‹ Beaux-arts et voyages (volume 2)Chapitre 9 sur 22 · Musée de Naples · texte numérisé non relu

Musée de Naples

ou six jours qu’il aura à donner à ce pays. Je regrette qu’Ampère se soit embarqué par cet orage; non que j'aie pour lui la moindre inquiétude, la mer n'est pas trèsforte, mais la pluie, la brume:et le vent contraire sont de tristes circonstances pour quitter la baie de Naples; je le plains de bon cœur, et à sa place je serais horriblement malade.

| Naples, 4 septembre.

Mérimée est arrivé ic le 380 août et m'a apporté mes lettres. Un voyage de pure distraction n’a plus un attrait suffisant pour moi, il devait s’y trouver, et il s’y est trouvé en effet bien des moments d’un vide cruel : le soir surtout et le matin sont durs à passer, et en définitive, ce voyage, rempli des impressions les plus agréables et des observations les plus curieuses, est un véritable effort.

La Grèce ne me fera pas, je l'espère, éprouver le même sentiment. Je trouverai là un terrain plus neuf, et l'espoir de faire du bien aux autres et à moi-même me soutiendra.

Nous partons demain, en très-bonne santé, par un beau temps, et tout se prépare pour une heureuse traversée. Nous avons arrêté ici un domestique grec pour toute notre tournée. Il paraît que c’est un sujet précieux, qui connaît très-bien les pays que nous allons parcourir, et sera en état de nous rendre de bons services.

En mer, en vue du cap Matapau, ce 10 septembre 1841.

Je profite de ce que le navire est arrêté, et de ce que par conséquent l’incommode mouvement de la machine a cessé pour préparer la lettre que je dois laisser à Syra en arrivant, pourvu que le retard que nous éprouvons en ce moment ne nous fasse pas perdre le temps nécessaire pour rejoindre le bâtiment qui partira demain de Syra pour le Pirée :

Ce retard tout à fait volontaire à été causé par la découverte d’un petit navire de commerce entièrement démâté, à moitié submergé, abandonné par son équipage, et dont en ce rnoment on entreprend le sauvetage. Je ne sais encore ce que l’on va faire; il est question, je crois, de traîner cette coque à la remorque. Les passagers sont très-agités : ils craignent qu’on ne nous mette en quarantaine à Syra; ils s'inquiètent surtout du retard que cet incident va nous causer. Sur tout cela je ñ’ai rien à dire, je suis résolu à rester tranquille et à m'en rapporter à la Providence et au commandant.

Notre voyage depuis Naples a été jusqu ici très-heureux, quoiqu'un peu fatigant. Partis de Naples le 5 à une heure après midi, nous sommes arrivés à Malte le 7 à huit heures du matin. En partant de Naples, nous avions eu un grain assez fort, accompagné de tonnerre ; la mer était très-grosse, et tout le monde a été fort éprouvé. Je m'en suis tiré en ne dinant pas, et en dormant pendant toute la soirée. Le lendemain, le temps

était beaucoup plus calme; nous avons passé, à midi, le phare de Messine, où j'ai reconnu tous les lieux de mes anciennes excursions. La nuit nous a pris en face de Catane et de l’Etna, et le 7, à la pointe du jour, nous étions en vue de Malte. Ici point de douane, de visa, de passeport : un commencement de liberté qui vous charme.

Le consul, M. Fabreguette, nous 4 indiqué à notre arrivée des antiquités phéniciennes qu’on a découvertes il y peu de temps dans le sud de l’île. Après avoir visité la bibliothèque où l’on a réuni un assez joli cabinet d’antiquités locales, et l’église Saint-Jean, magnifiquement ornée, toute pleine des souvenirs et des tombeaux de l’ordre, avec ceux d’Aubusson, de La Feuillade et de La Valette dans la crypte, nous sommes montés dans une voiture dont le modèle, dit-on, est pris sur celle de Charles-Quint, ce qui rend cette forme traditionnelle extrêmement baroque pour notre époque; et, sortant de la place si merveilleusement fortifiée, nous avons commencé à nous engager dans une série de ruelles dont l’île est entièrernent couverte. Les villages sont très-rapprochés et tous ornés de belles églises. Chaque petit champ est entourée de murs ; il y règne une sécheresse incroyable. Depuis Cité La Valette jusquà Krenti, objet de notre course, nous n’avons pas rencon- : tré un seul oranger. On nous a dit qu'ils étaient dans une autre partie de l’île.

Je vais écrire à l’Académie sur les temples phéniciens ge Krenti, de sorte que je me contenterai de dire ici qu’on n’a rien découvert de plus curieux dans ce

genre, et que les édifices de Malte surpassent par certains détails les temples de Gozo, dont on a beaucoup parlé depuis quelques années. Nous étions de retour à Malte vers la nuit. Nous y avons fait un très-bon dîner en compagnie du consul qui, étant pour le moment privé de sa femme, s’est fait traiter par nous, au lieu de nous traiter. Le lendemain, nous étions à bord à six heures du matin, en route à sept heures. La journée du 8 a été très-belle et très-calme, personne n’a été malade. Hier, pour la traversée de la mer Adriatique, nous avons eu dans la matinée un nouveau coup de vent et une grosse mer; ce soir, en approchant des côtes de Morée, le temps s’est élevé. La nuit a été tranquille, et, pour notre sauvetage, nous avons le plus beau soleil et une mer unie comme un tapis. Devant nous se déploient le Taygète, le Ténare et l’île de Cythère. Nous sommes en plein dans les souvenirs classiques, et moi je retrouve mes premiers souvenirs de la Grèce d'il y a douze ans. Mérimée souffre de la mer, de Witte a été cette fois encore plus malade ; mais au fond tout va bien. Je clorai cette lettre à Syra, et j'espère qu’elle partira pour France aussitôt après que je l’aurai fermée. Adieu pour un moment.

Syra, le 11, 6 heures du matin.

Nous voici arrivés à très-bon port à notre première

destination. Notre sauvetage ne nous a pas réussi et a contribué seulement à nous retarder de cinq à six heure

Après avoir voulu traîner à la remorque cette malheureuse carcasse sans mâts, sans agrès, sans gouvernail, et qui avait été déjà pillée plusieurs fois par d’autres na- . vires depuis son naufrage, la chaîne de remorque a cassé et il a fallu encore consacrer plus de deux heures à ravoir le haut de la chaîne restée amarrée au naufragé. C'était un brick russe du nom d’Élisabeth, chargé de grains. On croit qu’il roulait ainsi depuis plus de quinze jours dans la Méditerranée : ce que l'équipage est devenu, personne ne le sait. Après cette belle équipée, nous avons successivenent dépassé le cap Ténare, le cap Malé, l'ile de Cythère : c'est bien le plus épouvantable rocher brûlé, calciné. Au cap Malée, on tenait le voyage de M. de Lamartine et on comparaît l'exactitude de sa description poétique d’un ermitage qui surmonte ce cap, avec le pauvre petit ermitage lui-même. Tout le monde etil y avait des juges de presque toutes les nations, trouvait beaucoup d'imagination à M. de Lamartine.

Au lieu d'un vent de nord et d’une mer agitée que nous craignions de trouver dans l’Archipel, nous avons rencontré un beau calme qui nous a permis de continuer notre route sans le moindre inconvénient. La compagnie était nombreuse sur le pont et de gens passablement habitués les uns aux autres : on est resté ainsi à causer, sauf l'intervalle du dîner, jusqu’à minuit; et après quelques ‘ heures de sommeil, nous nous trouvons amarrés dans le port de Syra. On ne peut rien imaginer de plus agréable et de plus commode.

Nous voici à terre, établis tant bien que mal dans une

GRÊCE. 283 auberge espagnole. Nous partons ce soir pour Athènes par le paquebot autrichien, le paquebot français étant en quarantaine. Je vais prendre un bain, et ferai dans la journée quelques visites.

Athènes, le 12 septembre 1841.

Je commence aujourd’hui ma correspondance de Grèce, que je continuerai ainsi de jour en jour et qui me tiendra lieu de journal de voyage. Je reprends donc mon récit à hier matin. La journée passée à Syra a été fort intéressante. La création de cette ville sur un rocher de l’Archipel est un véritable enchantement. Vingt-deux mille âmes livrées à la plus extrême activité dans un lieu qui ne comptait autrefois qu’un petit nombre de chétives habitations, voilà un résultat que la liberté de la Grèce a produit, et qu’il faudrait opposer tout d’abord à ceux qui doutent encore des bons effets de cette révolution. Notre premier besoin, ou plutôt notre premier instinct a été d’errer dans les ruelles de cette ruche industrieuse. Nous sommes ainsi arrivés à la cathédrale nouvellement rebâtie avec plus de richesse que de goût, et décorée de peintures qui dans leur genre ne sont pas sans mérite.

L'église était fermée lors de notre arrivée; mais on l’a bientôt ouverte pour le convoi d’un enfant. Le pauvre petit, tout couvert de fleurs comme en Italie, était porté à visage découvert. Avant de se séparer de lui, les assistants ont pris congé de lui en le baisant au front. Cette cérémonie a été accomplie sans la moindre affecta-

tion, avec une simplicité antique. Notez ce point, que mon compagnon Mérimée, le dur à cuire, s’est mis à fondre en larmes, ce qui ne m'a pas médiocrement étonné. Après cela, nous sommes montés à la ville catholique située sur une côte très-pointue au-dessus de la ville commerçante et schismatique; d’un côté, des chantiers de construction, des magasins, une activité surprenante; de l’autre, des rues fort'sales, habitées pêle-mêle par les chrétiens et les cochons, et quatre pauvres églises avec une nuée de moines et de prêtres. Il est convenu, dans ce pays, que les catholiques ne travaillent pas; c'est une population fort innocente et non moins indolente. L'évêque était absent : j'ai rendu visite à des capucins, dont le couvent est sous la protection de la France; leur petite église est bien nue, et j'ai promis que je m’efforcerais de leur faire obtenir quelque présent qui püût témoigner de l'intérêt du gouvernement français pour ses anciens protégés. Ces religieux sont les premiers à déplorer l’indolence de la population au milieu de laquelle ils habitent.

Redescendu à la nouvelle Syra, je me suis rendu chez le gouverneur de l’île, Poniropoulo, grand ami du général Colletti qui m'avait donné une lettre pour lui. J'ai trouvé un homme honnête, spirituel et de bon sens, comme Colletti me l’avait dit.

J'ai eu avec lui une longue conversation, qui a commencé à me mettre au courant de l'état actuel du pays. Le soir, à deux heures de nuit, nous sommes partis pour Athènes sur le paquebot autrichien, Giovanni arciduca

d’Austria. Ces paquebots sont beauconp mieux installés que les nôtres, surtout en ce qui concerne le comfort des voyageurs ; le service y est excellent, et je conçois que les personnes qui ont fait l'épreuve des deux entreprises donnent la préférence à l’autrichienne. Il y avait à bord plus de deux cents passagers. Les Grecs hommes, femmes et enfants étaient couchés pêle-mêle sur le pont dans le désordre le plus pittoresque : à deux heures est survenue une pluie battante ; imaginez la confusion universelle. On a donné asile dans nos postes réservés à un certain nombre de victimes.

Heureusement la mer était très-calme, malgré l’orage qui régnait dans le ciel. Ce matin, à la pointe du jour, nous avions déjà dépassé depuis longtemps le cap Sunium et nous côtoyions les rivages de l’Attique. Nous nous avancions entre Égine, Salamine et Athènes; tout le monde se ressuyait tant bien que mal des déluges de la nuit ; on avait fourré dans la cuisine quatre petits enfants beaux comme des amours. À sept heures, débarquement au Pirée, ville toute nouvelle comme Syra, et qui se développe avec une rapidité presque égale et beaucoup plus de magnificence. Nous n'avons fait d’ailleurs que donner un coup d’æil à ces nouveautés, pressés que nous étions d'aller nous installer à Athènes. Pour transporter les voyageurs dans la nouvelle capitale de la Grèce, on trouve des fiacres en abondance. Le trajet par la plaine, le vignoble et les oliviers n’est pas de plus de trois quarts d'heure. En arrivant, on découvre le Parthénon qui domine les bicoques de la ville moderne, on

laisse à droite le temple de Thésée, et, par des rues irrégulières et étroites, on arrive à ce qu'il y a de moins poétique au monde, une auberge française. Nous y sommes d’ailleurs assez bien et à des prix modérés pour le logement et la table. Ce soir j'avais été invité à aller chez la princesse Soutzo, mais il y a eu une erreur de maison dela part de celui qui me conduisait, et comme je ne suis pas très-habile à me démêler dans les rues d'Athènes à la nuit noire, j'ai dû rentrer sans avoir réussi dans ma tentative. Je reviens à mon récit : après nous être donné tout le temps de nousinstaller commodément, nous sommes sortis pour faire le tour de la ville antique, sans cependant monter à l’Acropolis, qu'on ne voit pas trop librement. Nous avons d’abord passé auprès du portique d’Adrien, en laissant la Tour des Vents à notre gauche; de là nous nous sommes dirigés vers le temple de Thésée, qu'on a converti en un musée provisoire et très-mal rangé de toutes sortes d’antiquités : de là nous avons passé par la colline de l’Aréopage, la colline des Nymphes, le Pnyx, ancien lieu des assemblées publiques, et où la tribune des orateurs athéniens, taillée dans le roc, est encore mervellleusement conservée ; le museum sur lequel s’élève le riche monument de Philopapus; enfin voyant de loin les Propylées, le Parthénon, l’Odéon d’Hérode-Atticus et les vestiges malheureusement très-peu nombreux du théâtre où ont été représentés pour la première fois tous les chefsd'œuvre du théâtre grec, nous sommes descendus vers les ruines imposantes du temple de Jupiter Olympien, auprès de l’Ilissus qui n’a pas une goutte d’eau dans cette

saison; et rentrant en ville par l'arc d’Adrien, nous avons fini notre tournée par le monument de Lysicrate et la Tour des Vents. En voilà passablement pour une première journée. L’impression générale a été très-bonne : ça été la reconnaissance superficielle d’objets que je connaissais déja par les dessins, mais que pourtant il est bon d'avoir vu en nature.

La ville moderne n’est pas belle, elle le serait davantage qu’elle jurerait encore plus avec les monuments antiques. Ampère, qui est en Morée jusqu’au 20, avait laissé pour moi une lettre dans laquelle il exprime la même impression et regrette à un certain point la ville turque ; mais je n’aime pas à voir les choses ainsi du côté exclusivement pittoresque, et l'air de sécurité, sinon de bonheur, qui règne dans la ville grecque, a bien aussi son charme à mes yeux. Du reste, l’officiel bavaroïs est un triste manteau jeté sur les objets les plus séduisants. M. de Lagrenée n’est pas à Athènes, mais au Pirée; j'irai demain matin : lui porter la lettre de M. Guizot.

Mardi 13.

. Ce matin je suis parti pour le Pirée à huit heures. En arrivant, je me suis fait conduire au port de Munychie, que j'ai exploré par mer dans tous les sens, c’est-à-dire en prenant un bain délicieux dans l’eau la plus pure de l'univers. C’est là un mode d'investigation que ne pratiquent pas tous mes confrères d'académie. Après le bain et un déjeuner chez M. Mary, le ministre belge avec qui

j'avais fait la traversée de Marseille à Givita-Vecchia, je me suis rendu chez M. de Lagrenée, qui m'a parfaitement recu. Nous dinons tous demain chez lui. M°° de Lagrenée est une très-jolie et agréable personne.

De retour à la ville, j’ai été voir Schinas que j'a trouvé très-engraissé et dont l’esprit paraît avoir subi une forte teinte d’ambition, pour son ministère perdu, et de tristesse à cause de la perte successive de ses deux femmes, du reste toujours excellent garçon et qui a témoigné éprouver quelque plaisir à me revoir.

Enfin, après avoir obtenu une permission, car il faut une permission (j'allais dire un firman) pour voir l’Acropolis, nous avons fini la journée par une première visite aux Propylées, au Parthénon, au temple d’Érechthée. C'étaient absolument comme s: j'avais vu un correspondant avec lequel je me serais entretenu pendant trente années, et dont j'aurais eu le portrait chez moi. Rien de bien imprévu, et pourtant une foule d'observations précieuses et véritablement neuves. Il me serait d’ailleurs impossible d'écrire une ligne d’admiration sur la chose qui me paraît la plus admirable du monde. Devant de tels chefs-d’'œuvre, il faut tâcher d'apprendre et voilà tout.

Le soir j'ai vu M. et M"° Soutzo; ils m'ont parfaitement bien accueilli. On a beaucoup parlé de M”° Rétamier, de M. de Chateaubriand, de nos enfants.

Demain j'entrerai encore plus avant dans ma vie athénienne. En ce moment, je me comparerais volontiers à Janus, une face tournée vers le passé et l’autre vers l'avenir.

Mercredi 44.

Ce matin M. Ross nous a conduits à l’Acropole. M. Ross est l’antiquaire de la monarchie bavaroise ; c’est un homme fort instruit et qui's’est fait une spécialité sur le sol de l’Attique. Malheureusement son nom allemand lui a nui dans ce pays, et maintenant c’est un Grec, M. Pittakys, qui a la direction de tout.

Après la première visite générale d'hier, nous avons tout repassé en détail avec la plus grande attention. Cette exploration n’a pas duré moins de cinq heures. Le nombre des marbres découverts depuis quelques années est trèsconsidérable. On les a entassés pêle-mêle dans le temple de Thésée et à l’Acropole; on les laisse exposés aux injures de l’air et aux outrages des passants, et il y aurait déjà de quoi doubler les richesses de tous les musées de l’Europe. Ici les moindres fragments ont un intérêt supérieur; ce sont autant de chapitres distincts de l’histoire de l’art dans l'antiquité.

Athènes a été le point de départ de la pensée en toutes choses. Partout, même à Rome, on ne voit que des imitations et des copies : icile sentiment de l’originalité se révèle à chaque instant dans tout ce qu’on rencontre. C’est un vrai bonheur que de fouiller dans cette mine.

Cette promenade si sérieuse, si attentive avait épuisé nos forces; il nous a fallu nous remettre par quelques heures de sreste. À quatre heures, nous sommes ressortis et nous avons dirigé notre course du côté du théâtre de

. Bacchus que nous n’avons fait qu’apercevoir de loin. Du IL. 49 :

pied de la grotte située au sommet des gradins, on jouit d’une des plus belles vues de l’univers, parfaite dans sa simplicité, je dirais presque dans sa nudité : point de végétation saillante, nul accident extraordinaire ; aux premiers plans, quelques ondulations de terrain couronnées par des rochers, à droite le dernier versant de l’Hymète, au fond Égine, Hydra et la presqu'île de Trézène se plongeant dans la mer. Il y a une harmonie parfaite entre cette pureté des lignes du paysage attique et le goût dont les artistes de cette ville ont fait preuve, tellement qu'on se prend à confondre la cause et l’effet : c’est cette nature qui a inspiré les artistes, on croirait que les Athéniens se sont composé une nature à leur image.

En avant de la grotte du théâtre de Bacchus, sont les débris du monument choragique de Thrasyllus encore intact du temps de Stuart. Peut-être ce monument en recouvrait-il un plus ancien, mais je n’ai pu encore éclaircir cette question : en tout cas l’analogie de l’appareil avec celui des temples phéniciens est frappante, et je vais faire de cette observation un appendice à la communication que je destine à l’Académie des inscriptions. |

De retour du théâtre, nous sommes partis pour le Pirée, et nous avons fait chez M. de Lagrenée un diner extrêmement agréable. Demain matin, nous ferons une nouvelle course avec M. Ross, mais dans la ville basse, et nous aurons pour compagnons de cette promenade MM. de Lagrenée et Mavrocordatos, alliance assez piquante en ce moment. Je déjeunerai jeudi chez ce ministre disgracié. À demain.

Jeudi 16 au matin.

Je n’ai pas écrit hier au soir par la raison que je n'avais rien de bien intéressant à raconter. Quand on marche en bande, on ne fait rien de bien bon ni de bien agréable. Notre promenade avec M. Ross a porté sur des points de la ville basse, que j'avais déjà visités. Il a appelé notre attention sur quelques détails intéressants, mais en somme il ne m'a rien appris de nouveau. Après quoi il a fallu faire une tournée en masse chez les ministres, chez les membres du corps diplomatique. Partout où nous arrivions, nous répandions évidemment la terreur. On-n’avait ni assez de chaises, ni assez de pipes pour tout le monde. À trois heures et démie, M. de Lagrenée nous a conduits chez le roi, qui malheureusement est un peu sourd, mais qui fait de son mieux pour se montrer agréable et bienveillant. Je lui ai crié, avec tout le respect imaginable, qu'on laissait se détériorer à l'air un grand nombre d'objets précieux, et qu’il serait bien désirable qu’on fit au moins un musée provisoire à Athènes : non pas précisément dans ces termes, mais c'était là l'intention de mes paroles, qu’il a accueillies avec une grande bonté. Le roi Othon est grand, bien fait, mince, la tête petite, le visage plat et la tenue un peu roide. C’est, parmi les souverains de l’Europe, un des plus honnêtes et le plus loyal.

Nous sommes rentrés, et, pour mon compte, je ne suis pas ressorti. Nous avions à dîner M. Mary, l’envoyé de

Belgique, qui nous avait régalés d’une douzaine de bouteilles d’excellent vin du Rhin. Dès neuf heures j'étais au lit, vaincu par l’absence de sommeil dont je souffrais depuis deux jours.

Ce matin, nous déjeunons au Pirée, chez M. Mavrocordatos.

Le 16 au soir.

Le déjeuner chez Mavrocordatos s’est passé à merveille; le ministre disgracié se console en pêchant à la ligne. Il est triste, mais il serait singulier à lui de faire le constitutionnel, après n'avoir rien stipulé lors de son entrée aux affaires. Nous sommes sortis de chez lui assez tard, et de chez M. de Lagrenée, où nous étions allés après, encore plus tard.

Le soleil commençait à baisser ; nous nous sommes mis sur la presqu’ile du Pirée à la recherche du tombeau de Thémistocle. Le ciel, très-chargé de nuages, présentait des effets magnifiques; c'était un spectacle à ne jamais l'oublier. Le paysage de l’Attique m’enchante; mais c’est un genre de beauté qui ne se révèle pas à tout le monde: il est dans la lumière, dans les lignes, dans la forme et la couleur des montagnes ; à vos pieds vous n’avez qu'une terre nue et désolée. Le tombeau de Thémistocle est une tradition fort douteuse, mais nulle place ne pouvait être mieux choisie pour sa sépulture que cette plage, en vue de Salamine, en face de Psytalie. A côté de ce sarcophage taillé dans le roc, et rempli par la mer comme une baignoire , se trouve une grande colonne éboulée qui autre-

fois soutenait un phare. De l’entrée du Pirée on aperçoit en face le Parthénon entre l'Hymète et le Pentélique. La nature ici semble avoir été formée de la main des hommes, de manière à faire mieux valoir leurs œuvres.

Nous sommes arrivés fort tard pour dîner chez Schinas qui nous a fort bien traités tout à la grecque. Ce soir, chez la princesse Soutzo, j'ai vu M°° Zographos, qui est toujours bien jolie, quoique fatiguée ; elle porte avec beaucoup de bonne grâce une grossesse très-avancée. Demain matin de bonne heure, départ pour Éleusis.

Vendredi 17.

La promenade d’Éleusis a été certainement agréable : non pas qu’on trouve sur la route sacrée qui conduisait d'Athènes à Éleusis ces monceaux de monuments qu’on pouvait y supposer d’après le morceau que Raoul-Rochette a écrit sur ce sujet; rien n’est plus nu aujourd’hui que la route sacrée. Le Céphise est à sec, et c’est à peine si l’on rencontre, sur ce chemin de trois heures, cinq ou six indications de monuments antiques, mais il y a des gens qui décrivent les lieux comme s’ils ne les avaient jamais vus. Le fait est que le paysage est d’une merveilleuse beauté sur toute cette route. En se retournant vers Athènes au passage du mont Corydalus, on embrasse la ville et l’Acropole sous un de leurs plus admirables aspects. À Daphni, quand on commence à descendre vers la vallée d’Éleusis, on rencontre une jolie église byzantine bâtie sur les ruines d'un temple d’Apollon; plus loin et toujours en descendant, c’est le soubassement d’un temple

de Vénus avec des traces d’ex-voto gravées sur le rocher et des inscriptions qui, jusqu'ici, à ce que je crois, n'avaient pas été bien copiées. Dès lors on aperçoit dans sa solitude et son silence la vallée, ou plutôt le golfe intérieur d'Éleusis. Cette ville était placée dans un enfoncement du : golfe Saronique et séparée du reste de la mer par Salamine et la petite île de Psytalie : c’est le côté de la bataille opposé à celui qu’on découvre du Pirée. En contournant les bords de cette baie intérieure, on peut s'amuser à donner des noms fournis par Pausanias à quelques débris presque inforines qu’on trouve sur la route. Les champs où la tradition mythologique place l’origine de l’agriculture sont à cette heure médiocrement cultivés, et c'est un des plus pauvres villages de la Grèce qui recouvre les ruines du grand temple. Il y a trente ans la société des Dilettanti a recueilli à Éleusis un grand nombre d’indications précieuses, dispersées à la surface du sol : aujourd’hui les monuments ont été enterrés, et les indications ont disparu. À peine avons-nous pu grappiller quelques inscriptions, et démêler, à travers les misérables huttes du village, les principales dispositions du grand édifice dans lequel s’assemblaient dans l'antiquité, à pareille époque de l’année, une foule de trente mille initiés. Heureusment que les débris n’ont pas ici cette mauvaise mine que je leur trouve en Italie. Les. masses informes de pierres réunies par le ciment romain parlent très-peu à mon imagination. En Grèce, quelques larges pierres encore en place suffisent pour reporter l'esprit vers l’époque du pur hellénisme. Au reste, ne vous apitoyez pas sur la

fatigue que j'ai pu éprouver dans cette course. La vote sacrée est à présent une route carrossable aussi commode que celle du bois de Boulogne. Nous avons eu un peu de pluie au retour ; mais heureusement nous avons pu fermer le landau. On va de la sorte au cap Sunium, à Marathon, au Pentélique, à Oropus, à Thèbes, jusqu’à Livadie. Dans la Morée, une bonne route de voiture conduit de Corinthe à Nauplie par Argos. Dans dix ans la Grèce continentale sera aussi bien pourvue de routes que l'Italie ; le pittoresque du voyage y perd un peu; mais j'avoue, à mon déshonneur, que j'ai êté charmé sous tous les rapports de trouver tant de facilités dans un pays que je me représentais sous les tristes couleurs d'il y a douze ans. Ce chapitre des routes n'est qu’un point imperceptible dans les étonnantes améliorations dont la Grèce offre partout le spectacle.

En revenant à Athènes, les rayons obliques du soir répandaient sur le paysage des teintes bien supérieures à celles du matin. Le Parthénon était d’or, l'Hymète se développait derrière comme un immense améthyste, à gauche le Pentélique tranchait par sa couleur d'un bleu foncé, et tout cela si simple, sans rien qui vous surprenne par l'étrangeté des formes, une véritable beauté grecque : j'ai bien pensé à notre ami Aligny ; le pays qu'il a dans l'âme, ce n’est pas l'Italie, c’est la Grèce. Qu'il serait heureux ici, et qu’il y ferait de belles choses ! Ne m’arrivera-t-1l pas d'être, et à lemps, ministre de l’intérieur pendant deux fois vingt-quatre heures, pour faire le bonheur d’un homme d’un mérite si éminent et

donner à mon pays des trésors de peinture, destinés à être classés par une équitable postérité immédiatement après Claude Lorrain et le Poussin? En attendant, on le laisse mourir de faim.

Samedi 18.

La journée n’a pas été féconde en événements. Mérimée se trouvant un peu souffrant, je lui ai tenu compagnie toute la matinée, et avant dîner j'ai été faire quelques visites pour recueillir des renseignements relatifs à notre prochaine tournée dans la Phocide et la Béotie. Parlons aujourd'hui de la moderne Athènes; c’est un sujet assez curieux. Il faut vous dire d’abord que la nouvelle capitale n’a rien de populaire. Quelques-uns auraient voulu qu’on fit de Corinthe la capitale de la Grèce : le plus grand nombre prétend qu'au nouveau royaume il fallait un port pour ville dominante, et que le Pirée méritait la préférence; dans ce cas, on eût fait d'Athènes une espèce de musée en plein champ avec * quelques maisons seulement pour loger les antiquaires et les artistes. J’ignore jusqu'à quel point ces récriminations sont fondées. Athènes a l'avantage d’un nom sonore et célèbre dans le monde entier. On se serait difficilement accoutumé en Europe à considérer le Pirée comme la capitale d’un empire, quelque petit qu’il soit - d’ailleurs. Mais tout en faisant choix d'Athènes, on pouvait réserver à la science certains quartiers, d’ailleurs trèspeu commodes, et qui devraient appartenir à l’archéologie. On aurait dû éviter surtout de faire un plan de ville

qui suppose une population d'au moins cent mille âmes. Et qu’arrivera-t-il ? Ou la Grèce en restera au même point, et alors il n’y a pas d’étoffe pour une grande capitale : ou la Grèce redevicndra l'empire d'Orient, et dans ce cas, la capitale indiquée par la nature et la tradition n’est point Athènes. Quoi qu’il en soit, figurez-vous, d’une part, des ruelles tortueuses où les ruines sont encore amoncelées comme au temps de la guerre, et au milieu desquelles s'élèvent à peine quelques chétives maisons ; de l’autre, d’assez jolis hôtels semés au milieu des champs, dans l’espérance qu'un jour des constructions intermédiaires les relieront au reste de la ville ; à peine dans le centre quelques essais de pavé; point de noms aux rues, point de numérotage aux maisons, un dédale dans un désert. Pour se retrouver dans ce labyrinthe, on a le jour le rocher de l'Acropole qu’on aperçoit de tous les points; quelques édifices antiques et d’assez jolies églises byzantines dispersées dans l'enceinte de la ville. On ne rencontre rien de régulier que deux grandes rues à peu près bâties dans toute leur longueur, qui se coupent à angles droits au centre de la ville. |

Voici encore d’autres contrastes ; le bazar est organisé comme celui d’une ville turque, avec les échoppes basses et l'accumulation des marchandises : et à quatre pas de là, on trouve chez M"° Zographos, chez la princesse Caradja, des salons de petites-maîtresses. Quant au costume, la population est mi-partie; la foustanelle albanaïise soutient vigoureusement la lutte contre la redingote occidentale. Ce ne sont pas seule-

ment les palikures qui portent le costume national, jusqu'ici l’horreur des Bavarois a décidé plusieurs hommes importants à repousser une innovation en apparence allemande. Maintenant que cette question est tranchée et qu’on a mis messieurs les Bavaroïs à peu près tous à la porte, il est possible que les patriotes ne soient pas si constants sur l’article du costume, et que l'originalité d'aspect qu'offre encore une notable portion de la population athénienne souffre de cette révolution si longtemps attendue.

Athènes, à part ses monuments, et considérée comme ville moderne, n'a donc rien de séduisant; après tout, ce n’est qu'un grand village. Mais quelle merveille, si l’on réfléchit un instant à ce qu'était cette ville sous les Turcs! Avec un gouvernement quelquefois nuisible et souvent inactif, ce pays a été transformé. Il y au moins dans Athènes trois cents maisons élégamment construites et près de cent cinquante au Pirée. Dans les jardins, les arbres ne sont pas encore bien grands, mais ils pousseront avec le temps ; on fera venir du Pentélique des eaux qui y sont abondantes et d’une excellente qualité; alors ce pays si sec et si nu deviendra un véritable paradis. de demande s’il en arrivera autant aux pays que la politique européenne confie à la protection des Turcs. Le philhellénisme n’a pas besoin d’être justifié, mais il ne se serait pas attendu lui-même à voir son œuvre fructifier d'une manière si rapide. Je vous écris tout cela, revenant du Pirée où j'ai dîné chez notre ministre. À onze heures et demie du soir, nous sommesrentrés en ville aussi tranquil-

lement que s’il se fût agi d’une promenade à Meudon. Il y a une chose qui doinine chez les Grecs leurs passions et leurs querelles particulières, un sentiment sur lequel ils ne se blasent pas, c’est celui de la sécurité.

Samedi 19.

C'est demain que part le courrier, et me voilà sur le point de clore cette lettre. La petite indisposition que Mérimée avait éprouvée hier n’a pas eu de suites. Il est aujourd’hui complétement rétabli. Ampère nous est revenu ; il est partout aimable, facile, animé, il n’est nulle part plus gai et plus en train qu'en voyage. Nous avons fixé à vendredi prochain 24 notre départ pour Delphes et les Thermopyles. Notre tournée sera de douze jours. * Nous reviendronsle 6 ou le 7 octobre, et nous repartirons pour Smyrne le 10, de manière à y arriver le jour du courrier. Nous sommes tous bien portants. Ce matin, j'ai été travailler pendant trois heures à l’Acropole; c'est un lieu dont la beauté saisit toujours de plus en plus à mesure qu'on y revient. Lors de ma première visite, j'avais trouvé au Parthénon un aspect presque terrible. Aujourd’hui je me suis mieux rendu compte de cet effet. Il tient au ravage produit par la bombe vénitienne qui, à la fin du xvir° siècle, fit éclater un magasin à poudre au milieu du temple et en détruisit plus de la moitié; ce qui dans le monument est resté debout a encore l'air foudroyé. La poudre a noirci les murs et les colonnes. Sans cette merveilleuse construction en magnifiques blocs de marbre, tout aurait dû périr à la fois. Pour un monu-

ment du temps de Périclès, le Parthénon a fait une belle résistance; mais c’est un géant vaincu et renversé. N’estce pas l'emblème de cette victoire brutale de la civilisation moderne avec sa vapeur, ses chaudières et son artillerie, sur les monuments du goût représentés par les chelsd'œuvre de l’art attique ? La partie de l'édifice qui causæ le plus de regrets est à coup sûr la mutilation volontaire et maniaque de lord Elgin. 11 y a encore, au fronton occidental, une figure qu'on n’a pas osé enlever, parce qu’en la déplaçant on aurait entraîné la chute de l’entablement qui la recouvre. On a laissé sur cette malheureuse figure les cordes de la captivité anglaise. Il est impossible d’hésiter à Athènes sur le jugement à porter de la conduite de lord Elgin. Quand l'Europe aura un peu de cœur, elle élèvera par souscription un monument d’infamie à la mémoire du spoliateur, sur la plate-forme en avant du Parthénon.

J’ai rendu visite à l’homme du moment, Christidis, ministre de l’intérieur ; j'ai eu avec lui une conversation de plus de deux heures dont je suis sorti fort satisfait. Ce ministre de l'intérieur à Athènes, c’est un grand garçon de quarante-cinq ans, l’air à la fois fin et ouvert, les yeux un peu de travers; il campe dans une grande chambre sans meubles, avec une table au milieu sur laquelle est posé le portefeuille entouré de cinq ou six liasses de papier. Ledit ministre travaille là pendant quinze beures du jour et de la nuit, recevant qui veut, grands et petits; un magnifique palikare dans l’antichambre fait auprès de lui les fonctions de concierge, d’huissier et de

garçon de bureau; puis une bonne femme pour faire le café et acheter le déjeuner du ministre. Il n’y a pas un ‘pays au monde où l'on cherche moins que dans celui-ci à jeter de la poudre aux yeux. Le président de la Cour de cassation, Clonaris, qui est venu me voir ce matin, siége en habit bourgeois dans une vieille petite église. Les titres sont complétement abolis : le prince Soutzo n’est que M. Soutzo, conseiller d'État. Le tutoiement est général: les gens les plus pauvres (je ne dis pas des classes inférieures, Car il n’y a pas de classes inférieures en Grèce) disent Soutzo, Mavrocordatos, Christidis, sans joindre à ces noms la moindre qualification honorifique, pas même celle de monsieur : on ne peut se faire une idée d’une telle passion pour l'égalité, avec tant de simplicité réelle et si peu d’arrogance de la part de ceux qui réclament l’égalité. [ci un homme qui renoncerait au nom de son père, ou s’arrogerait un titre, serait couvert de confusion. — Autre singularité : la liberté de la presse cohabite à Athènes avec le gouvernement absolu ; les journalistes, qui se prodiguent entre eux les personnalités les plus outrageantes, sont tous réservés à l’endroit du gouvernement; et l’on ne peut se faire une idée du tact et de la modéralion qu’ils montrent lorsqu'il s’agit du sort de leurs frères de race ou de religion qui sont encore sous la domination turque. Au reste, le goût d’oisiveté et de bavardage que l’on avait pu reprocher aux Grecs, à une autre époque, s’est considérablement atténué. Aujourd’hui, chacun a des affaires, des intérêts à soigner , et le café a cessé d’être le lieu important d’une ville grecque. Les autres influences orientales

disparaissent avec la même rapidité. Tout est français ici autant que possible, et nous possédons sans contestation l'empire des idées. C’est encore moins la littérature et la politique de Paris qui préoccupent, que le côté scientifique, et particulièrement l'étude du droit. Nous avons ici, dans l’intérêt même de la Grèce, une admirable mine à exploiter, pourvu que nous sachions être à la fois fermes, constants et modérés. C’est aujourd’hui le second dimanche que je passe à Athènes. J'entends encore le bruit d’un orchestre dans notre voisinage : jusqu’à minuit, les cabarets sont pleins de braves gens qui célèbrent le vin nouveau. Tout cela se fait avec une douceur parfaite, sans cris, sans grossièreté, sans violences. Cette population est de plus en plus l’objet de mon étonnement. Mais il est temps d’en finir avec ce volume. J’éprouve un grand bonheur à vous écrire ; cette causerie de tous les soirs est le seul vrai bon moment. J'avais adressé de Syra à Eugène Burnouf la lettre qui contient la communication que je veux faire à notre Académie; je vous l'envoie et la mets dans ce paquet.

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