‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 124 sur 162 · ET LE CHI¥FOK DE TOILE · texte numérisé non relu

ET LE CHI¥FOK DE TOILE

*^ Mauvais Chiffon, affreux bohémien, Toi qui n^es bon à rien,

Ni pour amadou ni charpie,

Toi dont le nez porte roupie,

Et que, c^est plus étrange encor.

Vient de répudier naguère

Le dos de ton propriétaire, Oses-tu bien t*attaquer à de For?

Décampe va-nu-pieds, quitte à Tinstant la place Ou tu vas recevoir de moi le coup de grâce !"

Le Chiffon,— un Chiffon d'esprit, A ce discours féroce en ces mots répondit :

'* Bien que dW moulinet ta langue ait la vitesse, Robe ma mie, à la pauvre richesse, n glisse sur moi ton dédain, Objet d'occasion et de seconde main !

Je me moque de tes gourmades.

Autant que de tes gasconnades ; Mais je veux m'abstenir de mots injurieux, Et rester grave et sérieux, Quoique suivant le précepte d'Horace, Avec le rire on puisse allier la raison.

Et les unir tous les deux non sans grâce D'un vers Alexandrin dans la noble prison.

Sache donc, et comprends Robe aujourd'hui graisseuse, Quand tu lances sur moi ta bave venimeuse.

Que ne suis pas ce que voyent tes yeux jaloux. Bientôt, te le dis entre nous, De l'océan la plus charmante fille La Medway dans ses eaux lavera ma guenille.

Et par l'action du moulin Raffinant plus encor mon grain, Sera pour moi fontaine de Jouvence, En m' octroyant nouvelle et plus noble existence.

282 LA BOBE DE BBOCABT.

Peut-être alors si le permet le ciel L^ex-chiffon pourra bien devenir immortel Si de Murray sur lui découle Téloquence Des Romains et des Grecs combinant la puissance, Forte avec Dëmosthène, âectrisaiit le cœur, Douce avec Cicéron, — le suave orateur !

Qui le sait ? Akenside avec un trait de plume

M*empêchera d^étre jamais posthume ; Peut-être aussi CoUins me fera-t-il Thonneur D^incruster sur mon âme un^ëlan de son cœur ; Ou bien encor que Gray le sublime lyrique M^embellira d'un poème dorique ; Ou peut-être à Mason devrais-je le bonheur De servir d'interprète à sa noble douleur, A Mason dont la belle vie De la vipère a détourné l'envie.

Voilà ce qui m'attend, humble que soit mon sort. Quand d'un monde meilleur aurai t(mché le port ; Entends cela, vilaine gourgandine.

Et baisse d'un cran ton orgueil, Tu sens le ver et la vermine.

Et n'es pas loin de ton cercueil :

Tout d'abord d^aissée et puis ensuite teinte. Si tu n'es pas brûlée ou tout à fait éteinte.

Tu seras tournée à l'envers.

Puis de robe en jupon, de revers en revers Tu tomberas ma pauvre sotte Et dans la boue et dans la crotte.

Et toi qu'on renommait jadis pour ton bon goût. Tu finiras dans un ^oût I

Oir EST L£ TISOKKISB? 288

Otr EST LE TlSOÎTNIEH?

FABLE

Le tisonnier perdu ! . • Voilà Suzon qui rage, Et qui crie et qui beugle et qui ùli grand tapage : ''Dans quel temps vivons-nous?" dit-elle en ses fureurs, " Ce monde n^est peuplé que d^indignes voleurs ! Ce tisonnier si je ne le recouvre

Demain sitôt que le jour s^ouvre, A mon Maître, c'est sûr, je donnerai congé.

n ferait mieux cet enragé

De fermer son cœur et sa porte

A femmes de certaine sorte, Que les garder au gîte. — Où ces vilains oiseaux Nichent, c'est fait de nous trop vertueux agneaux I '' Cette pauvre Suzon n'a pas sujet de rire, Les malheurs, comme un jour. Ta dit le grand Shakespeare, Ne viennent jamais seuls, mais bien en bataillons. Pour nous faire sentir à vif leurs aiguillons. Le lendemain Suzon donc perdit les pincettes,

Le surlendemain les mouchettes, £t puis les jours d'après le rouleau, le tamis,

Et la marmite et la salière Tous avaient fait école buissonnière

Loin du logis.

fin vain dépensa-t-elle et pourboires et gages A donner aux objets perdus des successeurs, Tous ces objets nouveaux comme l^ers nuages S'éclipsant, du logis vont trouver les voleurs. A l'en croire, le diable, ou bien une sorcière Etaient dans la cuisine, et s'y donnaient carrière. Un soir qu'elle exhalait ainsi son aigre humeur

Contre le satané voleur.

Elle s'en fut dans sa chambrette.

(Or, depuis un grand mois, entre nous, Suzinette

Avait déserté sa couchette,

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