‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 49 sur 162 · LS COUCOU ET LE BOSSIGKOL · texte numérisé non relu

LS COUCOU ET LE BOSSIGKOL

— ^^ Fi sur ton nom, sur toi méchant Coucou, Moi Rossignol, je te déclare fou :

Car sans Pamour, maint noble caractère N'eut été rien, rien du tout sur la terre; Du beau, du bon, Tamour est Famadou;

Car c'est l'amour qui de mal les préserve Ses serviteurs: et pour peu qu'on le serve.

Des mêmes feux il embrase les cœurs.

Et leur octroie un tas de chauds bonheurs Avec pouvoir d'en user sans réser>'e."

— "Oh! Rossignol!" repartit le Coucou, "Tu vas cacher ton bon sens. Dieu sait oh?

Car ton amour, n'est besoin qu'on le beugle, Nul ne l'ignore, est un enfant aveugle Qui fait faveur bien souvent au plus fou !"

Le Rossignol, lors j'en fis la remarque.

Soupira fort, et dit: "Pourquoi la parque M'a-t-elle hélas! accordé tant de jours Que sois forcé d'entendre tels discours ! " Puis dans ses yeux d'un pleur je vis la marque.

Puis reprenant: " Il se brise mon cœur ! "

Ajouta-t-il," entendre ce sauteur

Parler d'amour en si vilain langage ! "

Et moi, me dis: "Amour te rends hommage.

De ce Coucou-fais-moi triomphateur!"

11 me parut alors, fut-ce un vertige, Qu'il s'esquivait; et j'en fus content, dis-je; Mais en fuyant ce méchant paltoquet Ce vil Coucou m'appela perroquet Jusqu'à trois fois, si bien me récoUige ! . . .

86 LE coucou ET LE BOSSiaKOL.

Alors vers moi précipitant son vol :

"Ami, merci I" me dit le Rossignol, "D'être venu soudain à ma rescousse, Je fais le vœu, gratitude m'y pousse, De te chanter la si re mi fa^ sol

Durant tout Mai, de par Tamour le jure 1" Je répondis: "Rossignol je t'assure Suis satisfait. Sur ce, le doux chanteur:

"Ne sois vexé," dit-il," " gent écouteur :

Si le Coucou, ce Mai, par aventure

Bien avant moi fit entendre son lai.

Car si je vis, vienne le prochain Mai, Je chanterai le premier. Mais j^y songe, De ce Coucou ne crois pas au mensonge !" . .

— "Oh nenni dà! . . .jamais je n'y croirai,"

Fis-je soudain; "mais le dis sa sornette M'a fait du mal." — " Point ne t'en inquiète Si veux guérir," reprit le Rossignol, Avant diner, pendant Mai^ sur le sol Guigne de l'œil la fraîche pâquerette,

Et tout à coup cessera ton tourment. Et si toujours es un fidèle amant.

Je chanterai de ma voix la plus douce Jeunes chansons aussi fraîches que mousse.

Puis il chanta délicieusement :

"Je les maudis les amants infidèles!" Quand il eut dit, qu'il eut battu des ailes, Il ajouta: "Me faut partir, adieu, Le tendre amour s'il exauce mon vœu Te comblera de délices nouvelles."

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