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VIE AUSTÈRE DE CES RELIGIEUX

Bruno, chanoine de l'église de Reims, frappé des dangers auxquels sont exposées dans le monde les personnes qui veulent travailler à leur salut, s'en entretenait un jour avec quelques-uns de ses amis; il leur en fit une peinture si vive et si fidèle, qu'ils prirent unanimement la résolution de tout quitter pour consacrer à la pénitence le reste de leurs jours. Saint Hugues, évéque de Grenoble, à qui ils en firent part', les conduisit lui-même dans une aifrcuse solitude, nommée Chartreuse, située à quel-

ques lieues de cette ville; ils y bâtirent des cellules séparées les unes des autn^s, et se condamnèrent à un régime de ^ie d'une grande austérité; bientôt après la réputation de ces nouveaux solitaires, s'étant répandue dans tous les environs, pusieurs pc rsonnes renoncèrent au monde à leur exemple et se réunirent à eux. Pendant toute la semaine ces premiers habitans de la chartreuse ne sortaient point de leurs cellules , dont chacune élait accompagnée d'un petit jardin qu'ils cultivaient eux-mêmes ; mais ils passaient le dimanche ensemble; en se séparant, chacun emportait un pain et des légumes pour se nourrir jusqu'au dimanche suivant. Chez eux tout annonçait la pauvreté, même dans leur église, où l'on ne voyait ni or ni argent, excepté un calice de vermeil; ils n'entendaient la messe que les fêtes et les dimanches; le silence qu'ils gardaient, élait si profond, qu'ils ne demandaient que par signes les choses dont ils avaient absolument besoin. Ils portaient toujours sur la chair un cilice, et leurs vêtcmens étaient d'une étoffe

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grossière et fort commune; ils étaient riches en livres, et leur travail ordinaire consista t à les copier, (^onime Timprimerie n'était point alors inventée , un grand nombre de personnes subsistaient de celle occupation. Les chartreux voulaient ainsi contribuer à l'insîr\iclion des peuples, et éviter le reproche d'être inutiles à l'église.

L'évèque de Grenoble, charmé devorr s'établir auprès de lui ce nouveau peuple de saints, allait souvent les visiter, sans élre rebuté par la difficulté des chemins. 11 avait pour ces admirables solitaires une vénération singulière, et vivait avec eux moins comme leur évéque que comme leur confrère; il ressentait au fond de son cœur une joie indicible lorsqu'il apprenait que quelqu'un était venu se joindre à ces nouveaux disciples de la croix; celte joie se renouvelait souvent; on vit des hommes de tout ûge attirés par l'odeur de sainteté que répandaient les habitans de la Chartreuse, des enfans même de douze ans, courir au désert et se faire les imitateurs de leurs vertus.

Bientôt de nombreux monastères de Chartreux se formèrent en difFcrens pays. Le comte de ÎVevers, seigneur d'une exemplaire piété, accourut comme les autres à cet asile de la pénitence ; après uu assez long séjour, il en sortit plein d'admiration pour les sublimes vertus qu'il y avait vu pratiquer. De retour à son château , et pensant à l'extrême pauvreté des solitaires, il leur envoya beaucoup de vaisselle d'argent. Bruno et ses disciples ne purent souiTrir que le trésor de la pauvreté où ils vivaient leur fut enlevé; ils s'assemblèrent et convinrent que cette argenterie serait renvoyée au comte, parce qu'ils ne faisaient usage de ce métal , ni dans l'église ni dans le monastère.

Ce seigneur admira leur désintéressement et leur fit passer une grande quantité de cuir et de parclien^in pour servir à leurs ouvrages.

Il y avait ta peine six ans que Bruno gvouveinait cette société de saints dont il était le modèle , lorsque le pape Urbain l'appela à Rome pour qu'il l'aidât de ses

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conseils dans le gouvernement de l'église. Ses religieux croyant ne pouvoir vivre sans lui, allèrent le trouver dans cette capitale de l'univers chrétien. Urbain leur donna un logement où ils lâchèrent d'être fidèles à leurs exercices de la Chartreuse; mais comme ils ne tardèrent pas à être troublés dans leur retraite par les visites qu'ils y recevaient 5 Bruno n'eut pas de peine à leur persuader de retourner dans leur solitude et leur donna un autre supérieur. Le pape étant parti pour la France, il prit le parti de se retirer dans la Calabre emmenant avec lui quelques personnes qui voulaient vivre et mourir dans la retraite et la pénitence; Royer, comte de Calabre, lui ayant donné une forêt très-écartée , une église et quelques revenus, il passa avec ses nouveaux disciples le reste de sa vie, dans les exercices de la vie solitaire.

Lorsqu'il mourut, l'ordre des Chartreux avait déjà fait de grands progrès; quelque temps après, il se répandit en Italie, en France, en Espagne, et dans tous les autres pays catholiques. Ses

deux plus beaux, élablissoiucns en France furent à Paris dans la rue d'enfer et à Lyon, sur la coîîine de la croix rousse, du col.'* de la Saôue : celte derni(,Te chartreuse était retnarquable par le juaî- Ire-aulel de son église, un des plus beaux qu'il y eût dans les autres églises du rioyaunie.

Le vêtement des chartreux était une robe blanche d'une étoffe grossière, audessus de laquelle était un long scapulaire de la même couleur, et d'où pendait un gros chapelet; ils avaient la tête rasée. Tous les jours ils se levaient à onze heures du soir pour aller chanter roffice à Téglise jusqu'tà deux heures du matin; de retour dans leurs cellules, ils se couchaient, et à six heures ils se levaient pour retourner cà l'église. Les jours de la semaine ils prenaient seuls leur repas ; mais les dimanches et fêtes, ils dinaient tous ensemble au réfectoire. Le mcrdredi ou le jeudi, ils allaient se pronielicr dans leur enclos; pendant cette promenade, nommée spaciment, le père prieur ou le père vicaire leur adressait

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un discours , ou l'un d'eux leur faisait une lecture de piété; ils gardaient un silence profond , la tôle couverte de leur capuce, en traversant leur dortoir, et ne regardaient ni à droite ni à gauche. Les hommes qui allaient les visiter dans leurs cellules, devaient aussitôt qu'ils vêtaient entrés, se mellre à genoux devant un crucifix, et réciter une prière; après qu'ils s'étaient relevés la conversation commençait sur des sujets de piété, et continuait ainsi jusqu'à la fin de la visite. Ces religieux n'étaient jamais sans occupation; outre les offices de l'église auxquels ils consacraient la plus grande partie de la journée, ils en avaient d'autres dans leurs cellules, qui les empêchaient de se livrer à l'oisiveté; tantôt ils s'appliquaient à la lecture d'un des livres qui, au nouîbre d'environ trois cents, composaient leur bibliothèque; tantôt ils cultivaient et nettoyaient leur petit jardin , en émondaient les arbres fruitiers et en taillaient la vigne, qui s'étendait le long d'un mur en forme de treille; avec le fruit d'une plante nommé (armes de

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Job ils faisaient des chapelets. Munis d'un tour, ils fabriquaient des tabatières c!e l)uis, ou avec de la cire blanche ils représentaient les Iraiîs de Jésus Christ, de la Yicrge et des Saints.

Leur lit consistait en une paillasse piquée , enfermée entre deux planches.

Quoique ces religieux eussent conservé l'esprit et l'austérité de leur institut, ils étaient généralement polis avec les j)Grsonues qui les visitaient, et plusieurs d'entre eux se distinguaient par la plus aimable simplicité de langage et de manières.

ME ADMIRABLE DES PREMIERS IIABITAXS Hi: DÉSERT DE CITE AUX.

Ci t eaux était au douzième siècle un désert dont la vue seule faisait horreur, et qui n'était habité que par des bétcs sauvages; cette solitude était située à ciaq lieues de Dijon. Vingt-un religieux de l'abbaye de Molesme, effrayés du re-

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lâchement qui s'était introduit dans leur communauté, prirent le parti de s'y retirer, avec la permission de Hugues, archevêque de Lyon et légat du saint siège. Ils ne furent point effrayés de l'horrible aspect de ce désert, ils s'appliquèrent d'abord à défricher la terre, et à bâtir des cellules pour se loger; ils s'établirent dans cet amas de cabanes le jour de Saint Benoit de l'an 1098. Eudes, duc de Bourgogne, fit terminer à ses frais le monastère en bois qu'ils avaient commencé, ( t fournit tout ce qui était nécessaire à leurs usages. Ces solitaires menaient une \ie toute céleste; ils avaient un tel amour pour la pauvreté et une telle crainte de perdre ce trésor , qu'ils prirent le parti de ne recevoir aucun présent, et de prier le duc de Bourgogne, fils de leur bienfaiteur, de ne leur rendre aucune visite; ils se défirent ensuite de l'argenterie de leur église, à l'exception des calices, et ne voulurent avoir que-des croix de bois, des encensoirs de cuivre ou de fer, et un seul chandelier de ce dernier métal; cet amour de la pauvreté les porta en ménje

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temps à se priver de l'usage des chapes, des daliiialiqueset des tuniques, pour n'avoir que des orneniens de laine ou de fil qui servaient aux prêtres pour célébrer le Saint Sacrifice. C'est, disaient-ils , non par l'or et les pierreries que Jésus-Christ est honoré, mais par la pureté du cœur et la sainteté de la vie; ses habiîs n'étaient pas de soie, et la croix sur laquelle il nous a sauvés, n'était que de bois.

Etienne, leur deuxième abbé et leur modèle, voulant conserver et entretenir parmi eux cet esprit de pauvreté, leur rccommandala lecturedes livres saints; il leur fit copier en conséquence, un exemplaire entier de la bible le plus correctement qu'il était possible; ce travail achevé, ils firent leurs délices de la divine parole.

Depuis qu'ils avaient renoncé à tout commerce avec les personnes du dehors, surtout avec le duc de Bourgogne, ils ne recevaient plus rien, et le travail de leurs mains ne suffisait pas toujours pour leur procurer le nécessaire: dans cette indigence ils bénissaient Dieu et leur saint

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abbé les consolai!. Dieu exerçi la patience d'Etienne (rnne manière qui lui fut beaucoup plus sensible q ic ia privation du paiii le plus conininu où il voyait souvent si communauté.

Dans les années iiii et i!i2, la mort lui enleva un si grand nombre de ses religieux, qu'il perdit presque toute espérance de laisser des successeurs de sa pauvreté et de sa pénitence; il gémissait avec ses frères de leur petit nondjn^ lorsque Dieu lui envoya tout-a-coup trente novices, à la tête desquels était Saint Bernard , âgé de vingt-deux ans.

Depuis ce temps, le monastère de Citeaux s'agrandit considérablement, et l'ordre de ce nom devint bientôt célèbre, nombreux, et très-utile à l'église et à l'état, parles grands hommes qu'il produisit, et par les travaux imporlans auxquels ses membres se livrèrent.

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JiOASTEilE DE CLÀIRVAUX. SLBLIMES VERÏLS DES RELIGIEUX DE CEÏIE MAISO.N.

La terre de Clairvaux fut donnée aux solitaires de Gitcaux par Hugues, comte de Troyes. C'était auparavant une retraite de voleurs, et elle se nommait la vallée d'Absinthe, sans doute parce que celte plante y croissait en abondance : l'abbé Etienne V envoya plusieurs de ses rclierieux sous la conduite du jeune Bernard , qui n'avait encore qu'une année de profession.

Ce nouveau monastèreétaitréduilàune si grande pauvreté, que les moines étaient souvent obligés de faire leur potage avec des feuilles de hêtre et de se nourrir d'un pain mêlé d'orge, de millet et de vesce. Un religieux étranger à qui l'on avait servi un de ces pains dans la chambre des hôtes, en fut touché jusqu'aux larmes, et l'emporta secrètement pour le montrer partout sur sa roule. Comme l'hiver ap-

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yîrochail, Gérard, frère du jeune abbé Bernard , qui remplissait les fonctions de cellerier , se plaignit d'un manque absolu des choses les plus nécessaires à la maison, et de n'avoir aucun moyen de se les procurer. Des paroles de consolation ne le satisfaisaient point.

« Combien vous faudrait-il pour fournir aux besoins les plus pressans.'^ — Environ douze livres , répondit Gérard. » C'était alors une somme qui équivaudrait à plus de cent cinquante francs de notre monnaie actuelle. Bernard se met en prières, et, peu de temps après, Gérard vient l'avertir qu'une femme deChâtillon demande à lui parler. Il sort; cetle femme se jette à ses pieds, et lui offre la somme de douze livres, en lui demandant des prières pour son mari dangereusement malade, a Allez, lui dit Bernard en recevant son offrande, vous trouverez votre mari en bonne santé. » Cette femme, à son retour, trouva effectivement son époux parfaitement guéri.

On voyait à Clairvaux des hommes qui, après avoir été riches et honorés dans le

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monde, se glorifiaient de la pauvreté évangélique qu'ils avalent embrassée, se livraient aux travaux les plus pénibles, et supportaient, avec une admirable patience, la faim, la soif, les persécutions et les outrages. En descendant de la montagne pour entrer à Clairvaux, on comprenait aussitôl, en voyant la simplicité des bâ^ffnens, que Dieu y habitait. Dans cette vallée, pleine d'hommes dont chacun se livrait au travail qui lui était prescrit, on trouvait, au milieu du jour, le silence de la nuit; silence qui n'était interrompu que par ie bruit des travaux, ou parle chant de l'office divin. Ce silence imprimait un tel respect aux gens du monde, qu'ils n'osaient tenir, en ce lieu, aucun discours qui ne fût convenable.

Malgré leur multitude, les moines ne cessaient point d'être solitaires, parce que la loi du silence maintenait chacun d'eux dans la solitude de l'esprit et du cœur. A peine, pouvaient-ils, par le travail le plus opiniâtre et le plus rude, tirer de cette terre stérile, une insipide nourrilule. Cependant ils la trouvaient bonne , et

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leur singulière ftTvcur, l'esprit de pénitence dont ils élaient pénétrés, kur faisaient regarder comme un dangereux poison , tout ce qui pouvait flatter leur goût. Par les soins et les exemples de leur abbé, ils s'éle\èrent à un si baut degré de perfection, qu'iis souffraient non-seulement sans murmure, mais même avec joie , ce qui auparavant leur eût paru insupportable. Ce plaisir même qu'ils trouvaient dans leurs peines leur causait quelque inquiétude. Pour les en délivrer, Guillaume de Cbampeaux, évéque de Châ- Ions , se réunit à saint Bernard pour leur faire comprendre que cette joie spirituelle était un don de Dieu, pour lequel ils lui devaient rendre des actions de grâces.

CO^WERSIOX D LN SErG^ELll LAjNGUEDOCIE\.

Un gentilhomme de Languedoc douiia dans le douzième siècle, un exemple mémorable de pénitence. 11 se nommait

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Pons, et était seigneur de Laraze, château fortifié dans le diocèse de Lodève. Il n'était pas moins distingué par son esprit et sa valeur, que par sa noblesse et son opulence; mais n'ayant d'autre règle do conduite que ses passions, il se livra à toutes sortes de désordres. Tous ses voisins avaient à se plaindre de lui; il trompait les uns par des discours artificieux, dépouillait les autres de leuri biens par violence , et ne s'occupait , le jour comme la nuit, que du plus honteux brigandage. Les lois les j>las sacrées n'avaient aucun empire sur lui, et la religion même était l'objet de ses outrages. Dieu fit enfin éclater sa puissance sur ce pécheur endurci ; il le pénétra d'une crainte qui lui fit prendre la résolution de renoncer à ses criminelles habitudes et de se dévouer aux pratiques d'une pénitence rigoureuse Sa femme à qui il en fit part, se réjouit de son cbangement, et se retira avec sa fille dans le monastère de Drinone. Pour lui, il plaça son fils à Satnt- Sauveur de Lodcve.

Surpris d'une conversion à laquelle ils

étaient loin de s'attendre, les voisins et les amis de Pons se rendent auprès de lui pour l'en féliciter. Ils sont bien plus étonnes encore lorsqu'ils entendent ses discours sur la vanité des biens, des honneurs et des plaisirs de ce monde, sur les avantages de la pénitence, et le prix inestimable de la véritable piété. Dans l'instant , six d'entre eux se joignent à lui, et jurent de ne s'en séparer ni pendant la vie , ni à la mort.

Ferme dans sa résolution , Pons de Lazare prit de sages mesures pour restituer tous les biens qu'il avait usurpés , et rendre à chacun les mêmes objets qu'il avait enlevés. Se jetant aux pieds de tous ceux qui avaient à se plaindre de quelque tort, il leur demandait humblement pardon, et leur rendait ce qui leur était du. Le dimanche des Rameaux, pendant la procession , il se présenta à i'évêque <le Lodève, avec ses six compagnons. Il était en chemise, nus pieds, et avait au cou une corde, par laquelle un homme le menait comme un criminel, en le frappant de verges , ainsi qu'il le lui

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avait ordonne : après s'être mis à genoux devant l'évéque , il le conjura de faire lire devant tout le monde la confession de tous ses crimes. Il arrosait, en môme temps, la terre de ses larmes :

spectacle qui pénétrait d'admiration tous les assistans, dont plusieurs touchés de cette confession , se déterminèrent à vaincre la mauvaise honte qui les avait empêchés jusqu'alors de s'approcher du tribunal de la pénitence.

Pons, après avoir fait ensuiîe avec ses compai^nons plusieurs pèlerinages, résolut de se retirer avec eux dans un désert, et d'y vivre Ju tra\ail de ses mains. Il choisit Salvanès , lieu situé dans le diocèse de Lavaur, et commença à \ bâtir avec eux plusieurs cabanes, et à défricher la terre. Le pays ayant été, quelque temps après, afï]ig.'> d'une grande famine , une multitude iiinombrai^le de pauvres accourut à Sahanès. pane que ces pieux solitaires y iaisaienl l'auniône, exerçaient une généreuse hospitalité à 1 égard de tous ceux qui les venaient visiter, et prntiquaicul toutes les œuvres de

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miséricorde qui dépendaient d'eux, a Yendons nos biens, dit Pons, tout ce que nous avons pour assister nos frères , et mourons ensuite avec eux , si c'est la volonté de Dieu. * Touchés de l'exemple de ces solitaires, les riches de la contrée ouvrirent leurs greniers, et les pauvres furent secourus. L'habitation de Salvanès devint si considérable, que l'on crut pouvoir l'ériger en abbaye. On délibéra si l'on choisirait l'institut de la ChLvrtreuse ou celui de Citeaux , et l'on résolut de s'en rapporter au jug^'ment des Chartreux, que Pons fut chargé d'aller consulter dans leur solitude. Ces religieux furent d'avis qu'il devait embrasser la règle de Citeaux, et lui conseillèrent de s'adresser à la maison de IMazan , du diocèse de Viviers. Pons suivit ce conseil et donna la maison de Salvanès à celle de Mazan, dont l'abbé imposa un an de noviciat à ses compagnons, en leur donnant l'habit et la règle de son ordre, ainsi qu'un abbé pour les conduire. Pons, dont l'humilité était une des principales vertus, chercha toujours la dernière

pFace, quoiqu'il eût pu remplie la première, et afin de pourvoir plus facilement à la subsistance de la maison, il ne voulut jamais prendre les ordres sacrés, et se dévoua pour toujours aux fonctions des frères lais. L'abbaye de Salvanès devint si célèbre, queThibaud, comte de Champagne. Pioger, roi de Sicile, et même lempereur de Constantinoplc, lui envoyèrent des présens.

PIETE DE SAITf LOUIS.

Ce saint roi, avant d'entreprendre la seconde croisade, s'y préparait par de fréqucns exercices de piété. Il assistait tous les jours à l'office canonial, et lorsqu'il était en voyage à cheval, il le récitait avec Guillaume de Chartres , son chapelain. Il disait aussi, chaque jour, l'office des morts à neuf leçons , mém.e dans les plus grandes solennités; il ne manquait jamais d'entendre deux messes, el souvent il assistait à trois ou quatre. Il aimait à entendre prêcher, et quand les

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SCI nions lui plaisaient , il les retenait et les répétait fidèlement aux autres. Ayant appris que quelques seigneurs de sa cour murmuraient de ce qu'il entendait tant de messes et de sermons, « Si je passais , ditil, deux fois plus de temps au jeu ou à la chasse , personne ne s'en plaindrait, »

Pendant quelque temps, il se leva à minuit pour assister aux matines qu'où chantait dans sa chapelle, et priait ensuite devant son lit, avant de se coucher, aussi long-temps que les matines avaient duré. Comme les affaires l'obligeaient de se lever matin, et que les veilles pouvaient l'affaiblir, il se rendit aux conseils de plusieurs hommes sages, et remit ses matines et ses prières à son lever. Pendant qu'il assistait à l'oflice, il ne souffrait point qu'on lui adressât la parole, si ce n'était pour une affaire qui pressait, et qui pouvait être expliquée en peu de mots. Tous les jours, après son souper, il faisait chanter complies dans sa chapelle; il se retirait ensuite dans sa chambre, autour de laquelle un prêtre venait faire l'aspersion de l'eau bénite, et sur-

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tout sur son lit. Ayant vu, dans quelques monastères, que les religieux s'inclinaient à ces paroles du symbole et il s'est fait homme ^ cet usage lui plut si fort, qu'il l'introduisit dans sa chapelle et dans plusieurs autres églises, avec une génuflexion au lieu d'une simple inclination. Il imila de même ce qui se pratiquait , dans quelques autres monaslères, à la lecture delà passion, pendant la semaine sainte, de se prosterner et demeurer quelques instans en prières , à ces paroles et il expira. De là nous viennent ces deux saintes coutumes. Il rappela l'usage de bénir les images des Saints , avant de les exposer à la vénéralion publique.

L'abstinence de ce saint roi était rigoureuse. H jeûnait tous les vendredis, se privait de viande les mercredis, et pendant quelque temps il s'en abslint même ie lundi. Les vendredis du carême et de l'avant, il ne paraissait sur sa table ni fruits ni poissons. Il ne buvait jamais de vin, sans y mêler de l'eau. Le vendredi saint et dans quelques autres jours de l'année , il jeûnait au pain et à l'eau. Tous

les vendredis il se confessait dans un lieu secret, qu'il avait fait pratiquer dans chacun de ses palais. Quand il était assis pour cet acte de pénitence, comme c'était l'usage de son temps, s'il voulait qu'une porte ou une fenêtre fût fermée , il se levait promptement et la fermait , pour en épargner la peine à son confesseur.

Le vendredi saint , après avoir assisté aux matines commencées à minuit, il revenait à sa chambre, et seul, avec un chapelain , il y récitait tout le psautier. Ensuite, sans se remettre au lit ni dormir, il sortait au lever du soleil, nupieds et simplement vêtu, et parcourait ainsi en marchant sur des pierres et dans la boue, les rues de la ville où il se trouvait, et entrait dans les églises pour prier, suivi d'un aumônier qui assistait tous les pauvres qu'il rencontrait sur son passage. De retour à son logis, il entendait le sermon de la passion, assistait ensuite à l'office , et quand le moment d'adorer la croix était venu, il se levait nu-lêle etnupieds , pauvrement vêtu, et s'avançait à

genoux, suivi de ses cnfans, avec une humilité qui attendrissait tous les assistans. L'ofTicc divin achevé , il se mettait à table et faisait son repas d'un peu de pain et d'eau.

Le jeudi saint; il lavait les pieds aux pauvres, et cxhorlait les seigneurs de sa cour à suivre son exemple. De plus, tous les samedis, il les lavait à trois pauvres vieillards, leur donnait de l'argent et les servait lui-même à table. Ses auniônes étaient immenses. Tous les jours, en quelque lieu qu'il fut, plus de cent vingt pauvres étaient nourris dans son palais, de pain , de vin et de viande. Ce nombre était plus considérable (.ians l'avent, le carême et les autres jours consacrés à la pénitence. Le monarque les servait souvent de ses propres mains, et la veille des grandes fêles, il rem[)lissait cette charitable fonction auprès de deux cents de ces indigens, avant de se mettre à table. Chaque jour, à dîner et à souper, il faisait manger près de lui trois pauvres vieillards, et leur envoyait des mets qui lui étaient servis. Il se plaisait surtout à

répandre ses bienfaits sur les pauvres maisons d'hommes et de filles , et sur les hôpitaux. Tous les ans, au commencement de l'hiver, il envoyait une certaine somme aux Franciscains et aux Dominicains pour les récompenser de leur zèle à répandre partout la science du salut. Il augmenta les revenus de l'Hôlel-Dieu de Paris, de Pontoise, de Compiègne et de Vernon ; il fonda aussi à Paris les Quinze- Vingts pour plus de trois cent cinquante aveugles, et fit entrer aux Filles-Dieu plusieurs femmes de mauvaise vie, ou en danger de se perdre. Informé que quelques personnes de sa cour désapprouvaient ses aumônes, a puisqu'il faut que je fasse quelquefois une dépense considérable, dit-il, j'aime mieux la faire pour Dieu que pour le monde et la vanité , et compenser ainsi les dépenses excessives qu'on ne peut éviter pour les choses temporelles. » Cependant ce saint roi ne laissait pas que de déployer de la magnificence, soit dans l'état ordinaire de sa maison, soit dans les occasions extraordiwaires où il tenait des cours royales,

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des parlemens et autres assemblées, et de se faire servir avec plus de dignité et d'abondance qu'aucun de ses prédécesseurs.

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