Lettre aux auditeurs du Cours d'Histoire moderne
SUR M. LENORMANT. xvii
au nom de la liberté étouflFèrçnt sous leurs cris la voix du professeur. Celui-ci lutta noblement, avec calme, assez pour maintenir sa propre dignité , pour justifier par sa patience la vérité de ses convictions; puis lorsqu'il reconnut qu'il y avait parti pris et qu'en prolongeant la lutte il risquait d'envenimer l'attaque sans rencontrer peut-être grande clialeur dans la défense, il protesta et se démit de ses fonctions. — On a honte aujourd'hui de relire le récit, l'exacte sténographie de ces avanies brutales. On s'étonne surtout en ne trouvant dans toutes ces leçons qu'un esprit tolérant et libre, toujours respectueux chez les autres des convictions contraires aux siennes*.
C'est à ce moment de sa vie que M, Lenormant devint le directeur du Correspondant,
En 1829, quelques jeunes gens, M. de Camé, M. de Cazalès, M. Franz de Champagny, M. Wilson et leurs amis, avaient fondé, sous ce titre, un recueil hebdomadaire ayant pour devise : Liberté civile et religieuse. L'ouragan de 1830 n'avait pas emporté leur drapeau. Ils l'avaient maintenu haut et ferme pendant la tourmente contre les préjugés de l'extrême droite, les haines de la gauche et les illusions de V Avenir, Il manquait alors un public à cet ordre d'idées ; ceux qui les avaient embrassées cessèrent d'écrire en 1834 ; mais ils ne se manquèrent point à eux-mêmes,' parmi eux il n'y eut point d'apostasie.
En 1842, ces jeunes gens étaient devenus des hommes. Quelques-uns même siégeaient dans les conseils de la nation *. Une grande question, celle de la liberté d'enseigner, n'avait cessé de passionner les catholiques. Or c'était surtout pour la défense de cette liberté que le Correspondant avait été créé en 1829. Je l'ai dit, la conviction de ses fondateurs n'avait pas changé : ils étaient prêts, sous leur ancien titre ou sous un autre, à relever, avec