‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 157 sur 162 · A UN CERF SAUVAGE · texte numérisé non relu

A UN CERF SAUVAGE

On entend répéter partant d'on ne sait d*oîi En des accents plaîntiifs, la note du coucou, Que récho par les monts va porter invisible, Et qu^au plus loin il rend parfaitement audible. C^est là, dans ce milieu, parmi ces doux échos Avec ses andouillers repliés, qu'en repos S'abrite mollement la fauve Créature, Parmi cette splendeur de la bonne nature ; Fière au fond de son cœur d'un spectacle si beau, Elle lève son œil vers l'Aigle ou le Corbeau Parfois venant au lac sur leurs ailes rapides, Ou montant vers leur nid reporter leurs subsides, Tout comme si de là le superbe animal A ces amis des cieux, à l'Aigle son égal, • Souriait, enchanté de voir sa solitude Se peupler tour à tour de leur béatitude !

Oui, ta nature est fauve ... et même en son repos ! Alors qu'en ton désert tu ne crains pas d'assauts, Tes hardis andouillers d'un défi téméraire Paraissent provoquer le chasseur à la guerre. Qu'est la guerre pour toi ? ... Le clairon des combats Semble éveiller en toi la verve des ébats.

Quand sur l'aile du vent portant ton cou superbe De tes pieds dédaigneux à peine effleurant l'herbe, Tu laisses loin de toi le lévrier traînard Se trémousser honteux d'avoir perdu ton nard. Dans les plis de ton front qui portent la menace, La menace et la mort, dans ces vainqueurs d'espace Dans tes pieds vigoureux qui te lancent soudain D'un torrent pantelant dans un loin surhumain. Dans le pic élevé que tu gravis sans peine, Et qui dans un instant rend ta poursuite vaine, Tu places ton espoir! . . . Vivre libre ou mourir, Jj& voilà ta pensée, et tu sais l'accomplir!

Qu'en sera-t-il? voyons! en fin de la campagne Si le Cerf est occis sur l'aride montagne ?

35Ç A UN CEBF SAUTAGE.

Sur le bord du rocher il regarde à Pentour Comme un vainqueur qui tombe à la chute du jour; Tandis que le chasseur, et que les chiens de chasse Se retirent émus, en lui laissant la place, Effi^yés de la mort que dans ses derniers bonds Infligeraient à tous ses jarrets furibonds ; Et quand le fauve fils de la nature expire, Jusques aux cieux s^en va le râle de son ire. Vie émouvante, dà! que celle du chasseur.

Du jour qui se réveille \1 perçoit la lueur ; Et lorsque du matin parait la blanche flamme, Dans le silence il sent sVthériser son âme.

H arpente les monts ainsi qu'un revenant Dans un linceuil de brume, et voyez maintenant Qu'au-dessus du brouillard il lève la paupière! Torrents, vallons, hauteurs dans des flots de lumière Tout à coup sont baignés, et sans plus de retard, Le soleil se déploie ainsi qu'un étendard Dont les plis radieux de splendeur sans seconde Semblent se balancer sur un plus jeune monde. C'est affaire au chasseur de tenir, c'est réel. Sous l'ombre de son pied l'éclair strident du ciel. Pendant que le tonnerre avec un bruit sauvage Bien au-dessous de lui déchire le nuage.

A l'heure de midi quand la lourde chaleur Remplit des défilés l'immense profondeur, Quand la terre et le ciel agglomérés ensemble Tous les deux ne font qu'un, et que même le tremble Reste coname incrusté dans l'immobilité.

Que la nature enfin se pâme en sa beauté.

Sans pousser un soupir, lors dans la solitude Sous un roc du désert, ivre de quiétude.

Dans un émoi sans nom, dans un repos rêveur, S'endort doucettement l'intrépide chasseur.

Et pendant son sonuneil des visions semblables Aux vieilles visions, aux merveilleuses fables

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Dont on berça souvent son enfance autrefois, Passent devant ses yeux, font entendre leurs voix, Et voilà qu'A admire au-dessus des montagnes Mille et mille cliasseurs et leurs belles compagnes Fuyant, fuyant toujours, encor, encor, encor. Jusqu'à ce que réveille en tressaillant le cor. Noble* enfant du désert! digne objet de conquête

* En stricte justice, nous devons citer ici les vers originaux du poëme, parce que dans les vers qui terminent ce paragraphe, nous noua sommes écartés de la lettre même de l'original ; suivant pour ainsi dire malgré nous, le train train de nos pensées plutôt que les pensées de Tanteur. Nous plaidons guilty; un traducteur ne doit pas s'écarter de son modèle ; mais quand il s'en écarte, il doit avouer le péché qu'il commet, nous faisons donc ici notre acte de contrition. Comme circon. stances atténuantes d'une faute dont nous ne croyons avoir été coupable que dans le présent poëme, nous avons à dire qu'il existe en notre nature un dégoût tellement profond pour les hideux exploits, disons mieux, pour les hideux massacres perpétrés depuis des annéof aux environs de Balmoral sur les Cerfs — ces belles Créatures du bon Dieu, que nous n'avons pu résister à l'élan de notre cœur qui nous faisait une loi de flétrir ces chasses Royales indignes du XIXéme siècle, réhabilitées pour ainsi dire par le charme des vers du professeur Wilson ;

Yesl child of the désert! fit quarry wert thou

For the hunter that came with a crown on his brow, —

By princes attended with arrow and spear,

In their white-tented camp, for the warfare of deer.

In splendour the tents on the green summit stood.

And brightly they shone from the glade in the wood,

And, silently built by a magical spell,

The pyramid rose in the depth of the dell.

Ail mute was the palace of Lochy that day,

When the king and his nobles— a gallant array —

To Gleno or Glen-Etive came forth in their pride,

And a hundred fierce stags in their solitude diod.

Not lonely and single they passed o'er the height —

But thousands swept by in their hurricane flight;

And bowed to the dust in their trampling tread

Was the plumage on many a warrior's head.

— " Fall down on your faces!— the herd is at hand!"

— And onwards they came likc the sea o'er the Aand ;

858 A VN C£KÏ SAUVAGE.

Pour le chasseur Royal qui vient, couronne en tête,

Traînant à sa rescousse un tas de ces valets

Princes et va-nu-pieds, qui hantent les palais,

Armés de pied en cap de flèches et de lances

Pour faire guerre . . . aux Cerfs. Ces superbes vaillances

S'abritaient dans un camp improvisé par Tart,

Vaste tente où flottait le Royal étendard.

Muet resta Locky pendant cette journée

Où le Roi se ruait avec sa maisonnée

Sur les fils du désert, monarques des forêts

Qui vivaient sous leur dôme avec le monde en paix.

Plus de cent cerfs occis, nous dit la renommée,

Tel fut le bulletin de la Royale armée ;

Maint panache pourtant sous le pied des chassés

Fut broyé ; maints chasseurs horriblements blessés ;

Car souvent on ouït au défilé d'Etive :

" Face à terre, chasseurs! le troupeau vous arrive!"

Et soudain en eôet comme fiots de la mer

Arrivait au galop, au galop de Penfer

Un ouragan de cerfs broyant sur son passage

Tout ce qui s'y trouvait la peur et le courage,

Comme la neige fond et roule avec fracas.

Avalanche soudaine enfantant des trépas,

Like the snow from the mountain when loosened by rain,

And rolling along with a crash to the plaîu ;

Like a thunder-split oak-tree, that falls with one shock

With his hundred wide arms from the top of the rock,

Like the voice of the sky when the black cloud is near,

So sudden, so loud, came the tempest of deer.

Wild mirth of the désert I fit pastime for kings I

Which still the rude bard in his solitude sings.

Oh reign of magnificence I vanished for ever!

Like music dried up in the bed of a river,

Whose course hath been changed ! yet my soûl can survey

The clear cloudless mom of that glorious day.

Yes! the wide silent forest is loud as of yore,

And the far-ebbèd grandeur rolls back to the shore.

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Comme un chêne fêlé frappé par le tonnerre Qui tombe sou» le choc et fait trembler la terre, Comme la voix du ciel quand descend l'ouragan, Et que rien ne résiste à son terrible élan.

Doux passe-temps des Rois ! plaisir abominable Bien digne de ces temps descendus dans la fable I Vous trouvez cependant de rudes ménestrels Qui de nos jours voudraient vous dresser des autels. Oh ! de fausse splendeur, fausse magnificence I Temps absurde oîi le droit était la violence, Us sont passés tes jeux, ou plutôt tes méfaits, Ils sont évanouis, radiés à jamais, Comme le doux glouglou, la suave musique Du ruisseau desséché, veuf de son frais cantique. Et cependant aux yeux subtils de mon esprit Apparaît cette chasse ... ou ce Royal délit I Du mémorable jour je vois encor l'aurore.

Le soleil se levant sur la forêt qu'il dore.

J'entends le brouhaha de ces fauves chasseurs. Des malheureux chassés les sauvages clameurs. Et ces bruits discordants, et le clairon sonore Retentissent confus à mon oreille encore !

De cette vision mais je m'éveille enfin !

Le soleil j à décline à l'horison lointain.

Le Mont Noir resplendit sous un feu qui recule. Oh! que je voie encore avant le crépuscule La lumière dorée, et puis je descendrai Dans la vallée obscure, et m'acheminerai Vers la cabane où chante une gente fillette.

Ou sous son pied léger le gai plancher craquette, En bas, oui tout en bas comme un oiseau le soir Dans le fond du vallon regagne son dortoir.

— Des forêts la clarté. Créature Sauvage, Adieu! te dis adieu! j'emporte ton image !

MO LU TOIX PU FBUfTXMPB.

Les Voix du Printemps.

Ac DEHOBst aa dehors! il fait un temps superbe ! Rester à la maison, ce serait un péché!

Viens ça, viens dans les bois, yite allons fouler l*herbe, J*ai soif d^air, yiens ça ma Psyché I

Les longs brins de gazon sont émaillés de perles, Viens, la luzerne a mis son tapis sur le sol, Viens ça, nous entendrons chanter les joyeux merles. Et du Coucou le frais bémol.

Dans le ciel d^un bleu vif, seuls, quelques blancs nuages Se pourchassent gaîment au doux souffle du vent. Pour la journée, Amour, il n^est crainte d'orages, Viens! c'est plaisir être vivant I

Regarde maintenant 1 vois notre Pimprenelle, — Un baromètre sûr ! . . . nous dit qu'il fera beau I Ses doigts sont écartés, vois elle fait la belle.

Preuve que nous n'aurons pas d'eau!

L'arbre a mis son habit nouveau de couleur verte, Il est tout gai, tout vif, tout pimpant, tout coquet; Pour les abeilles l'orme a, déjà, table ouverte. Elles font honneur au banquet.

Le verger resplendit de ses dentelles blanches, Et de flocons neigeux diapré le gazon, L'oiseau vient sous son ombre en béqueter les branc Tout en gazouillant sa chanson.

C'est là notre bouquet jusqu'à présent, ma mie, Car la branche dorée est joyau précieux, Quand sous le sol encor gît la fleur endormie Qui doit bientôt charmer nos yeux.

l'bktbkskicbkt de sir johv moore. 361

Mais nons avoDS partout de gentes pâquerettes Qui surgissent ainsi que Tamour ou Tespoir, Des primeyères qui se penchent les pauvrettes Gomme sous un chagrin bien noir.

Car trop près de la neige elles ont pris naissance) £t soupirent après la brise du midi.

Dont elles ne pourront savourer Texistence Tant faible leur fil est ourdi.

G^est trop tôt, je le sais, pour un épais ombrage, Mais en suivant de près la lisière du bois.

Des nids nous entendrons TA, B. G, du langage, Des petiots le premier patois.

Au dehors! au dehors I il fait un temps superbe! Amour I ne tarde plus! rester serait péché!

J*ai trop de joie au cœur tout seul pour fouler Therbe, Viens au dehors, viens ma Psyché!

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