PROGRES DE LÀ COMPAGNIE DE JÉSUS
La protection divine se montre clairemenldans l'établissement et les progrès du nouvel ordre religieux fondé par Ignace. Après une jeunesse passée dans les désordres de la profession militaire , il se décide tout-à-coup à mener unevie toute chrétienne. A i'àge de trente ans, au lieu de se laisser décourager par les dilîicuités d'apprendre la grammaire, il se livre à cette étude avec une ardeur que rien ne peut affaiblir, ni les mépris, ni les obstacles , ni les persécutions qu'il éprouve en Espagne. Celte ardeur le conduit en France; nouvelles difficultés, nouveaux empêchemens, nouvelles hu^ miîiations; il surjuonte tout par sa persévérance. Cet homme, regardé comme
un iiisoiisédanssa patrie, force, pour ainsi dire, la nature à obéir à ses efforts ; âgé de trente-sept ans, il se fait enfant pour devenir un grand homme, et se dévoue dans l'ûge où Ton commande, à toutes les soumissions de l'âge où l'on obéit. Plus savant dans la science de Dieu que dans les lettres humaines, humble et sans réputation de talcns, il parvient à gagner l'amitié et Teslime des plus habiles de ses condisciples , et leur fait adopter le projet qu'il a formé d'établir un nouvel ordre religieux. Ce n'est pas là tout. Il faut que le projet soit adopté par le chef de l'église. Ignace, sans protecteur, sans aucun de ces moyens qui garantissent le succès des entreprises difficiles, obtient l'approbation du pontife; établit son nouvel ordre; le gouverne en qualité de supérieur-général, et lui donne des constitutions dont la sagesse doit en assurer les progrès et maintenir la durée.
Ignace reste â Rome, occupé des fonctions les moins relevées du saint ministèreauquelil s'est dévoué, et ses six com-
pagnons parlent pour aller fonder dans tous les royaumes catholiques de l'Europe des établissemcns semblables à celui de Sainte-Marie- de -Strata. François Xavier est parti pour les Indes orientales. Lefèvre va fonder un collège dans la ville de Gandie, sous la protection du duc François de Borgia; Lainez et Salméron sont envoyés, par Paul 111, au concile de Trente, où le père Le Jay se trouvait déjà comme député du cardinal d'Augsbourg.
Ce même père Le Jay établit ensuite, par la permission d'Hercule d'Est, un collégedansla ville deFerrare. ALouvain, des Jésuites, dispersés dans des maisons particulières, se réunirent et choisirent un recteur. Plusieurs logèrent à Paris chez les Chartreux, passèrent ensuite dans le colléirc des Lombards^ et en i55o dans un hôtel de la rue de La Harpe, qui leur fut donné avec de grands bleus, par Duprat, évéque de Clcrmont. En Espagne, ils fondèrent un collège à Saragos?e, et peu de temps après le vice-roi de Sicile les établit à Messine et k Palermo. Après avoir quitté le concile de Trente,
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Salméroii, Canisius et le père Le Jay allèrent enseigner à Ingolstadt. D'autres membres de la compagnie, animés d'un zèle ardent pour la conversion des infidèles, passèrent en Afrique, en Amérique et dans les Indes orientales , et au Japon.
Ignace voyait, chaque jour, croître et s'étendre sa compagnie. En i555, le pape Jules III l'établit à Jérusalem, àConstantinople et dans l'île de Chypre. La philosophie et la théologie commencèrent à êlre enseignées dans le collège romain.
Celui de Florence fut ouvert aussi bien que celui de Pérouse. Lainez en fonda un à Gênes, et établit une maison dans l'ile de Corse. Le savant Canisius institua une académie à Vienne, en Autriche, Corduba une à Cordoue, Alvarez une autre à Avila. On bâtit, pour la société, une église à Barceîonne, une maison professe à Lisbonne, et un collège à Ébora. En 1 554, la société eut un collège à Tivoli, un autre à Loretle, et un autre à Syracuse. E!Ie avait en Espagne un si grand nombre de
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maisons , qu'elle les partagea en Irois proviPiCes.
Des progrès si rapides d'une société, fondée et dirigée par un homme qui, à 1 âge de près de quarante ans , n'avait pas encore acquis les connaissances les plus indispensables à un simple prêtre, attestent évidemment la puissance de Dieu et le génie d'Ignace , non moins que sa sainteté. Les ennemis de la religion catholique qui le calomnient et le tournent en ridicule, et ceux qui, tous les jours, répètent leurs injures , s'ils étaient de bonne foi, reconnaîtraient que ce saint fondateur est un des plus grands hommes qui aient illustré le seizième siècle.