WATERLOO
Waterloo.
Non, ce n'est pas sur toi qu'il faut dire anathème, Waterloo! champ d'honneur de tant d'illustres deuils; Non, ce n'est pas sur toi, bien qu'un sanglant baptême Inonde tes sillons engraissés de cercueils!
Liberté! si ton sang, fertilise ces plaines, n a coulé, mais il n'est pas perdu,
Et dans la terre descendu, Un jour il surgira pour oxider nos chaînes!
Tel le puissant Typhon surgit de l'océan Renfermant dans son sein les masses condensées D'impalpables vapeurs, qui par le vent lancées, S'agitent dans l'espace, et forment l'ouragan, Tel ce sang, dans les airs s'élançant sans entraves
De chaque débris glorieux.
Se confond et se mêle à ton sang précieux Labédoyère! ô toi le plus brave des braves!
Comme un nuage rouge il monte à l'horizon, H s'étend, s'élargit . . . gigantesque prison. Sous l'éclat de ses feux il englobe la sphère, Mais il retombera vers les lieux d'oii naguère Timide il s'élevait à la cime des cieux; Puis crevant sous son poids, indompté, furieux, Ravivant tout à coup les horreurs de la guerre, Au milieu du fracas et du trouble des airs
Jetant l'épouvante à la terre, De ses flots comprimés jaîUira le tonnerre
Et le feu roulant des éclairs.
n est tombé le chef, le géant des batailles!
Mais non pas sous vos coups vil troupeau de vainqueurs! Quand soldat citoyen ses merveilleux labeurs Illustraient son pays par mille funérailles,
WATEBLOO. 09
Quand à travers TEorope avec ses grenadiers Au pas de charge il menait son armée A la victoire accoutumée,
De par la liberté moissonner des lauriers,
Qui de %us tous, ô superbes despotes !
Osait se mesurer au chef des sans culottes?
Avant que le héros, foulant aux pieds la loi,
Du trône élevé de sa gloire, Un jour de funeste mânoire Descendit . . . pour se hisser Roi!
Mais alors il tomba Faigle qui dans sa serre
Enlaçait Tunivers, il tomba jusqu^à terre;
Et tombent comme lui ces rois, ces empereurs
Qui de rhomme par Thomme ont rêvé Tesclavage,
Qui des enûints du peuple exploitant le courage.
Des droits de tous usurpateurs,
Sur des monceaux de morts étayent leurs grandeurs!
Et toi Guerrier superbe, au panache de neige,
Qui te pavanait comme un Beau!
Toi qui dans ton royaume attiré par un piège
N^en obtint pas — même un tombeau;* Mieux eut valu pour toi que soldat prolétaire Tu guidasses la France à d'incessants combats Contre des rois du nord la horde mercenaire.
Plutôt que d'acheter la honte et le trépas Au prix de ce hochet qu'un faux luxe environne.
Au prix d'une couronne, Que le Bourbon de Naple indigne de son rang Tout souillé de forfisdts, tout dégouttant de crimes, Mais celui-là par Dieu l'un des Rois légitimes.
Ramassa jusque dans ton sang!f
* Le bruit a coum qu'on avait arraché les restes de Murât de Li tombe pour les brûler. — (Voir les Misceîlaneous Works of Lord Byron.^
t Lady Morgan nous apprend (^ItcUy, vol. II) que Ferdinand IV. avant d'envoyer l'ordre de ftisiller Murât, avait fait tous les prï-paratifs