BLOOMFIELD (ROBERT
Né en 1766— Mort en 1823.
Le Soir du Marché.
VENTS ne hurlez pas si fort, si longuement.
Ne soufflez pas la neige aussi violemment ; Oh I dégagez le ciel de ses funèbres voiles.
Et laissez doucement scintiller les étoiles.
D'impétueux torrents brisent, renversent tout. Dans leurs bonds furieux ne laissant rien debout. Etoiles brillez tôt, la lune est endormie Et notr' homme sans vous ne pourrait y voir mie.
58 LE SOIB DIT MABOHÉ.
! beaux anges gardiens ! qui vivez près des monts. Des bois, des chemins creux, ou des torrents profonds Où des esprits la nuit s^agitent les fantômes, Où sont de guet les nains, les lutins et les gnomes.
Pressez-vous près de lui, soyez ses protecteurs. Contre Tobscurité servez-lui d'éclaireurs, Guidez bien sa monture à travers la bruyère Où le rude ouragan balaye sa colère,
Sa colère indomptée, emportant sans remord Les arbres qu^il pourfend, la ruine qu'il tord. Animal au pied sûr, vaillante haridelle Que rien ne fait broncher, des amis le modèle.
Conduis-le bien ton maître en cet étroit sentier Par la neige caché, car tu sais ton métier, Vieille I tu n'as besoin que sentir Pécurie Pour te frayer chemin à travers la prairie.
De mes gentils petiots la respiration Donne à mon triste cœur bien douce émotion.
Entre ces coups de vent dont le bruyant murmure Vient de notre vieux chêne agiter la mâture.
Profond est leur repos : ils se doutent peu, las ! Que leur père pour eux affironte le trépas ; Mais ils rêvent peut-être, et c'est là chose exquise, Qu'ils pèlent près de lui leur orange promise.
Ainsi que n'en est-il I . . Et le feu cependant Sur le tranchoir poli flambait, flambait gaiement ; Oh I comme son retour rêvé près de la flamme, D'im immense bonheur viendrait combler son âme !
Voyons donc au dehors I que le froid est perçant ! Quelle aflûreuse tempête ! Oh ! quel vent rugissant ! Cependant tout là bas s'entr'ouvre le nuage Et de vers l'occident se remise l'orage.
LE SOIB BU HABCKÉ. 59
J*apperçoi£ une étoile ... oh ! le doux pronostic ! Je la Yois plus brillante illuminer le pic
De la montagne Mais, c'était une nuit claire
Qu'un crime fat commis dans ce lieu solitaire.
Oh ! mon Dieu dissipez de tels pensers, hâas 1 J'écoute et n'entends rien, ni voix, ni bruit de pas ; Auprès du puits hanté le cher homme est peut-être La vieille, par bonheur, jamais ne s'enchevêtre.
Que l'heure de l'attente est longue à s'écouler, Oh ! mon Dieu viendra-t-il bientôt me consoler? Chut ! un bruit a soudain âdt vibrer mon oreille, Echo répète-le — répète-le, je veille !
Une minute encore et cessent mes terreurs.
Ou plus grandes encor suigiront mes douleurs ;
Mais non, mais non, le ciel aujourd'hui me protège,
Oh ! c'est lui, c'est mon homme, et tout couvert de neige.
*' Qui t'a donc retardé ? . . . Pose ici ton fardeau, Comment as-tu bravé tant de neige et tant d^eau? Que pour toi j'ai senti de vive inquiétude .... Et la vieille I . . elle a fait aussi service rude ! . ."
Elle a dit, et soudiûn embrasse son mari, Les yeux noy^ de joie, et le cœur attendri ; Le vieille à l'écurie est mise, et le bonhomme Joyeux, de contempler ses enfants dans leur somme :
" Quoi I tous deux endormis ! au Ésiit c'est pour le mieux," Dit-il ; " oh I que le vent était impétueux ! J'aurais bien pu mourir et sans laisser de trace. Mais de te voir encor Dieu m'accorde la grâce !
'' Chère âme de ma vie, ange, mes doux amours. Toi qui sais embellir et mes nuits et mes jours, Sachons porter les maux que le ciel nous envoie. Après l'inquiétude, on sent si bien la joie!"
60 LE SOUHAIT BEVOQTJÉ.
BODDINGTON (MRS.).
Morte vers 1840.
Le Souhait Révoqué.
Oh! si j'étais une feuille d'automne
Jaune comme peau de chagrin, Sèche et crispée, au-dessus du ravin Par la brise emportée en sa course bouffonne : M'est avis que j'aimerais mieux Que de frôler la terre, aller frôler les cieux !
Vers l'Orient, car peut-être conduite
Dans ma course, je pourrais voir La fraîche Aurore ivre de son miroir.
Avant qu'à se pleurer elle ne soit réduite;
Ou suspendue en l'air, le soir.
D'ouïr le chant des cieux pourrais avoir l'espoir.
Ou bien encor sur le front d'une étoile
Doucettement me faufilant.
Je frôlerais son rayon opulent ; Peut-être sa beauté je la verrais sans voile;
Et j'entendrais le chant d'amour Du vent, quand à l'étoile il fait un doigt de cour.
Peut-être aussi que vers la mer houleuse
M'emporterait un coup de vent, Et que soudain à mon regard rêvant Apparaitrait Arran, cette île merveilleuse
Où s'abritent les purs amours.
Dans de charmants bosquets verdoyants à toujours
Où sur le soir on entend la coquille
En mi bémol souffler son chant De vers la lune, et le soleil couchant; Où les étoiles font dans les cieux croix qui brille ;