‹ Beaux-arts et voyagesChapitre 14 sur 49 · M. Vitet · texte numérisé non relu

M. Vitet

2. M. de Montalenihert à la Chambre, des pairs, M. de Carné à la Chambre des députés.

XVIII NOTICK

de nouveaux frères d'armes, la bannière dont ils étaient sans

contredit les plus anciens champions.

M. Lenormant fut appelé à nos conférences : il était de ceux qui comprennent qu'une tradition est une force, il insista pour que la nouvelle revue s'appelât le CoiTcspondanî, et il fit prévaloir son avis. Le 15 janvier 1843, paraissait la première livraison du Recueil, inaugurée par un remarquable article de M. Lenormant, V Évangile et V Histoire,

Ces temps sont loin ; l'on peut dire que, pour eux, la postérité est déjà venue. Je crois donc avoir le droit de dire que ce fut une époque de vie que celle-là. Oh! qui nous rendra ces jours ointains où les catholiques de France n'avaient qu'une devise et qu'un drapeau! La révolution de juillet s'était faite en grande partie contre eux ; elle les traitait en vaincus : vx victis ! Mais nous ne cessions du moins 'de protester bien haut contre cet abus de la victoire. Et nous ne protestions pas en vain. Toujours en minorité, jamais abattus, par cela seul que la tribune était debout et que la presse demeurait libre, nous puisions dans la lutte môme une surabondance de sève et de vie. Osons le dire, ce qui subsiste aujourd'hui parmi nous d'ardeur pour l'Église n'est qu'un reste afiFaibli du souffle puissant qui régnait alors. C'était en effet le temps des prodiges. C'était le temps où le P. Lacordaire fondait les conférences de Notre-Dame, et où cette chose étrange, le froc, réapparaissait avec lui au milieu des fils de la Révolution étonnés, j'ai presque dit respectueux. C'était le •temps où la voix de M. Lenormant, et plus tard celle d'Ozanam, tenait la jeunesse des écoles suspendue à des professions de foi catholiques. C'était le temps enfin où, grâce au respect pour la droit de discussion, MM. de Montalembert, Barthélémy et Beugnot retardaient à eux seuls, six semaines durant, le vote d'un bill célèbre; et, malgré les hypocrites de libéralisme toujours si nombreux, telles étaient, après tout, la vertu des institutions et refficacité des doctrines reçues, que, de 1835 à 1848, quatre projets pour la législation de l'enseignement furent présentés

SUR M. LENORMANT. xix

sans que les passions de la gauche soient p^v^enues-à faire passer à rétat de loi la confiscation de la liberté.

« Nous avons eu contre nous, s*écriait M. de Montalembert, nous avons eu contre nous tout ce qu'il y- a de puissant, d'influent, de populaire dans ce pays; la grande majorité (jles deux Chambres, les quatre-vinjgt-dix-neuf ceptièmes des journaux, tous les tribunaux, y compris le Conseil d'État, tous les corps savants, y compris le Collège de France, les intrigues de la diplomatie à Rome, l'orgueil de la fausse science, à Paris, tous les hommes d'État, tous les penseurs, tous les sophistes et tous les légistes.

«Et cependant nous n'avons pas été vaincus M >»

Oa s'en souvient, les adversaires ne purent éluder la logique des principes qu'en faisant un appel suprême à la haine^ ils sonnèrent le tocsin contre les jésuites. C'était crier au feu pendant le déluge.

M. Lenormant se jeta vaillamment dans la mêlée; il publia, dans le Correspondant^ son beau livre sur les Associations religieuses.

Je viens de relire ce livre. Quinze années se sont écoulées et l'on croirait qu'il est d'hier, tant les questions et les passions sont restées Ips mêmes. Sous un titre qui semble assez restreint, M. Lenormant fut conduit à les aborder toutes : le principe même de l'association, soumis dans l'Église à un autre principe, pelui "du renoncement, qui n'éteint pas l'amour, mais le développe et l'élève en l'épurant ; la frivolité des craintes soulevées contre ce principe et qui, pour être conséquentes, doivent remonter à l'Église qui le dirige; les reproches dont les ordres religieux ont été l'objet, reproche de cocruption, d'intrigue, d'ambition, d'inutilité; la démonstration que les reproches faits aux moines dans le passé ne peuvent plus trouver place dans les conditions toutes nouvelles que leur fait la société moderne ; les

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