CONVERSION DE SAINT AUGUSTIN
Ce grand saint naquit à Tagaste , en Afrique, vers le milieu du quatrième siècle. Doué d'un esprit juste et élevé , d'une pénétrai ion vive, d'une mémoire prodicieuse et d'un grand amour pour la vé-
DU CntllSTIANïSME. 1 v^ 1
rllé, il fit de grands progrès dans ses études, et se rendit très-habile dans les langues latiue et grecque, dans la rhétorique, et dans toutes les branches de la philosophie. Sainte IMonique, sa mère, ne cessait cependant de demander à Dieu qu'il fît autant de progrès dans la piété que dans les sciences; mais Dieu permit que, depuis Tâge de dix-neuf ans jusqu'à celui de vingt-huit, il fût livré aux erreurs des manichéens^ et pendant la moitié de sa vie cà de criminelies voluptés.
A l'âge de trente ans il obtint, par le crédit des manichéens , la chaire de rhétorique de Milan ; il se rendit dans cette \ille en 584. Saint Ambroise, qui en était évéque, le reçut avec une bonté qui le loucha. Ce saint docteur prêchait souvent à son peuple des sermons, remarquabics par une éloquente simplicité et par beaucoup de solidité : il les trouva bien préférables aux discours de Fauste, célèbre docteur des manichéens , et convint que la doctrine catholique pouvait du moins se soutenir.
Augustin avait avec lui deux amis in-
l52 BEAUTÉS
limes, AHpe elNcbride, qui s'étaient rendus à Milan pour y chercher la vérité.
Dégoûté du manichéisnic , il s'adressa à un vieux prêtre, nomuic Simplicien, qui avait instruit saint Ambroise. En lui racontant toutes ses erreurs, il hii dit qu'il avait lu quelques livres des platoniciens. Simplicien, après l'en avoir félicité, lui fit l'histoire de la conversion d'un célèbre rhéteur, nonmié Yictorin, à laquelle il avait eu beaucoup de part. Auguslin, sensiblement touché de ce récit, éprouva le désir d'imiter Victorin , et de renoncer à sa chaire de rhétorique, a Je soupirais , dit-il , après son bonheur , mais j'étais retenu , non par une chaîne extérieure, mais par ma volonté, plus dure même qu'une chaîne de fer. »
Un jour qu'il élait à son logis avec Alipe, il reçut la visite d'un nommé Pontilien, qui avait un emploi considérable à la cour de l'empereur. Quand ils se furent assis pour s'entretenir , Ponlitien prit un livre placé sur une table qui élait devant eux, l'ouvrit, et fît éclater sa sur-
DU CI1RISTIA>^ISME. \ÔÔ
prise en voyant les Épîties de saint Paul , au lieu d'un livre de littérature. Augustin lui ayant dit qu'il s'appliquait fort à celte lecture et à d'autres semblables, la conversation tomba sur saint Antoine, dont Pontitien raconta la vie comme trèsconnue des fidèles, mais dont les deux ainis n'avaient jamais entendu parler ; en même temps il leur parla de la multitude des solitaires qui remplissaient les déserts, et dont ils n'avaient aucune connaissance; enfin, il les instruisit de la conversion de deux officiers de l'emp^îrcur, qui, ayant trouvé chez des moines de la ville de Trêves, en se promenant avec lui, la vie de saint Antoine, en furent si vivement touchés, qu'ils embrassèrent sur-le-champ la vie cénobitique.
Augustin fut profondément ému du discours de Pontitien. A peine est-il parti , qu'il dit à Alipe, avec la plus vive émotion : « Qu'est-ce que nous venons d'entendre? Quoi! des ignorans ravissent le ciel, et nous, avec toute notre scier.ce, nous sommes assez malheureux pour de-
' ÏÎEAI'TËS
nieurcr plongés dans la chair et dans k sang! Ne devrions-nous pas mourir de honte, de ne pas faire ce qu'ils ont fiiit ?» Alipe,. étonné de ce changement, le suÎNit pas à pas dans le jardin, où l'emporta le mouvement qui l'agitait. Ils s'assirent le plus loin qu'ils purent de la maison. Augustin s'indignait de ne pouvoir se résoudre à ce qui semblait ne dé* pendre que de sa volonté ; il s'arrachait les cheveux, se frappait le front, s'embrassait les genoux des deux mains. Alipe attendait en silence le résultat de cette \iolente agitalion. Augustin, se sentant pressé de répandre sa douleur par des cris et des pleurs, se leva, et le laissant à l'endroit où il était assis, il alla se coucher sous un figuier. « Jusqu'à quand, Seigneur.^ s'écriait-il en versant un torrent de larmes, quand finira votre colère? Pourquoi dcmiain? pourquoi pas maintenant? >) Comme il finissait cette exclamation, il entendit, comme d'une maison voisine , une voix qui répétait ces deux mots latins; ioile^ (ege (prenez, lisez). II change de visage, ci se persuade
Dû CimiSTlANISME. l53
que Dieu lui commande d'ouvrir le livre qu'il a laissé auprès d'Alipe, et de lire le premier article qui s'offrira à sa vue. II retourne donc auprès de son ami, prend le livre de saint Paul, qu'il y a laissé, l'ouvre, et tombe sur ces paroles qu'il lit tout bas : Ne vivez pas dans (es festins et l'ivrognerie, ni dans les impudicités et les débauches , ni dans les disputes et les rivalités ; mais revêtez-vous de notre seigneur Jésus-Christ^ et ne cher, chez pas à contenter les désirs de votre chair, 11 n'en lit pas davantage, et toutes ses perplexités se dissipent. 11 ferme le livre, après avoir marqué le passage, et d'un air tranquille il dit à Alipe ce qui vient de se passer. Celui-ci veut lire luimême les paroles qui ont frappé sou ami, et lui fait remarquer les suivantes : Recevez celui qui est faible dans la foi ^ en se les appliquant à lui-même. Ils rentrent dans la maison, et apprennent cette heureuse nouvelle à sainte Monique, qui en fut transportée de joie.
Quand Augustin eut rompu ses liens, il se retira à la campagne avec sa Uitre,
IjG BEAUTES
son aini Alipo et trois autres. Après les \acaiiccs.. il manda aux liabitnns cle ^lilan de se pourvoir d'un autre maître d'éloquence. Saint Am'Droise, qu'il instruisit de SCS égaremcns passes et des nouvelles dispositions de son âme. lui conseilla de lire le prophète Isaïe. Quand fut venu le temps où il devait mêler son nom avecccux qui se préparaient au baptême, il quitta la campagne, et retourna à Miian vers le carême de lan 087. Aiipc et lui furent tous deux baptisés la veille de Pâques, par saint Ambroise. Aussitôt après , Auguslin voulut retourner en Afrique.
Sa mère sainte .Monique étant morte à Ostie, il s'arrêta dans ce port pour lui rendre les derniers devoirs, et continua ensuite son voyage.