‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 58 sur 162 · DRYDEN (JOHN · texte numérisé non relu

DRYDEN (JOHN

Le Festin d'Alexandre,

ou VA PUISSANCE DE LA MUSIQUE.

ODE En VhofmeHT de V Anniversaire de Sainte' Cécile.

C^ETAiT royal festin après une victoire.

Du vainqueur de la Perse on célébrait la gloire : Haut placé, le héros planait majestueux Sur un trône éclatant comme le roi des Dieux. Epars, autour de lui, les chefs de ses phalanges De sa gloire vivantes franges.

Le front tout couronné de fleurs Comme il convient à des guerriers vainqueurs Se tenaient ;^t Thaïs, sa charmante maîtresse Dans tout Téclat de la jeunesse, Dans tout Torgueil de la beauté.

Semblait à ses côtés Timmortelle Déesse De la divine volupté.

Heureux, heureux, heureux le couple Que la gloire à Tamour accouple Le brave seul, le vainqueur redouté, Le brave seul mérite la beauté.

120 LE FBSTnr d*alexandbe.

CUŒUR.

Heureux, heureux, heureux le couple Que la gloire à Tamour accouple,

Le brave seul, le vainqueur redouté,

Le brave seul mérite la beauté !

LHllustre Timothée, un des rois de la lyre, De ses doigts caressants en&nta ce délire Qui monte, monte, monte au plus pur de Téther.

Il chanta d^abord Jupiter Qui délaissa le ciel, le s^our du tonnerre, ^Tant Tamour est puissant!) pour venir sur la terre.

Dragon de feu Cachait le Dieu.

11 chevaucha d^une façon sublime Sur des rayons depuis la double cîme.

]*our la belle Olympie il daignait s^abaisser

A recourir au piège.

Pour mieux pouvoir se prélasser Sur sa gorge de neige.

Et puis il Tentourait de ses plis amoureux.

Et rénivrant de sa faconde, Lui laissait son image à jamais sous les yeux

Lui ! ... le maître du monde!

Et la foule émue applaudit Avec enthousiasme à ce chant érudit.

Chacun admire, Chacun de dire:

Le Dieu! le Dieu Trône en ce lieu !

Et récho complaissant de dire et de redire:

Le Dieu ! le Dieu Trône en ce lieu !

Douce musique à son oreille!

LE FESTIN d'aLEXAKDBE. 121

11 entend le monarque-Dieu 1 Son air protecteur est l'aveu Que la vanité le conseille, Et le voilà qui pose en Dieu !

CHŒUR

Douce musique à son oreille !

Il entend le monarque-Dieu!

Son air protecteur est Paveu Que la vanité le conseille, Et le voilà qui pose en Dieu!

Le doux musicien fit ensuite Péloge

De Bacchus toujours jeune et beau,

Du Dieu de la Gaîtë qui très souvent déroge, Car son trône, c'est un tonneau:

Il vient ! battez tambours, sonnez, sonnez trompettes. Résonnez clairons et musettes.

Il vient, à vous haut-bois! à toi doux chalumeau! Il montre sa bonne figure, A la rougeâtre enluminure Bacchus rétemel jouvenceau I Bacchus nous a donné la treille Boire est le plaisir du soldat.

C'est un trésor que la liqueur vermeille I C'est un plaisir doux après le combat,

Doux après la douleur que le jus de la treille!

CHŒUR

Bacchus nous a donné la treille !

Boire est le plaisir du soldat, C'est un trésor que la liqueur vermeille !

C'est un plaisir doux après le combat, Doux après la douleur que le jus de la treille!

122 LS FESTIN D*ALSXANDB£.

Amolli par ces chants^ ivre de vanîtë) Le monarque à nouveau relivra ses batailles, n se reput du sang de mille funérailles, Par trois fois culbutant Tennemi dérouté.

L^illustre Timothée en voyant son délire

D^un aussi fol oigueil bouffi.

Croître et grandir, au ciel porter défi, Changea subitement les cordes de sa lyre, Modifiant leur ton, comme on mollit la cire.

Pour mitiger Torgueil, — ^inspirer le pardon,

Il choisit une muse austère Et chanta Darius grand et bon comme un père.

Tombé, tombé, tombé, tombé dans Tabandon Et baigné dans son sang, — seul gisant sur la terre. Maintenant délaissé par ceux là qu'autrefois Sa bonté nourrissait, qui vivaient sous ses lois. Et mourant isolé, sans un ami sincère Pour lui fermer les yeux, à lui 1 le roi des rois ! Et le vainqueur ému sentait changer son âme A Taspect de ces jeux du hasard ici bas.

Et de ses yeux ardents tombait Tardente flamme,

Et ses larmes coulaient tout bas!

CHŒUR

Et le vainqueur ému sentait changer son âme A Faspect de ces jeux du hasard ici bas.

Et de ses yeux ardents tombait Pardente flamme. Et ses larmes coulaient tout bas!

Notre chantre inspiré paya d'un doux sourire La tendre émotion que fit naître sa lyre.

Car il n'ignorait pas combien peu de détour Il faut à la pitié pour aller à Tamour.

Du mode lydien évoquant donc la phrase, Dans son âme enivrée il fit naître l'extase.

LE TESTIK D*AL£XANDB£. 123

La gaerre^ chantait-il, n*est que peine et labeur, L*honneur est un vain bruit, vaut-il donc le bonheur? A quoi sert de se battre? à quoi sert de s^occire? Et toujours, et toujours, pour n^en finir jamais: Le plus grand coup porté ne vaut pas un sourire, Et si du monde il faut priser l'empire.

C'est pour jouir de ses bienûûts.

La charmante Thaïs à tes côtés assise Est un présent des Dieux, prends ta belle promise I Vivat! vivat! ce cri retentit à Tentour, La musique a gagné la cause de Tamour.

Ne pouvant plus celer le feu qui le dévore,

Le prince quittant son amphore Enveloppa Thaos d'un regard plus fervent, Soupira, regarda, soupira plus souvent, Et le vainqueur, vaincu par sa vive prunelle, Ivre d'amour, tomba sur le sein de la belle.

CHŒUR

Vivat! vivat 1 ce cri retentit à l'entour, La musique a gagné la cause de l'amour.

Ne pouvant plus celer le feu qui le dévore,

Le prince quittant son amphore Enveloppa Thaïs d'un regard plus fervent, Soupira, regarda, soupira plus souvent.

Et le vainqueur, vaincu par sa vive prunelle. Ivre d'amour, tomba sur le sein de la belle.

Résonne de nouveau maintenant lyre d'or :

Qu'ils vibrent tes accords comme le son du cor, Et que retentissant à l'égal du tonnerre, Ils éveillent soudain ses yeux à la lumière.

Ecoutez! écoutez! l'horrible son A soulevé sa tête ; Comme le flot surgit au fort de la tempête

124 LE TESTIK D*ALEXAKDIIE.

U se lève en sursaut en proie au noir frisson, Car Timothée a dit en sa rude éloquence :

Vengeance! vengeance! vengeance 1 Voyez, voyez, Tinfemale Alecton Et ses deux sœurs Tîsyphone et Mégère,

Toutes les trois du Phl^éton

Viennent de passer Tonde amère ;

Voyez donc conune en leurs cheveux

En mille replis tortueux S^enlacent des serpents la hideuse cohorte, Voyez le feu d'enfer qui darde de leurs yeux.

Entendez siffler leur escorte !

Et cette troupe hâve une torche à la main.

Voyez là se mouvoir avec un front d'airain.

Des Grecs morts au combat prives de sépulture Ce sont les noirs esprits poussant un sourd murmure.

Donnez à leurs mânes sacrés Contre vous conjurés.

Donnez, ah! donnez la vengeance!

Voyez les brandissant leurs torches dans les airs,

En laisser tomber des éclairs, Et vous montrer du doigt cette magnificence

Des temples, des palais persans, Et de leurs Dieux l'impassible arrogance!

A ces accords sur leurs cœurs si puissants, Les princes, d'applaudir en s'écriant: Vengeance!

Et, plein d'un zèle destructeur. Le roi prend un flambeau ; pour qu'il trouve sa proie Thaïs le devançant, attise sa fureur, Hélène souriante au sort d'une autre Troie !

CHŒUR

Et, plein, d'un zèle destructeur.

Le roi prend un flambeau; pour qu'il trouve sa proie Thaïs le devançant, attise sa fureur, Hélène soiu'iaute au sort d'une autre Troie!

LE FESTIN d'aLEXAKDIUE. 125

vn.

Ainsi dans ces temps primitifs, Ayant que des soufflets tinssent les vents captifs, Avant que Porgue et son clavier magique, Au monde eût révélé son pouvoir énergique,

Timothée, inspiré des Dieux, Sur sa flûte amoureuse et son luth belliqueux Savait chanter d*amour la plus douce \'ictoire. Ou pousser aux combats, à la mort, à la gloire

Des guerriers valeureux.

Enfin parut la divine Cécile

Qui créa Torgue au large style.

Et sut tirer du puissant arsenal

Un nouveau monde musical, Mariant tout à coup, au feu de son génie,

La mélodie à lliarmonie.

Que le vieux Timothée, aimé des immortels,

A sainte C^ûle abandonne La palme, — ou que tous deux, partagent la couronne : Timothée au ciel même éleva les mortels^ Cécile fait descendre un Dieu sur nos autels !

CHŒUR

Enfin parut la divine Cécile

Qui créa Torgue au large style.

Et sut tirer du puissant arsenal

Un nouveau monde musical, Mariant tout à coup, au feu de son génie,

La mélodie à Hiarmonie.

Que le vieux Timothée, aimé des immortels,

A sainte Cécile abandonne La palme,— -ou que tous deux partagent la couronne : Timothée au ciel même éleva les mortels, Cécile fait descendre un Dieu sur nos autels!

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