‹ Beautés du christianismeChapitre 7 sur 42 · MARTYRE DE SAINT IGNACE ET DE SAIXT PO- LYCARPE · texte numérisé non relu

MARTYRE DE SAINT IGNACE ET DE SAIXT PO- LYCARPE

Les premiers chrétiens rendaient, dans toutes les occasions, témoignage de leur foi en Jésus-Christ, ils y étaient puissamment encouragés par l'exemple de leurs premiers pasteurs, successeurs des apôtres , surtout par le martyre de saint Ignace et de saint Polycarpe. Le premier, qui avait été disciple de saint Pierre et de saint Jean, gouvernait l'église d'Antiochc lorsqu'il fut conduit devant l'empereur Trajan qui allait faire la guerre aux Par-

thes. Apres avoir été interrogé par ce prince, il fut condamné à être lié et transféré à Rome, sous la conduite de dix soldats, pour être livré aux bétes. Comme il approchait de cette capitale du monde, les fidèles qui s'y trouvaient s'empressèrent d'aller au-devant de lui. Aussitôt qu'il y fut arrivé, on le conduisit à l'amphithéalre, où il fut exposé cà deux lions qui l'eurent mis en pièces dans un instant. Il ne resta de son corps que les plus gros ossemens. Recueillis par les chrétiens avec le plus grand respect, ils furent portés à Antioche, comme un trésor du plus grand prix. Les fidèles de cette grande ville, après les avoir enfermés dans une châsse, les déposèrent dans le cimetière qui avoisinait la porte de Daphné. Saint Ignace gagna la couronne du martyre l'an 10^ de Jésus-Christ.

Pendant qu'il était à Smyrne, où il devait s'embarquer, il avait écrit aux fidèles de Rome une lettre par laquelle il les conjurait de la manière la plus louchante, de ne point solliciter pour faire changer son supplice, ou pour lui sauver

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la vie. «Permettez- moi, leur dit il. de ser- > vir de nourriture aux lions et aux ours : c'est un chemin fort court pour arriver ^^au ciel. Je suis le froment de Dieu, il » fnut que je sois moulu pour donner un «pain digne d'être offert à Jésus-Glirist... » En arrivant à Rome, j'espère trouver les ^> bétes prêtes à me mettre en pièces : puis-

j> sent-elles ne point me faire languir!

1» Piien ne me louche , tout m'est indiffé- » rent, hors l'espérance de posséder Dieu. pQue le feu me réduise en cendres; qu'u- )i ne croix me fasse mourir d'une manière ï) lente et cruelle; qu'on lâche sur moi » des tigres furieux et des lions affamés; » qu'on meurtrisse, qu'on broie mes mem- «bres; que tous les démons épuisent leur » rage sur moi, je souffrirai tout avec joie, «pourvu que je jouisse de Jésus-Christ.» Saint Polycarpe avait été, avec saint Ignace, disciple de saint Jean, et ordonné par cet apôtre, évoque de Smyrne, vers la fm du premier siècle. Il gouvernait celte église, depuis environ soixante-dix ans, lorsqu'il fut arrêté avec plusieurs fidèles de son église, dans une maison

peu éloignée de la ville, où il s'était retiré. Quand il fallut partir, on le plaça sur un âne pour le conduire à Smyrne.

A son arrivée sur la place publique, où le peuple était assemblé, il fut présenté au proconsul qui , après lui avoir demandé son nom , l'exhorta à avoir pitié de lui-même et à obéir. « Maudis le Christ, lui dit-il, et je te laisserai aller. — H y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait de mal. Comment pourrais-je blasphémer contre celui qui m'a sauvé? — Jure par la fortune des Césars. — Si vous ne savez pas qui je suis, je le dirai librement; écoutez : je suis chrétien. Que si vous voulez savoir ce qu'est un chrétien, marquez-moi un jour, et je vous l'apprendrai. -— Je t'exposerai aux bêtes féroces, si tu ne changes. —Faitesles venir, car je ne puis changer du bien au mal. — Si tu méprises les bêtes, et si tu n'obéis, je te ferai consumer par le feu. — Vous me menacez d'un feu qui ne brûle que pendaiit quelque temps, mais vous ne connaissez point le feu éternel qui est réservé aux impies. Au reste, pour-

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quoi différez-^ous? faites ce que vous voudrez. »

Le juge prononça aussitôt la sentence qui portait qu'il serait brùié vif. A l'instant les païens et les juifs courent en foule dans les boutiques et dans les bains prendre le bois pour construire un bûcher. Lorsque tout est prêt, Polycarpe détache sa ceinture , se dépouille de tous ses vetemens, et monte sur le bûcher comme sur un autel. On veut l'y clouer. «Laissez- moi ainsi , dit - il ; celui qui me donne la force de souiFrirlefeu, m'y fera demeurer ferme, sans qu'il soit besoin de vos clous. » On se contenta donc de lui lier les mains derrière le dos.Après qu'il eut adressé à Dieu une fervente prière, on alluma le bûcher; on vit alors un miracle surprenant ; les flammes, qui s'élevaient en tourbillons, formèrent une voûte autour du saint martyr , et il s'en exhala une odeur aussi agréable que celle des parfums les plus exquis. Les païeLs voyant que son corps ne brûlait point, lui firent donner un coup d'épce. îl sortit aussitôt, par uo autre miracle, de labiés-

sure de ce saint vieillard une si grande quantité de sang que le feu en fut éteint. Cette relation du martyre de Saint Polycarpe fut écrite par des témoins oculaires et envoyée aux chrétiens de la ville de Philomèle dans la grande Phrygie, et à toutes les églises du monde, au nom de l'église de Smyrne; après avoir dit comment son corps fut brûlé, ils continuent ainsi : « Nous retirâmes les ossemens plus pré- » cieux que Tor le plus épuré . et nous les )) déposâmes dans un lieu convenable, où »nous espérons nous assembler tous les • ans pour célébrer avec joie la fête du j) martyre du Seigneur. ^ Saint Polycarpe consomma son sacrifice le 2 5 février de l'an 166.

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