‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 98 sur 162 · UN GONTB DE FÉES · texte numérisé non relu

UN GONTB DE FÉES

Voilà qu^en ce castel jadis abbatial

Au son de la musique a commencé le bal;

Mais Sir Topaz, le pauvre hère.

Ne sait oil se cacher quand soudain Oberon :

" Un homme est près d*ici," dit-il, avec colère;

" Un vil mortel, — un ignoble poltron!..."

Sur ce, le Sir Topaz ce vilain Céladon:

" Excellences," dit- il, " accordez-moi pardon ;

Prenez pitié d'un pauvre diable Qui la nuit ne pouvant retrouver son chemin.

Est venu s'abriter, ô destin misérable!

Dans ce séjour pour lui le plus voisin."

^^ Oh ! le vil mécréant 1 " dirent tous à la fois Les Esprits, — " Voyez donc! il se croit fin matois,

En nous débitant ces sornettes, Conmie si nous étions sans savoir le pourquoi De sa venue; — eh bien ! passe par nos baguettes

Bel imposteur ! tiens prends voilà pour toi !"

On le bat, on le hue, et puis le feu follet De tous ces farfadets Tesprit le plus finet.

Le prend et vite le transporte Où notre Edwin était, — au milieu du plafond. Et tous les quolibets gaiement lui font escorte.

D'autant plus vifs qu'il est plus furibond.

Néanmoins on l'oublie, et les folâtres jeux

Tour à tour vont leur train, rendant chacun heureux,

On rit, on jase et l'on s'amuse On mange chair exquise, on boit vin pétillant. On danse au son du cor, ou de la cornemuse... Le Sir Topaz est toujours pendillant.

Cependant voilà que tous les yeux de la nuit Se sont clos, — les Esprits s'envolent avec bruit,

Et le Chevalier tombe à terre, p2

212 LA COBNEILLE.

Car jamais sortilège imposé par lutin N'a de son puissant charme étreint une clairière Plus qu'une nuit ; — il finit au matin.

Les lustres flamboyants avaient éteint leurs feux. Aussi maître Topaz fut-il très malheureux

De se trouver là sans lumière.

Mais il se crut sauvé quand il revit le jour. Hélas ! que devint-il, en sentant par derrière

Le dos d'Edwin gonflé comme un tambour.

Ce conte, ma nourrice un beau jour me le dit, Et puis, me caressant, ajouta: " Mon petit

Fais ton profit de sa morale :

Les uns lestes sont nés pour courir au succès, D'autres, ont, au contraire, à vaincre la cabale Pour arriver, — presque toujours après :

'^ Mais la seule vertu sait aussi tôt ou tard Faire au même les sots favoris du hazard

Si vains de leur bonne fortune....

La vertu peut toujours l'emporter sur le sort. Et jetant à la mer une charge importune,

Tranquillement s'abriter dans le port."

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