‹ Beautés étrangèresChapitre 2 sur 28 · A UNE ALOUETTE · texte numérisé non relu

A UNE ALOUETTE

Salut, esprit libre et joyeux Qu'à terre aucun lien n'attache!

Oiseau? Non! mais âme des cieux, Qui, dans l'or et l'azur sans tache, Répands à flots sur nous des chants délicieux!

Plus haut! plus haut! fuis dans l'aurore! Jaillis! pars comme un trait de feu!

Remplis, âme ailée et sonore, L'infini du silence bleu!

Monte en chantant toujours ; et chante, et monte encore !

fO BEAUTÉS ÉTRANGÈRES

Dans les splendeurs dont le soleil, Surgissant à l'horizon, noie Les flancs du nuage vermeil, Plane, comme une pure joie A son premier élan hors du sombre sommeil !

La pourpre pâle, sous tes ailes, Semble se fondre avec amour; Tu te perds dans les étincelles, Comme une étoile au point du jour; Mais sans cesse en mon cœur vibrent tes chants fidèles.

Tes cris sont pénétrants et doux Comme les flèches les plus fines De l'astre qui s'éteint, jaloux, Quand l'aube vient sonner matines, Mais qui, même éclipsé, rayonne encore en nous.

Les bois et les champs, l'air, les ondes, Tout s'imprègne de tes accords : Telle, émergeant des vapeurs blondes, La lune monte sans efforts Et baigne de blancheur l'immensité des mondes.

Qu'es-tu? Quelle source d'argent, Quel arc-en-ciel, dans les nuées, Nous verse de son cœur changeant Un flot de perles dénouées Aussi pur que le flot de perles de ton chant?

STROPHES ET FRAGMENT f I

Tel, un poète aux tempes nues, Ceint d'éblouissante clarté, Chante pour les vents et les nues, Jusqu'à l'heure où l'humanité Tressaille de douleurs et d'amours inconnues!

Telle, solitaire en sa tour, Une princesse vierge épanche Son âme, débordant d'amour, En céleste musique blanche Qui de chastes baisers remplit son noir séjour!

Tel, tandis que Vénus se lève, Le féerique et fin ver luisant, Dans l'ombre où dort la verte sève, Pénètre d'un feu caressant La mousse et l'herbe en fleur de la forêt qui rêve!

Telle, quand le souffle vainqueur Des vents fous l'entoure et la presse, La rose, en leur ouvrant son cœur, Exhale une si molle ivresse Que ces larrons légers se pâment de langueur!

Le bruit clair des tièdes ondées Que Mai verse aux feuilles des bois, Les fleurs de rosée inondées, Rien n'a la douceur de ta voix, Qui ravit en plein ciel nos âmes fécondées.

Esprit, poète ailé, devin, Dis-nous tes suaves pensées!

Jamais jeune amour ou vieux vin Donna-t-il, ainsi cadencées, Des palpitations d'un charme aussi divin?

Chœurs d'hymen, élans d'allégresse, Rires de l'enfant sans péché, Tout, lorsque ton chant nous caresse, Semble avoir un défaut caché, Si fraîche est ta candeur, si pure est ta tendresse!

Quel idéal, beauté, vertu, Inspire ton hymne extatique?

Quels flots, quels vallons chantes-tu?

Quels monts, quelle neige mystique?

Quel paradis, de rêve et de splendeur vêtu?

Ta joie ignore la souffrance, L'ennui, la honte, la rancoeur; Ta joie aime, en pleine ignorance De ces satiétés du cœur Qui transforment l'amour en morne indifférence.

Sur la mort, sur l'éternité, Tu dois savoir bien autre chose Que notre obscure insanité :

Non! tu ne verses pas sans cause Un tel flot d'harmonie et de sérénité.

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