‹ Beautés du christianismeChapitre 24 sur 42 · MISSION EN ANGLETERRE , VERS LA TIN DU SIXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

MISSION EN ANGLETERRE , VERS LA TIN DU SIXIÈME SIÈCLE

Le pape Saint-Grégoire, informé du triste état de la religion chrétienne dans la Grande-Bretagne, depuis que les Anglo Saxons y dominaient, résolut d'y envoyer quarante missionnaires. Il mit à leur télé Augustin , supérieur du monastère de Saint-André de Rome. Ces missionnaires , découragés par ce qu'ils avaient ouï dire de la difficulté du voyage '2i de l'état de la nation chez laquelle ilt' allaient porter la foi , et dont ils n'entendaient pas même le langage , s'arrêtèrent après quelques journées de chemin, et prièrent Augustin d'aller supplier Saint- Grégoire de ne les pas exposer à un voyage si périlleux, et dont le succès était si incertain. Ce pontife renvoya Augustin avec une lettre, par laquelle il leur or-^ donnait d'exécuter avec zèle l'entreprise dont il les avait chargé.».

Augustin, après avoir traversé la France, aborda aux côtes de la province de Kent, et prit terre dans l'île de ïanet. Les Angles et les Saxons, peuples de Germanie, s'étaient rendus maîtres, vers le milieu du siècle précédent, d'une grande partie de la Bretagne, et y avaient établi sept royaumes , entre autres celui de Kent, peu considérable, mais d'une situation avantageuse. Llhelbert, descendant d'Hengist, premier roi de ce pays, portait alors la couronne : il avait épousé la princesse Bertlie , fille de Caribert ou Chérébert , roi de Paris , à condition qu'il conserverait le cbrislianisme dont elle fiûsait profession.

Aussitôt après son débarquement dans Tile de Tanet , Augustin envoya au roi de Kent des interprètes français qu'il avait amenés avec lui , conformément aux ordres de saint Grégoire. Les Francs et les Anglais , qui étaient tous Germains, parlaient la même langue, mais Augustin ne connaissait que le latin. Ses envoyés, admis auprès du monarque, lui apprirent qu'Augustin vennit de Home pour lui ap-

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porter une bonne nouvelle, la promesse d'un royaume éternel, avec la connaissance du vrai Dieu. Ethelbert, en attendant qu'il pûlexanûner la nature de leur mission , leur fit donner tout ce que l'hospitalité lui prescrivait à leur égard, et avec d'autant plus de bonne volonté, que la reine, sa femme, l'avait déjà entretenu de la foi chrélienne. Il les attendait en pleine campagne, dans la crainte qu'il avait de quelque opération magique. Ils arrivèrent en procession, précédés d'une croix d'argent et d'un tableau qui représentait Jésus-Christ, et chantant des litanies. Après que le roi les eut fait asseoir, « Je suis venu, lui dit Augustin, vous enseigner le moyen de régner après votre mort, comme vous régnez maintenant, mais avec plus de gloire, parce qu'ici bas vous pouvez perdre votre couronne et que vous avez des ennemis , au lieu que dans le ciel, vous n'aurez rien à craindre, et que vous jouirez d'un bonheur éternel. » — Voilà de beaux discours, répondit le roi, voilà des promesses magnifiques ; mais comme elles sont nou-

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velles et incertaines, je ne puis m'y fier, ni renoncer à ce que j'observe depuis si long-temps, avec toute la nation anglaise. Cependant, comme vous êtes venus de fort loin, et qu'il me semble que vous désirez nous faire part de ce qui vous parait le meilleur et le plus vrai, je ne vous empêcherai point d'attirer à votre religion ceux de mes sujets que vous pourrez persuader; et je veux que l'on vous fournisse tout ce qui vous est nécessaire. »

Les missionnaires, ainsi autorisés du consentementd'Kthelbert, s'appliquèrent à imiter la vie des apôtres et des chrétiens de l'église primitive : ils pratiquaient tout ce qu'ils enseignaient, disposés à tout souffrir pour les vérités qu'ils annonçaient. Ils entrèrent processionnellement dans la capitale du royaume, aujourd'hui Cantorbéry, enchantant ces paroles : « ^'ous vous prions, Seigneur, de délivrer celte ville des effets de votre colère ; car nous avons péché. »

Plusieurs Anglais, touchés de la simplicité et des vertus de ces nouveaux apô-

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très, crurent à leurs paroles et demandèrent le baptême. Le roi, lui-même, se convertit et fut baptisé : exemple qui rendit les conversions aussi nombreuses que fréquentes. Ce prince, ayant appris des missionnaires que la foi en Jésus- Christ devait être volontaire , ne contraignait personne à l'imiter.

Pour que cette nouvelle église pût subsister, ce prince voulut qu'A^ugustin en fut le chef. Ce saint missionnaire se rendit donc en France pour se faire ordonner évêque dans la ville d'Arles, pour la nation des Anglais. Revêtu de l'épiscopat, il retourna en Angleterre , où il baptisa plus de dix mille personnes à la fête de Noël. Le pape Saint-Grégoire , en lui envoyant de nouveaux ouvriers pour aider les anciens, et en le félicitant de la conversion des Anglais, l'enconragecUt et lui conseiliait, en même temps, de s'humilier à la vue des grands biens que Dieu faisait par son niinistère.

Comme cette église naissa^ite augmentait chaque jour, Augustin ordonna deux évêques en 604, et les envoya prêcher en

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cîificrentes parties de l'île. L'un d eux , nommé Mellit, annonça l'évangile dans la province des Saxons-Orientaux, séparée de celle de Kent par la Tamise. Londres, qui en était la capitale, faisait dèslors un grand commerce. Éthelbert y fit bâtir l'église de Saint-Paul, pour en être la principale, comme elle l'est encore aujourd'hui. L'autre évêque se nommait Juste. 11 établit son siège à Rochester, à vingt milles de Cantorbéry, vers le couchant. Le roi Ethelbert y fit aussi construire une église dédiée à Saint-André.

11 donna de grands domaines à ces deux églises, ainsi qu'à celle de Doroverne ou de Cantorbéry. La cathédrale de Saint- Augustin était une espèce de monastère, où il vivait en communauté avec son clergé, composé de moines comme lui.

Ceux des anciens habitans de la Grande-Bretagne qui avaient autrefois einbrassé le christianisme, étaient dans le schisme, et observaient plusieurs pratiques contraires à l'esprit de l'église. Augustin fit tous ses efforts pour les faire rentrer dans la bonne voie; mais les

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voyant inflexibles, il leur prédit les maux dont les Anglais les accableraient : prédiction qui reçut son accomplissement dans la suite. Ce saint prélat, craignant qu'après sa niort l'état de son église ne fût ébranlé , si la métropole restait un moment sans pasteur, crut devoir se dispenser de la rigueur des canons , et il ordonna évéque deCantorbéry Laurent, un des premiers compagnons de sa mission. On croit qu'il mourut le 26 mai de l'an 607.

Ainsi donc c'est à des missionnaires catholiques romains, que les Anglais sont redevables de l'inestimable bienfait du christianisme, et de la civilisation qu'il leur a procurée.

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