‹ Beautés du christianismeChapitre 37 sur 42 · TRAITS DETACHES DE LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE · texte numérisé non relu

TRAITS DETACHES DE LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE

Cette sainte, l'une des plus illustres servantes de Dieu , passe pour un des plus beaux esprits dont l'Espagne s'enorgueillisse. Elle naquit, en i5î5, dans Avila, ville épiscopale delà Casliile vieille. Son père était un gentilhomme qui se nommait Alphonse de Cépède , et sa mère se nommait Béalrix d'Ahumade, Dès sa plus tendre jeunesse, elle se fit remarquer par l'élévation de ses sentimens. Entre ses sept frères, il y en avait un, nommé Rodrigue, avec qui elle se plaisait à faire de pieuses lectures, et à s'entretenir des exemples des premiers chrétiens; leurs jeunes cœurs s'enflammaient de telle sorte au récit des souffrances et des victoires des martyrs^ que le désir de les imiter croissait en eux de jour en jour.

Après avoir conféré tous deux sur la meilleure manière de servir Dieu, ils pri-

rent un jour la résolution de s échapper de la maison paternelle, et d'aller chezles ^Jaurès, en demaudanl l'aumône, s'offrir aux mauvais trailemens de ces Barbares , et donner leur vie pour Jésus- Chrisl. Après avoir amassé qutdques petites provisions pour leur voyage, ils se mirent en chemin. Thérèse avait alois sept ans. Ils sortirent de la ville par la porte d'Adaja, qui est le nom de la rivière. Ils marchaient tous deux d un air fort décidé lorsqu'ils rencontrèrent un de leurs oncles sur le pont. « Où allezvous dans cet équipage.'^ leur demandat-il. — ISous allons nous faire martyriser chez les Maures, car rien ne nous paraît plus heureux que de mourir pour Jésus- Christ. — Revenez au logis où votre mère est plongée dans la désolation. Comment avez-vous pu lui causer tant de peine ?B Rodrigue rejeta la faute sur sa sœur, en disant que c'était elle qui l'avait engagé à partir avec elle.

Thérèse, pour se consoler de n'avoir pu endurer le martyre, bâtissait dans un jardin avec son frère de petits heroiita-

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ges, où ils se retiraient cîc temps en temps, comme dans des demeures fort solides, sans ctîc rebutés par les orages qui ne respectaient pas toujours ces frêles édifices. Elle était alors très-exacte à remplir ses devoirs religieux, et assistait les pauvres autant que le permettaient ses moyens et les occasions.

Pour l'entretenir dans ses bonnes dispositions, son père lui faisait lire toutes sortes de bons livres; mais des infirmités dont sa mère fut attaquée, quelques années avant sa mort, furent pour elles l'occasion de se livrer à la lecture des romans dont l'Espagne a produit un si grand nombre. Ceite dangereuse lecture fit sur elle des impressions qui affaiblirent considérablement sa vertu. Elle n'avait que douze ans quand sa mère mourut, et néanmoins ces livres avaient déjà surpris son cœur, quoique le vice n'eût (!onné aucune atteinte mortelle a son innocence.

Thérèse avait Fespril juste , étendu , un génie capable des plus grands desseins , uac âme noble et supérieure aux

événemens. Un jugement solide, un cœur sensible au mérite, à ramitié, à la justice, au devoir, une humeur égale et douce, tout plaisait en elle. Sa conversation , ses manières, sa politesse, sa droiture et toutes les grâces extérieures, rendaient son commerce extrêmement délicieux dans la sociéié des honnêtes gei^s, que son père recevait chez lui.

Cette jeune personne avait une cousine dont l'esprit léger et les manières un })eu libres plaisaient beaucoup aux amis de son père. Les aventures de chevalerie lui avaient rempli la mémoire, et son plaisir consistait à en rendre compte à Thérèse, qui aussi lui faisait part des souvenirs non moins frivoles que ses lectures lui avaient laissés. Dès que celle-ci était seule , elle se replongeait dans ses lectures illusoires, y passait des journées entières» et même une parlie des nuits. Sa dangereuse parente avait des intrigues dont elle lui rendait un compte €xact , et noire sainte ne prenait que trop de plaisir à les entendre raconter. Comme quelques cousines assistaient à

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ces conversations trop enjouées, il n'est point surprenant qu'elle n'eût plus de goût pour les vérités célestes. Se trouvait-elle seule , elle employait la plus grande partie de son temps à la ecture de ces livres que sa cousine lui mettait sous les yeux, en lui faisant le récit de ses galanteries.

Thérèse ne tarda pas à prendre un soin tout particulier de sa personne j elle étudia sou langage, son attitude, sa manière de marcher pour plaire aux jeunes gens qui fréquentaient la maison de son père. La parure devint sa principale occupation, et elle ne tarda pas à s'y rendre assez habile pour en donner des leçons à ses jeunes amies. Elle vécut de la sorte pendant trois ans; enfin, son père, devenu veuf, frappé de sa vie dissipée, la mil en pension au couvent d'Avila, nommé Notre-Dame-de-Gràce.

Elle était alors âgée de quinze ans. Dans cette retraite, son ancienne ferveur se ralluma, et la vie religieuse lui parut bientôt l'état le plus désirable comme le plus sûr. Après ^'être déterminée à l'em-

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brasser par la lecture) des Lettres de saint Jérôme . elle s'échappa de la maison paternelle où elle était rentrée trois ans après, et alla se renfermer dans le monastère de rincarn^tion d'Avila, où elle demanda riiabit religieux. On peut s'imaginer ce que sa tendresse pour l'auteur de ses jours dut souffrir par cette séparation.

Pendant son noviciat, les pratiques les plus humiliantes devinrent ses délices.

Lorsqu'elle balayait dans la maison aux mêmes heures qu'elle avait employées autrefois aux amuse mens profanes et a sa parure, elle se plaisait à penser com- ])ien elle était heureuse d'être délivrée de ces vanités séduisantes, et la joie quelle en éprouvait lui causait une surj)rise qu'elle ne pouvait s'expliquer à cile-même. A dix-neuf ans, elle prononça ses vœux avec autant de courage que d humilité, et fut ensuite si contente et si parfaitement détachée du monde, quelle croyait, en de certains momens.

voir l'univers sous ses pieds.

Il y avait quelques armées que Thé-

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rèse habitait le couvent de rincarnatiou, lorsqu'elle forma le projet d'introduire la réforme dans l'ordre des carmélites.

Cependant la cellule qu'il fallait quitter pour commencer celte réforme dans un nouvel établissement 5 était fort pro-pre et tout- à-fait â son gré; elle avait de bonnes amies avec lesquelles elle avait élé élevée dès sa plus tendre jeunesse; elle jouissait de l'estime de toutes les religieuses et de toutes sortes de commodités. Une jeune pensionnaire , sa nièce, lui offrit mille ducais, et une veuve, fille du gouverneur de Torré , lui promit de se joindre à elle et de l'aider de tous ses moyens. C'était une bien grande entreprise pour Thérèse , une jeune fîHe et une veuve, que fa réforme de tout l'ordre du Mont-Carmel. Mais Thérèse ne se laissa pas décourager par les obstacles. Le père Alvarez, à qui elle fît part de son dessein, l'avertit d'en faire part à son supérieur , le père provincial des carmes , qui fit attendre sa réponse. Saint Pierre d'Alcantara avait déjà donné son assentiment. Le père

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Yvagaez, dominicain d'Avila, très-considéré pour ses lumières et sa vertu, qu'elle crut devoir consulter à ce sujet, déclara que, nonobstant toutes les clameurs qui s'élevaient contre son projet, eîle*devait en suivre l'exécution. Cependant le père recteur des jésuites avait refusé son approbation ta là réforme, et le père x41var<z. confesseur de la sainte, entraîné par ses avis, s'y montrait opposé. Ce recteur ayant été remplacé par le père Salazar, dont l'opinion était différente, Alvarez revint à son premier sentiment. Il est incroyable combien la noblesse et l'ordre des carmes opposèrent de difficultés au projet de Thérèse. Dès qu'elle vit son confesseur daiis son sentinicnt, elle se procura aut-ant d'argent qu'elle put, et, sous le nom de son beau -frère, elle fit construire un monastère dans AviLt , au mois d'août i56). Quand le bâliment fut acbevé, et q'ie le bref du pape Pie lY, approbatif de ce nouvel établissement, fui arrivé de Rome, Thérèse choisit quatre fdles, dépourvues des biens de la fortune, mais

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riches en vertus , d'un très-bon esprit , et d'un grand courage, pour en être les premières colonnes. Le ^4 août i562 , accompagnée de deux religieuses de l'Incarnalion, Tliérèse leur fit donner l'habit par le docteur Dace , après qu'il eut solennellement consacré l'église, et qu'il y eut mis le saint sacrement. La sœur et le beau-frère de la sainte, Gonzalez d'Aranda, Julien d'Avila, François de Salcède, et ses autres amis particuliers qui avaient connaissance de son dessein, furent présens à cette cérémonie. Voilà de quelle manière s'établit le premier monastère des carmélites réformées , sous l'invocation de saint Joseph dont nulle église ne portait encore le nom.

Quand Thérèse eut tout mis en ordre elle ne songea plus qu'à retourner au monastère de l'Incarnation, dans l'espérance de revenir à celui de sa réforme, lorsque son provincial le lui aurait permis.

Ce fut vers la fin de la même année, que cette permission lui fut accordée. Elle amena avec elle quatre autres religieuses de l'Incarnation , dont une fut nom-

mée prieure. L'cvêque, ayant rcniarqiié dans la suite combien elle était propre au gouvernement, l'obligea de s^ mettre à la tête de ses sœurs. Ce fut alors qu ei- Je fit connaître sa. profonde sagesse; elle donna à ses filles la forme de vie qu'elles devaient mener, et ne fit rien sans la participation de révéque. Elle mit pour fondement de sa règle l'exercice de l'oraison et la mortification des sens, établit une clôture rigoureuse, ferma les parloirs, défendit les entretiens du dehors et rendit les conversations du dedans furt courtes et fort rares; ne permit à ses religieuses pour se soulager dans leurs peines, que le recours aux consolations divines; leur prescrivit l'obligation de ne vivre que d'aumônes, reforma l'habillement , et cliangca l'éiamine en grosse serge, les souliers en sandales, les matelas en paillaisses, et les alimens délicats en une grossière nourriture.

Le petit désert de Saint Joseph était pour noire sainte et ses religieuses un véritable paradis ; elles y cultivaient avec soin toutes les vertus, et y faisaient une

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profession exacte de la pauvreté des apô très. En été, elles se levaient à cinq heures, en hiver à six; elles commençaient la journée par une heure d'oraison mentale ou dans leurs cellules ou dans les ermitages du jardin. Dans la suite il fut résolu, que pour se donner mutueilement bon exemple, elles se livreraient à cet exercice en commun. Après Toraison , elles récitaient les quatre petites heures du bréviaire; elles se retiraient ensuite dans leurs cellules, ou dans des lieux destinés à leur travail; chacune, en s'occupanl du sien, observait un rigoureux silence: c'est pour cette raison que Thérèse ne voulut point qu'il y eût une salle commune pour le travail des mains. Chacune travaillait et reposait, séparément, dans sa cellule, et n'en pouvait même sortir, sans une évidente nécessité. On sonnait la messe à huit heures en été , et à neuf en hiver. La mes'se finie, chaque religieuse retournait à sa cellule pour vaquer au travail des mains. Un quart d'heure avant le dîné , on sonnait une petite cloche pour l'examen de conscience, que chacune faisait

dans sa cellule ou dans tout antre lieu. Hors les jours de jeûne, orî dinait à dix heures, et durant les jeûnes, commandés par l'église ou ajoutés à la règle , on ne dinak qu'à onze et demie; la portion d« chaque religieuse, pour le dîné, était \\u œuf, avec un potage de légumes; quelquefois on leur donnait un peu de poisson commun, à moins qu'on ne leur en envoyât d'autre par aumône. Après le dîné , ia supérieure leur permetlait de s'entretenir ensemble quelques instans; il n'était permis, dans les conversation?» ni de s'écarter delà modestie, ni de rien dire contre la charité. A deux heures on allait aux vêpres, aprè;^ lesquelles les religieuses se reliraient dans leurs cellules, où chacune faisait une lecture spirituelle d'une heure, et employait le res'e de l'après-diné au travail des mains jusqu'aux compiles, qui se récitaient à.cinq heures en été et à six en hiver. On allait ensuite à la collation, après laquelle on se relirait dans les cell ides jusqu'à huit heures que commençait l'oraison mentale du soir, qui durait jusqu'à neuf heures. Lors-

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qu'elle était finie, on récitait les matines » et Ton faisait l'examen de conscience. La journée ainsi terminée, les religieuses se retiraient dans leurs cellules, où elles s'occupaient jusqu'à onze heures que l'on donnait le signal du coucher. La retraite était alors si strictement recommandée qu'il ne leur était pas même permis de se tenir hors de la porte de leurs cellules.

Thérèse venait de fonder un nouveau monastère à Tolède, lorsqu'elle reçut la visite d'une fille qui vivait dans une grande dévotion, aimait fort à entendre les sermons, et à se trouver à toutes les pieuses stations de la ville. Elle fut d'abord si contente de son esprit, de sa santé, et du désir qu'elle lui manifesta avec chaleur de se faire carmélite, qu'elle consentit à la recevoir. Le jour de son entrée ayant été fixé, elle vint la veille faire une visite au couvent; quand elle prit congé de Thérèse, «Ma mère, lui dit-elle, j'apporterai aussi une bible qui m'appartient, — Une bible, ma fille l repartit aussitôt la sainte ; non , non ; nevenez point ; nous

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n'avons besoin ni de vous , ni de votre bible; nous sommes de pauvres ignorantes qui ne savent que fder, et faire ce qu'on leur ordonne.» Thérèse avait, tout d'un coup, compris par cette parole qu'elle ne convenait pas à son monastère; elle soupçonna qu'elle était causeuse et curieuse; la suite prouva qu'elle avait bien pensé. Cette fille s'associa, peu de temps après, avec d'autres dévotes qui firent tant d'extravagances, qu'elles en furent punies par l'inquisition.

Une demoiselle de quarante ans, trèsriche, vint demander à la sainte l'habit de carmélite, dans le monastère qu'elle avait fondé à Tolède, et. lui faire une donation de tout son bien , qu'elle lui fit accepter, même avant son engagement.

Thérèse, pour l'éprouver, lui représenta que si l'austérité de la vie qu'elle voulait embrasser ne lui convenait pas, on la renverrait, sans que sa donation pût l'empêcher. Ces paroles ne découragèrent point la demoiselle, qui déclara que, volontiers, elle s'exposait <$ ce risque pour la gloire de Dieu. Thérèse reçut ensuite

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une autre fille fort pauvre, et qui n'avait pour toute richesse que les talens de son esprit; pour faire connaître sa pensée sur celte réception, elle dit hautement qu'elle donnait entrée à cette seconde fille, avec plus de joie qu'elle n'en avait eu, en recevant celle qui était si riche.

Un jour, à l'occasion d'une autre fille, qu'elle avait reçue pour rien, elle écrivit au père Dominique Bagnez : «Assurezvous, mon père, que c'est pour moi une joie très-vive toutes les fois que je reçois des filles qui n'apportent rien au couvent, et que je les reçois seulement pour l'amour de Dieu; de sorte que, quand elles n'ont f)as de quoi se placer dans d'autres monastères , et que, faute d'argent, elles ne peuvent pas suivre leur vocation, je reconnais que Dieu me fait une grâce particulière de mêles adresser, afin que je les contente. Si je pouvais les faire recevoir toutes de cette manière, j'en serais extrêmement ravie.»

Un Jour que notre sainte, après son retour de Tolède à son monastère de Saint Joseph d'Aviia, allait à compiles avec une

lumière a la main, après avoir monté l'escalier qui était devant l'entrée du chœur, elle demeura chancelante , et tournant quelques pas en arrière, elle tomba jusqu'au bas de cet escalier. Le.coup fut si rude que les religieuses crurent la trouver morte. Eiles accoururent avec beaucoup de promptitude, et en la relevant, elles lui trouvèrent le bras gauche rompu. La douleur qu'elle souffrait, était excessive, et elle souffrit encore plus lorsqu'on se mit à la panser, parce qu'il se passa bien du temps , avant qu'on eût trouvé une personne assez habile pour celte opération. Lorsqu'elle arriva, le bras était déjrà noué, mais Thérèse ne laissa pas de se résoudre à faire remettre l'os à sa place; quoiqu'elle comprît les difficultés et les risques de cette opération, le désir qu'elle avait de souffrir, lui donna le cournge de se mettre entre les mains de l'opératrice, après avoir ordonné cà ses religieuses d'aller au chœur prier pour elle; ainsi elle demeura seule avec cette femme et une autre qu'elle avait amenée. Ces deux femmes, qui ne manquaient pas

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de forces , se mirent alors a lui tirer le bras avec tant de violence , chacune de son côté, qu'elles firent éclater un os de l'épaule. Son bras resta un peu moins noué qu'auparavant, mais ce ne fut pas sans qu'elle éprouvât des douleurs insupportables. Durant toute cette opération, elle ne pensa qu'aux souffrances de Jésus-Christ lorsqu'on l'étendit sur la croix, et ne se plaignit pas plus que si l'on eut fait cette opération à une autre personne. Quand les religieuses furent revenues auprès d'elle, elles la trouvèrent aussi tranquille que s'il ne lui fût rien arrivé. Elle fut long- temps si incommodée de cet accident, qu'elle ne pouvait presque pas remuer le bras, et même elle en demeura si estropiée, qu'elle ne pouvait s'en servir pour s'habiller, ni se mettre un voile sur la léte.

Thérèse s'était rendue de Médina à AIbe, où la duchesse de ce nom l'attendait. Extrêmement fatiguée de sa route, elle obéit aux religieuses du couvent qu'elle avait fondé dans cette ville, qui la supplièrent de se mettre au lit pour prendre

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le repos dont elle avait un pressant besoin. «Dieu me veuille aider! leur ditelle; je me sens dans une lassitude et un abattement extrêmes, il y a plus de vingt ans que je ne me suis couchée de si bonne heure. »

Le lendemain, elle se leva, visita toute la maison, entendit la messe, communia, et dans tous ces exercices dont elle s'acquittait avec une ferveur angélique, elle traîna ses jours jusqu'à la fête de Saint-Michel, tantôt succombant à ses maux, tantôt se relevant.

Le jour de Saint-Michel , après avoir entendu la messe et communié, elle se trouva tellement affaiblie par un flux de sang, qu'elle fut obligée de se coucher. Sa fidèle compagne, la sœur Anne de Saint Barthélémy, ne la quitta ni jour ni nuit, pour satisfaire encore plus à son amitié qu'à son devoir. Le i" octobre, après avoir passé toute la nuit à prier, elle fit appeler le père Antoine de Jésus pour se confesser. Ce père, après avoir entendu sa confession , la conjura de demander à Dieu qu'il ne la retirât pas encore du

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monde. "Je n'y suis plus nécessaire, lui répondit-elle. — Supposé que Dieu vous appelle à lui, ne désirez-vous pas que votre corps soit porté à Saint Joseph d'Avila? — Ai-je quelque chose qui m'appartienne, et ne me donnera-ton pas ici un peu de terre? »

La veille de Saint-François, sentant que l'heure de sa mort approchait, elle demanda les sacremens. Tandis qu'on allait chercher le saint viatique, elle joignit les mains et dit à ses religieuses : «Mes filles et mesdames, je vous prie, pour l'amour de Dieu, d'observer exactement les règles et constitutions; ne vous arrêtez pas aux exemples de cette indigne pécheresse qui va mourir; pensez plutôt à lui pardonner. » A ces paroles, toutes ses sœurs fondent en larmes, et pas une n'a la force de lui répondre.

Dès qu'elle aperçut dans sa cellule les espèces sacramentelles qui voilaient Jésus-Christ, toute accablée qu'elle était, elle se mit avec tant de courage sur son séant que si on ne l'eût retenue , elle se serait jetée à terre; son visage se ranima,

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parut s'embellir et se rajeuntr : tournant alors des yeux ardens vers Jésus- Christ, «venez, seigneur, dit-elle, venez, cher époux. Enfin l'heure est venue et je vais sortir de cet exil. Il est temps, et il est bien juste que je vous voie, après a- Toir eu si long-temps le cœur dévoré de ce désir. » Quand elle eut reçu cette divine nourriture, elle demanda l'cxtrémeonction, et répondit attentivement à toutes les prières. Le jour de Saint François, après avoir passé la nuit dans d'extrêmes souffrances, vers les sept heures du matin, elle laissa pencher sa tète sur les bras de la sœur Anne de Saint Barthélemi , tenant de sa main défaillante un crucifix qu'elle ne quitta point, et qu'on ne put lui ôtcr qu'après sa mort. Elle demeura paisiblement dans cette posture les yeux ouverts, et fixés sur l'image du sauveur, jusqu'à neuf heures du soir, qu'elle mourut entre les bras de celte tendre et fidèle amie, qui faillit succomber à la violence de sa douleur.

Thérèse était âgée cle soixante - sejt ans, six mois, sept jours. Elle avait passé

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quarante-scpt ans dans la religion, vingtsept au monastère de l'Incarnation, et les vingt derniers dans sa réforme, dont elle vit l'accroissement jusqu'à seize couvents de filles, et quatorze de carmes déchaussés. Le jour de sa mort qui fut le 4 octobre iBBa, se trouve aujourd'hui le i5, depuis la réformation du calendrier.

La mort n'effaça point les traits de cette grande sainte ; les rides de la vieillesse disparurent sur son visage, et ses membres demeurèrent aussi flexibles que si elle eût été encore en vie. Une agréable odeur se répandit, non-seulement dans toute sa cellule et les environs, mais au loin dans tout le monastère.

Le corps demeura exposé , depuis le soir qu'elle mourut, jusqu'au lendemain.

Après la messe, le cercueil fut déposé dans un lieu qui servait alors de baschœur, entre deux grilles, pour plus de sûreté et de décence.

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