MARTYRS DES GAULES
Dans la troupe innombrable des chrétiens qui, pendant trois siècles, arrosèrent de leur sang les provinces de Tempire romain, les martyrs des Gaules sont ceux sur le généreux dévouement des-
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quels nous trouvons de plus précieux détails dans une lettre que les fidèles de Vienneetde Lyon, témoins deleurs souffrances , écrivirent à leurs frères des provinces d'Asie et de Phrygie. Ce fut pendant une persécution des plus violentes, qui s'éleva contre les fidèles, sous l'empire du philosophe Marc-Aurèle , que Vettius Épagatus , jeune homme d'une rare sagesse, et d'un zèle admirable, s'étant présenté au gouverneur de Lyon pour prendre la défense des chrétiens , mérita , par son martyre, le titre de leur avocat; qu'une fille esclave, nomméeBlandine, après avoir lassé les bourreaux par sa constance et enduré les plus cruels tourmens , reçut à la gorge un coup d'épée qui acheva son triomphe et que deux jeunes amis, Epipode et Alexandre, donnèrent aux autres chrétiens l'exemple de ia plus héroïque fidélité aux saintes lois du christianisme.
Alexandre était Grec de nation, Epipode (i) natif de Lyon : tous deux nés
f (i) On le nomme à Lyon, Saint-Epipois> On
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de païens qui portaient le titre de 67arisshnes. Ils s'étaient liés dès leur enfance, dans les écoles, d'une étroite amitié. Animés des senliniens d'une piété aussi tendre que solide, ils se préparaient au martyre par la pratique de toutes les vertus et par les œuvres de miséricorde. Ils étaient dans la fleur de la jeunesse et vivaient dans une chasteté parfaite. Lorsque la persécution se fut allumée, ils sortirent de la ville secrètement , se retirèrent au bourg de Pierre- Encise , et se cachèrent dans la maison d'une pauvre veuve chrétienne comme eux. Ils furent quelque temps à couvert des poursuites; mais, enfin, on les chercha avec tant de soin et d'activité, qu'on les trouva. Comme ils tâchaient de se soustraire, par la fuite, à ceux qui venaient les arrêter, Épipode perdit un de ses souliers, qui fut
lui avait consacré au basde la colline de Pierre-F.ncise, près de la porte de Boiirgneuf, une petite chapelle sur l'emplacement de la mai.«ion de la reuve qui lui avait donné un asile . et à la proximité d'iiue fontaine.
trouvé et conservé précieusement pai une femme chrétienne. Quand on les eut pris, on les jeta dans une prison ; et, trois jours après, ils furent conduits, les mains derrière le dos , devant le tribunal du gouverneur. Le peuple , les ayant entendus confesser Jésus-Christ, jeta un grand cri, et le juge irrité s'écria ; a A quoi donc ont servi les lourmens de ceux qui ont été exécutés s'il est encore question du Christ ? »
Épipode, séparé de son ami par l'ordre de ce juge , fit cette réponse aux exhortations par lesquelles il s'efforçait de lui faire changer de sentiment : « La cruelle » compassion que vous me témoignez, ne »me touche pas; vous ne savez pas que «notre seigneur Jésus -Christ est ressus- » cité après avoir été crucifié, lui qui, par » un mystère ineffable, étant Dieu et » homme tout ensemble, a ouvert à ses » disciples le chemin de l'immortalité. 0 Mais pour vous parler selon votre portée, » ignorez-vous que Thomme est composé a d'un corps et d'une âme? Eh bien 1 chez a nous l'âme commande et le corps obéit.
«Les infamies que vous commettez en «l'honneur de vos dieux, si elles donnent >j du plaisir à votre corps, tuent votre B âme. Nous faisons la guerre au corps, j et le mortifions , mais c'est pour faire ' vivre l'âme et lui conserver son empire. » Pour vous, après vous être plongés dans ;)la volupté, comme les bêtes, vous ne > trouvez qu'une triste mort; mais nous, B quand vous nous faites m.ourir, nous »» entrons dans une vie éternelle. »
Furieux de cette réponse, le juge fit donner à Épipode des coups de poing sur la bouche. Ce courageux martyr , dont le sang ruisselait de ses dents brisées, eut alors assez de force pour s'écrier: " Je confesse que Jésus-Christ est Dieu ^ avec le Père et le Saint-Esprit; il est juste " que je rende mon âme à celui qui m'a » créé et racheté. » A peine avait-il achevé ces mots, que le juge le fit suspendre a un chevalet, aux deux côtés duquel des licteurs vinrent le déchirer avec des ongles de fer. Mais comme le peuple , en fureur, demandait à grands cris qu'on le lui livrât pour le mettre en pièces, crai-
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£> liant qu'il ne perdît le respect dû a sa dignité, il lui fit trancher la tête.
Deux jours après , Alexandre fut tiré de sa prison. Le gouverneur, devant qui il fut amené, lui dit: « Tu peux encore » profiter de l'exeiiiple des autres, et nous » avons tellement donné la chasse aux ') chrétiens , que tu es peut-être le seul » qui en reste. Je rends grâce à Dieu , » répond Alexandre, de ce que vous m'en- » couragcz par l'exemple des autres mar- » tyrs. Au reste vous vous trompez, le « nom chrétien ne peut périr : Dieu l'a "établi sur des fondemens si solides, 0 qu'il s'étend parla mort même de ceux « qui en sont honorés. Je suis chrétien , » je l'ai toujours été, et je le serai tou- » jours pour la gloire de Dieu. ;> Le gouverneur, irrité de ces courageuses paroles, le fit alors étendre par terre , les jambes écartées, et trois bourreaux se mirent à le frapper tour à tour et fort long-temps , sans que sa patience fut affaiblie par le supplice. Enfin, ce juge féroce, qui aurait dû admirer sa constance, le condamne à être mis en croix. Les
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exécuteurs se saisissent aussitôt de lui , lui étendent les bras sur le bois fatal , et l'y attachent. Ses souffrances ne furent pas de longue durée : son corps était tellement déchiré , qu'à travers ses côtes toutes décharnées , on apercevait les parties les plus secrètes de ses entrailles. Ce fut ainsi qu'en invoquant Jésus -Christ par les derniers efforts d'une voix mourante . il rendit son âme à Dieu.
APOLOGISTES DE LA PvELIGI0>' CHRÉTIENNE.
Les écrivains qui, dans les premiers siècles du christianisme, ont eu le courage d'en faire l'apologie, n'ont pas rendu à cette religion un témoignage moins éclatant que celui des martyrs. Comme elle était, ainsi que ses sectateurs, l'objet des plus honteuses et des plus absurdes calomnies de la part du commun des païens, et même de la part des philosophes , défenseurs des dieux de l'empire, et qu'il y avait tout à risquer en la dé-
fcndanl pai des écrits publics, les auteurs de ces apologies ont toujours été considérés comme des hommes non moins animés de l'esprit de Dieu , que ceux qui ont versé leur sang pour la foi qu'ils défendaient.
Saint Justin, philosophe platonicien, fut le premier qui parut dans une lice si dangereuse pour sa vie. Il avait trente ans lorsqu'il embrassa la religion chrétienne; depuis son baptême, il fît tous ses efforts pour mériter le nom de chrétien ; après avoir parcouru l'Egypte et plusieurs provinces d'Asie, pour y répandre la connaissance de la véritable religion, il vint tenir à Rome une espèce d'école où il faisait des conférences sur le christianisme à ceux qui venaient l'entendre; il était très -habile dans les sciences profanes, comme dans celle de la religion. Il attaqua les Païens par l'autorité de leurs philosophes etde leurs poètes, et les Juifs, par celle des prophètes.
De tous les ouvrages qu'il composa contre les païens , le plus célèbre est \ Exhortation aux Grecs , il y examine
quel? ont été les auteurs de ia religion Païenne. Commençant par les poètes, il expose les honteuses idées qu'Homère et Hésiode donnent des dieux dont ils ont fondé le culte; quand il aborde les philosophes , il prouve que la diversité de leurs sentimens ne permet pas qu'en matière de religion on reconnaisse aucun d'eux pour maître, pas même Aristote ni Platon ; il soutient que si les sages d'entre les Païens ont enseigné quelques vérités en parlant de Dieu et de son culte, ils les avaient puisées dans les écrits de Moïse et des prophètes.
Dans son Discours aux Païens^ il leur expose les raisons qu'il a eues de renoncer au culte des faux dieux, pour n'adorer que le véritable; il n'avait rien vu dans les cérémonies du paganisme, qui approchât de la sainteté de celles des chrétiens; les poètes si vantés par les Païens, n'étaient remplis que de choses ridicules ; dans les assemblées que les idolâtres tenaient en l'honneur de leurs divinités, tout présentait l'image du luxe et de la mollesse. Il termine son discours en les invitant a se
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joiiulie à lui, à apprendre ce qu'il a appris, et à ne pas désespérer d'être ce qu'il est, puisqu'il a été ce qu'ils sont.
Dans une Lettre à Diognète qui lui est attribuée, Saint Justin dit que les chrétiens n'ont rien au dehors qui les distingue relativement à la vie civile; que partout où ils se trouvent, ils vivent soumis aux lois de l'état et aux coutumes des lieux; qu'ils aiment tout le monde quoiqu'on les persécute; qu'au milieu de l'indigence ils font tout le bien qu'ils peuvent et ne se plaignent jamais ; que les opprobres font leur gloire, que les calomnies mêmes servent de témoignage à leur innocence , et qu'ils ne répondent aux injures et aux malédictions, que par des paroles pleines de respect et de charité; ils vivent en gens de bien et sont néanmoins punis comme médians; les juifs et les païens les persécutent sans pouvoir donner aucune raison solide de la haine qu'ils leur ont vouée.
Celui des écrits de Saint Justin, qui renferme la plus belle apologie des chrétiens, est celui qu'il adressa à l'empereur
Antonin el à ses fils adoplifs Marc Aurèle et Liicius Vérus. « Si vous daignez, dit-il à ces princes, exanniner nos principes et notre conduite, vous serez convaincus que l'empire n'a point de sujets plus propres àconserver la paix et la tranquillité publique. Pour quelle raison traiter d'impies et de gens sans dieu, des hommes comme nous, qui reconnaissons pour véritable Dieu , le Dieu éternel auteur de toutes choses, son fils Jésus-Christ qui a été crucifié sous Ponce Pilate, et l'esprit saint qui a parlé par les prophètes? les chrétiens ne sont pas des insensés, parce qu'ils adorent un crucifié, car le crucifié est la souveraine raison qui change entièrement ceux qui s'attachent à elle; autrefois nous ne trouvions du plaisir que dans d'infâmes débauches, aujourd'hui nous n'aimons que la pureté de 1 ame et du corps; nous ne cherchions que les moyens de nous enrichir , aujourd'hui nous mettons nos biens en commun, ou nous en faisons part à ceux qui sont dans le besoin : l'esprit de vengeance qui nous animait, s'est
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changé en un esprit d'amour pour nos ennemis mêmes.... Le succès delà morale de Jésus-Chrisl est tel, que parmi ceux qui, dès leur enfance, en ont été imbus, il s'en trouve un grand nombre de l'un et de l'autre sexe, âgés de soixante ans et au-delà, qui ont passé toute leur vie dans le célibat , et sans aucune atteinte de la plus légère corruption. ...Nous n'adorons que Dieu seul; mais nous sommes disposés à vous obéir avec joie dans tout le reste, vous reconnaissant pour nos empereurs et les maîtres du monde, et demandant à Dieu avec instance qu'avec la souveraine puissance vous ayez un es" prit droit et une conduite sage.»
Il ne paraît pas que cette apologie de Saint Justin ait eu aucun succès; il en adressa une seconde à Marc Aurèle et à Lucius Vérus, où il répondait à diverses objections des païens contre la foi chrétienne; ils prétendaient que ce que les chréliens disaient des feux éternels, n'était que pour effrayer les méchans et les engager à bien vivre; mais le saint apologiste leur répond, que s'il n'y a point
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denier, il n'y a ni Dieu, ni vertu, ni vice, et que les lois ont également tort de récompenser les bonnes actions et de punir les mauvaises; il fait cette remarque importante que quoique le fameux Socrate ait eu un grand nombre de disciples, aucun d'eux n'était mort pour la doctrine de ce grand philosophe. « Il n'en est pas ainsi de Jésus-Christ, ajoute-t-il ; les artisans et les gens du bas peuple, aussi bien que les philosophes et les savans, ont soutenu son enseignement jusqu'à la mort.
Saint Justin scella de son sang le témoignage éclatant qu'il avait rendu à la religion chrétienne. L'an 167, il fut battu de verges et décapité avec plusieurs autres chrétiens , par l'ordre de Rustique, préfet de Rome.
Le christianisme eut un autre apologiste dans la personne d'Athénagore; il était d'Athènes, et de philosophe païen, il devint un zélé défenseur de celte religion , sous l'empire de Marc Aurèle. Il termine son apologie , en faisant observer à l'empereur, que personne n'est
plus digne de son attention qu'un chrétien, qui, en le servant avec affection, offre à Dieu ses prières pour la prospérité de l'empire. On trouve dans ses ouvrages beaucoup d'esprit, d'érudition, d'éloquence, et une connaissance profonde des mystères de la religion ; ses raisonnemens sont soutenus et bien liés.