‹ Beautés du christianismeChapitre 22 sur 42 · EMINENTES VERTLS DE SAINTE GENEVIEVE · texte numérisé non relu

EMINENTES VERTLS DE SAINTE GENEVIEVE

Saint Germain, évéque d'Auxerre, allant dans la Bretagne, en/|5o, avec saint

Loup, évoque de Troycs, passa parjNan- Icire, village situé près de Paris. Sur leur grande réputation , les habitans vinrent en Ibule à leur rencontre. Saint Germain, en faisant une exhortation cà ce peuple qui l'entourait^ aperçut de loin une petite fille , sur les traits de laquelle il remarqua quelque chose d'extraordinaire. 11 la fit approcher, demanda son nom 5 et quels étaient ses parens ; on lui répondit qu'elle s'appelait Geneviève, et en même temps son père et sa mère s'étant présentés , le saint prélat les félicita d'avoir une fille qui serait un jour un grand modèle de vertu. 11 demanda ensuite à la petite Geneviève si elle voulait se consacrer au service de Dieu. Elle déclara qu'elle le désirait de tout son cœur, et pria saint Germain de lui donner la bénédiction solennelle des vierges. Après qu'on fut entré dans l'église, qu'on eut chanté des psaumes, et adressé à Dieu de longues prières, pendant lesquelles saint Germain tenait sa moin droite sur la tète de la jeune paysanne, ce saint évtque

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recommanda à ses parens delà lui amener le lendemain, et alla prendre son repas.

Le père et la mère de Geneviève ne manquèrent pas le jour suivant de faire ce qui leur avait été recommandé. «Vous souvenez- vous, dit saint Germain à la jeune fille, de ce que vous avez promis? — Oui, répondil-ellc , et j'espère accomplir ma promesse avec le secours de Dieu et de vos prières. » Dans ce moment l'évêque aperçoit ta terre une pièce de monnaie de cuivre, marquée d'une croix.

Il !a ramasse et la donne à Geneviève, en disant: « Gardez-la, portez-la toujours suspendue à votre cou pour tout ornement, et laissez l'or et les pierreries à celles qui servent le monde. » Il la recommanda à ses parens, et se remit en route.

Sainte Geneviève pouvait alors avoir douze ou quatorze ans. Quelques jours après le dépari de saintGermain , sa mère voulut rcmpécher d'aller à l'église un jour de fête, et ne pouvant la retenir, elle la frappa sur la joue; elle perdit aussitôt

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la vue, el resta aveugle pendant deux ans. Enfin, se souvenant de la prédiclion de saint Germain , elle ordonna à sa fille de lui apporter de l'eau du puits, et de faire sur elle le signe de la croix. Après que Geneviève lui eut lavé les yeux, elle commença à voir un peu , et quand celte action eut été répétée deux ou trois fois, elle recouvra parfaitement la vision. Ce puits est encore aujourd'hui en grande vénération. Lorsque Geneviève eut été consacrée à Dieu par la bénédiction de saint Germain , elle ne niangea plus que deux fois la semaine, le dimanche et le jeudi, et ces jours-là même elle ne prenait pour toute nourriîure que du pain d'orge avec des fèves cuites depuis une semaine ou deux, et ne buvait que de l'eau. Elle continua un genre de vie si austère, jusqu'à l'âge de cinquante ans; alors, par le conseil des évéques, pour qui elle eut toujours le plus grand respect,] elle usa d'un peu de lait et de chair de poisson.

Un jeûne si rigoureux était accompagné d'une prière fervente et presque con-

tinuclle. Elle y répondait une si grande abondance de larmes, que l'endroit où elle priait en était tout rempli. Elle se disposait à sanclificr le jour du Seigneur, en priant toute la nuit du samedi au dimanche; et pour se préparer à la fête de Pâque, elle se condamnait à une exacte retraite depuis l'Epiphanie jusqu'au jeudi saint. Sa vertu lut toujours éprouvée par des persécutions et par d'alrcces calomnies; mais elle n'y répondait que par sa douceur et sa patience, et se contentait de prier pour ses ennemis et ses- calomniateurs. S.iint Germain prit soin lui-même de la justifier, et le respect que l'on portait à ce saint évéque, suspendit pour un temps la fureur de ses ennemis.

Attila, roi des Huns, surnommé par lui-même le fléau de Dieu, après avoir porté la désolation dans plusieurs provinces de fempire romain, était entré en France avec une armée formidable. Les Parisiens, ne se croyant pas en sûreté dau£ leur ville, voulaient se retirer dans un place plus forte. Geneviève assembla

des personnes de son sexe , el les exhorta à détourner la colère de Dieu par des prières et des jeûnes. Elles suivirent ce conseil , et passèrent plusieurs jours à l'église; mais les hommes à qui elie voulut persuader les mêmes pratiques, ne furent point si dociles. En vain elle leur représentait qu'ils devaient mettre en Dieu toute leur confiance, et que leur ville serait conservée, ils la traitaient de fausse prophétesse, et voulaient môme altcnter à sa vie; mais Dieu changea tout-à-coup le cœur des plus emportés , à l'arrivée de l'archidiacre d'Auxerre, qui leur montra les présens bénits, qu'il apportait à Geneviève de la part de saint Germain. Quand ils virent ensuite que sa prédiction avait été accomplie par le parti que prit Attila de ne point marcher sur Paris , en se retirant de devant la ville d'Orléans pour se porter en Champagne, ils n'eurent plus pour elle, jusqu'à la fin de sa vie, que des sentimcns. de vénéraîion et de confiance.

Sa sainteté fut récopi pensée par le don

des miracles. De lous côlés ou venait implorer son intercession auprès de Dieu.

Sa grande renommée pénélra jusque dans les pays ies plus éloignés ; saint SimconStylile, illustre solitaire des en- \irons d'Anlioche , demandait de ses nouvelles aux marchands qui venaient des Gaules en Orient , les priait de la saluer humblement de sa part, et de le recommander à ses prières.

Geneviève, malgré ses grandes austérités, vécut environ qua Ire-vingt -dix ans, et mourut à Paris le 5 janvier de l'an 5i 1. On bâtit d'abord sur son tombeau un oratoire en boi> , ensuite on déposa son cercueil, qui était un grand coflre de pierre, dans l'église des apôtres saint Pierre et saint Paul, que Ciovis avaitcoramencée dès l'an 00 7. Dans la suite , cette église prit son nom, et fut desservie par des moines de l'ordre desaint Augustin , qui finirent par s'appeler chanoines réguliers de Sainte -Geneviève, ou génovéfains.

Les reliques de cette sainte patrone de Paris, ayant été placées dans une ma-

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gnifiquc chasse, enrichie de pierreries, qui fut suspendue derrière le grand autel de son église, devinrent l'objet d'un culte qui attirait constamment les fidèles de tous les environs de la capitale et des cn(hoits les plus éloignés. Dans certaines circonstances critiques, comme pendant une épidémie, une longue sécheresse, une maladie dangereuse du roi , on descendait cette châsse, et on la portait en procession dans plusieurs rues de Paris; tout le clergé séculier et régulier, l'archevêque en tète, le parlement, les autres cours souveraines , le prévôt des marchands, et les échevins, assistaient à cette pompeuse solennité.

En 1795, la municipalité de Paris fit descendre le vénérable cercueil , le dépouilla de tous ses ornemens, et aux acclamations d'une nombreuse populace, le livra aux flammes sur la place de Grève, avec les ossemens, consacrés par la vénération de plus de douze siècles.

Un temple magnifique, élevé à cette sainte, à la proximité de son ancienne église, fut alors desliné, sous le nom do

Panthéon français , à recevoir la dépouille des prétendus grands hommes de la révolution. Déjà les restes de Voltaire, de J.-J. Rousseau, et du comte de Mirabeau, avaient élé portés en triomphe, et déposés sous les voûtes de ce temple. Lorsqu'il fut entièrement achevé, Louis XVIII le rendit à sa destination primitive, et une relique de la sainte, heureusement sauvée de la destruction des autres, y fut exposée aux regards et au culte des fidèles, et l'antique solennité de ce cuite reparut pour ainsi dire avec plus de majcslé qu'autrefois.

JEUNESSE DE SA1>T EE>OIT= IL FO>DE LE MO- INÀSTÈRE DU MOMT CASSI>. RESPECT DE TO- TILA, ROI DES GOTHS. POUR CE SAINT RELI- GIEUX.

Saint Benoît lîaquit vers la fin du cinquième siècle, d'une famille illustre et opulente d'Italie. On l'avait envoyé étudier à Rome , mais voyant combien la

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jeunesse y était corrompue, il se retira dans une caverne fort étroite à quarante milles de Rome. Il y demeura trois ans, sans être connu de personne, si ce n'est d'un moine du voisinage, nommé Romain, qui s'échappait quelquefois de son monastère, pour lui porter un morceau de pain de sa porlion. Comme il n'y avait point, du côté du monastère, de chemin pour arriver à la caverne, et que le rocher était très-haut, le moine attachait le morceau de pain à une longue perche, et avec une sonnette^ il avertissait Benoît de le venir prendre.

Romain, ayant été envoyé dans les Gaules, Benoît se vit abandonné dans sa grotte, sans savoir même quel jour il était. Un prêtre, d'un lieu assez éloigné, apprit enfin, parune révélation divine, où il était. Il le trouva mourant de faim, lui apprit que c'était le jour de Pâques, où il n'était pas permis de jeûner, et lui fit manger de ce qu'il avait apporté.

Il y avait entre Sublac, lieu où était sa caverne, et Tibur, une communauté qui, sur la renommée de ses vertus, le pria a-

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près la mort de sou abbé, de se charger de sa conduite. Ayant accepté cette charge à regret, il essaya d'introduire parmi les moines, une réforme qui leur déplut; les avertit de chercher un autre supérieur, et se relira dans sa chère solitude^ où il devint de jour en jour, plus célèbre par ses vertus et ses miracles, qui lui attirèicnt un si grand nombre de disciples, qu il bâtit douze monastères, dans chacun desquels il établit douze religieux avec un supérieur, et ne retint avec lui que ceux qui avaient encore besoin d'instruction. Les personnages les plus illustres de Rome venaient le trouver, et le priaient de donner une éducation chrétienne à leurs enfans.

Il se rendit ensuite à Cassin , petile ville située sur le penchant d'une haute montagne dans l'ancien pays des Samnites. Il y avait un temple d'Apollon, trèsancien, divinité que les gens de la campagne adoraient encore, et à laquelle ils olFraient des sacrifices dans des bois environnans, qui lui étaient consacrés. Dès qu'il fut arrivé dans ce lieu, il brisa l'i-

(loir, renversa l'autel, et fit couper les bois. Il bâtit, dans l'enceinte même du temple, un oratoire à l'honneur de saint Jean, et un autre à l'honneur de saint Martin, et par de continuelles instructions, il attira au christianisme tous les peuples des environs. Pour consolider son œuvre, il bâtit sur la montagne un monastère, qui, depuis, fut le couvent, la source et le centre de son ordre.

Sa réputation devint si jurande, que Totila, roi des Goths, voulut voir un homme dont on publiait des merveilles, et éprouver si, comme on le lui avait dit, il était doué du don de prophétie. S'étant donc arrêté â quelque distance du monastère, il fit prendre ses habits royaux à un de ses officiers, lui donna un nombreux cortège et l'envoya vers le saint abbé, tf Mon fils, quittez l'habit que vous portez, lui crie Benoit d'aussi loin qu'il l'aperçoit : il ne vous appartient pas. » L'officier, épouvanté, se prosterne contre terre , et sans oser s'approcher du serviteur de Dieu, il retourne vers le roi.

Le fier Totila , frappé de ce qui était

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arrivé à son envoyé , se rendit lui-même auprès de Benoit. Dès qu'il le vit, il se prosterna , et il fallut que l'humble religieux le relevât lui-même. « Vous avez fait beaucoup de mal, lui dit Benoit, et vous en faites encore; mettez donc un terme à vos injustices. Vous entrerez dans Home, vous passerez la mer, et après avoir régné neuf ans, vous mourrez le dixième. «Totila, effrayé de cette prédiction, qui se vérifia dans la suite, se recommanda à ses prières, se retira, et depuis se montra moins cruel envers ses ennemis.

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