SECONDE PARTIE
Du c6té droit se leva le soleil n sortait de la mer tout ruisselant d'écume;
Puis il s'en fut cacher sans appareil A gauche, dans la mer, son front souillé de brume.
Un vent du sud soufflait selon nos vœux Et très activement nous poussait par derrière,
Mais l'Albatros ne suivait plus joyeux, Ni ne venait de tous à l'appel débonnaire.
94 BALLADE DU VIBTJX LOTTP DE MER.
Set cftmaradet •'élè- *' J*avais commis un acte bien vilain
rent contre le loup de ^ . j .^ ^ ,, .. .
mer pour aroir tuël'oi- Q^^ «^^vait me porter malheur sur cette terre; seau de bon augure. J'avais tué Toiseau doux au marin "
Disaient-ils, **quî rendait la brise tutëlaire; J'avais tué l'Albatros si bénin
Qui de notre navire était l'âme l^ère!"
Mais quand le brouil- ^^^^^ ^l"'"'^ j^^ *"^8^ ^"® 1'®^ ^® ^^«"
lard se dissipa, ils justi- Se leva le soleil superbe, magnifique,
fièrent son crime, et t:i. . i ji /«• i 1.1 •
s'en rendirent ainsi Et tous alors d'affirmer palsembleul
complices. Qu'avaîs bien fait tuer l'oiseau cabalistique
Qui nous donnait ce vilain brouillard bleu^ Et cette brume aussi pour nous faire la nique !
La brise favorable Souffla la brise, et creux fut le sillon,
continue le navire en- j^^^ foulâmes bientôt l'océan pacifique;
tre dans locëan pacifi- *^ ^
que, et yogne vers le Mais las! le vent perdit son aiguilloDi
nord, jusqu'à ce qu'A jj^ tombâmes soudain dans un calme apathique.
atteigne la ugne. -^ ^
Le navire éprouve un De souffle point, mais dans un ciel cuivré
calme plat. Un soleil teint de sang, pas plus gros qu'une lune,
Sur notre mât, c'est un fait avéré, A midi se tenait de façon importune.
De jour en jour cloués sur cette mer, Si nous parlions c'était pour crever le silence;
Traînant oisifs autant et plus que l'air Sur cet océan mort un semblant d'existence.
Et l'Albatros com- De l'eau, de l'eau, partout de l'eau, de l'eau
raence e veng . j,^ j^^ planches du pont craquaient de sécheresse;
De l'eau, de l'eau par delà le vaisseau Et rien, non rien à boire en si grande détresse.
Et se crispait la mer jusqu' en son lit.
Et sur son oreiUer créatures visqueuses
Grouillaient, rampaient, et petit à petit Ternissaient son cristal de leurs lèvres baveuses.
Autour de nous pétillant, bondissant Pendant la chaude nuit dansaient des feux funèbres.
Et Tocéan huileux, phosphorescent, Bleu, rouge et vert brûlait éclairant les ténèbres.
D^aucuns de nous apprirent en rêvant Quel il était TEsprit qui nous prenait au piège,
Nageant profond à neuf brasses souvent, n nous suivait depuis le pays de la neige.
Et chaque langue adhérant au palais, Ne pouvions plus parler;— on eut dit de la suie
Nous suffoquant, s*attachant à jamais Au larynx desséché désirant de la pluie.
Mais jour de Dieu! quels sinistres regards Sur moi ! quand ces marins venant me chanter pouilles
Comme une croix les satanés pendards De PAlbatros au cou me mirent les dépouilles!
TBOISIÈME PABTIE.
Le temps passait tristement, tristement.
Terne était le regard, la bouche était brûlante.
Temps de douleur bien vive assurément, Oh Poeil était vitreux, et la langue béante.
Quand j^apperçus dans le loin firmament Une forme sans nom qui paraissait mouvante.
Un E«prit leva fairi.
Un des inrmUet habi- UnU de c^tt« jiMoHe.
Cet Emprit, n'nt ni celai de l'iue de* A?n^ ajaat qnttécetteteire, ni celai d'an %pge, sa «ojet desquels le aarant joif Joseph et le platonique Conitantiiiopolitain Michaâ TtàHuM pearent être consulta.
L'Esprit en qoeiition est de cens là qni sont fort nombreux. Il n'j a ni élément, ni climat qui n'en possèdent un ou plusieurs.
Les matriots dans leur détresse voulant rejeter la faute sur le vieux loup de mer lui attachent au cou r.UI>atros défunt .
Le loap de mer apperçoit un quelque chose qui se meut k l'horizon an loin.
C*était d'abord un point dans Pinfini, Et puis cela parut une espèce de brume;
Ça remuait dans l^orizon jauni, Puis ça prit m'est avis un moins menu volume.
C'était un point, une brume, je dis.
Et ce point approchait, il approchait sans cesse,
Comme esquivant de Tonde les Esprits, n plongeait, il virait avec beaucoup d'adresse.
Comme ce qadqne Lg gosier sec, aussi brûlant qu'un four
chose appreohait lui ° ^
■ânbu que c'était im Nous ne pouvions nous plaindre, encor moins certes rire, n»™.etàfi^d'pe«e Q^r l'excès de la soif nous donnait le délire,
il • efforça de tirer de '
■on goncr dcMéché Je me mordis le bras comme un autour,
Et m'écriai soudain : "Un navire! un navire!"
Un crie de joie ; Qes gens béants m'entendirent héler,
Et leurs brûlants gosiers, et leurs lèvres taries D'un bonheur inconnu rêvèrent les féeries.
Merci bon Dieu! fut leur muet parler.
Bientôt boire à longs traits c'étaient leurs rêveries.
Que snivit nn senti- "Voyez! voyez!" m'écriai-je: "Vers nous
ment d'horrenr. Com- « i. j^ «i • j. jir*\ 1*1 •
mentnnnavirepoavait. Sans embardée il Vient, déjà plus il ne vire,
il Tenir de l'occident Pour nous aider, et sans vent, vertuchoux!
sansTcntetsans marée? ^ «n ^ ^ j «^ «i • ^ 1. • •
Sa quille toute droite il vient ce beau navire!
A l'occident la mer était de feu, Le jour à son déclin expirait de vieillesse 1
Et sur la vague en glissant un adieu Se posa le soleil toujours beau de jeunesse,
Quand tout à coup entre cet œil de Dieu Et nous, vint ce navire avec grand' hardiesse.
niuiparutqne c'était jjt voilà quc rayé de longs barreaux
le squelette don navire. ^ ./ o
(Que la mère de Dieu nous tienne dans sa grâce!)
Fut le soleil, comme si de cachots Il montrait aux humains surpris sa large face.
Hélas! (pensais-je, et le cœnr me l)attait), Comme il avance à nous ce fantasque naWre,
Sont-ce donc là, dîsaîs-je, stupéfait Ses voiles que je vois dans le soleil reluire?
Sont-ce donc là ses vieux flancs dénudé>.
Que perce le soleU à travers ce grillage.
Et cette femme donc est-ce tout Téquipage . . .
On sont* ils deux? ce Roi des Possédés Le Trépas, serait-il avec elle en ménage?
La lèvre rouge, et libre le regard, D^un jaune d'or était sa longue chevelure, Sa peau d'un dur blanc mat suait la pourriture,
Son nom de guerre, un nom de corbillard Etait Grâte-la-Vie, à cette créature!
Et Ms flancs sont mt comme des grQln rar 1« face du solefl couchant. La femme spe<'tre et son compa^itn fanèbre, et non d'autres, sont seuls sur ce narire.
Tel navire, tri équipée-
Et bord à bord, eux ils jouaient aux dés.
Sur nous sus ! arriva la carène squelette,
' Je Pai gagné le Roi des Possédés' Trois fois sifBa la femme, *oh la belle amusette!'
Le Trépas et Oâte-la- Vie ont jon4^ aux dén l'équipage du navire, la dame a gagné le vieux loup de mer.
Le soleil dort, Tétoile brille aux cieux.
D'une seule enjambée arrivent les ténèbres ;
Cependant que dans un loin vaporeux Fuit le navire spectre et ses voiles funèbres.
Pas de crépuscule après le départ du soleil .
Nous écoutons avides de Tobscur . . .
J^avais la crainte au cœur, comme si d'une coupe
Elle buvait de mon sang le plus pur.
Des étoiles pourtant soudain s'éteint le groupe,
Tout devint noir, complète fut la nuit, Du timonnier de quart seule on voyait la face Par sa lampe éclairée, et paraissant de glace.
Puis le croissant de la lune sans bruit De l'horizon éteint vint ranimer la grâce.
Au lever de la lune,
98 BALLADE SU YISUX LOUP DE MEB.
L'on ^rèfl Tautre, L»un après l'autre en cette calme nuit,
Mais trop soudainement pour gémir une plainte,
Sur moi chacun jetant un œil qui fuit Me maudit du regard, et j'en sentis Tétreinte.
Ses oompagnona tom- L^g | quatre fois cinquante hommes vivants,
Dent morts; -rvi
(D aucun d'eux n'entendis un soupir, une plainte, Mes sens pourtant n'étaient pas décevants) Tombèrent tour à tour sans vie en cette enceinte.
iCais Dame Oâte-la- Leur âme à tous s'enfuirent de leurs corps
Vie oommenoe K>n œu- y g^g le ciel OU l'enfer saus tambour ni trompette,
yre sur le loup de mer. ^ '
Devant mon nez passant comme un remords, Comme le sifflement de ma bonne arbalète."
QUATETÊME PAETIE.
Le convié a pefor qne ''J'ai peur de toi vraiment vieux loup de mer 1
Bottun^Esmit!**'" "* ^'^^ P®^ ^^^^^ ™* ^^^ ^® ^ """^ décharnée!
Maigre, alongé, d'un teint couleur d*enfer,
Ta peau comme le sable est jaune et basanée.*
* Nons croyons devoir citer l'original de cette strophe; les deux derniers vers de laquelle sont reconnus par Coleridge être de Wordsworth.
" I fear thee, ancient mariner!
I fear thy skinny hand!
And thou art hng^ and îank^ and brotonj As is tke ribbed sea-sand.^ La traduction de ces deux derniers vers, mot pour mot, est; " Et tu es maigre, alongé, et bruni Comme le sable côtelé du rivage." Regardant ce rassemblement de mots, admiré par Coleridge, conrnie du galimatias pur, nous avons cru devoir y substituer une prisée moins obscure. Honni soit qui mal en dira!
Note du Traducteur.
BAXLiLDE DU VIEUX LOUP DE MBB.
J^aî peur de toi, de ton œil fauve et clair Et j^aî peur de ta main décharnée et brunie.*'
— " Rentre ta peur,— je suis d'os et de chair, Ce corps ne tomba point, — que je sois mort le nie!
Mais le loop de mor lui donne l'aiMarance qu'il est de chair et d'os, et continue à lui narrer son horrible pénitence.
Je restai seul, — seul sur la vaste mer, Pas un saint n'eut pitié de moi, de ma souffi*anco,
Je restai seul, ô souvenir amer!
Seul, Pâme à Pagonie, à la désespérance!
£t tant de gens naguère encor si beaux !
A mes pieds gisaient morts privés de sépulture,
Et des milliers, que dis-je des monceaux D'êtres visqueux, glaireux frétillaient dans l'ordure.
n méprise lea créatures nées du calme,
Seul survivant je contemplai la mer, J'en détournai les yeux . . . elle était pourissante .
Le pont aussi pourissait, c'était clair, Sons ces morts entassés enfantant l'épouvante.
Et leur enrie la vie, quand tant de gens sont morts.
Devers le ciel je levai les regards, Pour prier, mais avant que surgit la prière,
Pensers méchants s'infiltrèrent criards Dans mon cœur qui devint sec autant que poussière.
Je tins fermés mes yeux appesantis, Mes prunelles vibraient comme un pouls frénétique, Car pesaient sur mes yeux comme un poids fantastique.
Le ciel, la mer, les chagrins, les soucis.
Et ces morts qui gisaient à mes pieds l'œil stoïque.
De ces corps morts une froide sueur Horrible découlait, humide pourriture;
Us n'exhalaient pourtant aucune odeur Mais sur moi leur regard restait, la chose est sûre.
Mais la malédiction vivait pour lui dans le regard de ces hommes morts.
De Torphelin la malédiction Tournerait en enfer Esprit d'ordre suprême,
Mais plus terrible est la damnation Que du regard d'un mort vous jette l'anathèmc;
Sept jours, sept nuits je vis en action Cet anathème aÔreux, et je vécus quand même!
Dans sa Bolitude et Doucettement faisait sa route au ciel
•ait*à"8uivr6 le vo^ge L'astre cliangeant des nuits, la lune débonnaire, de la lune et des étoiles Montant d'un air et grave et solennel
m"uT^t!™p^ut où ^'^^ étoile escortée au plus haut de la sphère.
le oiel bleu leur appartient, et est lenr lien de . ./. n . -1 111^
repos et leur patrie, et L.es vifs reflets de sa mate blancheur
leur» demeores natu- Narguaient la mer, d'Avril en lui jetant la neige,
relies où elles entrent . «i •
sans être annoncées. Mais près notre navire, effet d un sortilège! comme ces Seigneurs j)^ fgu Iq Aq^ préservait la rougeur
qui certainement sont
attendus, et cependant Et semblait conserver son ardeur sacrilège.
reçus àleur arrivée avec une joie silencieuse.
Bien au delà de l'ombre du vaisseau,
Je guettais les serpents de mer, leur badinage
A la clarté de la lune Traçait de blancs sillons près de leur entourage; il vit les créatures de j.^ ^^ ^y^^,^^^ ^Q}}! crête au-dessus l'eau,
Dieu qn engendre le ^ '
grand calme. En de blafards flocons tombait leur mucilage,
Bien en deçà de l'ombre du vaisseau De ces serpents de mer je guettais la toilette. Leurs robes bleu-d'azur, l'éclat de leur aigrette,
Et leurs replis se. déroulant sur l'eau.
Et d'un éclair de feu simulant la paillette.
Leur beauté, et leur Etres heureux! vivant dans le bonheur,
bonheur. y^g diverses beautés nul ne peut les décrire :
Un jet d'amour découle de mon cœur, n les bénit dans le Et sans même y penser, je puis ici le dire,
fond de son cœur. t i i / • -i />
Je les bénis avec grande ferveur; Bien sûr, mon Saint Patron, sur moi reprit empire!
Dès ce moment je pus enfin prier, De mon cou PAlbatros s^éclipsa comme une ombre,
Ne sentis plus cet horrible collier, Ce cauchemar de plomb tomba dans la mer sombre.
Cn^QUU^HE PARTIE.
Le sommeil est oreiller de velours, Il est aimé partout de Tun à Tautre pôle, Son action sur tous est douce et bénévole;
Reine des cieux. Dame de bon secours A tes soins je le dus ce baume qui console.
Le charme commence à se rompre.
Sur notre pont les sceaux restés à sec Et pendant si longtemps, je rêvai dans un songe
Que de rosée il débordait leur bec!
Je m^éveille ... il pleuvait, ce n^était un mensonge.
Par la grAce de la Sainte Mère de Dieu, le lonp de mer est rafraîchi par la ploie.
Tout rafraîchi mon gosier aspirait.
Je sentais humectée et moins sèche ma lèvre.
Tout trempé d'eau mon vêtement pleuvait, J'avais bu dans mon rêve et j'avais moins de fièvre.
Je me remue — à peine je me sens, Tant mes membres légers avaient désinvolture;
Je crus que mort au-dessous des haubans M'éveillais Revenant d'une heureuse nature!
Soudainement un vent mugissant sourd.
Qui n'était proche dà vint frapper mon oreille.
Ce vent lointain en dépit de l'air lourd Agita la voilure et«desséchée et vieille.
il entendit des sons et vit d'étranges signes et mouvements dans les cieux et dans les élé* meuts.
Bientôt de l'air les hautes régions Eteintes jusqu' alors reprirent existence.
Milliers de feux follets se remirent en danse
Faisant là haut leurs évolutions Des étoiles parmi la paisible ordonnance.
102 BALLABB DU TlZrX LOITP DB MZB.
Le vent venant bien pins fort nrapKut; Comme faibles roseanx se balancent les ToQes,
Et Teaa du ciel tombait, tombait, tombait D'un nuage tout noir où panni les étmles
Apparaissait la lune dans un coin:
Et toujours et tonyonrs se fondait le nuage.
Comme un fougueux torrent qui force mu panraçr,
L*éclair jaillit sans dentelure aa loin, Masse immense de feu qui rougit le cordage.
Lm corp« de réqui- Le vent sonore il n'atteint le vaisseau.'
page da raàmema sont
uMpirés et le TsieMAa Le vaisseau cependant à se mouvoir commoKe, °**^'^' Et tous ces morts gisant là sans tcnnbeaa
Par la lune éclairés reprennent Texistence.
Froids, compassés, et sans tourner les yeux, Voyez-les se lever eux tous comme un seul b(Hmne,
Et sans parler, chacun laborieux Aller à son devoir. C^est bien étrange en somme I
Le timonier gouverne; — le vaisseau Marche, marche et pourtant ne souffle aucune brise;
Des matelots notre nombreux troupeau Aux cordages sans bruit monte, et ne fait méprise;
Tous ces muets travaillent à nouveau. — Notre équipage était de spectres . . . sans feintise.
Pied contre pied, genou contre genou, Etait sur moi le corps du fils de feu mon firére.
Le corps et moi halions non pas prou.
Mais ne me disait rien ce marin exemplaire."
Mais non pss par les " ^'^i peur de toi vraiment vieux loup de mer!"
âmes des hommes, ni «^«^e crains; éteins ta peur! ce n'étaient point les âmes
par les démons do la ^ x ^ x i • /-ii. .
terreoudesplainesdel' I^^s pauvres morts rentrant au logis, Cherl
air, mais parune troupe i>our les réanimer en leur soufflant leurs flammes;
Ohl certes non! c^ét&ient de purs Esprits, Des Esprits bienheureux, venant je te Tatteste, Des plaines de Téther, du bleu séjour céleste.
Si que du jour lorsqu* on vit les rubis, Ds furent vers le mât, et là, c*est manifeste.
bienhenreuM d'Esprits angéliqueB envoyés par rinyooatioii de l'ange gardien.
Des sons divins sortirent de leurs corps.
Et puis vers le soleil monta cette musique;
Et doucement se répandit dehors En flots de mélodie, un doux et saint cantique.
C^était pleuvant du plus haut de Fazur Quelquefois le doux chant de la gente alouette; De mille oiseaux c^était la douce chansonette,
Ou bien encor le gazouillement pur Ou du chardonneret, ou bien de la fauvette.
Parfois c^était comme tout un concert, Parfois aussi c^étaît la flûte solitaire,
DW ange encor c^était le chant disert.
Pour Pentendre, écoutait et le ciel et la terre.
Puis tout cessa. Jusqu^à midi pourtant Les voiles en vibrant, firent un doux murmure.
Un de ces bruits que gamine en trottant Le ruisseau qui se cache en Juin sous la feuillure,
Qui dans les bois la nuit s^en va chantant Son refrain tout gentil qui berce la nature.
Jusqu'à midi sans bruit, tranquillement Sans brise toutefois, cependant nous voguâmes,
Notre navire allait doucettement Conmie poussé d*en bas par d'invisibles rames.
Nageant profond à neuf brasses sous nous, Le solitaire Esprit du pays de la neige,
L'Esprit solitaire du nord porte le vaisseau
aiusi loin que u ligne, C'était lui seul qui faisait vertuchoux I
pour obéir aux ordres ,, , . ^ ^
de U troupe angélique. Marcher notre navire et son muet cortège, mais réclame toiyours Devers midi SUS s'arrêta le pouls
Des voiles, qui vibrait ainsi par sortilège.
Droit au-dessus du grand mât le soleil Sur Tocéan tenait endormi le navire.
Soudainement par un brusque réveil En arrière, en avant il a rué son ire,
Et puis enfin d'un coup de son orteil Il bondit en avant atteint d'un fou délire;
Comme un coursier piaffant et s^emportant D'obstacles dédaigneux, court sans que rien l'arrête:
Mais sur le coup je tombai tremblottant Evanoui, le sang me portait à la tête.
Les oompagnons dé- Combien de temps restai dans cet état,
monoïques de l'Es. ;^Tg pourrais l'affirmer, ne saurais le décrire,
pnt du pôle, invisibles *^ ' '
habitants de l'élément, Mais avant que revinsse à la vie, au martyre, prennent part à ses Distinctement j'entendis le débat
injures, et deux d entr »'
eux se racontent l'un à De deux voix dans les airs disant ce que vais dire :
l'autre qu'unepénitence longue et dure à subir
parle loup de mer a "Est-ce celui?" dit une de ces voix
été accordée à l'Esprit ,, ^ . , i
pôiairequis'en retourne Q^^ ^^ «OU arc cruel sans raison, m sans rime, vers le midi. Tua l'oiseau?" ...— ** Par Jésus I par sa croix!
Oui, c'est cet homme là qui conmiit Tafireux crime.
" L'Esprit qui vit par delà les brouillards Aimait cet Albatros, lui-même ami de l'homme
Qui le tua du ciel sous les regards, Avec son arbalète, et méchamment en somme."
Plus douce était la seconde des voix.
Douce comme du miel, ou comme un doux breuvage :
"Cet homme qui," dit-elle, "je le crois, Est déjà repentant, le sera davantage!"
BALIiADE BU YIEUX LOUP DE MEB.