‹ Beautés du christianismeChapitre 30 sur 42 · SUBLIMES VERTUS DE SAI>T YVES · texte numérisé non relu

SUBLIMES VERTUS DE SAI>T YVES

La Bretagne possédait, après le milieu du treizième siècle, dans la personne de saint Yves, un homme digne des plus beaux siècles de l'église. Dans sa jeunesse , il fut un modèle parfait pour les jeunes gens qui s'appliquent à l'étude.

Après avoir commencé ses études dans son pays, il fut envoyé, à l'âge de quatorze ans , à Paris, pour y étudier en philosophie et en théologie : il prit aussi dans cette capitale, des leçons de droit canon,

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étude qu*il continua ensuite à Orléans, et à laquelle il joignit celle du droit civil. Il vivait dès-lors d'une manière pénitente et mortifiée, s'abstenant de viande et de vin, et jeûnant tous les vendredis. Il se privait en faveur des pauvres d'une partie de sa nourriture, assistait assiduement aux offices de l'église, et se levait de grand matin pour vaquer au saint exercice de la prière. On ne l'entendit jamais se quereller avec ses condisciples, ni jamais prononcer une parole libre.

Son inclination à assister les pauvres, lui fit embrasser l'état ecclésiastique, au lieu de s'engager dans les liens du mariage. Lorsqu'il eut reçu l'ordre de prêtrise , son application à l'étude le rendit bientôt capable de remplir les fonctions d'official auprès de Tévéque de Tréguier. Bien loin de multiplier les procédures et de prolonger la décision des affaires, il mettait tous ses soins à engager les parties à s'accommoder entre elles. Voyait-il des personnes que leur pauvreté empêchait de faire leur bon droit, il leur avançait l'argent dont elles avaient besoin. Il allait en

différenles juridictions plaider lui-même pour les indigens, ne voulant rien recevoir ni pour sa plaidoierie, ni pour ses écritures, ni pour les démarches qu'exigeait leur défense. Il supportait avec beaucoup de patience les insultesde ceux dont il refusait de soutenir les prétentions injustes. x4.rm de le fixer davantage dans le pays , l'évéque de Tréguier le nomma à une cure qu'il accepta par obéissance.

Pasteur vigilant et tout entier à ses devoirs, il prêchait quelquefois deux ou trois fois par jour, toujours suivi, parceque ses instructions étaient aussi touchantes que solides; d'ailleurs la régularité de sa conduite, la piété qui paraissait sur toute sa personne, et ses fréquentes bonnes œuvres, prouvaient bien qu'il pratiquait le premier ce qu'il enseignait; aussi un grand nombre de personnes se convertirent-elles , soit par ses exemples, soit par son ministère. L'étude des livres saints faisait tontes ses délices, ot c'était à < ette source divine qu'il puisait les instructions qu'il adressait à son troupeau. Bientôt le pays changea de face, et les

peuples, aussi grossiers que vicieux» commencèrent à mener une vie conforme à la sainteté du christianisme.

Yves ne se contentait pas de rompre publiquement à son peuple le pain de la divine parole : il se ren<Iait encore dans les maisons pour donner à chacun la nourriturespirituelle qu'il lui jugeait nécessaire. Les pasteurs des environs l'engageaient aussi à prêcher dans leurs églises, et il lui arriva un vendredi saint de prêcher la passion dans sept églises différentes. Il allait jusque dans les champs instruire ses paroissiens, et les exhorter à offrir à Dieu leurs travaux. Il achetait des étoffes pour habiller les pauvres, et souvent il leur donnait ses propres vétcmens : il était l'arbitre de tous les différons. Ceux qui avaient des affaires embarrassantes, ou des débats à terminer, s'en rapportaient volontiers à sa décision.

L'hiver, ce vénérable pasteur faisait allumer à ses frais, du feu pour les pau- Ares, quoique lui-même ne se chauffât jamais. 11 fit aussi construire une maison commode pour les loger : il distribuait

son blé à ceux qui en manquaient, ou dès que la récolte était faite, il le vendait au profit des pauvres. Quelqu'un lui disant un jour qu'il ferait mieux de garder son blé, pour le vendre plus cher dans la suite: « J'en conviens, dit-il, mais J'ignore si je vivrai dans ce temps-là. » A la fin de l'année, ce même homme étant venu lui dire d'un air satisfait , qu'il avait gagné le cinquième sur son blé, a Et moi, répliqua le saint pasteur, je prétends avoir gagné le centuple, en le distribuant aux pauvres.») Cet homme admirable ne se contentait pas d'administrer les sacremens aux malades: il les visitait, les consolait, et leur apprenait à se disposer à mourir saintement. Pénétre d'une tendre affection pour les orphelins , il payait des maîtres pour leur apprendre à lire. Non ^loins louché des besoins spirituels des âmes, il n'entendait aucune confession, sans verser des larmes. Il continua, jusqu'à la fin de sa vie, la pénitence à laquelle il s'était soumis, au commencement de ses études, et y ajouta de nouvelles austérités; il portait un habit d'une

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élofTe grossière, et un cilice par-dessous; il couchait, tout hab'llé, sur une claie ou sur un peu de paille, avec un livre ou une pierre pour oreiller; encore passait-il une partie de la nuit à prier ou à méditer quelque passage de rÉcriture-Sainte; il ne mangeait que des légumes, sans aucun assaisonnement, jeûnait très-souvent au pain et à l'eau, et pendant quinze ans, il jeûna ainsi l'avent et le carême. Il mourut en i3o3, à l'âge de cinquante ans.

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