‹ Beautés du christianismeChapitre 36 sur 42 · TRAVAUX APOSTOLIQUES DE SAINT FRANÇOIS XAVIER · texte numérisé non relu

TRAVAUX APOSTOLIQUES DE SAINT FRANÇOIS XAVIER

François -Xavier, qualifié apôtre des Indes par le pape Urbain VIII, après s'être consacré à Dieu dans la Compagnie de Jésus y fut choisi pour aller prêcher

la foi dans les Indes. En 1 54 1 il se mit en mer, et, l'année suivante, il débarqua au port de Goa, \ille capitale des possessions portugaises dans les Indes. Dès son arrivée, il alla rendre ses devoirs à l'é^ véque Jean d'Albuquerque, religieux de l'ordre de saint François. Aussitôt après avoir reçu la bénédiction de ce prélat, il se mit à travailler au salut des âmes. L'ambition, l'avarice, et les désordres des Portugais étaient cause que la foi n'avait fait aucun progrès parmi les Indiens. On vovait à Goa un mélange monstrueux de christianisme, de mabomélisme et d'idolâtrie. On s'y moquait publiquement des exhortations et des menaces de l'évêque. François fut d'abord effrayé de ce spectacle de corruption ; il en gémit, mais ne perdit pas courage. Après avoir exercé quelque temps son zèle à Goa, il passa à fîle de Para* vas, dont les habitans, qui se disaient Chrétiens, joignaient la profanation des sacrcmens aux superstitions de l'idolâtrie. Il fit traduire en leur langue le catéchisme et des prières chrétiennes;

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avança peu à peu clans les pays voisins où l'on n'avait aucune connaissance cle Jésus-Christ, y fit détruire les temples et les idoles , et bâtit des églises dans les bourgs et villages, avec l'autorité du viceroi et le secours des Portugais, dont ces peuples étaient tributaires.

Un an et demi après, ce saint missionnaire voulant retourner à Goa afin d'y prendre des compagnons de son apostolat, emmena avec lui de jeunes Indiens pour les faire élever dans le séminaire de cette ville, et s'en servir ensuite dans les missions. L'année suivante , il pénétra dans le royaume de Travancor, et y baptisa dix mille idolâtres. Un village entier recevait quelquefois le baptême dans un seul jour. Pendant qu'il travaillait dans le pays avec tant de succès, des députés de iile de Manar vinrent le prier de se rendre chez eux, pour quil les instruisît des vérités chrétiennes. Un prêlre qu'il y envoya, donna le baptême à tous les insulaires. Il passa ensuite à Méliapour d'où il s'embarqua pour Malaca , ville très-commerçante , dont les habitans se

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livraient à toutes sortec de débauches. A la vue de l'extrême licence qui y régnait, il redoubla ses austérités pour attirer ]a miséricorde divine sur cette cité coupable. On le voyait souvent dans les rues , une sonnette à la main, et criant dès la pointe du jour à haute voix : Réveillezvous et priez pour ceux qui sont en péché mortel, comme pour des morts. Un grand nombre d'idolâtres, de Mahométans et de Juifs, éclairés et touchés par sa prédication, embrassèrent l'évangile.

Après trois mois de séjour, il fît de nouveaux voyages, et prit ensuite la route du Japon.

Dans tous les lieux où il passait, il montrait aux païens l'absurdité de leur religion , et annonçait le vrai Dieu. Le roi de Saxuma se montra d'abord favorable à sa prédication; mais les bonzes lui suscitèrent bien des traverses. Comme ils pratiquaient des austérités incroyables, Xavier se mit à en pratiquer de plus grandes encore; mais ce fut inutilement, et il prit le parti de quitter le pays pour se rendre à Firando, ville célèbre par le

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commerce des Portugais et des autres Européens. Il y prêcha en toute liberté, et eut le bonheur d'y gagner à Dieu un grand nombre d'habitans. Se persuadant qu'il ferait de plus grands fruits à Méaco, capitale de l'empire du Japon, il résolut d'y aller. Il prit sa route par la province de Nangaro , dont la capitale, nommée Amangucchi, était une des villes les plus riches de l'empire. Il y trouva plusieurs personnes favorablement disposées en faveur de la religion chrétienne, dont elles avaient entendu parler; malheureusement il ignorait la langue du pays. «Si je savais le japonnais, écrivit-il dans une de ses lettres, je ne doute pas qu'un bon nombre d'idolâtres n'embrassassent la foi chrétienne. Dieu veuille que je l'apprenne bientôt I alors je rendrai quelques services à l'église. Présentement, je suis au milieu de ces infidèles comme une statue.» Se voyant donc trait^par les idolâtres comme un insensé, et n'ayant aucune espérance de succès parmi eux, il se hâta de passer à Méaco,

Il ne fut pas mieux accueilli dans celte grande vilie qu'il l'avait été à Araangucchi, où il ne larda pas à retourner, mais dans un équipage diiFérent de celui avec lequel il avait paru la première fois. Il changea ses habits pauvres, et usés en d'autres tout neufs et d'une belle étoffe; prit des valets à sa suite, et prépara pour le roi.des présens qui consistaient dans une horloge sonnante, un instrument de musique, et d'autres curiosités aue lui avait données le vice-roi

des Indes. Dans ce brillant appareil, iî se présenta devant le prince, et lui remit des lettres dece vice-roi. Le prince, flatté de ces présens, lui permit de prêcher sa religion , et à ses sujets de l'emferasser. Notre zélé missionnaire avait appris la langue du pays; sa prédication, soutenue par la sainteté de sa vie, fut suivie d'un tel succès, qu'en moins d'un an qu'il demeura à Amangucchi , il administra le baptême à plus décrois mille catéchumènes.

L'espérance de plus grands succès conduisit François dans la province de Bun-

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go. Lorsqu'il arriva au port de la ville de ce nom, on tira le cauon pour lui Aiire honneur, tant était grande la réputation qui le précédait. Le roi du pays (1) avantageusement prévenu en ia fiiveur, lui envoya un de ses plus proches parens, avec une lettre par laquelle il le priait de venir le trouver le lendemain, et lui témoignait son désir de l'entendre parler de la religion chrétienne.

Les Portugais tinrent aussitôt conseil pour décider comment l'homme de Dieu paraîtrait à la cour; ils résolurent, bientôt après, de faire violence à son humilité en l'engageant à se présenter devant le prince dans un magnifique équipage, pour confondre les bonzes, qui le faisaient passer pour un misérable aventurier. En conséquence, chacun se revêtit de ses plus riches habits, et l'humble Xavier fut conduit à l'audience du monarque dans l'appareil le plus imposant.

^1) Le Jnpon était alors divisé en plusieurs royaumes.

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Tous les Portugais étaient dans des barques dont les voiles étaient de soie , et richement pavoisées; de tout côté se faisait entendre le son des trompettes.

François fut reçu du roi d'une manière conforme à la magnificence de son train et à la haute idée que ce prince avait conçue de lui. Partout on lui rendit les plus grands honneurs. Cependant Dieu voulut humilier son serviteur, en permettant que ses efiforts pour la conversion des idolâtres ne fussent pas couronnés de tout le succès qu'il s'en était promis. Il fit encore plusieurs voyages avec un zèle qui ne faisait qu'augmenter, pendant lesquels il jeta sans relâche cette semence évangélique, qui devait si abondamment fructifier au Japon , après sa mort, jusqu'au moment où les Hollandais firent bannir de cet empire, par des motifs d'un vil intérêt, la religion catholique et les missionnaires qui la prêchaient.

Après un séjour d'environ deux ans et demi au Japon , le saint missionnaire prit la résolution d'aller porter le flam-

beau de révangile dans le vaste empire chinois; mais voyant son dessein traversé par toutes sortes d'obstacles, il tomba malade de chagrin dans l'île de Sancian, où il termina par une mort aussi sainte que sa vie, son glorieux apostolat, en i552, à l'âge de cinquante-cinq ans.

Pour se faire une idée de toutes les peines que saint François-Xavier eut à endurer, de tous les obstacles qu'il eut à combattre dans sa carrière apostolique, il faut se reporter au temps et considérer le caractère des peuples où il entreprit d'exercer son zèle pour la Conversion des Infidèles. Ce n'était que depuis cinquante ans environ que les Portugais s'étaient établis dans quelques contrées de rinde pour y faire le commerce. Comme c'était l'avarice qui les y avait conduits, ils s'y étaient peu occupés durant tout cet espace de temps de la conversion des Infidèles. Quant à ces derniers, livrés depuis un grand nombre de siècles aux plus absurdes superstitions , et aux plus honteuses débauches . dont leurs princes leur donnaient l'exemple,

ils ne pouvaient écouter qu'avec la plus grande répugnance un missionnaire qu'ils n'avaient jamais vu, et qui leur annonçait, pour la première fois, une doctrine austère, un Dieu crucifié, le renoncement absolu à toutes leurs superstitions, à toutes U'urs voluptés. S'ils ne persécutaient pas Xavier, que protégeaient les Portugais , si même ils Taccueillaient avec resj)ect, le plus grand nombre d'entre eux le tournaient en ridicule, et se moquaient des saintes vérités qu'il leur annonçait. Si quelquesuns seulement de ces idolâtres avaient embrassé le christianisme, leur conversion était déjà une espèce de miracle ; celle de cinquante mille au moins des adorateurs des idoles doit danc être regardée comme un miracle plus étonnant, qui, sans plusieurs autres, aurait suffi à la canonisation de notre saint missionnaire.

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