SUCCES PRODIGIEUX DE LA PRÉDICATION DES APOTRES
Les Apôtres ayant reçu le Saint-Esprit Je jour de la Pentecôte, commencèrent à parler plusieurs langues, en publiant les merveilles dont ils avaient été témoins ; la ville de Jérusalem était alors remplie de Juifs de tous les pays. Une foule immense, rassemblée autour d'eux, ne pouvait revenir de sa surprise, en les entendant s'énoncer, quoiqu'ils fussent Gaîiléens, de manière à élre compris de tous ceux qui parlaient d'autres langages que le leur. «Ils sont ivres,» disait-on; comme si l'ivresse eût pu leur donner la connaissance des langues qu'ils n'avaient pas apprises. «Non, répondit Pierre, non; ceux que vous entendez ne sont pas ivres, mais,
suivant ce que le prophète Joël a préflit, ils sont pleins du Saint-Esprit. > Ce même Apôtre, devenu un homme bien dififérent de ce qu'il était lorsqu'il renia son maître , se met alors à leur annoncer Jésus de Xazareth qu'ils ont crucifié, leur déclare qu'il est le Seigneur et le Christ, et les exhorte à se faire tous baptiser en son Dom.Vivement et profondément touchés de ses paroles qu'anime l'esprit saint dont il est rempli, trois mille Juifs ouvrent les yeux à la lumière de l'Évangile, se font baptiser, persévèrent dans ce miraculeux changement, et reçoivent avec une parfaite docilité les instructions des disciples de Jésus 1 Spectacle digne de Tadmiration de tous les siècles ! Ces hommes, auparavant animés d'une haine violente contre le Fils de l'homme, dans le nombre desquels il se trouvait peut-être plusieurs de ceux qui avaient crié : «Crucifiez-le! » sont devenus, dans un instant, les humbles adorateurs de celui qu'ils avaient blasphémé ; ces hommes, livrés aux calculs de la plus sordide avarice, depuis lon^- temps enfoncés dans les honteux
détours de la mauvaise foi et de la fraude, mettent tous leurs biens en commun, vendent leurs héritages, et distribuent aux plus pauvres d'entre eux, non seulement leur superOu, mais encore jusqu'à une partie de leur nécessaire.
A leur prédication les apôtres ajoutaient, pour la soutenir, un grand nombre de miracles. Pierre et Jean, ce disciple bien-aimé du Sauveur, guérirent à la porte du temple un homme perdu , âgé de plus de quarante ans, qui n'avait jamais marché. Le peuple, étant accouru au bruit de ce miracle, Pierre saisit cette occasion pour lui prêcher Jésus-Christ.
Cinq mille Juifs se convertirent à l'Évangile, et grossirent la nouvelle société chrétienne. Une persécution ne tarda pas à se déclarer contre les deux apôtres. Ils furent arrêtés et traduits au conseil des Juifs ; mais leur zèle et leur courage ne firent qu'augmenter par les menaces, la prison et la flagellation. nNous ne pouvons nous empêcher, disaient-ils, d'an^ noncer ce que nous avons vu et enten^ du.n Joyeux d'être trouvés dignes de
souffrir pour la cause de leur divin maître, ils ne cessaient de s'exposer à de nouvelles perscctitions, en enseignant sa doctrine, touslesjours, dansle temple ou dans les maisons. Leurs succès répondaient à l'intrépidité de leur zèle : le nombre des fidèles croissait à vue d'œil, et plusieurs prêtres juifs contribuaient à cet accroissement, en s'altachant aux apôtres.
De Jérusalem , la religion de Jésus- Christ s'étendit bientôt dans toute la Palestine, et ensuite dans d'autres pays. Le diacre saint Philippe \int la prêcher aux Samaritains^ qui furent baptisés et reçurent de Pierre et de Jean le Saint-Esprit par l'imposition des mains. En quittant Samarie, Philippe se dirige, par l'ordre do Dieu, sur le chemin de Gaza; il y rencontre le trésorier de Candace, reine d'Ethiopie , qui s'en retournait après avoir adoré Dieu à Jérusalem ; il s'approche de lui, et prend occasion d'un passage du prophète Isaïe , qu'il Usait, pour l'instruire de la foi en Jésus-Christ, le convaincre et ensuite le baptiser. Cet homme continua sa route, plein d'une sainte joie
de ce qu'il venait d'apprendre. x4rrivé en Ethiopie, il y prêcha la foi, et convertit ce grand royaume à l'Évangile. Après sou départ, Philippe, transporté de l'esprit de Dieu, se rendit à Azot, et de là à Césarée, en préchant Jésus-Christ dans toutes les villes où il passait.
L'Évangile, après avoir été annoncé aux Juifs, devait l'être aux Gentils. Saint Paul, persécuteur des fidèles, ayant été converti sur le chemin de Damas, où il se rendait pour emmener prisonniers à Jérusalem ceux qu'il trouverait dans celte ville, fui choisi de Dieu pour être l'apôtre de la gentilité. Après avoir prêché dans les synagogues la divinité de Jésus crucifié, il commença l'exercice de son apostolat contre le paganisme, avec saint Barnabe, d'abord à Séleucie, ensuite à Salamine, dans l'île de Chypre. Quelques années auparavant, saint Pierre avait préludé à la conversion des Gentils par celle du centurion Corneille ; il avait aussi prêché aux Juifs dispersés dans toute l'Asie mineure, et envoyé quelques-uns de ses disciples pour fonder diverses églises en Italie et
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t'îi Occident. Les autres apôtres s'étaieiit tlispersés dans tout l'univers connu, pour y porter la bonne et admirable nouvelle du saîut. On regarde comme certain que saint Thomas pénétra jusques dms les Indes.
Depuis long-temps l'île de Chypre était asservie au culte de Vénus; cependant le |dus grand nombre de ses habitans ouvrirent les yeux à la divine lumière que saint Paul leur présentai!. Le gouverneur Sergius Paulus leur en donna l'exemple, en se faisant lui-même disciple de ce grand apôtre. La Pisidlc, la Pamphilie. la Lycaonie, deviennent tour à tour le théâtre de la prédication évangéîique et de ses succès. Paul se rend à Jérusalem pour assister au premier concile ; il se sépare ensuite de Barnabe, se met à parcourir la Phrygie, la Galatie. la xMysie, et vient à Troade, ville maritime, où il passe la mer pour entrer en >Liccdoine. Dans toutes ses courses, il annonce aux peuples païens le royaume de Dieu et l'Evangile de Jésus crucifié. Arrivé en Macédoine, il établit à Philippes une église ou société de
ehrcliens, nuis \mv les liens de la même foi el de la méiue charité. De là il se rend àThessalonique, et y fonde une église qui bientôt, par les vertus de ses membres, devient le modèle de toutes les autres; ii pénètre en Achaïe, arrive à Athènes, et dans cette antique et fameuse cité, il prêche devant Taréopage, le dieu inconnu à qui les Athéniens avaient élevé un autel. Les juges de cet auguste tribunal l'écoutent avec autant de surprise que d'attention, et plusieurs d'entre eux, au nombre desquels est saint Denis, se dévouent au culte du vrai Dieu.
Tel fut le succès de la prédication des apôtres et de leurs disciples , qu'avant la fin du premier siècle on trouvait des chrétiens et des églises dans toutes les provinces de l'empire romain, et qu'au commencement du deuxième, ils étaient nombreux en Perse et en Ethiopie. Saint Jean avait établi plusieurs églises dans l'Asie mineure, entre autres celle d'Éphèse, qu'il gouverna ou par lui-même, ou par des évêques qu'il y plaça. Saint Paul , qui de son côté avait été conduit à Home par
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l'ordre d'un gouverneur romain, pour y être jugé par l'empereur, répandit la divine semence dans celte capitale de l'empire, devenue le centre de tous les vices, comme elle était depuis long-temps celui de toutes les idolâtries. Jusques dans le palais de l'affreux Néron, dont la force de son zèle lui ouvrit les portes , il fit briller aux yeux de plusieurs domestiques de ce prince la céleste lumière qui favait éclairé lui-même. Bientôt cette église fondée par saint Pierre, qui y avait établi le siège apostolique, et cimentée par le sang des deux apôtres, devient une des pins nombreuses de la vaste monarcbie romaine.
Ne pensons pas que Jésus crucifié ne trouve des adorateurs que dans les dernières classes du peuple : des personnages distingués s'empressent de se faire instruire et de s'agréger par le baptême à la société chrétienne. De ce nombre sont Flavius Clémens, cousin germain de Domitien. Cet homme illustre avait à peine déposé les faisceaux consulaires, qu'il eut le bonheur de mériter la glorieuse couronne du marivre.
Quel prodige est venu étonner l'univers , et exciter l'admiration de tous les siècles! Jésus expire par le supplice d'une croix; douze pauvres disciples qu'il a choisis, hommes grossiers et ignorans, deviennent, après sa mort, plus savansque tous les philosophes , plus intrépides que tous les héros. Par la folie de la croix, ils renversent toutes les doctrines de la sagesse humaine; et, précédés de cette enseigne sacrée, ils s'avancent contre toutes les fausses divinités; à la face de tous les peuples ils attaquent tous les préjugés, toutes les passions, et sortent victorieux de tous les combats.
Dans quelle école ont-ils pris des leçons de cette éloquence toute nouvelle, qui subjugue les esprits et dompte les coeurs? Dans quelles armées ces timides pêcheurs du lac deGénézareth ont-ils fait l'apprentissage de cette intrépidité qui affronte tous les dangers? Voyez et admirez l'imperturbable assurance avec laquelle ils se présentent devant les multitudes plus disposées à les maltraiter qu'à les écouter; devant des tribunaux prévenus contre
eux, et résolus de donner gain de cause à leurs accusateurs. Représentons -nous le mouvement prodigieux que les nouvelles vérités qu'ils prêchaient, durent exciter dans tous les esprits. Prêtres, magistrats, peuples, tout s'agite partout où ils prêchent , de lOrient à l'Occident.
Les Juifs, les Éthiopiens , les Asiatiques , les Romains, prêtent l'oreille, s'étonnent, murmurent, se convertissent et se prosternent devant la croix de Jésus-Christ.
Quelle devait donc être la force de leurs discours ! quel feu devait donc les animer! combien leurs paroles durent être vives, pénétrantes, persuasives, pour convertir, je ne dis pas un peuple entier, mais seulement quelques personnes, en arrachant de leur esprit des préjugés qui y étaient enracinés depuis leur enfance, de leur cœur des passions et des goûts qui y régnaient comme dans un fort inattaquable !
Aujourd'hui que le christianisme est fîabli solidement, et règne en paix dans presque tout l'univers, nous ne nous fai-
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sons qu'une faible idée du grand et divin phénomène de son établissement et de sa propagation, par la prédication des apôtres et de leurs disciples. Pour connaître tout ce qu'il offre de beau et de sublime, représentons-nous ce que le monde était à l'époque où ils entreprirent de dissiper les ténèbres dans lesquelles il était plongé depuis des milliers d aijnées. Dans la Judée, où la connaissance du vrai Dieu s'était conservée, les peuples attendaient encore un Messie, qui, revêtu d'unegrande puissance temporelle, devait, après les avoir délivrés du joug des Romains, étendre son sceptre sur tous les peuples de la terre. Dans le inême pays, à Jérusalem principalement, deux sectes ennemies Tune de l'autre, les Pharisiens et les Sadducéens, s'en partageaient la population presque entière. Ceux-ci niaient la résurrection des morts, l'immortalité de l'âme; ceux-là , étroitement attachés à la lettre de la loi de Moïse, se croyaient dispensés de l'accomplissement des plus saints devoirs de la morale, lorsqu'ils s'étaient ac-
quilles des pratiques extérieures du culte^ et avaient payé la dîme de la menthe et du cumin.
Dans les autres provinces de l'empire romain, des temples d'idoles s'élevaient de tous côtés; sur tous les autels l'encens fumait pour honorer un Jupiter incestueux, un iMercure voleur, et une Vénus impudique, et à Rome s'élevait un temple magnifique en l'honneur de tous les dieux, tant on y craignait d'en avoir oublié un seul. En Egypte, de vils animaux et jusqu'aux légumes des jardins recevaient les hommages des aveugles mortels. Tout était dieu, suivant la belle expres- Fion du grand Bossuet, excepté Dieu luioncine. Tous les temples étaient desservis par un grand nombre de prêtres intéressés au mainlien d'un culte qui leur procurait de grandes richesses avec la considération des princes et des peuples. Et quel était ce culte , particulièrement celui de Vénus et d'Adonis? le tableau que nous en tracerions ne pourrait que faire rougir le front de nos lecteurs.
Que dirons-nous de ceux qui se pi-
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qu aient de philosophie, de ces faux juges qui, par la force de leur raison, étaient parvenus à la connaissance de plusieurs vérités de l'ordre religieux et moral? Enflés d'orgueil , ils se regardaient comme les seuls dépositaires de la science , et , en même temps, timides et lâches, de peur de s'exposer au mécontentement des princes, des magistrats et des peuples, ils retenaient la vérité captive dans l'injustice. Vains discoureurs, méprisables sophistes , la morale n'était pour eux '"qu'une spéculation qui n'influait que rarement sur leur conduite. La sagesse de leurs maximes et la licence de leurs mœurs offraient un contraste qui prouvait bien l'insuffisance de la raison humaine contre les penchans vicieux de la nature. Lorsque les apôtres entreprirent de combattre par la prédication évangélique les combats du Seigneur, pour nous servir de l'expression de l'Écriture, ils eurent donc trois sortes d'ennemis à attaquer:
les Pharisiens , dont Jésus-Christ avait dévoué l'hypocrisie à l'analhème; les Sa* ducéens, dont la doctrine était opposée
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à la croyance de sa résurrection; les prêtres et les innombrables adorateurs dos fausses divinités, dont le culte était appuyé sur les lois de l'empire, et la science orgueilleuse dts philosophes. Que d'obstacles à surmonter pour vaincre ! Cependant les Pharisiens et les Saduccens sont confondus, et plusieurs milliers de leurs sectateurs les abandonnent pour suivre les apôtres; le culte des dieux de l'empire, soutenu par les elTorts impuissaus de leurs prêtres, tombe dans un grand nombre de villes, et leurs temples se changent peu a peu en solitude; les philosophes ou se taisent, ou embrassent la sainte folie de la croix, et plusieurs d'entre eux deviennent d'éloquens apologistes de la nouvelle religion. Nous devons donc avouer qu'une entreprise dont le succès a été si prodigieux, malgré tant d'efforts réunis pour la fiire échouer, a été conduite par l'Esprit saint qui animait les prédications des apôtres et de leurs successeurs.
nu CHRISTIANISME,