‹ Beautés étrangèresChapitre 25 sur 28 · L'ÉCOLE PRÉRAPHAÉLITE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE PRÉRAPHAÉLITE

Qui crée une joie en ton sein, quand tu sens, Plein de virilité, des pouvoirs nouveaux, intacts, supérieurs, S'élever devant tes yeux. C'est moi qui peux faire Que les vieilles choses laissent la place A ta race libre.

Que l'homme ne craigne pas les dieux après la tombe !

Poètes comme Théophile Gautier, peintres comme Puvis de Chavannes, les courageux artistes qui forment le groupe préraphaélite, se recommandent par leurs convictions élevées et leur sincérité puissante. Ils méprisent la foule, trop peut-être, car Rossetti va jusqu'à faire dire par Dante que la Démocratie est une basse prostituée.

Ils ont acquis toute la science technique; aucun secret de la versification ne leur a échappé; et comme le Wagner de Goethe, après avoir longtemps travaillé dans le grand laboratoire, ils ont voulu créer. Ils ont reconnu alors que la condition première de la vie était la Simplicité, la Passion; et toute leur science, tout leur art, ils les ont employés à devenir simples, vrais, touchants. Ils ont voulu délivrer la Muse de tous les costumes dont la mode et la fantaisie l'avaient successivement affublée; ils ont voulu la faire rayonner sur le monde, sinon dans sa lumineuse nudité, du moins dans la candeur d'une robe virginale. Ils ne lui ont pas toutefois refusé çà et là un pur diamant, ingénieusement taillé à facettes. Elle nous charme ainsi, quoique parfois sa naïveté nous paraisse légèrement maniérée, et nous rappelle un peu les Bergères aux

blancs moutons du parc royal de Versailles. Elle a perdu le frais duvet de l'adolescence; elle n'est plus jeune fille, elle est femme : elle a deux fois quinze ans. Mais il est des cœurs, des sens et des imaginations, pour lesquels ses pudeurs savantes et ses habiles ingénuités auront bien plus d'attrait que la verte inexpérience, les tâtonnements gauches et les aveugles confusions d'une pauvre innocente.

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