LE COUCOU ET LE BOSBIONOL
Là je m^assîs parmi les fleors nouyelles, Et lors je vis sontenus sur leurs ailes Hors de leur nid voltiger les oiseaux Saluant Mai des accords les plus beaux, Et lui chantant leurs gentes vfllanelles.
Et cet office ils le savaient par cœur, Car très souvent ils le chantaient en chœur, Mais les aoli, de chant c^étaient des gerbes, Qui vers le ciel montaient, montaient superbes, Que estait beau! que c'était enchanteur!
Us s*épluchaient, et faisaient leur toilette. Puis sautillaient, dansaient sous la coudrette, Et deux à deux s'assemblaient, c'est certain. Tout comme si le bon Saint Valentin Pour une année eut formé leur couchette.
Le fleuve au bord duquel j'étais assis, Faisait, dirai-je, un si doux roucoulis.
Que des oiseaux dans son léger tangage, Il s'accordait avec le gai ramage.
Et produisait un chant des plus exquis.
Ne sais comment, le dis sans périphrase.
Mais tout à coup, me sentis en extase, Ne dormant pas, n'étant pas éveillé, Mais sous un charme étant émerveillé, Et de son cours étudiant la phase ;
Lors j'entendis la note du Coucou,
Ne fus content, car ce n'est le pérou:
Que Jésus Christ qui mourut pour nous, dis-je,
Vilain oiseau te donne le vertige !
Ton cri lascif ne me plait pas, grigou !
82 LE OOUOOTJ ET LE EOSSIGNOL.
Et par ainsi comme épanchais ma bile Sur le Concou, sm* son chant malhitbile, Tout prés de moi dans le buisson voisin Le Rossignol je Tentendis soudain Charmer Técho des bois de son idyle.
Ah! dis-je alors, mon bon doux Rossignol
Tu nous fis bien attendre ton bémol,
Et le Coucou de sa voix peu savante
A fait sonner la note glapissante
Depuis longtemps. La mort le prenne au vol!
Mais maintenant, admirez la merveille !
Ces chants d^oiseaux venant à mon oreille, Moi j'eus bientôt la clé de leur pourquoi, Je les compris, et j'en sus le sens . . . quoi! Eut-on jamais une chance pareille !
Lors j'entendis soudain le Rossignol Dire au Coucou : " Va-t-en porter ton sol Ailleurs, mon brave I et laisse-nous d'urgence, Nous, beaux chanteurs, soupirer la romance:
De ton son creux débarasse le sol!"
Dit le Coucou: "Quel est-il ton délire? Tout comme toi je chante, qu'est-ce à dire?
Mon chant est juste, il est simple à la fois, Et m'est avis charme l'écho des bois Mieux que le tien qu'on ne saurait écrire.
Car un chacun peut me comprendre, moi I On ne saurait en dire autant de toi, Ta note Ocy n'est qu'une gargouillade, En fait de chant, c'est une bambochade, S'en vanter est stupidité ma foi I"
LE oorcor et le bossioitol. 83
'^ Ah ! triple sot !^* dit soadAm en colère LfO Rossignol, "trêve à ton commentaire !
Lorsque je dis Ocy, ne sais-tu pas, Que yeux par là souhaiter le trépas A qui médit de TEnfuit de C>thère?
Voudrais aussi qu^ils fussent tous occis Ceux là qui sont froids et jamais épris, Car de Tamour qui ne lit bien au livre, Moi je le tiens pour indigne de vivre.
Voilà pourquoi lui jette mon mépris !"
"Oui dà, mon bon î ton enfant de Cythère" Dit le Coucou, "faut Faimer pour te plaire ! . . . Moi point n'en veux du petit Dieu badin, Son joug pesant est beaucoup trop hautain, Ne veux mourir d'amoureuse chimère;
Car des humains les amants sont les gens Les moins heureux, le sais depuis longtemps, Je ne fais point ici de médisance.
Mais ils sont tous ennuyeux par essence, Et leurs chagrins leur font perdre le sens."
— **Tu perds Tesprit ! Coucou des plus frivoles, En proférant de semblables paroles Sur mes amis les desservants d'amour !
Car dans ce monde et son vaste pourtour De l'amour seul naissent les auréoles
Du vrai bonheur; la gentilhommerie, La courtoisie et la chevalerie, Plus la gaité, le bien-être du cœur, La confiance et le sublime honneur, Et des vertus la nombreuse série,
84 LE coucou ET LE BOSSIGNOL.
L^humilité, la générosité, Le beau semblant, l'antique loyauté, L'horreur du mal, le vouloir du bien faire, Le noble instinct d'un noble caractère, Qui pour moteur a l'immortalité,
Préférant tout, la mort même, à la honte ! . . .
Vivrai, mourrai, je le dis à bon compte.
Dans cette foi: — si je me parjurais
Je n'oserais me pardonner jamais.
Ma vie alors serait un grand mécompte ! "
— "Beau Rossignol vraiment tu parles d'or, Mais tout cet or n'est que du sûnilor, Car ton amour . . . c'est du libertinage Dans le printemps, et c'est du radotage Lorsque l'hiver sur nous a pris l'essor.
De ton amour qui fait plus grand usage, . A dans la vie aussi plus grand dommage ; L'amour enfante et malaise et lourdeur, Soucis, chagrins, querelles et malheur.
Folie, orgueil, et stupide servage.
Aimer est donc acte de désespoir.
Car c'est noyer dans le vide l'espoir:
Si l'amoureux tire un peu de liesse
De son amour, et que cet amour cesse.
Foin du bonheur ! son cheveu n'est plus noir !
Beau Rossignol rabats de ton parlage,
Car en dépit de tout ton radotage,
De ton amie un jour que tu sois loin.
Et de tes cris moi je serai témoin,
Tant tu craindras pour ta couche un outrage ! "