‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 161 sur 162 · WYATT (SIR THOMAS · texte numérisé non relu

WYATT (SIR THOMAS

Né en 1503— Mort en 1542.

Wyatt en Prison à Bryan.

Nourri de mes soupirs, de mes pleurs je m^abreuve, Dans cet affi'eux cachot tel est mon seul festin! L^air fétide et malsain de Taccusé sans preuve Dans un temps rapproché viendra hâter la fin. N*ai nouvelles du temps ou qu'il vente, ou qu'il pleuve, Que par ToreiUe... encore est-ce en écoutant bien Des éléments quel est Tétat quotidien.

Victime des méchants, cher Bryan, ma blessure Se cicatrisera mais j'en aurai l'injure !

A Savoir si l'on doit préférer la Liberté en perdant LA Vie, à la Vie en Prison et en Esclavage.

Tel que le pauvre oiseau captif dans une cage Voyant la grille ouverte, au dehors l'épervier Qui le guette des yeux pour l'occire au passage, Ne sait dans ce dilemme à quoi s'ingénier.

Et s'il doit préférer la mort à l'esclavage.

De même je ne sais, s'il me faut mieux choisir Mourir libre . . . plutôt qu'en prison de croupir.

Abîme que peut seul combler un autre abîme, En de longs jours faut-il donc traîner sa douleur? Non ; plutôt de la mort il faut tomber victime, Qu'esclave de la vie y souder le malheur I Donc voilà mon avis, et ma pensée intime :

Avec la liberté sachons plutôt mourir.

Qu'en esclavage vivre en prison pour souffrir.

870 aoinrsT — li CBUciPixiiBirT

El pourtant, m'est avis, que tant qu'on rit la vie,

n ne ûrat qnhm instant pour conjurer le sort,

Un oljet de pitié devient objet d'envie

Sonvent en mmns d'one heore et sans le moindre effort;

Mais la mort tne en nous Tappétit de survie . . .

Alors ce ne serait que de la démison

De se sevrer d*espoir . . . Mieux la vie en prison I

Mais la mcHrt c'est la vie, et vaut mieux que la cage

Où notre pauvre oiseau prolonge sa douleur ;

Mort il est délivré de son triste esclavage !

De ces deux maux, amants, dites-nous le meilleur?

De Tépervier Toiseau doit-il braver la rage.

Ou rester dans sa cage . . . enfin faut-il choisir

Mourir libre . . . plutôt qu'en prison de croupir ?

YOUNG (REV. DR. E.) Né en 1681— Mort en 1765.

SONNET

A rOccasion du Fameux Tableau de Michel- Ange :*

Le Crucifiement.

Tandis que sur la toile il meurt son Rédempteur, Dans un sang froid cruel drapé, l'artiste oseur Voit gisant à ses pieds et poignardé son ôrére, Et suit de l'oeil sur lui le jeu de chaque artère,

* Michel- Ange si on ajoute foi à un ^'on dit" auquel nous refusons de croire, obtint permission de traiter comme il le voudrait un malBûteur, condanmé à ôtre roué vif. L'homme étant étendu sur une croix Tétonnant artiste donna ordre qu*il fut frappé dans telle partie du corps qu'il pensait devoir produire les soufifrances les plus affreuses, afin de rendre le plus naturellement possible les douleurs et agonies de la mort.

SOKNET — LK OUVOIFIEMENT. 371

Goutte à goutte épandant la vie et la douleur. Nul «anglot ne Témeut, il cherche la couleur. Nageant en pleines eaux dans Tangoisse mortelle^ Superbe indifférent, de ses coups il harcèle Bon patient, pour mieux exprimer la douleur, Et rendre plus mourant le front de son Sauveur, sublime larcin ! Dessin vrai, mais livide, Où chaque trait révèle une main homicide!

Si large est le dessin, si belle est la couleur, Que devant cette page, il recule d'horreur!

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