l'estime de quelques autres. C'eut été pour nous rendre aux avis à nous donnés, très bénévolement nous aimons à le constater, par ces derniers critiques, que nous eussions écarté ce poëme de notre collection; — mais Promesse oblige! Et nous savons que l'absence du David de Smart serait regardée comme une perte par quelques uns de nos souscripteurs. Or c'est à nos quelques souscripteurs que nous sommes redevables de pouvoir publier le présent ouvrage, et nous ne sommes pas du tout disposé à nous montrer ingrat envers eux.

GRAND prophète ! ô Toi qui sièges sur un trône, Avec ta, harpe au ton de la c^este zone

Pour célébrer le Roi des rois!

Et dont la voix toujours sublime, harmonieuse, S'en va par Punivers résonner glorieuse

Comme le cor au fond des bois:

Afin de vous bénir vallons, forets et plaines, Et rassembler aussi les anges par centaines

Autour des célestes lambris; Et de tenir les jours sur la sainte montagne, Et renvoyer Tannée en fin de sa campagne

Avec danses et chants exquis:

O serviteur de Dieu! ministre des louanges Que chantent au Seigneur et la terre et les anges,

Qu'à présent tu peux recevoir !

Ecoute des hauteurs de ta maison sublime Des cieux superposés qui domine la cime,

Le chant qu'envoie à ton manoir.

Grand, vaillant et pieux, bon et pur d'alliage. Contemplatif, serein, constant, aimable et sage,

Et dans le péril prompt et fort; Vive émanation d'une grâce suprême.

Des hommes le meilleur, et le plus noble emblème

Du labeur menant l'homme au port :

Grand — ^par l'éclat du trône — éclat souvent sans borne. Du sage Samuel aussi de par la corne.

Du peuple et de Dieu par la voix :

Car la troupe en entier avant, arrière-garde Applaudit, étreignit en toi l'homme et le barde

Dont Dieu lui-même avait fait choix.

Vaillant — un mot, un seul enflammait ton courage. Un combat suffisait pour porter le ravage

De Dieu parmi les ennemis; Tu t'annais d'une fronde et d'une foi superbe, Et contre le vantard d'un caillou pris dans l'herbe,

Et le vantard était occis.

Pieux — généreux, grand — ^grand surtout par l'exemple, Ce fut lui, le premier, qui fit le plan du temple,

(Séraphin qu'il était de cœur !) Le premier à bénir les heureuses nouvelles, Le premier à gémir de saintes kyrielles,

Puis à rendre hommage au Seigneur.

Bon — foncièrement, — d^excellente nature, Et du meilleur limon que Dieu fit, chose sûre,

Oui, certes^ tel il fut toujours; Plaindre et puis pardonner, sauver fut sa morale, Témoin de Seméï la flèche peu brutale,

Et d^Engaddi le loi^ parcours»

Pur — si la pureté provient de la prière .... Pur et rempli d^amour — et qui du jeûne austère

Savait supporter la rigueur; Pur de gestes, de mains, très habile à la danse, A jouer de Tépée^ à manier la lanoe

Surtout à chanter le Seigneur!

Sublime — d'un âian de géante éloquence.

D'une conception d'une immense puissance)

Son étemel thème étant Dieu 1 Aux extases d'en haut des notes dârobées»

Belles étoiles d'or sur la terre tombées

Brillant d'un long rayon de feu»

Contemplatif — ^afin de fixer ses pensées

Sur Dieu, sur ses faveurs présentes et passées,

n bénit le septième jour; Ce fut lors que de lui resté vainqueur suprême, Il accorda son cœur au diapason même

Qui de Dieu célébrait l'amour.

Serein — se souvenant de ce temps d'aventure Où, pasteur de troupeaux, de Kidron le murmure

Doucement le berçait en paix; Il cherchait le savoir pour réduire au silence Le vice et les péchés, et semer par avance

Les germes de nouveaux bienfaits.

Fort— oui^ dans le Seigneur; — mettant à défiance Satan, ses mirmidons, et toute leur engeance,

Tant ferme il était son vouloir 1 L'enfer et ses horreurs et sa nuit effiroyable, Ck>mme un lion vaincu que la douleur accable

Se crispait devant son pouvoir.

Constant— en son amour pour Dieu, pour la vieillesse, Pour le vrai, Tâge mûr, Penfance et la jeunesse.

Et pour Jonathan son ami; Oui, constant — de la mort au delà les limites, Ziba, Mëphibosheth racontent ses mérites,

Et s'il obligeait à demi I

Aimable — et varié comme Fan le peut être.

Homme, ange sans égal, âme, champion, prêtre,

Sage, il montrait un noble cœur ; Et soit qu'il revêtit Péphod ou bien l'armure. Sa piété, sa pompe égalaient sa droiture,

Sa joie avait de la grandeur.

Sage — en se relevant plus sage de sa chute.

Ce qui fit qu'il trôna le premier, sans dispute.

Après être tombé si bas!

La clarté d'Israël illumina sa voie.

De son peuple il sut être et l'exemple et la joie,

Et de son fils guider les pas.

Sa muse de ses vers l'ange, ou plutôt la flamme,

A tous comme à chacun donne un baume, un dictame

Pour guérir les douleurs toujours; Bienheureuse lumière, et qui fut pour ce sage Bien plus que la Michol de la fleur de son âge,

Et l'Abishag de ses vieux jours.

264 DATID.

Il chanta Dieu d^abord, — Dieu la fin et la cause,* Le pouvoir immuable, imposant, grandiose,

D'où découle la force en tout; Sous le bras droit duquel, sous Pœil plein de puissance Pouvoir, emprise ou temps quand il lui plaît commuée

Règne — prend fin, se tient debout 1

* Dans son Essai biographique sur Thistùire littéraire des FouSj'pBXVL au commencement de 1859, Monsienr Octave Delepierre dit, page 59 du dit essai :

" M. le Chevalier de Chatelaio, traducteur de Chancer et de Gray en vers français, se propose de publier la traduction complète de ce poème de Smart, difficile à trouver, parce qu'il ne fait pas partie des œuvres du poète. Nous donnerons quelques unes des strophes traduites, en y fesant de légers changements atin DE SBRRBB LB texte

DE PLUS PRès/

Or Tune des strophes changées par Monsieur Delepierre, afin de SERREE LE TEXTE DE PLUS PRÀ8, cst celle-ci dont voicl Toriginal :

He sang of God — the mighty source Of ail things — the stupeudous force

On which ail strength dépends ; From whose right arm, beneath whose eyes, Ail period, power, and enterprise

Commences, reigns, and ends.

Monsieur Delepierre a donné comme Notre traduction les quatre derniers vers suivants dont le dernier n'est pas même un vers, il lui manque un pied :

n chanta Dieu d'abord,— Dieu, la fin et la cause, Le pouvoir immuable, imposant, grandiose,

Etemel et toujours divers^ Dont le hras nous soutient, dont Vœil perqant nous guide, Qui par sa volonté, d'un mot, pétale le vide Et règne sur Vunivers.

Nous protestons énergiquement sur cette manière de citer un traducteur ; c'est là de la contrefaçon belge que nous ne saurions accepter. Les quatre derniers vers de cette strophe refaits par Monsieur Delepierre, et que Monsieur le secrétaire de légation de .S. M. le Roi des Belges, a eu l'inconcevable mauvais goût, pour ne pas dire l'impudeur

fe

Traits-d^union charmants entre Pair et la terre, Des Anges il chanta Taimable ministère,

Des anges — ces Pages de Dieu I De Michel il chanta les milices nombreuses Chérubins, séraphins, phalanges glorieuses

Toutes entourant le ciel bleu.

n chanta Thomme encore, et Peffet et Timage D'un Dieu rempli d'amour; — élu, s'il reste sage,

Pour vivre à jamais au saint lieu; Pour enchaîner la mer, pour gouverner la t«rre, Pour épandre partout le savoir, la lumière,

Héros en la cause de Dieu.

Le monde il le chanta : l'admirable lumière.

L'ombrage adoucissant, le vallon, la clairière,

La plaine jaune et le bosquet; n chanta le soleil, la montagne et sa cime, Les profondeurs des bois et cet immense abîme

Oii la nature a son creuset.

de mettre sous notre nom, sont un contresens et ne rendent nnllement le texte ainsi que nos lecteurs peuvent s'en convaincre par eux-mêmes.

Nous donnons plus loin sous les strophes traduites par nous la contrefaçon de Monsieur Delepierre. Dans notre vie littéraire déjà quelque peu longue, nous n'avons jamais vu d'exemples d'un fait semblable à celui que nous croyons devoir signaler ici. La notoriété de ce fait aura l'effet, nous l'espérons du moins, d'une injunction à Monsieur Delepierre de ne pas martyriser ainsi à l'avenir les écrits de nos conirères es lettres; nous engageons ce Monsieur à se rapeler la devise des billets de banque de France :

'' La loi punit de mort le contrefacteur! "

Dans l'espèce la prétention de Monsieur Delepierre de mettre ses non sens sur le compte d'autrtd, le couvrira au moins d'un ridicule indélébile. C'est le moins que nous puissions lui souhaiter.

Le Chevalier de Châtelain.

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