IL
heures après midi; ils en sont revenus dans un état difficile à décrire. Aujourd’hui par un scirocco infernal, às font la partie d’Albano.
Rome me semble admirable dans cette saison ; c'est celle où la ville reprend son ancienne Bhysionomie. Au lieu de figures fiévreuses comme on pourrait s’y attendre d’après la mauvaise réputation de Rome pendant l'été, on ne rencontre que d jolis visages pleins de fraicheur : la promenade a lieu le soir dans le Corso, à pied; les femmes y sont tête nue et nus bras. Le dimanche on va en'carretella à la villa Borghèse. Les Romains ont l'air de se trouver parfaitement heureux d’être un moment de l’année seuls possesseurs de leur ville. Tout se passe à merveille à l’Académie de France. Schnetz faisait l’hypocrite en disant qu’il n'avait pas travaillé, Il a, au contraire, achevé un très-joli tableau de pecorari, tout à fait dans son genre, et qui rappelle sa meilleure manière. De plus, il fait pour le conseil d’État un grand Suger qui est déjà fort avancé. Je crois qu'il réussira dansses fonctions de directeur ; il est dans le meilleur rapport avec les autorités romaines, et à merveille avec les pensionnaires.
Je voulais partir pour Naples le 20 : mais je pense que dix jours à Naples me suffiront pour ce que j'ai à y faire. Ici je suis beaucoup moins seul, et je me nourris de mes souvenirs. J'ai donc retenu ma place pour Naples, pour le 23, dans la diligence qui prend la route de Ceprano; jy serai le 24 de bonne heure. J'espère que je ne tarderai pas à y voir arriver Mérimée, lequel, à ce qu’il parait, se chargera de soutenir ma vertu chancelante.
94 août.
Je suis tellement occupé que je trouve à peine le temps de donner dé mes nouvelles. L'autre jour j'avais commencé à écrire un long récit de mon voyage à Subiaco et da la fête de l’Assomption à Sainte-Marie-Majeure où j'ai assisté à la messe pontificale et reçu la bénédiction du pape, mais J'ai été interrompu par l'heure du courrier : aujourd’hui encore je n’ai guère qu'une demi-heure pour vous dire que j'ai supporté sans aucun inconvénient ce terrible agosto, bien qu’on dise que cette année il y a beaucoup de fièvres dans le pays; que j’ai employé mon temps d’une manière très-fructueuse, que j'ai été trèsbien reçu partout et que je n'ai rencontré aucune de ces difficultés dont quelques voyageurs font tant de bruit ; enfin qu'ayant prolongé de quatre jours mon séjour à Rome, je ne quitte pas moins cette ville rempli de regrets de laisser en arrière tant de choses du plus haut intérêt pour moi. |
Je pars assez content de la Rome moderne. Le pape Grégoire XVI n’est pas assez apprécié en France; il a de l’activité, des intentions droites et bienveillantes : il fait beaucoup pour les établissements scientifiques. La création du Musée étrusque, au Vatican, je vous l’ai déjà dit, est une chose qui immortalisera son règne. Partout on s'occupe avec suite et intelligence à dégager les monuments antiques; on prépare dans le palais de Saint-Jean de-Latran un Musée historique et un Musée chrétien, qui,
d'après ce que j’ai vu déjà en place, seront admirables. Pendant ce teinps on ne néglige pas l'intérieur du pays. Le secrétaire d’État Lambruschini est un homme intelligent ; le cardinal Tosti est un bon iministre des finances. Les routes sont réparées et entretenues , on en ouvre de nouvelles. On fait pour la restauration de Saint-Paul des dépenses fabuleuses ; déjà le chœur est achevé et consacré : on y voit une profusion de matières précieuses qui surpasse ce que Rome avait accumulé de plus beau en ce genre. Les ornements ne sont pas tous du meilleur style, mais l’ensemble est imposant. Le pape est animé des intentions les plus bienveillantes pour la France et pour les Français. On suit ici avec un bien grand intérét les progrès de la réforme religieuse en France; la régularité du clergé français est un sujet d’admiration. Si les choses suivent la progression actuelle, la réforme du clergé italien sera l’œuvre de la France. Du reste, nos prêtres ont pris l’habitude de venir à Rome; on en rencontre une quantité dans les rues.
Naples, 25 août 1841.
Nous sommes arrivés à Naples après un voyage qui, eu égard à la saison, n’a pas été très-désagréable. Partis de Rome le lundi, à quatre heures du matin, nous étions à Naples le mardi avant six heures. La diligence ne suit pas la route des marais Pontins, elle prend celle de Ceprano et de San-Germano. Cette route serait très-intéressante si l’on avait la liberté de s’arrêter et de faire des
excursions à droite et à gauche ; on verrait alors Palestrina, Segni, Anagni, Alatri, Veroli, Casamari, l’Isola, le mont Cassin ; mais la diligence, établie sur le modèle français, est inflexible. J'ai fait autrefois avec M. Charles Lefebvre la partie la plus curieuse de cette route ; aussi, pour mon compte, n’ai-je pas éprouvé les mêmes regrets que mes compagnons de voyage, et me suis-je amusé de la variété du paysage montueux que nous avons parcouru et de l'originalité des costumes qui se sont conservés intacts dans ces montagnes. Ï1 faisait, du reste, le premier jour, une chaleur terrible : le soleil cuisait à travers les habits; en approchant de Naples la chaleur était plus supportable,
Tout à l’heure j'ai été conduire au paquebot Ampère qui nous devance de quelques jours à Athènes, et, en revenant à l’auberge, j'ai reçu les premières gouttes d’un orage violent qui continue en ce moment, et qui m’a bien l’air d’être enfin ce qu’on appelle la rottura della stagione. 11 était temps, car la chaleur était vraiment intolérable. Cet orage pourra nous donner plusieurs jours de pluie, mais jy suis résigné à l'avance; j’emploierai ce temps aux Studj* et dans les collections particulières. J'ai trouvé en arrivant ici la lettre de Mérimée, qui s’annonce pour le 31 de ce mois ou pour le 1° septembre. Si le temps se remet, je ferai avec le fidèle de Witte la tournée d’Amalfi, Sorrento et Capri, avant qu’il ne soit ici, et nous viendrons recevoir Mérimée afin de passer avec lui les cinq