‹ Beautés du christianismeChapitre 23 sur 42 · EMINENTE PIETE DE SAINTE RADEGOXDE, REINE DE FRANCE · texte numérisé non relu

EMINENTE PIETE DE SAINTE RADEGOXDE, REINE DE FRANCE

Pvien ne prouve mieux l'excellence du christianisme, que les sublimes vertus qu'il inspire aux personnes que leur rang et leurs richesses exposent à toutes les séductions d'un monde corrompu, au milieu duquel la Providence les a placées.

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Radégonde était fille de Berhaire , roi de Thuringe : ayant été prise dans son enfance , par les Français , elle fut remise au roi Clotaire qui la fît élever, et l'épousa quand elle eut atteint l'âge de nubilité. Jeune et reine de France , elle ne se laissa point séduire par les plaisirs de la cour, ni par les vanités du siècle ; elle répandait d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres, priait et jeûnait souvent, et sous ses précieux vétemens, elle portait un ciliée, pendant tout le saint temps de carême. Le roi, son époux, disait qu'il avait épousé une religieuse et non une reine, et lui reprochait souvent ses pieux exercices. Après avoir fait mettre à mort injustement son frère, il se sépara d'elle, et l'envoya à Noyon pour y recevoir l'habit de religieuse de la main de saint Médard. Le saint évéque faisait difficulté de le lui donner, parce qu'elle était mariée , et les grands du royaume s'opposaient à ce changement d'état; mais elle prit elle-même les saints vétemens, et fit à saint Médard de si vives instances, qu'il finit par lui imposer les

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mains et la consacrer diaconesse. Rcvctiie de ces nouveaux habits et de ce nouveau titre, elle se retira dans une terre que ie roi lui avait donnée en Poitou. Elle y mena une vie très-austére, ne se nourrissant que de pain d'orge, d'herbes et de légumes , et n'ayant d'autre coucht?

qu'un ciliée étendu sur des cendres. Elle bâtit un monastère à Poitiers, et y assembla une nombreuse communauté. L'abbesse qu'elle y fit élire , reçut la bénédicîion des mains de saint Germain, évéque de Paris.

Cette pieuse reine, informée que lerôi avait dessein de la reprendre, écrivit à saint Germain pour le prier de l'en détourner. Ce vénérable prélat , ayant lu sa lettre, alla se jeter aux pieds du roi , et le supplia, en versant des larmes, de laisser la pieuse Radégonde dans sa retraite. Le monarque, de son côté, se prosterna devant le saint évêque, et le pria d'engager la reine â obtenir de Dieu le pardon de l'injure dont il s'était rendu coupable à son égard.

Justin, empereur de Constantinople,

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envoya à Radégoude, sur sa demande, un morceau delà vraie croix. Après avoir reçu, avec beaucoup de joie, celte précieuse relique, elle donna à son monastère de Poitiers le nom de Sainte-Croix, et priaTévéqueMérouée de l'y placer avec Tes honneurs convenables. Ce prélat n'a* vait point l'esprit de son état : au lieu de satisfaire la piété de l'illustre religieuse, il monta à cheval pour se rendre à sa maison de campagne. Affligée d'une conduite si inconvenante, Radégonde envoya prier le roi Sigebert d'ordonner que le premier évèque qui se trouverait, fît la translation de la sainte relique. Le monarque donna celte commission à Euphrone, évêque de Tours, qui s'en acquitta avec autant d'humilité que de dignité. Il y eut depuis cette solennité, un grand concours de peuple à l'église de Sainte-Croix de Poitiers : ce fut à cette occasion que le prêtre Fortunat composa le FexiUa régis.

Radégonde, après avoir plusieurs fois et inutilement essayé de rrg.igner les bonnes grâces de l'évoque Mérouée, partit

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pour Arles, avec son abbesse, pour y prendre la règle de saint Césaire. De retour à Poitiers , ne pouvant avoir la protection de son évêque, elle se mit sous celle du roi. Elle recommanda, en même temps, son monastère à tous les évêques, par une lettre où elle dit qu'elle l'a fondé par les libéralités du roi Clotaire, sous la règle de saint Césaire d'Arles, et y a établi , du consentement des évêques , Tabbesse Agnès qui a été bénie par saint Germain, (^ette pieuse princesse mourut le i5 août 587. Elle fut enterrée, trois jours après, par Grégoire de Tours, qui , sur la nouvelle de sa mort, s'était rendu à Poitiers. Il la trouva dans le cercueil, environnée de ses religieuses, au nombre d'environ deux cents, parmi lesquelles il y avait, non -seulement des filles de sénateurs, mais desprincesses du sang royal. Elle fut enterrée dans l'église de Sainte -Marie , qui dans la suite prit son nom.

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