WOLFE (REV. JOHN
Né en 1791— -Mort en 1823.
L'Enterrement de Sir John Moore.
Point d'adieux du soldat, de tambour funéraire, Quand du héros, porté par nous sur un brancard, Nous vinmes confier derrière le rempart Furtivement le cadavre à la terre.
Nous le mîmes en terre à Pheure de minuit.
En retournant le sol avec nos baïonnettes.
Un ciel noir et brumeux cachait nos silhouettes, Un seul falot éclaircissait la nuit.
862 L*BKT£BREM£17T DE SIB JOHK liOOBl.
Son corps, il ne fut pas roulé dans un suaire, Il ne fut pas non plus fermé dans un cercueil, Son manteau de soldat, drapé, fut son linceuil Et lui servit de lange mortuaire.
Nulle oraison funèbre^ aucun discours soudain Ne vint de ce grand mort illustrer la poussière, Mais en le regardant une courte prière Tout en pensant au triste lendemain.
Nous pensions en creusant son étroite couchette, Que lorsque nous serions tous au loin sur la mer. L'ennemi, Tétranger, ô penser bien amerl Viendrait fouler cette cendre muette :
Et peut-être parler légèrement du mort.
Et peut-être insulter à sa froide poussière^ Mais cela glissera sur son âme guerrière
Si pour toujours, dans notre tombe il dort !
La moitié seulement de notre lourde tâche Etait remplie — alors que sonna le signal De la retraite — au loin im coup de feu brutal De Tennemi s'enfuyait comme un lâche.
Nous le couchâmes, las! et sans nul monument Qui put à tous un jour conserver sa mémoire, Nous le laissâmes seul tout sanglant dans sa gloire. Nous éloignant lentement — lentement!
SONNETS. 863
WORDSWOIITH (W.)
Né en 1770— Mort le 23 Avril, 1850.
Sonnet.
Censeur, ne dites pas, haro sur le sonnet !
De plus d^un grand génie il inspira la lyre :
Le sonnet fut la clé du grand cœur de Shakespeare ;
Pétrarque en fit l'écho de son amour discret ;
Le Tasse mille fois y blottit son sujet ;
Camoëns y cacha ce qu'il n'eut osé dire ;
Le Dante y mit son âme et son brûlant délire;
Spenser avec k fée y courait le guéret ;
Mais du front de Milton quand tombait la tristesse,
En vers étincelants étalant sa richesse.
Le poëte immortel en fit un chant vainqueur,
Qui retentit au loin semblable à la trompette
Qui de nobles accents généreuse interprète,
Va réveiller la gloire, et réchauffer le cœuri
Sonnet.
Composé sur le Pont de Westminster.
La terre ne saurait rien montrer de plus beau!
Et qui resterait froid devant si grande scène
Et tant de majesté, n'aurait pas âme humaine.
Cette cité revêt maintenant pour manteau
La beauté du matin ; quel lever de rideau!
Muets et dévêtus voyez, et par centaine
Vaisseaux, dômes et tours, et le temple et l'arène
Ouverts sous l'œil de Dieu devant le jour nouveau,
Se dessiner brillants dans l'éther sans fumée !
Non jamais le soleil sur la colline aimée
Avec autant d'éclat ne versa sa splendeur;
One ne vis, ne sentis une paix aussi neuve ;
Selon son bon plaisir se promène le fleuve,
Bon Dieu! les maisons même ont clos l'œil et le cœur!
864 Li soKei BU pélbbik.
Le Songe du Pèlerin ; ou l'Etoile et le Ver Luisant.
Bien fatigué, le soir d'un jour d'été
Un voyageur, un bon Ermite Au seuil d'un vieux castel vint demander un gîte,
MaLs par le veilleur rebuté,
Force lui fut de se remettre en route
En quête d'un taillis de bruyère, ou d'un bois
Dont la vodte L'abrita de la pluie et du vent à la fois.
Il marchait donc, cheminant tout pensif, Quand il avisa d'aventure Un magnifique hêtre à la vaste envergure.
Et s'étendit sous son massif.
Son œil d'abord vit cligner la lumière D'une étoile au ciel bleu, — mais baissant son regard
Vers la terre, Il vit un Ver luisant qui brillait à l'écart.
Un gai ruisseau près de là folâtrant
Provoqua par son doux murmure Un songe gros de faits, et dans sa oontcxture
Et sous un voile transparent, n reconnut l'étoile de la terre Ei celle de là haut— de l'orbe radieux
De sa sphère, Elle laissait tomber des mots prodigieux.
Elle raillait le pauvre Ver luisant
De faire briller sa prunelle Lorsque la nuit du jour éteignant la chandelle
Laissait le monde assoupissant.
Pourquoi montrer sa lanterne magique?
Un vil reptile oser faire le glorieux,
Et la nique A celle assise en Reine au pavillon des cieux.
Lx 80^ei DU PÉLEmnr. 366
*• Belle Eloignée î " a répondu le Ver
^ Dépose cet orgueil stnpide, Oa £uâ que ton éclat soit un peu plus solide...
Tu t'évanouis dans Téther Dés que le ciel se couvre d^un nuage ; Brame, nuage; vent, et les convulsions
De l'orage, Jamais n'ont le pouvoir d'obscurcir mes rayons.
^ Et ne crois pas que moi, méchant flambeau, Je compare cette étincelle Que je porte avec moi sur la mousse nouvelle
A ton éclat ; — non! mais tout beau !
M'est avis que je puis de ma demeure Faire aussi l'étalage étant raillé par toi.
Jusqu'à l'heure Où l'aurore viendra t'éteindre ainsi que moi !"
Le Ter luisant a dît. Soudain des cieux Descendit un son prophétique, Et les monts de trembler, les fleuves de panique
Frappés, de bondir furieux.
On vit alors l'Etoile pâle et blême Chanceler, pms filer, se perdre dans l'éther.
Bientôt même Elle roula meurtrie an fin fond de l'enfer.
Le feu sévit. Et lorsque du vieux ciel Tomba la croûte calcinée, Un nouveau ciel se fit sur nouvelle donnée,
Un Paradis surnaturel Où les heureux de la nouvelle Sphère Humbles et confiants avaient brillé jadis
Sur la terre,
Et comme Vers luisants gagné le Paradis.
3M l'habitaitte de la chaitmiâre à son enfattt.
Un tel avis qui lui tombait du ciel
Réjouit le cœur de rErmite, A son réveil il sut en goûter le mérite,
Et remercia PEternel.
Et jusqu'à l'heure où finit sa carrière, Elle resta toujours chère à son souvenir
La bruyère Où 9008 l'ombre d'un hêtre il rêva l'avenir!
L'Habitante de la Chaumière a son Enfant.
Le jour est froid, longue est la nuit ;
La brise fait un triste bruit, Fais dodo de nouveau sur le sein de ta mère.
Tous les êtres joyeux ont fermé leur paupière.
Excepté toi, gentil garçon I
Le chat dort en colimaçon
Et le cricri, cher nourrisson, A cessé son tic tac ; ici tout est silence.
Hormis une souris qui gruge sa substance...
Qu'as-tu donc, mon enfant chéri ?
Pourquoi donc sembles-tu marri De voir sous notre pauvre abri Cette vive lumière?... Eh! c'est le clair de lune Qui reluit sur la vitre, et c'est chose opportune... Dors, et jusqu'à demain, chéri!
Au Coucou.
Joyeux nouveau venu ! m'éjouis de t'entendre Gentil Coucou, t'appelerai-je oiseau,
Ou seulement une voix tendre Qui vient jouter avec l'écho ?