INSTITUTION DU JUBILE À LA FIN DE CHAQUE SIÈCLE
Il se répandit, à Rome, en 1299, un bruit que tous les Romains qui, l'année suivante, visiteraient l'église de Saint- Pierre^ gagneraient une indulgence plénière, et que le privilège était accordé à chaque année séculaire. Le pape Bonilace VIII ayant fait examiner si ce bruit était fondé, on ne trouva rien d'assez satisfaisant pour l'autoriser. Le i" janvier i5oo, se passa presque entièrement, sans qu'on vît rien d'extraordinaire; mais le soir jusqu'à minuit, il se fit, à l'église de Saint-Pierre, un prodigieux concours de peuple, comme si l'indulgence dut finir avec cette journée. Ce concours dura près de deux mois; les uns disant que le pre-
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niicr jour de la cenlième année on gagnait l'indulgence plénière ; les antres, que ce n'était qu'une indulgence de cent ans.
Le pape, qui résidait au palais de Latran, observait attentivement celte dévotion du peuple, et la favorisait. Un vieillard de cent sept ans qu'il fît venir en sa présence, lui affirma que son père s'était rendu à Rome, à l'année séculaire précédente, pour y gagner l'indulgence. On pensait en France comme à Rome. Deux hommes du diocèse de Beauvais, âgés de plus de cent ans, et plusieurs Italiens rendirent le même témoignage.
Après les informations, Boniface, après avoir consulté les Cardinaux, dressa une bulle où il parle ainsi : « Afin que saint Pierre et saint Paul soient plus honorés et leurs églises plus fréquentées, nous accordons indulgence plénière à tons ceux qui, ayant un véritable repentir de leurs péchés, et les ayant confessés, visiteront avec respect lesdiles églises, durant la présente année i5oo, et toutes les centièmes années suivantes. Ceux qui voudront participer à cette indulgence,
s'ils demeurent à Rome, visiteront ces égiiscs pendant trente jours; s'ils sont du dehors, iis les visiteront pendant quinze jours. »
Cette bulle fut reçue par les fidèles avec une grande joie. Lesllomains, les premiers , sans dislinclion d'âge et de sexe, \isilèrent les églises pendant le nombre de jours prescrit. Ensuite, un concours immense de fidèles se fit dans la capitale du monde chrétien , de toutes les autres contrées d'Italie, de Sicile, de Sardaigne, de Corse, de France, d'Espagne, d'Angleterre, d'Allemagne, de Hongrie.Des vieillards septuagénaires, même, s'y rendirent, et les infirmes s'y firent porter. On remarqua, entre autres, un savoyard, âgé de plus de cent ans, que ses parens portaient, et qui disait se souvenir d'avoir assisté au jubilé du siècle précédent. Jean Villani, historien florentin, rapporte que, pendant toute l'année, il y eut continuellement, à Rome, plus de deux cent mille pèlerins, sans compter ceux qui étaient en chemin. Il ajoute que leurs offrandes procurèrent à l'église ro*
maine , un trésor considérable , et que tous les Romains s'enrichirent par le débit de leurs denrées.
VOYAGE DE SAINT FRANÇOIS D ASSISE EN EGYPTE. SA CONVERSATION AVEC LE SOUDAN.
Saint François, ayant formé la résolution de convertir à la foi chrétienne, le Soudan d'Egypte , nommé Mélédin , s'embarqua au port d'Ancôue, avec onze religieux de l'ordre qu'il avait fondé, sur un vaisseau qui portait des secours aux chrétiens, occupés au siège de Damiette. Peu de jours après son arrivée devant cette place, les croisés se disposant à livrer bataille aux infidèles, il dit à un de ses compagnons : « le Seigneur m'a fcût connaître que, si l'on en vient aux mains, les Chrétiens auront du désavantage. Si je le publie, je passerai pour un fou ; si je ne le fais pas, ma conscience me le reprochera. Que vous en semble? — Monfrè-
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re, répondit son compagnon, ne vous arrêtez pas au jugement des hommes : ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on vous regarde comme un insensé. Délivrez votre conscience, et craignez Dieu plus que le monde. «François alla donc aussitôt déclarer sa révélation aux chefs de l'armée chrétienne; ils la prirent pour une rêverie, livrèrent bataille, et perdirent six mille hommes.
Les deux armées étant en présence, il y avait un extrême danger à passer de Tune cà l'autre, parce que le Soudan avait promis une somme d'argent à quiconque lui apporterait la tête d'un Chrétien. François, après s'être fortifié par la prière, ne laissa pas de marcher, avec son compagnon, au camp des Infidèles. Les Sarrasins, les voyant s'avancer, coururent audevant d'eux. les accablèrent d'injures et de coups, et ensuite les lièrent.» Jo suis Chrétien, leur dit François; menez-nous vers votre maître. »
Lors qu'ils furent en présence de Mélédin, a qui vous a envoyés.'^ leur demanda - « C'est le Dieu très - haut.
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répondit François , qui m'a envoyé pour vous montrer à vous et à votre peuple, la science du salut. »Le Soudan, frappé de son courage, l'écouta tranquillement pendant quelques jours, et l'invita â demeurer auprès de lui. « Si vous vouiez, répondit François, vous convertir avec votre peuple,je demeurerai volontiers avec vou^, pour l'amour de Jésus -Christ; que si vous hésitez à embrasser sa loi, en quittantccUe de Mahomet, faites allumer un grand feu, et j'y entrerai avec vos prélres, afin que vous ne doutiez plus de la croyance qu'il faut suivre. — Je ne crois pas, repartit le Soudan, qu'aucun de nos imans veuille entrer dans le feu pour sa religion. — Si vous voulez, reprit le saint homme, me promettre, pour vous et votre peuple, d'embrasser la religion chrétienne, en cas que je sorte sain et sauf du milieu des flammes, j'y entrerai seul. Si je suis brûlé, on l'imputera à mes péchés; mais si Dieu me conserve, vous reconnaîtrez Jésus- Christ pour vrai Dieu et sauveur de tous les hommes. » Le soudan répondit qu'en acceptant ce défi, il avait à craindre une
sédition de la part de ses soldats; mais il ofFrit à l'intrépide François, de riches présens dont le refus augmenta son admiration pour lui. Enfin, craignant que quelques-uns des siens, touchés de ses discours, ne passassent à l'armée chrétienne, il le congédia, en disant : « Priez pour moi, afin que Dieu me fasse connaître la religion qui lui est la plus aiiréable. »