MARTYRE DE SAINT ETIENNE, SAINT JACQUES, SAINT PIERRE ET SAINT PAUL
Le diacre saint Etienne fut le premier disciple de Jésus-Christ, ({ui, lapidé par les Juifs, rendit témoignage à sa divinité, et commença cette nombreuse et glorieuse série de témoins, dont le sang a cimente, pendant plusieurs siècles, cet édifice du christianisme, qui doit durer jusqu'à la dernière consotnmation.
Après ce premier martyr, saint Jacques, parent du Sauveur, et premier évêque de Jérusalem, confirma, par son supplice,
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la doctrine sainte qu'il expliquait aux fidèles de celte viile.
L'an 62 de Jésus-Christ, le grand-prêtre Ananus assembla un grand conseil devant lequel il fit amener cet apôtre. On parut d'abord vouloir le consulter au sujet de Jésus-Christ. Le peuple, lui diton, vous prend pour le Messie : c'est à TOUS à le détromper, puisque tout le monde est disposé à ajouter foi à vos paroles; et, en même temps, on le fît monter sur la terrasse du temple, afin que tout le peuple pût l'entendre. Lorsqu'il y fut monté les scribes et les pharisiens se mirent à lui crier : « O juste, nous devons croire tout ce que vous nous direz. Puisque le^ peuple s'égare en suivant Jésus crucifié, dites-nous ce que nous en devons penser. — Jésus, répondit saint Jacques d'une voix très-élevée , est maintenant assis, comme fds de Dieu, à la droite de sa majesté suprême, et doit venir un jour sur les nuées du ciel. A ces paroles, les scribes et les pharisiens se repentent d'avoir attiré ce témoignage à Jésus. « Allons, s'écrientils, précipitons
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cet homme du haut de la terrasse. » A l'instant ils exécutent leur résolution, en criant au peuple de le lapider. L'apôtre ne mourut pas aussitôt de sa chute; il se releva sur ses genoux, et se mit à prier pour ses meurtriers. Pendant qu'on lui jetait des pierres, un prêtre de la famille des Réchabites, s'écria : « Que faites-vous.^ le juste prie pour vous. » Mais dans ce moment un foulon, qui se trouvait là, prit son maillet à fouler les draps, et lui en donna un grand coup sur la têle. Saint Jacques avait gouverné l'église de Jérusalem pendant vingt-neuf ans. Il fut enterré au niême lieu où il avait achevé son martyre.
Saint Pierre et saint Paul répandirent, cinq ans après, dans la ville de Kome, leur sang pour la foi en celui qui les avait envoyés. La tradition porte que ces deux apôtres étaient gardés dans la prison souterraine de Mamerlin, qui était située au pied du Capitoîe. lis y demeurèrent neuf mois, pendant lesquels deux de leurs gardes se convertirent, et furent baptisés par saint Pierre avec quarante-scpl au-
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très personnes qui se trouvaient dans la même prison. Les fidèles ayant engagé les deux apôlres à se retirer, saint Pierre suivit leur conseil; mais comme il allait sortir de la ville, Jésus-Christ lui apparut. « Où allez vous, Seigneur .^ lui dit cet apôtre. Je vais à Rome, lui répondit Jésus , pour y être crucifié une seconde fois. » A ces paroles, Pierre se dit en luimême que Jésus ne pouvant plus mourir, c'est en sa personne que Jésus doit être crucifié, et il retourne sur ses pas. Couhme >éron se trouvait alors en Acliaïe, ce furent les gouverneurs de Rome qui condamnèrent à mort les apôlres, et les firent exécuter tous deux le même jour.
Saint Paul, qui était citoj^en romain, eut la tête tranchée; saint Pierre,comme Juif, fut crucifié. Saint Paul fut exécuté à trois milles de R.ome, dans un lieu appelé les eaux Sal viennes. Lucine , dame romaine, l'ensevelit dans sa terre, sur le chemin d'Ostie. Saint Pierre fut conduit au-delà duTibre, au quartier des Juifs, et crucifié sur le mont Janicule. On voulait le mettre en croix suivant l'usage ordinaire;
iDdis il dil qu'il ne méritait pas d'être traité comme son maître, et voulut être crucifié la tête en bas. Son corps fut enterré au Vatican, dans la rue Triomphale, et près d'un temple d'Apollon. On croit que ces deux apôtres furent frappés de verges avant d'être exécutés, et l'on montre encore à Rome des colonnes où l'on dit qu'ils furent attachés.
Saint Marc, évangéliste et disciple de saint Pierre, avait été envoyé par cet apôtre en Egypte, où il avait fondé l'église d'Alexandrie, ville très-riche, très-peuplée, et où se rendaient des étrangers de tous les pays. Quoiqu'elle fût regardée comme le centre de l'idolâtrie, il parvint à y former une église très-nombreuse.
Après l'avoir gouvernée, ainsi que plusieurs autres églises d'Egypte et des pays voisins qu'il avait fondées, il fut arrêté le 24 avril de l'an 68 , et fut mis à mort le lendemain.
Ainsi commençaient à se vérifier ces paroles de Jésus-Christ : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive, »Par le glaive, nous devons en-
tendre celui des bourreaux sous lequel les premiers fidèles, et tant d'autres dans la suite, devaient s'attendre à mourir. Ainsi la religion chrétienne s'établissait, non-seulement par les miracles des apôtres, mais par le sang qu'ils \ersaient en témoignage de ce qu'ils avaient vu, et de ce qu'ils avaient entendu de la bouche même du fils de Dieu. Les vérités qu'ils annonçaient aux nations étaient appuyées sur des ûiits, dont ils avaient éfé témoins, et c'était pour prouver l'existence de ces faits, sur lesquels ils n'avaient pu se faire illusion, qu'ils faisaient avec joie le sacrifice de leur vie. Les fidèles qui^ après eux, remportèrent la palme du martyre n'avaient point vu ces faits, n'avaient point conversé avecJésus-Christ, mais ils avaient TU et entendu ces respectables et courageux témoins de la vérité; et ceux qui, successivement et long-temps après, méritèrent la même couronne, eurent tous pour appui de leur foi et pour motif de leur dévouement, la foi et le dévouement de ceux qui les avaient précédés dans la sanglante carrière des supplices.
ACTION CHAraTABLE DE L APOTRE SAINT JEAN.
Cet apôtre, après êlie sorti de i'île de Palmos , dans laquelle il avait été relégué sous le règne de l'empereur Domitien , retourna à Éphèse où il passa le reste de ses jours , gouvernant de là toutes les églises d'Asie. Il allait dans les lieux voisins, soit pour y établir des évoques, soit pour choisir des hommes qui lui parussent dignes d'être élevés au sacerdoce, ou aux autres ordres de l'église, soit enfin pour régler les afi'aires des nouveaux chrétiens. Un jour qu'il s'était rendu à une église, située à une petite distance d'Éphèse , il jeta les yeux sur un jeune homme, bien fait de corps, d'un esprit vif, et le prit en affection. « Prenez soin de ce jeune homme , dit-il à Tévêque ; je vous le recommande en présence de l'église et de Jésus-Christ. »L'évêque s'en ^tant chargé, avec promesse de lui don-
lier tous 5es soins, il retourna à Éplicse.
Cet évêque mit d'abord beaucoup d'application à former ce jeune homme à la verlii, et après l'avoir instruit des vérités chrétiennes . il lui administra le sacrement de baptême. Se persuadant ensuite que ce sacrement suffirait pour conserver et nourrir en lui les sentimens de pieté qu'il lui avait inspirés . il s'accoutuma à moins veiller sur sa conduite et à lui laisser, de jour en jour , plus de liberté. Ce jeune homme, devenu trop tôt son maître, ne tarda pas à se livrer à la fréquentation des libertins de son âge.
Après l'avoir d'abord attiré par des repas, ils Temmenèrentavec eux pour dépouiller les passaus pendant la nuit, et s'abandonnèrent à toutes sortes d'excès. Il s'acr coutuma à ces désordres , finit par s'enfoncer dans l'abîme plus avant qu'aucun de ses complices, et forma avec eux une compagnie de voleurs dont il fut nommé le chef.
Après que quelques années se furent écoulées , Saint-Jean . ayant terminé les affaires de quelques églises . pour les-
quelles il avait été appelé, demanda compte à l'évêque du dépôt qu'il lui avait confié. Celui-ci, surpris de cette demande, s'imagine qu'il est question d'un dépôt d'argent. « C'est le jeune homme que je demande, dit l'apôtre, c'est l'âme de notre frère. » Le Vieillard, baissant alors les yeux et versant des larmes, dit à Saint- Jean :« Il est mort! — Comment? de quelle mort? — 11 est mort à Dieu ; ce n'est plus qu'un méchant et un voleur , il s'est retiré dans la montagne voisine avec une troupe de scélérats. — J'ai laisse un bon gardien à l'âme de notre frère ! s'écria l'apôtre en déchirant sa robe ; que l'on me donne un cheval et un guide. » On exécute ses ordres, et il partpromptement de la ville où il était. A son arrivée au premier poste des brigands, il est arrêté par une sentinelle. « Menez-moi à votre chef, »> dit-il sans se déconcerter. Celui-ci l'attendait les armes à la main ; mais quand il reconnut le saint apôtre , il prit aussitôt la fuite. Saint-Jean , malgré sa grande vieillesse, le suivit à toute bride, criant: « Mon fils , pourquoi fuyez-
VOUS voire père, un vieillard faible et sans armes? ne craignez rien, mon cher fils, il y a encore espoir de vous sauver, je rendrai compte pour vous à Jésus -Christ, et, s'il est nécessaire, je donnerai volontiers ma vie pour vous, comme il a donné la sienne pour nous tous. Arrêtez: croyez que c'est Jésus -Christ qui m'a envoyé vers vous. » A ces mots, le jeune voleur s'arrête, baisse les yeux, jette ses armes et pleure amèrement. Quand l'apôtre est près de lui, il l'embrasse , le visage baigné de larmes , et en cachant sa main droite. Le saint vieillard ranima sa confiance dans la miséricorde divine, se prosterna contre terre et pria pour lui. Après lui avoir baisé la main droite, qu'il avait comme lavée par ses larmes, il le ramena à l'Église qu'il avait abandonnée, et ne le quitta que lorsqu'il l'eut rendu, par ses jeûnes et ses prières, un grand exemple de pénitence.
Cet apôtre, dont la charité la plus tendre formait principalement le caractère, étant parvenu jusqu'à une extrême vieillesse, ses disciples étaient obligés de le
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porter à l'assemblce des fidèies. Comme il était trop faible pour parler long-temps, il leur répétait conlinuellement ces courtes paroles : « Mes enfans, aimez- vous les UDS les autres. «Ses disciples lui demandèrent un jour pourquoi il leur disait toujours la même chose. « C'est, leur répondit-il, le commandement du Seigneur; si vous l'observez, c'est assez.