‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 96 sur 162 · UN CONTE DE FÉES · texte numérisé non relu

UN CONTE DE FÉES

Qui chuchotent gaiement, et puis du coin de Foeil n voit des pieds fringants, des jambes ravissantes, Valsant, tournant ainsi que Pécureuil.

Mais vous qui m^écoutez, croyez-en le conteur, n est très véridique et pas du tout menteur.

Jamais plus riche masquerade Ne s'en vint défiler sous les yeux d'un mortel, Perles, plumes, parfums et blanche satinade,

C'était si beau, — qu'il ne fut rien de tel I

Mais tandis qu'il était tout oreilles, tout yeux. Voilà que des galants le plus avantageux

S'écria d'un accent terrible :

** Quel est le vil mortel, quel est l'audacieux . Dont l'haleine empestée à nos sens accessible,

A souillé l'air qu'on respire en ces lieux?"

— ** C'est moi," dit notre Edwin, se présentant sans peur Aux Esprits assemblés, " c'est moi, je suis l'auteur.

Mais l'auteur bien involontaire Du trouble que j'apporte en vos nocturnes jeux, Mais je suis excusable, et dans ce sanctuaire

Seul m'a conduit désespoir amoureux."

— " Je reçois ton excuse," a répondu l'Esprit, "Ta franchise me plaît, et n'est point un délit

Qui soit parmi nous punissable; Nous ne ressemblons point à ces trônants d'un jour v Pour qui le seul mensonge est monnaie acceptable, La vérité! — c'est là tout notre amour!

" A moi donc d'exalter ton courage abattu, A moi de consoler ton chagrin, — le veux-tu ?

Dès ce moment, tiens, prends ta chance, Et tandis que je danse avec ma gente Mab, Avec Mabille toi prends part à notre danse Comme jadis fit le fils de Joab I

UN GONTS JD£ F^ES. 209

Il dit, et tout à coup des airs mélodieux Sur les ailes du vent vibrent harmonieux,

Le Monarque conduit la Keine, Et tous les courtisans de danser de concert, Et Mabille gaiement de faire aussi la chaîne

Ayant au bras Edwin du château vert.

Après ce joyeux bal vient souper plus joyeux,

Doux aveux, gais propos, mets choisis, vins nombreux,

Enfin le paradis sur terre; Le convive est servi par d'invisibles mains : A-t-il soif? De sa lèvre aussitôt un plein verre

S'approche, — il est vide, puis repris par des nains.

Mais voilà que soudain pour complaire à leur Roi Sujettes et sujets simulant un tournoi

S'escriment à coups de galoches; L'un de gesticuler comme un singe disert, Tandis que d'autres fous font assaut de bamboches

Aux yeux surpris d'Edwin du château vert ;

Jusqu'à ce que l'un d'eux, nommé je crois Robin, Un très bon diable au fond, mais espiègle et malin

Se hisse jusqu'à la voussure.

Soulevât avec lui notre jeune héros.

Dont il fait un magot de vieille architecture En l'étendant, sur le défaut du dos.

Edwin tout pendillant: " Assez mes bons amis. Assez," " leur disait-il, " la farce a bien son prix,

Mais assez de ce sortilège, Je n'en puis plus !" — Soudain Obéron lui répond: " Edwin, résigne- toi ; — mon peuple te protège.

Attends, — dans peu tu descendras d'un bond."

Tout à coup ont cessé tous ces nocturnes jeux. Le frais du jour se glisse en ces lieux caverneux,

Le coq jette son cri d'alarme,

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