‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 12 sur 49 · M. Mérimée · texte numérisé non relu

M. Mérimée

3. Scdon de 1846. -- Fr, Gérard. — Salon de 1849. — Ètvtdes sur Vart religieux. — Orsel et Overbeck, — Salon de 1850-1861. — if. Périn. — M. Flandrin. — De VArt chrétien. — P, Delaroche, — Ary Scheffer,

SUR M. LENORMANT. xv

beauté de la forme, mais de joindre en même temps à Fémotion du èonnaisseur le sens historique et Térudition. Là était son originalité. Serait-ce exagérer la louange de lui appliquer celle qu'a décernée M. Guizot à un juge excellent des choses d'art : « Jeune encore ^ il s'était fait reman|uer des plus difficiles par ce sentiment vif et ce goût pur du beau , par ces connaissances variées et précises, par cette finesse à la fois crititique et sympathique dans l'appréciation, qui, bien qu'il n'ait jamais pratiqué aucun art, ont fait de lui, dans l'opinion des artistes eux-mêmes, toute autre chose qu'un savant ou un amateur? »

Un but de plus, une grande et noble carrière, s'ofiFrit bientôt à cette ardeur, infatigable. En 1835, M. Lenormant sollicitait la création d'une conférence d'archéologie à l'École normale. M. Guizot le choisit pour le suppléer lui-même à la Faculté des lettres de Paris. La chaire de M. Guizot était celle d'histoire moderne. M. Lenormant se jugeait insuffisamment préparé à cet enseignement. Par un échange amiable avec Lacretelle, il se chargea du cours d'histoire ancienne, et, abordant successivement lés plus ardus sommets de la science, il professa-, tour à tour, l'histoire desChaldéens, celle des Égyptiens, celle des Phéniciens , avec des études de chronologie comparée , égyptienne, assyrienne, babylonienne et hébraïque.

L'épreuve fut heureuse. Il se trouva que le conservateur des imprimés à la Bibliothèque était doué d'une parole facile, franche, spirituelle, indépendante, ferme, élevée, comme aussi de quelfjue assurance en face du public : M. Lenormant était vraiment professeur. Il sentait d'ailleurs plus que personne la nécessité de rendre à la Faculté l'enseignement de l'histoire moderne, et, comm^ il l'a dit lui-même, dès la fin de 1838, il accomplit son devoir dans toute son étendue.

C'est alors que s'opéra en lui un mémorable changement. « Jusque-là, dit-il, je n'avais jeté sur lès faits du christianisme que le regard paresseux et distrait de l'homme du monde : désormais il me fallait remonter aux sources et discuter les

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preuves avec Tattention , la gravité que m'imposait un devoir public. L'effet de ce travail fut progressif, mais sûr. A mesure que j'avançais dans ma tâche, je sentais s'affaiblir, s'effacer les préventions irréligieuses que je devais à mon éducation, à mon siècle. De la froideur, je passai bientôt au respect : le respect me conduisit à la foi. J'étais chrétien et je voulais contribuer à faire des chrétiens*. »

C'était une grande nouveauté qu'un tel enseignement ; il n'y en avait alors aucun exemple. Le prosélytisme des chaires publiques s'était souvent exercé contre le christianisme , quelquefois au profit d'une sorte d'impartialité philosophique? jamais il n'avait été catholique. M. Lenormant le fut à visage découvert, sans âcreté comme sans respect humain. 11 portait dans sa chaire ce qu'il y a de plus rare en France, le courage civil. Ce fut un courage simple , familier, loyal , une liberté toute chrétienne et toute sincère. Un grand succès fut sa récompense : l'enceinte ordinaire des cours ne suffit point à l'affluence des auditeurs, il fallut leur ouvrir le grand amphithéâtre.

Malheureusement la tolérance n'est pas encore devenue une vertu française. On ne tolère pas le catholicisme, on le souffre et encore à la condition qu'il rentre sous terre; mais, dès qu'il fait acte de vie au grand jour, il y a toujours des hommes prêts à crier : « Les chrétiens aux bêtes ! »

Un nombreux et jeune auditoire, dit M. Vitet, suivait le cours de M. Lenormant avec ardeur; mais au moment même, à quelques pas de là, un courant tout contraire poussait vers d'autres chaires une autre partie de la jeunesse. Le pouvoir, alarmé de témérités regrettables, fit fermer une de ces chaires, et aussitôt l'esprit de représailles résolut d'interrompre les leçons de M. Lenormant, bien étranger, certes, aux mesures prises contre MM. Quinet et Michelet. On vit alors, comme toujours, ce que peuvent quelques turbulents; ils firent peur aux paisibles, et

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