‹ Beaux-arts et voyages (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · LENORMANT · texte numérisé non relu

LENORMANT

GRÈCE. 309 Athènes, le 24 septembre 1841.

J’ai recu votre lettre du 7 de ce mois dont le contenu m'a vivement affligé. A l’heure-qu'’il est le pauvre M. Auguste Pasquier doit être mort : j'ai communiqué ces tristes nouvelles à M. de Roujoux qui en a été profondément frappé. Nous perdons en lui un ami très-affectueux, très-fidèle, très-obligeant. Je songe surtout à ce pauvre Paul David; sa vie sera tout à fait désorganisée, et à son âge un tel changement est cruel.

Nous partons ce soir, et je vous écris aujourd’hui comptant peu sur la poste grecque, et afin que le bateau du 30 vous porte des nouvelles, quoiqu’un peu arriérées. Nous ne reviendrons ici que le 6, c’est-à-dire quatre jours après l’arrivée du courrier de France. Tous ces petits retards m’afiligent, et ma disposition n’est pas bien gaie; environné de choses qui m'intéressent au plus haut degré, et pénétré de l’importance qu’elles doivent. avoir pour le perfectionnement de mes études, je n’en éprouve pas moins au fond de l'âme un vide pénible, et le plaisir qu’à présent me causent les choses qui me plaisent le plus n’est qu'une très-imparfaite compensation: à la tristesse que j'éprouve. Désormais le temps des aventures est passé pour moi.

Je voudrais bien, comme je l'ai fait l’autre jour, vous donner jour par jour le récit de l’emploi de nos journées, mais votre lettre a produit sur moi un ébranlement qui m'a fait presque oublier ce que j'avais précédemment éprouvé. Je crois bien que le matin, après vous.

avoir écrit et recopié la longue lettre que j'adressais à M. Guizot, j'ai été me promener sur l'emplacement de Colone et de l’Académie. Là est le tombeau d’Ottfrred Müller, plutôt sur l'emplacement du temple des Furies que sur celui du jardin de Platon : on ne sait pas au juste à quoi s’en tenir là-dessus. Mais il y a à parier qu’on a donné la préférence aux Furies. D'ailleurs le tombeau est séparé d'Athènes par la partie la plus élevée de la colline. On prépare le monument en marbre qui doit recouvrir les restes du professeur de Gœættingue. En attendant, il n’y a qu’une tombe en plâtre assez indécente.

Le 21, nous avons fait le matin une nouvelle visite à l’Acropole, et dans l'après-midi nous avons été voir une collection de bijoux antiques fort jolis qui appartient à M"° Rouen, laquelle est ici à soigner sa santé, tandis que son mari est au Brésil. Il faut dire que M"° Rouen est une Grecque de la famille Argyropoulo, et qu’elle est ici chez sa mère. Le soir, diner au Pirée chez M. de Lagrenée.

Le 22, après l’arrivée du courrier, j'ai visité une trèsbelle collection de vases formée par un Écossais, M. Skeene. Hier 23, nous avons consacré notre matinée à visiter le Stade et la fontaine Callirhoé, aujourd'hui à sec, mais qui, dans l'antiquité, a dû être très-abondante. Dans l'après-midi, nouvelle ascension à l’Acropole, conduits cette fois par M. Pittakys, qui m’a fait voir une quantité de choses qu'il cache à son rival, M. Ross. Aujourd’hui, je ne suis pas sorti : M. de Lagrenée avait eu l’obligeance de m'apporter les journaux des Débats depuis le 31 août jusqu’au 8 septembre. J'ai fort admiré le discours de

sir Robert Peel. J'ai toujours pensé qu’on s’entendrait mieux avec lui qu'avec le ministère whig, et je m’imagine que M. Guizot doit en être personnellement satisfait. Ici, j'ai tâché d'étudier la disposition très-variable des esprits, et de me faire une idée un peu exacte de la distribution des partis. Le nouveau ministère a pris fort tranquillement possession des affaires; s’il lui survient des embarras, ils lui arriveront du dehors. Quant à l’intérieur, tout se borne à des criailleries sans portée; on tâche ici de faire grand bruit d’une note de M. Guizot déjà ancienne sur la situation de la Grèce. Cette note, traduite du français en allemand, de l'allemand en anglais, et : retraduite de l'anglais en français, a contracté en route quelques non-sens sur lesquels on discute à perte de vue, C'est surtout l'affaire du parti anglais, lequel renferme tous les constitutionnels ardents ou plutôt tous ceux qui font semblant de l'être. Le fait est que l’ambassadeur anglais, sir Edmond Lyons, capitaine de vaisseau, d’un caractère brusque, en apparence peu diplomatique, et qui affecte d’avoir en toute occasion son franc parler, exploite avec un irès-grand succès les passions quasi populaires, : et prépare autant qu’il peut en ce pays une révolution à la mode d’Espagne. C'est pour cela que je ne voudrais voir, ni dans les notes du gouvernement français, ni dans les articles du Journal des Débats, ces propositions qui ne servent à rien dans ce moment, que la Grèce n’est pas mûre pour des institutions constitutionnelles, qu’il ne lui faut pour le moment qu’une demi-constitution. Le fait est que l'établissement constitutionnel ne peut

avoir lieu quant à présent; tout le monde convient qu’on ne forcera pas la main au Réi. Les Anglais se moquent bien qu'on mette le Roi à la porte; partout où règne l'anarchie, ils s’imaginent qu’il y a profit pour eux ; aussi ne se font-ils pas faute de remuer, autant que possible, les passions politiques, et en cela ils s'entendent merveilleusement avec le parti russe ou napiste, comme on l’appelle en ce pays. Notre idée de faire une espèce de constitution avec le conseil d’État est, à mon sens, trèsmalheureuse. 11 n’y a rien à tirer d’une institution qui n’en est pas une, et qui n’a pas été autre chose jusqu’à ce jour qu’une retraite magnifique pour des hommes qu'on ne trouvait plus bons à rien.

Les Grecs, sur la question constitutionnelle, ont un grand avantage, c’est que cette question est. réservée. L'omnipotence du Roi n’est qu’une dictature qui ne saurait prescrire les droits de la nation formellement reconnus. Îl n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à prolonger la situation actuelle, pourvu que l'administration soit active et fasse le bien du pays; or, la première condition pour l’activité de l'administration, c’est qu’elle ait la confiance du Roi. Je pense donc que ce que notre gouvernement a de mieux à faire dans la circonstance difficile où il se trouve, c’est de réserver nettement la question constitutionnelle, et d'appuyer avec la même franchise une administration qu'on regarde ici comme française d’origine (bien qu’elle renferme plusieurs napistes avancés), et qui ne déplait pas au Roi comme le ministère de Mavrocordato.

J'ai passé ici mon temps assez doucement, me plaignant seulement de n'avoir pas le loisir de faire tout ce que je voudrais. Le temps paraît s'être remis au beau : la chaleur est devenue très-supportable, et tout nous an-: nonce que nous aurons une saison très-favorable pour notre tournée. J’ai été bien accueilli ici par plusieurs personnes et particulièrement par la famille Soutzo. Les soirées du jeudi et du dimanche sont très-agréables dans cette maison. M"° Hélène Soutzo, la fille aînée, est remarquablement belle; elle ressemble à des figures ‘grecques du style éginétique; elle a l’air grave, calme et bon. M°*° Zographos, qui a toujours des yeux superbes, des cheveux charmants, des manières très-gracieuses, a Pair d’un enfant malade. Nous avons un ciel magnifique, des horizons comme il n’en existe pas d’autres au monde, des monuments qui sont ce que le goût a jamais produit de plus parfait; mais je suis profondément triste, et je compte les jours pour revenir.

Delphes, le 29 septembre.

Mon journal, depuis que j'ai quitté Athènes, ne serait qu’une suite non interrompue des plus ennuyeuses tribulations. On nous avait conseillé la voie de mer pour abréger. Mais la mer est toujours infidèle et elle s’en est donné à cœur-joie de nous faire maudire sous toutes les formes ses caprices et son infidélité. Partis le 24 du Pirée, . avant minuit, nous comptions être le lendemain matin, de bonne heure, à Calamaki, le port de Corinthe; mais,

en nous réveillant, nous nous sommes trouvés seulement par le travers de l’île d’Égine. Le vent était absolument contraire; après quelques efforts inutiles, nous vinmes nous mettre à l'abri derrière un îlot rocailleux, comme il: y en a tant dans les mers de la Grèce. Nous avons trouvé là des pêcheurs qui nous ont vendu le poisson qu'ils venaient de prendre; nous avons fait faire une tente à terre, et nous y avons déjeuné.. Nous avions compté qu'à l'après-midi, l’embati, qui souffle ordinairement à cette heure, nous porterait rapidement à notre destination; mais au lieu de l’embati, nous avons eu le calme plat, et le soir, le vent s'étant ranimé, ce n'est qu'après avoir été longtemps ballottés que nous sommes arrivés le matin du 26 à Calamaki, ayant mis trente-deux heures à accomplir un trajet qui n’en demande ordinairement que six. La journée du 26 s’est passée à Corinthe. Ce lieu, que j'avais visité lors de mon premier voyage en Grèce, ne pouvait m'offrir qu'un seul intérêt, celui de la comparaison de son état présent: avec le passé. Corinthe a moins profité qu'aucun autre endroit de ce pays, et huit cents maisons, assez proprement rebâties, ne suflsent pas pour couvrir la hideuse nudité des ruines laissées par la guerre. Nous avions retenu une autre barque pour Salona. Nous voulions partir dans la soirée et profiter du vent de la nuit; mais continuation du calme plat, lenteur pour l'expédition de l’ordre d'embarquement, et cette nuit, que nous aurions dû passer à nous reposer, employée à nous impatienter contre la fortune et le capitaine du port de Corinthe. Avant le jour, nous étions

pourtant installés dans notre nouveau bâtiment, attendant le vent favorable, et il s’est montré si peu docile à notre appel, que le soir, après avoir ramé, -viré, tiré, employé enfin toutes les ressources de l’art nautique, nous nous trouvions en face de Sicyone, à quatre lieues de Corinthe. Pendant la nuit, une bourrasque nous a rendu le service de nous porter sur la côte opposée, au pied de l’Hélicon. Hier matin, nous étions à bout de nos forces et de notre patience. Quatre nuits passées à la belle étoile, sur le pont de navires mal tenus, nous avaient pénétrés d'humidité ; nous ressentions tous des effets assez fâcheux de ce régime. La cuisine ne contribuait pas à nous ranimer : le soir du 25 nous avions été à la ration d’eau. Dans ces conjonctures, nous avons dû renoncer à Salona, et nous fûmes trop heureux de trouver assez de vent pour aborder à Aspro Spiti, dans le golfe et au milieu des ruines encore très-visibles d’Anticyra. Pausanias à la main, j'ai reconnu les ruines du temple de Neptune, et l'emplacement de celui de Diane.

Le golfe d’Anticyra est un port naturel, presque entièrement fermé par des montagnes à peine accessibles et dont . le versant intérieur est parsemé d’oliviers et assez bien cultivé. Là, après un déjeuner homérique, dans un khan misérable, nous avons pris des mulets et sommes montés à Delphes, d’abord, par une pente à pic de plus de douze cents pieds de haut, à laquelle on ne saurait donner un autre nom que celui d'échelle ; puis, en traversant une plaine où se trouve un beau vignoble, près du village de Delphina ; enfin, à la nuit close, mais par un clair de lune

admirable, nous avons commencé à nous enfoncer dans les gorges qui séparent le Cirphis du Parnasse, descendant d'abord presqu’à pic jusqu’au fond d’un iminense ravin, remontant ensuite une pente un peu moins abrupte jusqu’au village de Kastri, qui recouvre aujourd’hui l’emplacement de Delphes. Avant d’entrer dans le village, nous nous sommes abreuvés, comme de bons pèlerins de l'antiquité, à la fontaine de Castalie. Il est vrai de dire que nous étions éreintés et que nous n'avions trouvé que de l’eau saumâtre à Anticyra. Notre excellent ami Jean de Witte, saisi d’un enthousiasme poétique, voulait, à toute force, se plonger dans la fontaine; nous avons eu bien de la peine à l’en empêcher.

Rien ne peut rendre la belle horreur du ravin de Delphes, surtout quand la lune en augmente encore l'effet extraordinaire, et quand l'ignorance de la mesure réelle des objets contribue à en exagérer la dimension. Du reste, il n’y a pas, dans le Valais ou dans les autres anfractuosités des Alpes, un village qui soit perché en l’air d’une manière aussi extravagante que la noble cité de Delphes. Ce matin, après une bonne nuit passée sur les planches d'une maison albanaise qui sert d'auberge à Kastri, nous nous sommes réveillés frais et dispos. Après une toilette dont nous avions grand besoin, et le café pris, je me suis disposé à aller braver les rayons d’Apollon Hélios (qui, il est vrai, n’est pas aujourd’hui extrêmement méchant), pour tâcher de comprendre, le livre à la main, comment tant d'objets, célèbres dans l’antiquité, pouvaient être contenus dans un si petit espace. La caravane

est saine et vaillante et trotte à merveille sur les mulets.

Vous vous amuseriez de la manière dont nous sommes équipés; de Witte est superbe avec des moustaches de cuirassier, une ceinture de Troblous, ses fidèles lunettes et un mouchoir blanc sous son chapeau de paille attaché avec des rubans noirs. Il s’est composé tout naturellement ce costume.

Lamia, le 4 octobre.

Je comptais continuer ma lettre comme je l'avais commencée, mais uñ accident est venu troubler mon voyage. Le 29 septembre, nous avons passé à Delphes une journée très-intéressante ; le 30, nous avons cheminé sur les confins de la Phocide et de la Béotie ; le lendemain matin, 1° octobre, après avoir passé le mont Thémis, je suis tombé de mulet et me suis démis l'épaule droite. J’ai eu grand'peine à arriver jusqu’au village de Molo, sur le golfe de Lamia. De là, j'ai envoyé chercher à Lamia M. Dumont, médecin français, pour lequel j'avais une lettre de recommandation. Il a reconnu l'accident et pratiqué immédiatement l’opération, qui n’a pas été douloureuse. Hier je suis venu à Lamia, où j'espérais trouver une meilleure installation qu’à Molo ; mais je me suis trompé. Le docteur voudrait me faire rester ici huit jours; mais j'ai fort envie de m’en aller à Athènes par mer. Dans tous les cas, je ne pourrai quitter cette dernière ville avant le 20. Du reste, je me porte à merveille; je n’ai pas eu un moment de fièvre, et ce qui vous prouve que l'accident

n’est pas des plus graves, c’est que je vous écris de cette même main où j'ai été blessé. Il faut de la patience; je me résigne et je vous prie instamment de croire queje vous ai dit la vérité entière ; par conséquent, si à cette distance il vous arrivait quelque récit exagéré de mon accident, je vous conjure de vous en rapporter à ce que je vous écris moi-même du bras malade 1.

Athènes, le 9 octobre.

J'ai une bien grande satisfaction à vous annoncer mon retour à Athènes sain et sauf et sans que j'aie ressenti aucune suite fâcheuse de mon accident.

Je vous écrivais de Lamia, le 4, sans pouvoir encore vous dire ce que je ferais. Le docteur me conseillait huit jours de repos à Lamia ; mais quand je lui demandais sil voyait un inconvénient grave à ce que Je partisse immédiatement pour Athènes, il me répondit qu’il n’en voyait pas, pourvu que je fisse la route par mer. En conséquence, je partis le jour même pour Stylidi, qui est l'échelle de Lamia. Nous espérions nous embarquer dans la soirée, mais il fallut attendre au lendemain. Dans la matinée du 5, nous eûmes une forte pluie qui, heureusement, cessa à midi; le soir, à la chute du jour, le vent était propice

1. M. Mérimée, dans l’article qu’il a consacré à la mémoire de M. Lenormant (Moniteur du 1‘ janvier 1860), parle en ces termes de l’accident de son compagnon de voyage :

« Ce défilé (des Thermopyles) faillit être fatal à M. Lenormant : il fit une « chute de cheval et se démit l'épaule. Je n'ai jamais vu malade plus rési- « gné, plus calme. Une seule chose le préoccupait : l'impossibilité de courir « les montagnes. »

pour sortir des bas-fonds du golfe Méliaque, et nous en profitâmes. Nous avions trouvé à nous arranger avec un ‘ très-bon caïque, sur lequel j'étais commodément couché. ‘Le lendemain, 6, à notre réveil, nous étions déjà engagés dans le canal qui sépare la Béotie de l’île d’Eubée, en face de Talandi, l’ancienne Opunte. Le vent fraîchit, et nous pümes arriver à Chalcis, ou Négrepont, dans la soirée. Le 7, au matin, nous déjeunâmes chez notre agent consulaire, M. Thiesse ; mais le vent étant devenu tout à fait contraire, il fallut prendre le parti de gagner Athènes par terre. Nous partimes à midi et nous en allâmes tout d'une traite coucher au delà d’Oropus, dans le village de Marcopoulo, où l’on a établi récemment une assez bonne auberge. M. Thiesse m'avait procuré un très-bon cheval et, ce qui était encore plus précieux, une selle et une bride. La position de Chalcis est très-extraordinaire : l’'Euripe, ou détroit qui sépare en cet endroit l’île d’Eubée ‘de la terre ferme, n’a pas plus de 40 mètres de large. La ville a encore l’aspect turc, et l’on y compte environ cinquante familles musulmanes qui sont restées pour vendre plus facilement leurs propriétés. Toutefois, ce mélange n’a pas l’air de devoir durer longtemps. Auprès de Chalcis est, entre les rochers, le port de l’Aulide, que nous avons contourné avec un vent violent, ce qui ne laissait pas que d’être assez singulier dans le lieu où le calme avait décidé Agamemnon à sacrifier sa fille, mais c'était bien avant la Révolution, et là nous avons traversé la plaine de Tanagra. Auprès de Scala d'Oropo, on voit une belle stèle funéraire et d’autres fragments antiques.

Marcopoulo est un village moderne dans la montagne, Hier, 8, nous avons quitté Marcopoulo à sept heures du matin, et, après une halte dans les bois auprès de Décé lie, la patrie de Socrate, nous avons franchi le col qui sépare le Pentélique du Parnès, et découvert de loin les sommets d’Égine, le Pirée et l’Acropolis. Nons étions dans Athènes avant cinq heures. |

Je savais, depuis Chalcis, que ke bateau parti de Marseille le 21 n'était pas arrivé à temps à Malte, probablement à cause de l’équinoxe ; par conséquent, j'avais perdu toute espérance de trouver des lettres à Athènes. En arrivant ici, nous avons appris qu’on avait reçu des nouvelles de Paris jusqu’au 23 septembre par la voie anglaise ou autrichiennne. Les mouvements de Clermont, la tentative sur le duc d’Aumale, étaient connus. Les lettres et journaux en retard n’arriveront ici que mardi 42, et j'avais mis dans mon plan de quitter Athènes pour Smyrne demain 10. Mais mon accident a dû changer mes projets ; d’ailleurs, je ne veux pas quitter Athènes avant d’avoir reçu de vos nouvelles, et je ne suis pas fâché de me donner quelques jours de réflexion et de repos. Je ne partirai donc que par le paquebot du 20, et je ne serai à Smyrne que le 22. Dans ce moment je ne suis pas encore assez libre de mes mouvements pour pouvoir accomplir la course que j'avais projetée dans l’Asie Mineure. Je me contenterai donc d’un très-court séjour à Smyrne, et je ne visiterai que les lieux les plus rapprochés de la ville, afin de repartir presque immédiatement pour Constantinople. Ampère et Mé-

rimée s’en vont demain, et nous nous donnerons rendezvous à Smyrne le 22 : l'excellent de Witte me reste. J'utiliserai de mon mieux mon séjour à Athènes, et je ferai même une course en voiture à Thèbes, où je n'ai pu aller à cause de mon accident. Ce matin j'ai fait venir un chirurgien, qui m’a trouvé en très-bon état et m'a permis de me contenter d’une écharpe qui me tient le bras suspendu. J’ai un peu de peine à m'habiller et je suis même obligé de faire découdre la manche droite de mon habit; mais ce n’est là qu’un très-petit embarras, et j'espère dans une quinzaine de jours pouvoir me servir de mon bras aussi commodément que par le passé. Je puis dire maintenant que je me suis miraculeusement tiré d’une chute qui pouvait avoir les suites les plus graves. J’en remercie Dieu du fond de mon âme. Vos actions de grâces et celles de nos chers enfants lui seront encore plus agréables que les miennes. Je ne vous fais pas l’histoire de ce que j'ai éprouvé depuis le moment de cette chute : il va sans dire que j'ai eu des heures d'inquiétude et d’abattement; j'ai regretté souvent de voir ainsi m’échapper l’occasion, qui ne se représentera plus, d'étudier sur les lieux quelques questions intéressantes; toutefois je n’ai point perdu courage, et du moment que le bras a été remis, sachant qu’il n’y avait aucune fracture, j'ai eu bon espoir d’être bientôt hors d’embarras. Au milieu de ces petites tribulations, nous avons été merveilleusement favorisés par le temps. Le ciel est admirable à cette saison dans la Grèce. Le soleil est encore bien chaud pendant quelques heures de la journée, mais les .

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