‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 64 sur 162 · LES M0ET8 S0NT8 VIVANTS · texte numérisé non relu

LES M0ET8 S0NT8 VIVANTS

Tombe, tombe dans ton tombeau !

L'ouragan de Décembre Ëtreint la forêt, la démembre Brin à brin, morceau par morceau ; Tombe, tombe dans ton tombeau Vieille feuille !

Les Morts sont Vivants.

Ne demande pas à la tombe, La tombe ne répond jamais "Où va le vivant qui succombe

Où sont les morts?" . . . Non, mais Demande à la blanche aubépine Qui revient à chaque printemps Orner le vallon, la colline.

Demande à la âeur purpurine Qui vient émerveiller les sens.

Demande à chaque créature.

Demande à nos près, à nos champs, Demande à l'arbre, à la verdure, Aux ruisseaux toujours renaissants.

Demande au gain, à son ivresse.

Puis à la perte, à sa tristesse, A l'acte courageux du fort Qui toujours veille et qui jamais ne dort; Demande à l'océan qui sans cesse murmure.

Demande au bleu du ciel, demande à la nature Prenant toujours, donnant toujours, Sans jamais arrêter leurs cours.

Ils te feront cette réponse Que tu retiendras désormais :

" Les morts sont vivants, tout l'annonce, Et ne peuvent mourir jamais ! "

LES FLEirSS DE LA FOBÊT. 131

ELLIOTT, OF MiNTO (Miss JANE).

Morte en 1781.

Les Fleubs de la Eobêt.

En trayant les brebis j^entendais les fillettes

Chantant gaiement du jour faire le guet ; Mais maintenant gémissent les pauvrettes,

C'est qu'elles n'y sont plus les Fleurs de la forêt.

Dans les parcs aux brebis les langues sont muettes, Nul jouvencel n'émet de gais propos, Soupirs, sanglots, point de vives causettes.

De lait, comme autrefois, en remplissant leurs sceaux.

Lorsque vient la moisson, ou des brebis la tonte. Nul gars n'est là pour cueillir le bluet ; LasI plus de cour, pas même un joyeux conte.

Car elles n'y sont plus les Fleurs de la forêt.

Le soir nul amoureux ne rôde au crépuscule

Près de la meule, ou bien près du bosquet, Pour eflfrayer une amante crédule ....

C'est qu'elles n'y sont plus les Fleurs de la forêt.

Sur l'ordre qui porta les nôtres aux frontières.

Malheur I malheur 1 l'Anglais pour une fois Par tricherie, il les vainquit nos frères.

Et sous le sol ils sont tous ces guerriers de choix.

Dans le parc aux brebis maintenant le silence A fait son nid ; l'écho reste muet.

Nos filles n'ont plus le cœur à la danse.

C'est qu'elles n'y sont plus les Fleurs de la forêt !

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