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Athènes, 26 octobre.
Notre voyagé de trois jours en Béotie a été très-fatigant, mais intéressant au plus haut ‘degré. Bonne et nombreuse compagnie nous attendait à Éleusis pour nous offrir un banquet. M. Dragoumis était l'organisateur de la partie. Il y avait Phocion Roque, les deux Paparigopoulos, M. Rhangahé, Jean Soutzo et sa femme, Hélim Soutzo, M“*° Mavrocordato, veuve du professeur de droit, M"° Paparigopoulo, Renieris, Zambelios et d’autres encore. Nous rentrons à Athènes très-fatigués ; en trois jours, nous avons visité Thèbes, Éleuthère, Éleusis. Vous dire comment nous continuons à être reçus est impossible. L'essentiel c’est que nous nous portons trèsbien l’un et l’autre.
Nous partons demain jeudi pour une tournée de quatre jours dans l’Attique. Nous verrons la grotte de Voci, le temple de Sunium, Thoricus, Marathon, Rhamnus, et nous reviendrons à Athènes le dimanche. M. Rhangabé et son fils Cléon nous accompagnent. Je ferai mouler, à mon retour à Athènes, un bas-relief d’une grande beauté récemment découvert à Éleusis.
Je suis de loin la lutte commencée avec le clergé. Le prochain courrier nous en apprendra plus long sur ce sujet. Hier, j'ai été visiter les religieuses de Saint-Joseph, comme je vous l'ai déjà dit, et l’école catholique qu’elles ont à Athènes. Les pauvres filles en ouvrent en ce moment une seconde au Pirée, qui en manque compléte-
ment, pour les enfants de notre communion. Athènes, . sur quarante mille âmes, compte deux mille catholiques; au Pirée, il y a en plus de cinq cents.
Indépendamment de l’œuvre des écoles d'Orient, qui
pourra venir au secours de ces bonnes religieuses, j'ai | promis que vous vous intéresseriez à leurs progrès. Elles sont ici fort isolées; pourtant, elles ont déjà plusieurs Grecques parmi leurs quatre-vingts pensionnaires, et, si elles continuent à réussir dans leurs soins, elles feront tomber bien des préventions. Elles seules peuvent donner ce qui manque le plus à LOrient, la bonne éducation des femmes. | | |
Je rencontre ici une dininution sensible dans le préjugé anticatholique; il dépend de la partie raisonnable de, notre clergé de développer ces heureux symptômes.
Athènes, 2 novembre.
Nous venons d’être témoins de la mort de M. de Serre, : le ministre de France. La fin de ce diplomate, neveu du grand orateur, ministre de la Restauration, que je n'ai fait qu’entrevoir, et qui se mourait quand je revenais dimanche soir, est bien cruelle. Le coup qui l’a frappé après trois mois de mariage fait trembler ; mais il a eu une mort très-édifiante, et son enterrement a été ici l’occasion d’une manifestation du caractère le plus sympathique, à laquelle la population tout entière s’est associée.
Nous avions accompli notre programme de point en
point dans la très-agréable compagnie de M. Rhangabé, le jeudi à la grotte de Voci, le vendredi au cap Sunium, le sanedi à Marathon, le dimanche soir à Athènes pour dîner. Les punaises nous avaient bien fait passer une nuit blanche dans un des villages de la route ; cependant notre fatigue n’avait pas été grande, et j'ai été bien plus éprouvé par les quatre heures que nous avons passées avant-hier dans la poussière. pour conduire le ministre de France à sa dernière demeure : cela n’entrait pas dans mon programme de voyage. [Il faut dire aussi que, malgré la saison avancée, la chaleur et la sécheresse continuent avec intensité ; on connnence même à s’inquiéter fortement pour les récoltes de l’année prochaine.
Quant à nous, nous profitons de ce beau temps, et nous devons lundi reprendre notre course. Le roi met à notre disposition son cutter. C’est un joli petit bâtiment à voiles, avec lequel nous allons, selon le vent, visiter Égine, Épidaure, Tyrinthe et Mycènes. Nous aurons, cette fois, pour compagnon, M. Orphanidis, professeur de botanique. Il est habitué aux excursions et se charge de nous piloter partout. Cette dernière expédition nous prendra toute la semaine; nous- reviendrons, s’il est possible, le dimanche à Athènes, et nous nous embarquerons directement pour Marseille par le paquebot du 18. Dimanche prochain, on nous donne un banquet à l’Académie de Platon. Ce sera la fin de nos honneurs. En ce moment, je remplis, à l’exposition des Olympia, les fonctions de juré pour les beaux-arts. Demain, nous irons à Éleusis pour savoir où en est le moulage du
grand bas-relief que je destine à l’École des beauxarts.
Si ce n’était le désir de profiter, pour François surtout, de cette précieuse occasion, il me prendrait de fortes . envies de me mettre en route à la place de cette lettre ; mais enfin le plus fort est fait. Dieu, jusqu'ici, nous a visiblement protégés, et je compte sur la continuation de sa miséricorde. :
Nous recevons de différents côtés des antiquités dont on nous fait présent, et parmi lesquelles il y a des objets précieux. Hier encore, M. Spiridion Métaxa m’a envoyé plusieurs vases. On peut dire tout le mal possible des Grecs; mais, à coup sûr, ils ne sont pas ingrats.
& novembre, jour de la saint Charles, 7 heures du matin.
Ma lettre va partir : je vous envoie tous mes vœux, tout mon cœur, en me rappelant ce jour de ma fête qu’il nous est dur de ne pas passer ensemble,
Poros, le 9 novembre 1859.
En quittant Athènes lundi matin, je ne vous ai pas écrit, car nous n’aurions eu à vous raconter que le banquet qui nous a été donné, et dont le Siècle s'est chargé de vous porter les nouvelles.
C’est aujourd’hui jeudi, et le commandant de l'arsenal de Poros, M. Tombazy, m'offre de prendre une lettre qui sera portée à Athènes par un cutter de l’État; elle arri-
vera à temps j'espère, pour partir par le paquebot autrichien. Vous avez dû recevoir par le vapeur français, indirectement de nos nouvelles. M. Dragoumis, en écrivant à sa femme, s'était chargé de lui dire que nous étions passés à Athènes en bonne santé ; depuis lors nous avons visité Égine, fait la course du temple, abordé la presqu'île volcanique de Méthana, où François a recueilli deux inscriptions inédites, et où nous avons réuni des échantillons géologiques qui, d’après ce que M. Élie de Beaumont m'a dit la veille de mon départ, manquent absolument aux collections de Paris. Hier soir, nous sommes arrivés ici, et nous allons partir pour explorer la ville, l'établissement marithne, les environs remplis d’admirables jardins d’orangers et le temple de Neptune, où Démosthènes s’est empoisonné. Au retour M. Tombazy nous donne à diner, et nous remettons le soir à la voile pour Épidaure. Nous sommes parfaitement installés à bord du petit bâtiment royal : c’est un très-fin voilier, commandé par un vieil Hydriote, le meilleur homme du monde, lequel a déjà, en 4844, conduit Buchon dans l’Archipel. Notre santé à tous deux continue d’être excellente. Depuis hier il y a quelques menaces de pluie, mais jusqu’à ce matin, l'été avec tous ses feux, s’est prolongé d'une manière extraordinaire. ‘
C’est un contraste absolu avec notre voyage d'Italie de l’année dernière. Nous comptons, si le vent ne nous fait pas défaut, être de retour à Athènes dans la matinée de lundi prochain, après avoir visité Tyrinthe, Mycènes et Corinthe. Nous partirons pour la France le vendredi 48,
de sorte que cette lettre sera la dernière que vous pourrez recevoir avant notre arrivée.
Nous sommes extrêmement satisfaits de notre voyage, inais nous en voyons arriver le terme avec une satisfaction qui en vaut bien d’autres.