OSGOOD (MRS
Née en 1808— Morte en 1850.
Chant d'adieu de l'Aêronaute.
C'en est fait ! le lien qui me clouait à terre Il est tranché, je prends mon vol vers l'atmosphère ! Jouet des élémens je deviens un joujou Que la brise mutine emporte Dieu sait où!
Et qu'elle peut casser pour peu que ça l'amuse, Comme un enfant gâté, sans besoin d'une excuse. Oh! si les quatre vents s'assemblent aujourd'hui Ces géants là feront pour charmer leur ennui
De balle une belle partie!
Sans s'inquiéter dà dans leur folâtre humeur, Que leur jeu que ne puis voir avec sympathie, Soit cause de ma mort, et qu'ils en soient l'auteur! Cette balle de pied pour eux est une bulle, Us la peuvent crever sans le moindre scrupule; Et moi, comme l'enfant renonmié du soleil, Qui du Père Phœbus dédaignant le conseil Voulut du char du jour gouverner la lumière, Et répandre à pleins flots sur Madame la Terre, Mais qui ne sachant pas guider le char de feu Fut, de par Jupiter, très irascible Dieu, A bas précipité d'im coup de son tonnerre, Moi je puis être aussi jeté la tête en bas, Sans sur ma tombe avoir au moins les doux hélas,
Non plus les jaunes sérénades De jeunes Héliades !
cHiLNT d'adief de l'aébonaxjte. 197
Ma route dangereuse a peut-être un seul port,
La mort !
Dans un instant j ^ puis toucher, non par ma faute,
Qui ne plaindra V Aéronautel Pourtant le vent en poupe, et le ciel devant moi, Dans quelques cœurs laissant sur la terre un émoi, Sans trembler je confie à la brise l^ère
Mon frêle esquif et ma bannière.
Et je remets ma vie aux mains de Dieu, Le Grand Veilleur, dont le Verbe est de feu.
Bans le vouloir duquel le passereau ne tombe,
Qui créa tout, le tigre et la colombe.
Content d'être emporté, soulevé dans les airs Jusqu'au séjour où trônent les éclairs,
De quelques uns par la prière, Des sans-soucis par le rire éphémère.
Le voyageur peut-il connaître la terreur.
Quand des milliers de lèvres roses Et dont grand nombre à peine écloses, Sourient à son départ à lui le grand oseur!
Lorsque les yeux purs de Tenfance Le suivent d'un regard surpris, Ou qu'une femme aimante et dont il est épris,
Semble lui dire en sa douce éloquence :
A ton retour ici sera le Paradis! Des prières, des voeux et de l'amour peut-être Sont pour l'Aéronaute .... et c'est un grand bien-être Que semblables pensers, — qu'un tel épanchement! Quand dans l'air en son char il est seul tristement I
Et commç mon ballon des airs montait la côte. Je me dis pénétré d'un indicible émoi:
"Le monde a du bonheur pour chacun .... eh bien ! moi Je domine sur lui ... . Vive l'Aéronaute!"
198 l'bbmite.