ODE A VICTOR HUGO
D'après Giosué Carducci
Du haut des monts où luit le matin d'or, Homère Verse à l'Asie en fleur l'Épopée, onde claire, Longs flots, fleuve divin peuplé de cygnes blancs.
Comme un volcan, la nuit, sur les mers de Sicile,
La Tragédie, avec le sombre et grand Eschyle,
Se dresse, âpre, aux éclats des tonnerres croulants.
Pindare ouvre l'azur à l'Ode triomphale;
Et l'Ode au ciel conquis plane, aigle sans rivale,
Sur l'agora qu'un peuple emplit de sa rumeur.
Et toi, Victor, parmi mes livres, mes poètes,
Là, j'ai mis ton portrait, frère des vieux prophètes,
Aïeul au front neigeux penché par la douleur!
Pleures-tu sur les tiens ou sur la race humaine? Qui sait? Lorsque dans ta mystérieuse peine Je me recueille en paix,
J'oublie et l'ancien mal et l'angoisse nouvelle; Le passé, l'avenir flottent; je me rappelle Ce qui ne meurt jamais.
Sur un tombeau sans nom, dans la Voie Appienne, Tiens, j'ai cueilli pour toi, belle âme olympienne, Le laurier du vainqueur;
Prends-le, toi qui domptas la destinée amère,
Toi qui sus terrasser, en t'armant de lumière,
L'empire et l'empereur!